CHAPITRE CCLXIV
Réponse faite par le roi aux dits articles.
« Quant est au premier point , il ne s’y faut point arrêler, car il n’a point été récité de réponses faites à Nevers par les seigneurs à monseigneur le chancelitr de France, à messire Louis de Beaumont et aucuns autres envoyés au dit lieu de Nevers de par le roi.
» Au dit second article, louchant les remontrances de la paix : le roi a eu et a toujours bon vouloir d’y entendre et procéder par effet, par tous moyens licites et raisonnables , comme il sait bien et peut savoir que les dits seigneurs ainsi l’entendent. El vu les grands devoirs qu’il a faits en cette malière. il s’en lient être bien acqu.lté envers Dieu et le monde; Car, comme il esl notoire, quand le traité fut fait d’entre le roi cl monseigneur le duc de Bourgogne en la ville d’Arras , le roi fil , par l’avis de monseigneur de Bourgogne , qui dèsiroit le bien et union des dits royaumes, offres bien grandes et plus qu’il ne devoit aux Anglois qui pour lors éloienl envoyés parle roi d’Angleierro pour traiter la paix des dits deux royaumes, lesquelles offres furent par eux refusées. Et pour ce et autres choses, sembla aux cardinaux et autres illec envoyés pour la dite matière par notre saint père le pape et le saint concile de Bàle, aussi aux parents et seigneurs
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de mon dit seigneur de Bourgogne , qu’avoit assemblés de tous ses pays en bien grand nombre, que, vu la déraison qui étoil en la partie d’Angleterre refusant telles offres , le dit seigneur de Bourgogne ne se devoit plus tenir à eux par loyauté; mais tant pour ce que pour autres causes s’en pouvoil éconduire et faire paix avec le roi, son naturel et souverain seigneur.
Item, et depuis, le roi, à la requête de monseigneur le duc d’Orléans et le duc de Bretagne, et du' consentement de mon dit seigneur de Bourgogne , sans lequel jamais à la dite paix d’Arras n’a voulu entendre ni procéder à nuis moyens de paix avec les dits Anglois , jà soit ce que de leur part aucunes ouvertures leur en aient été faites, mais pour toujours soi mettre en son devoir, envoya devers mon dit seigneur de Bretagne ses ambassadeurs solennels, atout pouvoir suffisant pour prendre lieu de convention , où les ambassadeurs solennels de la part du roi de France et d’Angleterre pussent aller, et mon dit seigneur le duc d’Orléans, qui devoit être amené à Cherbourg, y pût être , laquelle chose pour lors ne prit aucun effet.
» Item, depuis ta requête de monseigneur d’Orléans et de madame la duchesse de Bour-* gogne , le roi consentit tenir journée entre Gravelines et Calais, pour le fait de la dite paix à certain jour, auquel lieu et temps il envoya ses ambassadeurs à pouvoir suffisant, nonobstant que le dit lieu de Gravelines et Calais étoit bien lointain et en l’obéissance de ses ennemis ; mais ce lui fit accorder et consentir la faveur de mon dit seigneur le duc d’Orléans , qui, pour cette cause, devoit être amené au dessus dit lieu de Calais ; car le roi vouloit et désiroit qu’il fût présent ou auprès du lieu oû la dite cause seroit démenée, pour y avoir son avis, ainsi que bien raison étoit , vu la proximité de lignage à quoi icelui duc d’Orléans attient au roi, et aussi pour parvenir à aucuns moyens de sa délivrance. Et si ne fût pour les causes dessus dites , le roi n’eût point accepté le lieu de Gravelines dessus dit. A laquelle convention fut faite une cédule par mon dit seigneur d’Orléans et ma dite dame la duchesse de Bourgogne , contenant plusieurs points touchant la dite paix. Laquelle cédule fut envoyée devers le roi Charles , oû il avoit
lors ses trois états pour ta diversité des opinions, aussi pour la faute de mon dit seigneur le dauphin , auquel, comme chacun sait, touche plus qu’à nul autre après le roi. Et ainsi que point n’y étoient les seigneurs et gens des pays de Languedoc, de Vienne et d’autres pays, fut prise une autre journée à Bourges en Berri, au mois de février ensuivant. Aux juels jour et lieu le roi avoit intention d’être; mais nonobstant certaines divisions qui lors survinrent, ne put \ enir à la dite journée.
