CHAPITRE CCXLYIII
Comment un Irùs grand seigneur du pays de Bretagne, nommé i le seigneur de Raix, fut accusé d’hérésie.
En l’an dessus dit, advint en la duché de Bretagne une grande , diverse et merveilleuse aventure ; car le seigneur de Raix , qui pour lors éloit grand-maréchal de France , et éloit
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moult noble homme et très grand terrien , et issu de très grand’ et très noble gènéralion, fut accusé et convaincu d’hérésie, laquelle il avoit par long temps maintenue , c’est à savoir par la sédition et enhortement principalement du diable d’enfer, et aussi d’aucuns scs complices et serviteurs , comme il confessa avoir fait mourir plusieurs enfants sous bas âge et femmes enceintes, sur intention de parvenir à aucunes hautesses et chevances, et aussi honneurs désordonnés. Desquels enfants et autres créatures , après qu’il les avoit fait mourir violenlement, faisoit prendre aucune partie de leur sang, duquel on écrivoit livres où il y avoit conjurations diaboliques et autres termes contre notre foi catholique. Pour lequel cas dessus dit, après qu’il eut été pris et diligemment examiné, et aussi qu’il eut connu tout sou fait, d’en avoir fait mourir par cette mauvaise manière jusqu’au nombre dchuitvingts ou plus, il fut en sa présence , par sages et notables juges , condamné à être pendu et I étranglé, tant qu’il fût mort, et après son corps , ars en un feu. Si y étoient présents avec le dit duc grand nombre de grands seigneurs et au- ; très notables hommes , tant séculiers comme clercs. Si fut faite cette condamnation et aussi l’exécution en la ville de Nantes en Bretagne. Toutefois , après la dite exécution première accomplie, et qu’il fut mis au feu et en partie brûlé, il y eut aucunes dames et damoiselles de son lignage, qui requirent au dessus dit duc de Bretagne de avoir le corps pour le mettre en terre sainte, lequel duc leur accorda , et y fut mis. Et jà soit ce qu’il eût eu celte fausse et inhumaine volonté, néanmoins si eut-il à la fin très belle et dévote connoissance et repentance, en requérant moult humblement à son créateur merci et miséricorde de ses grands péchés et offenses. Pour la mort duquel seigneur de Raix, grand’ partie des nobles du dit pays de Bretagne, et spécialement ceux de son lignage en eurent au cœur très grand’ douleur et tristesse; et aussi, avant que cette aventure lui advint, il éloil moult renomme d’ôtre très vaillant chevalier en armes.