CHAPITRE CCXLI
Comment le roi Charles de France envoya dame Catherine, sa fille, devers le duc de Bourgogne, pour l’accoinplissemenl de la promesse du mariage d'icelle dame et du comte de Charolois, fils au dit duc.
En cet an , environ le mois de juin, le roi Charles de France fit départir dame Catherine, sa fille, hors de son hôtel, icelle moult hautement et honorablement accompagnée des archevêques de Rheims et de Narbonne, des comtes de Vendôme, de Tonnerre et de Dunois , du jeune fils du duc de Bourbon, nommé le seigneur de Beaujeu, du seigneur de Dampierre et autres plusieurs grands et notables seigneurs, chevaliers et écuyers, accompagnés de trois cents chevaucheurs ou environ, pour la mener et conduire devers le duc de Bourgogne , auquel, comme dit est ailleurs par ci-devant, il l’avoit accordée pour son fils le comte de Charolois avoir en mariage ; avec laquelle dame étoient, pour la conduire, la dame de Rochefort et plusieurs autres nobles dames et damoiselles, en très noble et bel état. Et tant cheminèrent par plusieurs journées qu’ils vinrent
en la cité de Cambrai, où ils séjournèrent par l’espace de Irois jours ; et y furent grandement reçus et festoyés de ceux de la dite ville, tant des gens d’église comme des gouverneurs et habitants d’icelle.
Auquel lieu de Cambrai , par le dessus dit duc de Bourgogne, pour recevoir la dite dame, furent envoyés tes comtes de Nevers et d’Etampes , le chancelier de Bourgogne et autres en moult grand nombre de gens et notables seigneurs, chevaliers et écuyers, avec lesquels étoient la comtesse de Namur, la dame de Crévecœur, la dame de Haubourdin et plusieurs autres femmes d’état. Si firent ces seigneurs en icelle ville de Cambrai de moult grands honneurs et chères joyeuses, avec grands réceptions l’un avec l’autre. Et portoit-on la dessus dite dame, âgée de dix ans ou environ, sur une « litière moult richement parée et appointée. Et ' à toutes bonnes villes ojù elle passoit, tant ès ' bonnes villes du royaume comme du dit duc i de Bourgogne, on lui faisoit très grand’ hon- < neur et révérence. Et à l’entrée d’icelles bon- r nés villes descendoient communément dix ou douze gentilshommes à l’entrée de la porte, qui , tenoient la main à sa dite, litière, tant qu’elle fût descendue à son hôtel. Et partant de Cam- [ brai, allèrent par aucuns jours en la ville de i Saint-Omer, où le dit duc de Bourgogne étoil et tenoit son état. Lequel, grandement accompagné de chevaliers et écuyers, issit hors d’icelle ville et vint aux champs. Et lui venu audevant de la dite dame Catherine de France, la conjouit et festoya moult révéremment, et lui fit moult grand honneur et joyeuse réception, et tous ceux qui étoient avec lui ; et les mena dedans la dite ville de Saint-Omer, où le mariage fut parconfirmé. Si y furent faites grands et mélodieuses fêtes et ébattements par plusieurs journées, tant en joutes comme autrement, tout aux dépens du dit duc de Bourgogne,
Et étoit lors l’entrepreneur d’icelles joutes, pour la partie d’icelui duc, le seigneur de Créquy contre les autres défendants. Si demeurèrent les dessus dits seigneurs assez longuement au dessus dit lieu de Saint-Omer, pour être à un parlement qui se devoit faire d’entre les deux rois de France et d’Angleterre, ertre Gravelines et Calais, duquel assez tôt je ferai mention.