» Item, et néanmoins, en entretenant l’appointement de la journée prise par mon dit seigneur d’Orléans et ma dite dame la duchesse de Bourgogne, envoya à la journée entreprise au premier jour de mai solennelle ambassade , avec pouvoir suffisant pour besogner au fait de la dite paix. Et y furent et demeurèrent les dits ambassadeurs par l’espace de sept ou de huit mois sans rien besogner. Et tant seulement fut emprise une autre journée au premier jour de mai ensuivant l’an mil quatre cent quarante - deux. Auquel jour derechef le roi envoya de moult notables ambassadeurs ayant pouvoir suffisant comme dessus; et n’y fut rien besogné, pour la défaute des Anglois , qui n’y avoient envoyé qu’un simple clerc , qui n’étoit point personne suffisante pour traiter de telle et si haute matière.
» Item, et lors derechef fut fort pourparlé par mon dit seigneur le chancelier avec ma dite dame la duchesse de Bourgogne, d’entreprendre une autre journée au premier jour de ce présent mois de mai ès marches de Beauvais, de Senlis ou de Chartres ; laquelle journée ma dite dame de Bourgogne fit savoir au roi d’Angleterre. Et lui fut fait réponse par une lettre , laquelle elle envoya au roi de France. Et en effet contenoit qu’en autre lieu ne tiendroient ni feroient tenir la dite convention que au dit lieu de Gravelines, auquel lieu le roi n’a délibéré de tenir la dite journée. Et mêmement , vu que par trois fois le roi avoit envoyé en l’obéissance des dits Anglois, ne dévoient ceux Anglois refuser lieu en l’obéissance du roi de France, oû ils pouvoient sûrement et convenablement assembler; et ce que le roi consentit tant de fois assembler au dit lieu de Gravelines, a été en faveur de la délivrance de mon dit seignéur le duc d’Orléans.
» Item, et néanmoins le roi, pour toujours de plus en plus montrer et donner à connoîlre son bon propos et volonté, en continuant ce que par monseigneur le chancelier avoit fait savoir à ma dite dame la duchesse de Bourgogne, est content de tenir journée avec ses dits adversaires les Anglois , pour le bien de paix , au vingt-cinquième jour du mois d’octobre ensuivant , és marches ci-dessus déclarées, c’est à savoir entre Pontoise et Mantes, entre Chartres et Verneuil , entre Sablé et Le Mans, jusqu’à la place moyenne devisée et prise par les ambassadeurs commis d'une part et d’autre. Et ne peut le roi plus tôt prendre journée qu’au dit vingt-cinquième jour, pour deux causes très raisonnables. La première, si est, qu’il vouloit être retourné de ta journée de Tartas au temps dessus dit et être près du lieu où la dite convention se tiendroit, accompagné de messeigneurs de son sang qui être y voudroient ou de leurs gens ; aussi des prélats, barons et grands seigneurs et autres notables hommes de son royaume ; mêmement de ceux de la nation de Normandie, sans lesquels, avec les autres dessus dits, il n’a intention de procéder ni besogner en la dite cause et matière de paix, ainsi que raison est, vu qu’ils ont bien acquitté leur loyauté envers le roi son père et lui; et tant y ont soufferts qu’ils ont bien desservi d’y être appelés et d’en avoir l’opinion d’eux et leur conseil , et aussi pour ce que la chose leur touche plus qu’à nuis autres. L’autre cause, si est pour les anciennes alliances qui sont entre les nations d’Espagne et de France et celle d’Ecosse, lesquelles jusqu’à l’heure présente se sont bien entretenues ; le roi envoicra icelui temps pendant, devers les dits rois d’Espagne et d’Ecosse et les autres alliés, pour eux signifier la cause de la dite convention, afin d’avoir leur avis, conseil et consentement ; car, par les anciennes alliances qu’ils ont ensemble, ils ne peuvent ni doivent faire paix finale ou prendre longues trêves aux dits Anglois sans le consentement les uns des autres ; car toujours depuis les dites alliances faites entre les dessus dits rois de France, d’Espagne et d’Ecosse et autres, elles ont été bien gardées et entretenues, et de par le roi, qui, à l’heure présente, les a confirmées, ni pour rien ne les
