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CHAPITRE CCXLIX

Comment Pierre Régnault, frère bâtard de La Hire, alla fourrager ès pajs d'entour Abbeville.

Après, en ce même temps, Pierre Régnault, frère bâtard de La Dire , qui lors se lenoit au chûtel de Milly, assez près de Beauvais, lequel par avant il avoit réparé, se partit un certain jour de là atout huit vingls combattants ou environ, tant de cheval comme de pied, et vint pour fourrager et courre le pays d’entour Abbeville. Si prit le chûtel d’Yaucourt et le seigneur dedans, lequel chûtel il pilla tout nettement , c’est à savoir de tous les biens qui étoient portatifs. Si furent tantôt les nouvelles épandues jusqu’en la ville d’Abbeville, où lors étoient les seigneurs d’Auxy, Guillaume de Thiembronne, Philippe de Waucourt, Guy de Gourle et plusieurs autres gentilshommes , lesquels, tantôt après qu’ils eurent ouï les nouvelles, s’armèrent el mirent sus, tant de cheval comme de pied, et saillirent dehors de leur ville bien trois cents ou plus, sur intention de rebouler les dessus dits, el rescourre lesbiens qu’ils avoient pris au dit chûtel. Laquelle assemblée vint à la connoissance du dessus dit Pierre Régnault et de ses gens; lesquels envoyèrent devers le dessus dit seigneur d’Auxy et ceux de sa partie , pour eux excuser aucunement, disants qu’ils ne vouloient que vivres; mais pour tant ne furent mie iceux contents. Si s’émurent encontre icelles parties très grands discords, tellement que le dit Pierre Régnault, voyant que la plus grand’ partie d’iceux qui étoient saillis hors d’Abbeville contre lui n’éloient que communes, se férit avec ses gens tout au travers; el, sans y trouver grand’ défense, les tourna assez brièvement à grand meschef el enfin à déconfiture. Si furent morts en la place bien vingt ou trente; et si en y eut bien neuf noyés, qui se cuidèrent sauver, et passèrent la rivière de Somme, entre lesquels fut l’un d’iceux le dit Guy de Gourle ; et avec ce en y eut de prisonniers bien soixante ou environ, desquels furent les principaux messire Jean de Fay, chevalier de Rhodes, et le dessus dit chevalier de Waucourt et Guillaume de Thiembronne.

Après laquelle détrousse, le dit Pierre Pvegnault et ses gens s’en retournèrent franche • ment atout leurs prisonniers el autres proies

CHRONIQUES D'ËNGUERRÂND DE MONSTREf.ET.

et biens pris au dit châlel de iNfilIy. Lesquels prisonniers dessus dits le dit Pierre Régnault rançonna et mil à finance , comme s’ils eussent été Anglois. El fit en outre, pour cet an , plusieurs assemblées assez semblables en divers lieux et pays de l’obéissance du duc de Bourgogne , pour lesquelles icelui duc n’éloit point bien content du dit Pierre Régnault ni des autres. Et pour celte cause envoya devers le roi (iharles lui noncer et faire savoir comment de jour en jour ceux qui lenoienl son parti roboient et pilloient son pays, prenoient ses gens et sujets, et mettoient à grosse finance et rançons, et faisoient en outre plusieurs autres grands maux et excès , qui moult lui étoient déplaisants et durs à porter, attendu la paix qu’ils avoient l’un avec l’autre.

Desquelles entreprises le roi s’excusa par moult de fois, en disant qu’il lui en déplaisoit moult grandement et qu’il y pourvoieroil en tout ce qui lui seroit possible; et mêmemenl étoil content, au cas que le dit duc de Bourgogne pourroil atteindre , par lui ou par ses gens, ceux qui en ses pays faisoient telles assemblées, besognes et entreprises, qu’on les ruât jus ou détroussât. Néanmoins , au grand préjudice des dits pays et grands dommages du pauvre peuple, les dites courses et pilleries se continuèrent par long temps. Auquel temps, d’autre part , les gens de La Dire , qui se tenoient au cMlel de La Bonne , ernprès Laon, commencèrent à courir en plusieurs pays , c’est à savoir au pays de Hainaut , Cambrésis, et autres lieux ès terres du seigneur de Saint- Pol ; lequel, non content de ce, et pour y résister, mit grosse garnison en la ville de Marie, laquelle garnison alla un jour semblablement courre vers Rheims ; et, pour avoir le passage de l’eau, prirent le fort du Bac-à-Berri, qui n’étoit point de trop grand’ valeur, lequel lenoient les gens de La Dire. Si laissèrent dedans environ trente combattants pour le garder, et y demeura un capitaine d’iceux. Mais dedans brefs jours ensuivant vinrent devant, les gens de La Dire dessus dit, et avec eux aucuns des garnisons de Valois , qui naguère par avant avoient été rués jus des gens de messire Jean de Luxembourg, au plus prô^ de la ville de Compiègne , comme en autre lieu est à plein déclaré. Et pouvoient être en tout environ le

nombre de trois cents combattants ; lesquel! incontinent et de grand’ volonté assailliren; le fort dessus dit, desquels assez tôt ensuivan ■ fut pris; et généralement tous ceux de dedans* mis à l'épée et rués en la rivière. ; î!'

Après laquelle besogne, iceux François de- i rechef laissèrent de leurs gens dedans icelui < fort en garnison. Et environ seize jours après i se mirent ensemble les gens d’icelui comte de Sainl-Pol et de son oncle messire Jean de Luxembourg, comte de Ligny, pour aller ras-; saillir illec la garnison du dit Bac-à-Berri ;‘ mais ceux de dedans, sachant celle assemblée,' s’en départirent et abandonnèrent cette place devant la venue d’iceux. Si fut icelle place du tout démolie et abattue. Et ainsi et par celte* manière étoient les pays vers Rheims , Laon-J nois et plusieurs autres marches ès pays àl l’enviion fort travaillés et oppressés par lesi dessus dites courses et assemblées d icellesl deux parties. Et se faisoil tout ce, comme lors: en éloit commune renommée et voix, à l’occa- ^ sion de ce que messire Jean de Luxembourg i ne vouloit point faire serment au roi Charles;: et entretenoit toujours garnisons de gens dei guerre en ses places pour l’entrelènement d’icelles. ]'

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