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CHAPITRE CCLIV

Comment les Anglois qui se tenoient au châlel de Folleville faisoient moult de maux en Amiénois et ès pajs d’environ, et déconfirent aucuns seigneurs picards et leurs gens, qui les assaillirent.

En icelui temps, les Anglois qui se tenoient au châtel de Folleville firent moult de maux au pays d’Amiénois , de Corbie et de Sanlois , et aussi à la ville de Mont-Didier et ès autres lieux à l’environ. Et étoient environ cent compagnons de guerre qui firent moult de grands maux ; et tellement contraignirent iceux pays que la plus grand’ partie des villes étoient toutes appactisées à eux et rançonnées à certaine somme d’argent et de froment pour chacun mois ; dont le pauvre peuple étoit moult fort oppressé et travaillé. Et mêmement allèrent un jour courre la ville de Dours , sur la rivière de Somme. Si étoit dedans la forteresse d’icelle ville la seigneur d’icelle, lequel, pource qu’il n’étoit point assez puissant pour résister à l’encontre des dits Anglois, monta hâtivement à cheval et s’en alla en la ville d’Amiens, pour avoir aide et secours.

Si trouva le seigneur de Saveuse , capitaine de la dite ville d’Amiens , et plusieurs autres gentilshommes et autres gens de guerre, lesquels, avec aucuns du commun , se mirent à voie, tant de cheval comme de pied , et poursuivirent iceux Anglois , lesquels ils trouvèrent assez près du dit lieu de Folleville , où ils se retrahirent en moult belle ordonnance, menant avec eux grand’ foison de bagages qu’ils avoient conquis. Si fut ordonné que le seigneur de Saveuse conduiroit ceux de pied, et le seigneur de Dours, dessus nommé, le seigneur de Contay, le seigneur de Tilloy, Guichard de Fiennes et aucuns autres gentilshommes mèneroient ceux de cheval ; lesquels approchèrent et écrièrent iceux Anglois pour les combattre tous ensemble de cheval et de pied. Laquelle ordonnance ne fut point bien tenue , car les dessus dits de cheval , qui étoient moult désirants d’assembler avecque leurs adversaires, férirent dedans sans attendre iceux de pied; dont il leur mésadvint très grandement : car les dessus dits Anglois , qui virent leurs adversaires eux approcher et qui étoient en plus grand nombre , les deux parts se mirent en bonne ordonnance, leurs chevaux |

derrière eux , afin qu’on ne les pùt envahir par derrière. Et se défendoient très vaillamment , et tant que grand’ partie de leurs adversaires et ennemis y furent morts ; entre lesquels le furent : le seigneur de Dours, Guichard de Fiennes , Jean de Beau-Lieu et aucuns autres nobles gentilshommes. Et des prisonniers fut le principal messire Martel d’Anton, seigneur de Tilloie; et les autres passèrent outre par force de bons chevaux qu’ris avoient : desquels les aucuns furent moult fort navrés et blessés, et les autres eurent leurs chevaux effondrés. Et le dit seigneur de Saveuse , voyant la besogne être ainsi mal tournée, entretint au mieux qu’il put ceux de pied, lesquels il avoit en son gouvernement; et avecque ceux de cheval qui étoient échappés de la besogne dessus dite les reconduit au dit lieu d’Amiens, moult triste et déplaisant de cette male aventure. Et depuis, par traité avec iceux Anglois, furent les morts apportés tout dénués, pour enterrer chacun en leurs lieux. Si furent aucuns des amis et prochains de ceux qui y avoient été morts, qui en voulurent donner aucune charge au dit seigneur de Saveuse, disant qu’il ne s’étoit point avancé, comme il dût, pour aider et secourir ses gens quand besoin leur en étoit. A quoi, selon son pouvoir, s’en excusoit, disant que bonnement ne se pouvoit plus fort hâter, pource qu’il avoit en son gouvernement, comme est dit ci-dessus, les gens de pied, lesquels lui avoient été baillés à conduire par le consentement de tous les nobles là étant présents.

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