voudroit enfreindre ni aller au contraire ; et bien a cause de ce faire , car il a trouvé les dites alliances entre eux bonnes et sûres et les gens de leurs pays ; et ont fait leurs sujets de grands services à la maison de France ; et pource que le roi doit désirer et désire que les devoirs en quoi il s’est mis et veut mettre, lesquels , comme lui semble, dévoient être tenus de tous gens très licites et raisonnables, soient connus partout, maintenant et pour le temps à venir, et que ce soit son acquit et décharge envers Dieu et le monde, il a intention de signifier les devoirs dessus dits, en quoi il s’est mis, et l’offre que de présent il fait de tenir convention avec les dits adversaires pour le bien de paix ès lieux dessus dits, qui avant ou plus sont à sûreté de partie adverse , comme du roi à notre saint père le pape, aux dits rois d’Espagne et d’Ecosse et autres seigneurs scs alliés. En outre, le roi fera savoir à la partie d’Angleterre, afin qu’ils y envoient. Et requiert le roi à monseigneur le duc d’Orléans , à messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Bretagne , et à madame la duchesse de Bourgogne, qui en cette matière se sont employés , que devers la dite partie d’Angleterre ils veulent envoyer aucuns de leurs gens pour exploiter, induire et mouvoir à renvoyer leurs ambassades solennelles, avec bon et suffisant pouvoir, au jour et an dessus dits, pour illec besogner au bien de la matière de paix ; auquel n’y aura point de faute que le roi n’y envoie gens notables ayant pouvoir suffisant.
» Item , le roi veut dès maintenant ouvrir et découvrir sa volonté à messeigneurs, comme à ceux de qui il doit être sûr et certain qu’ils veulent l’honneur de lui et de sa couronne , ainsi comme raison est, comme ceux qui en sont descendus et prochains, touchant ccrlaines paroles qui furent dites , dont le roi est informé, qui servent beaucoup à la matière de paix. Lesquelles sont : qu’à la première assemblée, qui fut tenue entre (Iravelines et Calais, présente madame la duchesse de Bourgogne et le cardinal d’Angleterre , fut prononcé par la bouche de l’archevêque d’York , que nsgue in ullimo flutu , toute la nation d’Angleterre ne soulTriroil pas ni consentiroil que leur roi tint rien en hommage, ressort ni souveraineté de nul antre roi ou prince que
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de lui-môine, qui éloit chose mal concordable pour parvenir à quelconque Iraité de paix ; et n’est point cliose qui se puisse et doive faire Et pour ce, le roi est délibéré et arrêté que pour rien il ne baillera ni délaissera aucune chose aux dits Anglois que ce ne soit en son hommage, souveraineté et ressort, comme les autres vassaux de son royaume et ses sujets; car il ne veut pas que ce que ses prédécesseurs ont augmenté et accru par vaillance et bon gouvernement d’eux et à l’aide de ses sujets, soit ainsi perdu; et ne pourroit croire le roi que pour rien nul, messeigneurs de son sang ni les vaillants notables hommes de ce royaume s’y pussent consentir, ni encore, si faire le vouloit, le souffrir, considéré la hautesse et excellence de la couronne de la dite maison de France.
