‹ ChroniquesChapitre 537 sur 562 · CHAPITRE CCLin · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLin

Comment le roi de France alla â Troyes en Champagne; et comment plusieurs villes et forteresses se mirent en son obéissance ; et autres matières.

Durant te temps dessus dit , Charles , roi de France, fit moult grand’ assemblée de gens de guerre de plusieurs de ses pays ; et avecque ce remanda les capitaines des compagnies dont dessus est faite mention qu’ils vinssent devers lui atout leurs gens. Et quand tout fut assemblé devant la rivière de Loire, il se partit de Bourges en Berri, son fils le dauphin en sa compagnie, le connétable de France , messire Charles d’Anjou et aulres grands sei-

[ gneurs en très grand nombre, atout lesquels il SC tira à Troyes en Champagne , et là sé- 1 journa environ trois semaines. Et étoient ses i gens logés par les villes, sur le plat pays, dont ' celui pays étoit moult fort travaillé; et si y en avoit grand’ partie ès parties d’Auxerre et de Tonnerre et sur les marches de Bourgogne. Auquel temps, plusieurs villes et forteresses se mirent en son obéissance, lesquelles par avant lui avoient fait forte guerre à ses pays; et aussi apaisa la guerre des Barrois et Lorrains et du comte de Vaudemont ; et si se pacifia avec lui le damoiseau de Commercy et plusieurs autres seigneurs des marches de Bourgogne qui par avant étoient en son indignation. Et ces besognes faites et accomplies, s’en vint le dit roi en la ville de Bar-sur-Aube, auquel lieu vint devers lui le bâtard de Bourbon , qui avoit sous lui à son commandement une très grosse compagnie de gens d’armes qu’il avoit long temps entretenus sur les champs ; mais quand il fut venu au dit lieu de Bar, il fut accusé d’aucuns crimes devers le roi. Et après que sur iceux eut été diligemment examiné, et son procès fait, fut condamné à être roué et jeté dedans un sac à la rivière, tant qu’il fût noyé et tant que mort fût accomplie; et ainsi fut fait. Et depuis qu’il fut mort , fut tiré dehors de la dite rivière et mis en terre sainte.

Si fut lors assez commune voix : qu’on lui avoit ce fait, pource que durant la guerre d’entre le roi et son fils le dauphin y étoit à grand’ puissance avec son dit frère, le dessus dit duc de Bourbon, et avoit été cause principalement de déloger icelui dauphin du roi son père. Et d’autre part, au retour du voyage de Harfleur, où il avoit été avec le comte d’Eu, comme dit est ailleurs, il s’étoit tiré à Saint-Omer devers le duc de Bourgogne , auquel il avoit promis de le servir, si aucuns affaires lui survenoient, en la faveur du dessus dit duc de Bourbon, beau-frère au duc de Bourgogne dessus dit. Pour laquelle exécution ainsi faite sur icelui bâtard de Bourbon , aucuns des autres capitaines qui par long temps avoient tenu les champs sous ombre des armées du roi furent en très grand doute et crémeur que pareillement ils ne fussent punis de leurs anciennes mauvaises œuvres.

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