SECOND. ' T
née pour être les deux parties ensemble en la cité de Cambrai.
Duquel lieu y furent, de par le dit duc , l’évôque de Tournai, maître Nicole Raoulin, seigneur d’Aulon, son chancelier; messire Ilue de Launoy, le seigneur de Saveuse et plusieurs autres notables personnages. Et pareillement fut messire Jean de Luxembourg, accompagné aussi de plusieurs notables personnages, tant chevaliers et écuyers comme gens de conseil ; et mômement y étoit le dessus ditJacotin de Béthune. Et eux venus ensemble , certains jours ensuivant furent les matières ouvertes et mises avant sur tous les troubles qu’on disoit avoir été faits contre le duc de Bourgogne et ceux de ses ])ays par icelui messire Jean de Luxembourg et ceux de sa partie. Auxquelles ouvertures le dit messire Jean de Luxembourg fil répondre surtout, en lui excusant de la plus grand’ partie, offrant du surplus, tant par lui comme par ses gens, faire si avant qu’il apparliendroit. Et après que tout eut été pourparlé bien et au long , en la manière dite , on mit par écrit les traités tels ([u’il sembloit qu’ils fussent raisonnables pour une partie et pour l’autre pour venir à paix. Si furent montrés au dit messire Jean de Luxembourg, qui aucunement y fit corriger aucuns points, lesquels n’étoienl point à son plaisir, et depuis furent rapportés devers le chancelier et autres du conseil, qui derechef y firent aucunes corrections. El pour tant, quand autre fois on les apporta au dit de Luxembourg, quand il les cul vues et ouïes, elles ne lui furent agréables. Si se troubla assez soudainement et les déchira par dépit, et dit tout haut que l’évèque de Tournai et le chancelier ne l’auroient point à leur plaisir; cl bref ensuivant, par le moyen des seigneurs et gens du cons<‘il , tant d’un côté comme d’autre, tout se rapaisa. Et, en fin de conclusion, furent assez bien d’accord, en retenant tant seulement sur ce l’avis et bon plaisir du dit duc, auquel ils le dévoient apporter par écrit. El entre autres choses, le dit .Tacolin de Béthune sc devoit aller rendre aux prisons du dit duc pour être en sa merci ; mais les seigneurs lui promirent, c’est à savoir ceux de la partie du dit duc étant au dit lieu de Cambrai , qu’ils s’emploieroient de tout leur on pouvoir envers lui , afin qu’il le reçût .en
sa bonne grâce et miséricorde. Et ainsi toutes ces besognes traitées , fournies et accomplies par la manière dessus dite , firent les dessus dits seigneurs du conseil, tous ensemble, très joyeuse chère l’un avec l’autre , en l’iiôtel du dit messire Jean de Luxembourg. Pour lequel traité et pacifiement plusieurs pays et contrées avec les habitants d’iceux, tant nobles comme gens d’église et autres , en eurent très grand’ liesse , quand ils surent iceux traités être achevés.
Et bref ensuivant, se départirent les deux parties de la dessus dite cité de Cambrai, et retournèrent les gens du duc de Bourgogne devers lui, et montrèrent ce qu’ils avoient besogné, dont il fut assez bien content ; et certain temps après, le dit Jacotin de Béthune alla devers lui en sa ville de Hesdin, et se rendit en sa merci, en lui requérant que s’il avoit aucune indignation à l’encontre de lui, il lui plût le recevoir en sa grâce, lequel duc l’envoya prisonnier. Et peu de temps après, par les très humbles requêtes et prières d’aucuns seigneurs notables et de grand’ autorité, et ceux de son conseil, il le fit délivrer, sur aucunes conditions qui lors prestement lui furent déclarées.