» Item , qu’afm que chacun connoisse les devoirs que le roi a faits jusqu’à présent pour entendre à avoir la dite paix, et que pour le temps à venir charge ne lui en pût être imputée, il fera, pour être en mémoire, enregistrer en sa chambre des comptes celte présente réponse.
» Item , au regard de ce qu’ils ont requis provision convenable devant l’allée du roi à Tartas, aux nouvelles entreprises des Anglois au pays Chartrain et de Beauce , le roi' y donne remède et y envoie le bâtard d’Orléans, que les dits princes ont et auront bien agréable, avec puissance de gens de guerre, pour résister aux dites entreprises.
» Item , que pource que les dits seigneurs se doivent prochainement assembler à Nevers, ont les dits ambassadeurs requis au roi qu’en entretenant toujours ce que par ses ambassadeurs avoit fait savoir aux dessus dits seigneurs, qu’il étoit conlent que monseigneur le duc de Bretagne s’assemblât avec eux au dit lieu de Nevers, il plaise au roi écrire derechef et mander qu’il s’assemble au dit lieu de Nevers avec les dits seigneurs, en lui envoyant son sauf-conduit et sûreté, si besoin est.
» Le roi fit savoir par monseigneur le chancelier cl messirc Louis de Beaumont qu’il éloit conlent de leur assemblée, espérant les voir en sa ville de ftourges, ou en quelque lieu qu’ils fussent venus, et leur eût fait bonne chère et vu volontiers comme ses plus pro¬
chains parents, et communiqué avecque eux sur les affaires de son royaume. El quant à la venue de monseigneur do Bretagne à Nevers, le roi s'émerveille de ce qu'ils n’en font mention ni plainte; car le roi éloit en bonne intention que s’il fût venu par terre, que son plaisir étoit qu'il passât par Tours pour l’accompagner au dit lieu de Bourges, à la venue des dits seigneurs, si bonnement et à l'aise de sa personne se pouvoil faire. Autrement eût pu sembler au dit duc de Bretagne que le roi se fût voulu élrangi'r de lui. Et néanmoins le roi envoya le sire de Gaucourl avec lettrespatentes, lesquelles il a devers lui , pour savoir s’il vouloit aller par eau par Blois et Orléans, pour lui compagner et lui faire ouverture comme à sa propre personne. Et derechef écrire au dessus dit duc de Bretagne de rassembler à Nevers, ne semble point au roi que ce soit chose raisonnable ou convenable que les dits seigneurs fassent assemblée pour traiter des faits de ce royaume en l’absence du roi ou sans son commandement; mais le roi, à son retour de Tartas, a bien intention de les requérir de leur aide, conseil et secours, et mettre armée sus, la plus grande qu’il pourra, pour entrer en Normandie, à ce qu’il ail meilleur trailé de paix , ou qu’il puisse, à l’aide de Dieu et d’eux, recouvrer sa seigneurie.
» Item, au regard de justice, ont requis au roi que tant en parlement qu’autres oflices de justice de ce royaume, il lui plaise commettre personnes sages et expérimentées au fait de justice, et pourvoir aux offices et non point aux personnes.
» Le roi, à son pouvoir, a toujours mis, élu et constitué en son parlement les meilleurs et les plus sages et plus idoines clercs qu’il a pu trouver ni finer; et encore y sont des plus sages et des plus notables pour le présent commis clercs, juristes et expérimentés de ce royaume. Et en faveur et requête de monseigneur le duc de Bourgogne, le roi a mis douze, tels que mon dit seigneur de Bourgogne lui a voulu nommer, d’autres seigneurs. Quand ils ont requis pour personnes qui le vaillent ès autres offices de la justice du royaume, le roi y a mis gens notables cl suffisants pour exercer bien et dûment les dits offices, lantpar eux
comme par leurs lieutenants, qui sont gens de justice et clercs et notables homtnes, en tel cas eux connoissanls , pour faire et administrer justice.
