‹ ChroniquesChapitre 535 sur 562 · CHAPITRE CCLl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLl

Comment les Barrois et Lorrains coururent en la comté de Vaudeinont, où ils firent moult de maux et de grands desrois.

Après, durant le temps dessus dit, se mirent sus à grand’ puissance les Barrois et les Lorrains , avec lesquels étoient aucuns François qui tretous ensemble se tirèrent en la comié de Vaudemont ; et icelle par feu et par épée mirent à grand’ destruction , violèrent plusieurs églises et y firent maux ineslimables. Pour lesquels contrc-venger, le comte de Vaudemont, pource qu’il n’avoit point assez puissance pour résister contre eux, envoya hàliveinent devers le duc de Bourgogne , et aussi à son beau-fils le seigneur de Ooy , eux requérir instammment qu’ils lui voulsissent envoyer secours et aide de gens de guerre. Laquelle requête lui fut accordée. Et y furent envoyés în chef messire .lean de Croy, et avec lui rnessire Simon de Lalain, les seigneurs de Lannoy ît de IMaingonval, neveux du dit seigneur de jroy , messire Jean , bâtard de Reuly , mes- >ire Antoine de Wissoch et aucuns autres noîles, de mille combattants ou environ , bien ïn point. Et firent leur assemblée autour d’Au- )enton , et de là se tirèrent vers le duché de ;

Bar; car déjà les dessus dits Barrois s’étoient retraits hors de la dite comté de Vaudemont. Et tant chevauchèrent que tous ensemble vinrent devant la dite ville de Bar-le-Duc, où étoit le marquis de Pont, fils au roi de Sicile, duc de Bar, et autres plusieurs seigneurs du pays. Si se mirent en ordonnance de bataille devant la ville de Bar, et envoyèrent sommer le dit marquis, s’il vouloit venir dehors atout sa puissance ou prendre jour do les combattre, qu’ils étoient tous prêts de le recevoir et fournir.

A laquelle requête leur fut faite réponse par le conseil du dessus dit duc de Bar que point ne les combattroit à leur requête ni à leur plaisir, mais avoit intention de le faire en temps et en lieu, quand bon lui sembleroit. Laquelle réponse ouïe , les dits Bourguignons se départirent de là et allèrent tous ensemble loger à un gros village nommé Longueville. Et de là vint contre eux le dit comte de Vaudemont atout ce qu’il avoit pu assembler de gens de guerre; et le lendemain se tirèrent plus avant en la marche, et commencèrent à bouter feux au travers de la duché de Bar ; et de là se tirèrent en la duché de Lorraine, en détruisant tout ce qu’ils pouvoient atteindre et trou\er hors des forteresses; et qui plus est, prirent par force plusieurs églises, ésquelles ils firent moult de violences. Et pour vrai, le comte de Vaudemont étoit si enclin et obstiné de tout détruire, que, nonobstant que les dessus dits seigneurs qui étoient avec lui n’étoient point bien contents de faire si très cruel desroi et indicibles dérisions, néanmoins ne le pouvoient garder, ni pareillement ses gens. Et après qu'ils eurent continué on icelles besognes par l’espace de vingt -six jours ou environ, sans trouver aucunes gens de guerre qui s’apparussent contre eux pour combattre, s’en retournèrent par autre chemin qu’ils n’étoient allés. Toutefois , en faisant icelui voyage, ils souffrirent et eurent, e ux et leurs gens, de moult grandes peines et travaux et moult grand défaut de vivres. Ainsi et par cette manière se faisoit la guerre entre icelles parties , c’est à savoir iceux deux seigneurs et leurs seigneuries , au préjudice, dommage et grand’ destruction du pauvre et menu peuple.

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