» Item , qu’il plaise au roi faire abréger les procès et administrer justice aux parties, et tant aux sujets des dits seigneurs comme aux sujets du roi, sans moyen, en faisant constitution, et par effet l’entretenant à ce que, sans avoir regard aux partialités du temps passé , bonne justice y soit mise et administrée.
» Le roi n’a jamais eu plainte ni doléance des dites choses, et désire de tout son pouvoir l’administration de justice et l’abréviation des procès, sans avoir regard aux dites partialités; ains voudroit punir tous ceux qui feroient le contraire; et l’intention du roi est écrire à sa cour de parlement et à ses autres officiers de justice, que dorénavant ils abrègent encore plus qu’ils n’ont accoutumé les dits procès, et fassent bon et bref droit aux dites parties, sans avoir regard aux dites partialités.
» Item, ont remontré au roi l’horreur des roberies, outrages et dérisions que font plusieurs gens de guerre, qui se disent au roi, tant sur les sujets des dits seigneurs que sur les siens, requérant sur ce provision, non par lettres ou paroles , mais par effet; et aussi ont remonsiré q l’il seroit con\enable que seulement aucuns capitaines notables qui bien et lo.\aument ont servi le roi eussent la charge des gens d'armes et de guerre.
» Item, que h'Sgens de guerre fussent payés, soudoyés et logés és frontières; et sans punition on ne leur souffrît tenir les champs, ou vivre sur le peuple. El avec ce, que le roi retienne seulement pour lui scr\irgens expérimentés de la guerre , et non soi arrêter à la multitude; mais contraigne les gens de bas état, oiseux, noiseux et non sachant de la guerre, d’eux retourner à leurs labeurs et leurs métiers.
» Les dites pilleries ont toujours déplu au roi et déplaisent de tout son cœur; et s’est essayé plusieurs fois de vider toutes gens faisant pilleries. Et quant aux logis sur frontières, lui étant dernièrement à Angers , l’avoit fait et ordonné, et les avoit établis et soudoyés, mais lors et depuis, on lui a levé les dits gens d’armes, qui a été cause de remettre les pilleries
sur les pays; et ont été faites plusieurs traverses, par quoi on n’a point pu exécuter ni donner provision aux dites pilleries, ainsi qu’il avoit proposé et intention de faire. El est le roi du tout délibéré, en suivant le conseil des dits seigneurs , d’y pourvoir si convenablement que les dites pilleries cesseront, eide casser toutes gens inutiles pisur la guerre. Si requiert aux dits seigneurs (|u’ils ne veuillent accueillir aucuns qui feroient contre la dite ordonnance.
» hem, ont remontré au roi la pauvreté du commun p uple, excessives tailles, aides, impositions, gabelles, dont les dessus dits sujets sont insupportablement foulés, requérant qu’il plaise au roi d’y pourvoir convenablement et modérément.
» Le roi est très déplaisant de la pauvreté de son peuple , en quoi il a très grands intérêts et dommages, et a intention, selon son pouvoir, de les relever et supporter le plus fort qu’on pourra; et pour eux (Mer de la pillerie, lui a convenu aller l’an passé és pays de Champagne, où il a été, et fait cesser la dite pillerie. Semblablement le fera és autres lieux de son royaume, et ne cessera jusqu’à ce qu’il ail fait mômement comme dessus est dit, louchant les gens d'armes qui demeurèrent és dites frontières, en leur faisant paiement et ordonnance de vivres, en quoi il est délibéré d’entendre et vaquer; autrement connoîl la dépopulation et destruction de tout son royaume et de ses sujets. Et au regard des tailles, aides et gabelles excessives dont les sujets des dits seigneurs sont insupportablement grevés et foulés, le roi a plus supporté les sujets des dits seignmirs que les siens propres; et sera trouvé que quand, en l’année, sur les dits sujets du roi auront été levées deux tailles, sur les pays et sujets des dits seigneurs n’en aura été levée qu’une, que les dits seigneurs mêmes ont prise, levée et empêchée, ou la plus grand’ partie. Pour quoi appert que besoin a été au roi avoir autre aide que des pays des dits seigneurs , pour conduire le fait de sa guerre et de ses autres grands affaires.
» Item, ont remonstré au roi comment telles tailles et impositions se doivent mettre sus et imposer, et appeler les seigneuries et les états du rovaume.
» Les aides ont été mises sur les seigneuries, el de leur consentement. Et quant aux tailles, le roi, quand il a été en lieu, les a appelés ou fait savoir, combien que de son autorité royale , vu les grandes affaires de son royaume si urgentes, comme chacun sait, el mémernent ses ennemis en occupant une grand’ partie et détruisant le surplus, le peut mettre sus, ce qu’autre que lui ne peut faire sans son congé. Et n’est jà nul besoin d’assembler les trois étals pour mettre sus les dites tailles; car ce n’est que charge et dépense au pauvre peuple, qui a à payer les frais de ceux qui y viennent; et ont requis plusieurs notables seigneurs du dit pays qu’on cessât de telle convocation faire. Et pour celte cause, sont contents qu’on envoie la commission aux élus, selon le bon plaisir du roi.
» Item, qu’aux grandes affaires de ce royaume le roi devroit appeler les princes de son sang plus que nuis autres, et qu’ainsi se doit faire raisonnablement, vu leur grand intérêt, et ainsi est accoutumé de faire par les très chrétiens rois de France, ses progéniteurs.
» Item, ont requis au roi qu’il lui plaise entretenir les dits seigneurs en leurs prérogatives et autorités, lesquelles ils ont, tant à cause des parties et autres seigneuries qu’ils ont au royaume.
» Le roi n’a traité d’aucune matière haute sans le su des dits seigneurs ou de la plus grand’ partie d’iceux; el encore son intention n’est point d’autrement faire; el son plaisir et sa volonté est de les entretenir en leurs prérogatives et autorités, et n’a rien fait au contraire. Ainsi lui fassent les seigneurs , et fassent faire à leurs sujets, en leurs terres et seigneuries, ainsi qu’ils sont tenus défaire.
* Item, qu’il lui plaise élire en son grandconseil gens notables cremanl Dieu , et non extrêmes ou passionnés ès divisions passées.
» Item, qu’il plaise au roi élire les dits conseillers en nombre compétent , et non plus commellre la somme ou conduite des grandes affaires de ce royaume à deux ou trois, comme il a été fait par ci-devant.
» Le roi, de son pouvoir, a toujours quis et élu en son conseil des plus notables de son royaume, ni le roi n’a eu regard aux divisions passées; il les a et tient pour oubliées, et a
toujours le roi eu bon nombre de conseillers, par lesquels il a conduit et délibéré les matières, ainsi que le cas et le temps l’ont requis.
» Item . qu’il plaise au roi prendre en bien ces remontrances , vu les quatre causes remonstrées au roi, qui ont mu les dits seigneurs de ce faire.
» Item, ont remonstré au roi le fait de monseigneur le duc d’Alençon , en lui requérant qu’il lui plût restituer la place de Niort, ou lui faire promptement délivrer son argent, ou paiement, et aussi le rétablir à sa lieutenance et pension , el lui faire restituer la place de Sainte-Suzanne et un sien prisonnier anglois, ou lui administrer bonne et briève justice.
» Quand le roi a été en son pays de Poitou pour y donner provision et faire cesser les pil- Icries qui s’y faisoient , et mettre en sa main plusieurs places par lesquelles se faisoient les dites pilleries, doutant le roi que durant le temps de son voyage de Tartas, el en son absence, que par les villes et châteaux de Niort fût porté dommage au roi et à son pays de Poitou , ainsi qu’aucunes fois et autrefois a été, le roi le reprît en sa main en intention de payer et contenter ce en quoi il éloit tenu , jà soit ce que toute la dette ne fût point de prêt; et déjà a fait bailler à mon dit seigneur d’Alençon six mille écus, et le surplus à son paiement fera faire et bailler aux termes, et ainsi que le roi l’a écrit à mon dit seigneur d’Alençon ; et n’y aura point de faute, sans ce que le roi ait regard aux renies et revenus du dit lieu de Niort, que mon dit seigneur d’Alençon a levées le temps qu’il l’a tenue. Touchant le rétablissement de sa lieutenance et pension, quand mon dit seigneur d’Alençon se conduira et gouvernera envers le roi ainsi qu’il doit, le roi le traitera comme son parent et sujet, en ayant mémoire de la prochaineté de lignage et aux services que lui et les siens ont faits au roi et au royaume ; et toujours l’a fait jusqu’à ce que la faute soit venue par lui. Touchant la place de Sainte-Suzanne , le roi ne l’a point baillée au seigneur de Beuil, ni de par lui il ne la détient. Et toutes fois que mon dit seigneur d’Alençon requerra au roi justice, il lui administrera et fera administrer très volontiers. Et le dit seigneur de Bueil a bien de quoi répondre , s’il lient de tort à mon dit sieur le
duc d’Alençon. Semblablement du prisonnier qu’il demande lui sera administrée raison et justice.
» Item, ont parlé du fait de monseigneur de Bourbon , demandant que sa pension lui fût entretenue, laquelle n’est point excessive.
•> Le roi a tellement fait continuer que rien ne lui en est dû \ et sur quatorze mille et quatre cents francs que monte sa dite pension sur celle présente année, le roi avoit ordonné lui être baillés neuf mille francs que ses gens ne vouloient accepter, à Bressuire, en janvier dernier passé ; et s’émerveille le roi comment à présent il en fait mention.
•> Item, ont parlé du fait de monseigneur de Vendôme, en suppliant au roi qu’il lui plût lui faire avoir les pensions et biens qu’il a eus par ci-devant, dont il est bien métier au dit seigneur, et n’a point besoin qu’elles lui soient cassées; et aussi qu’il plaise au roi qu’il pût venir exercer son otïïce de grand-maitre-d’hôtel, comme il avoit de coutume de faire.
» Le roi ne l’a point mis hors de son hôtel , lui-même s’en est mis hors et quand mon dit seigneur de Vendôme se gouvernera envers le roi ainsi qu’il doit, le roi fera ce qu’il appartiendra.
» Item, et au regard de monseigneur de Nevers, considéré la prochaineté de lignage dont il attient au roi, et que monseigneur son père mourut en son service , et les services que monseigneur de Nevers peut faire au roi , il lui plaise à faire ôter et cesser les empêchements à lui mis au grenier à sel d’Arcy-sur- Aube , et lui faire avoir les décharges , en la manière accoutumée, pour le paiement de sa pension dessus dite.
» Le roi, en comtemplation de mon dit seigneur de Nevers et en faveur de lui, nonobstant les grandes charges et affaires que le roi a à supporter pour le fait de sa guerre, est très bien content que mon dit seigneur de Nevers ait sa dessus dite pension, dont il prendra en paiement sa composition des Rélhelois pour autant qu’elle vaut. Et au surplus, le roi lui baillera de ses tailles et aides en faisant et donnant obéissance au roi ses lelires, mandements et otTiciers és lerres de mon dit seigneur de Nevers , autres que jusqu’à maintenant n’a été fait : et n’est point le roi content que mon
dit seigneur de Nevers souffre par toute la dite comté de Rélhelois scs pays de Champagne et antres pays voisins être foulés, courus , mangés ni détruits , tant par ses gens comme par autres qui y passent, et se retrayent en la dite comté de Rélhelois , et doit y pourvoir tellement que le roi ait cause d’en être content. El au regard du dit grenier d’Arcy-sur-Aube , le roi veut qu’on envoie en sa chambre des comptes savoir si mon dit seigneur de .Nevers doit prendre et avoir le dit grenier d’Arcy ; et ce qui lui en sera certifié par la dite chambre, le roi y donnera provision.
» Item, ont parlé du fait de monseigneur le duc de Bourgogne, sans vouloir faire de présent aucune poursuite, ainsi et par la manière qu’il a proposé , c’est à savoir pour donner à connoîlre au roi que le traité de la paix entre le roi cl lui n’est point encore accompli en plusieurs articles de la part du roi, et aussi qu’il y a très grand nombre d’articles où on attente directement, et encore fait-on de jour en jour contre le dit traité de paix, au grand préjudice de mon dit seigneur de Bourgogne.
» Le roi a toujours désiré et voulu avoir paix, amour et bon accord avec mon dit seigneur de Bourgogne, et pour l’avoir n’y a rien épargné , et jusqu’à présent a toujours entretenu la dite paix et accord, et a volonté de l’ainsi faire sans rien interrompre. Et pour le mieux fermer et entretenir, a le roi bien voulu le mariage de sa fille aller avec son fils monseigneur de Charolois. Et quant à ce qui reste à accomplir du traité de la paix d’.Vrras, fait entre le roi et mon dit seigneur de Bourgogne, mon dit seigneur a vu les grands affaires cjuc le roi jusqu’à présent a eus et soufferts, pourquoi ne les a pu accomplir ainsi qu’il eût voulu ; mais il a intention et bon vouloir de les accomplir au mieux et le plus bref qu’il pourra , et tant que mon dit seigneur le duc de Bourgogne en devra être content. El quant à ce qu’au dit article est faite mention que en plusieurs points et articles de la dite paix a été allemplé directement de la part du roi, et fait- I on do jour en jour, le roi ne sait ni croit, et ne ! voudroit que rien de sa part eût été altempté ni fait au contraire, mais bien auroil le roi sur ce de quoi soi douloir, dont il se passe de présent. »
Après que les ambassadeurs dont dessus est faite mcniion eurent été cl vaqué par plusieurs journées en l’hôtel du roi, où ils furent reçus assez honorablement , et qu’ils eurent bien au long remontré l’étal et les articles pour quoi ils éloienl là envoyés de par les seigneurs dessus dits , et aussi que les réponses sur iceux articles, tant de bouche comme par écrit, leur eurent été t aillées de parle roi, prirent congé et s’en retournèrent devers les dessus dits seigneurs. Toutefois, le roi n’étoit pas bien content ni joyeux des assemblées que les dessus dits seigneurs faisoient en son absence ; car de jour en jour y avoit des plus grands de tout son hôtel et de ceux de son privé conseil qui lui disoient et rapporloienl que les dites assemblées n’ètoient point pour son bien , et qu’iceux seigneurs s’efl'orçoient d’atlraire de leur parti les nobles hommes de son royaume, avecque les gens d’église et le commun peuple, pour faire tous ensemble nouvelles ordonnances et bailler gouvernement en icelui royaume de par les trois étals ; ce qui seroit et pourroit être à son grand préjudice; parce que si ainsi étoit, comme ils disoient, il n’avoit nulle autorité, sinon par les mains de ceux qui avoient le dit gouvernement. A quoi le roi dessus dit répondit qu’il ne pourroit nullement croire qu’iceux dessus dits seigneurs voulsissent ce faire contre lui ni sa majesté royale. Et par spécial que le duc de Bourgogne se voulait entremettre ni consentir d’aucune chose être faite à son préjudice, considéré la paix et réunion que naguère ils avoient faite l’un contre l’autre ; et disoit outre que s’il pouvoit être certainement averti qu’ils voulsissent traiter ou faire aucune chose contre lui ni sa dite majesté , il laisseroit toutes autres besognes pour leur courre sus.