CHAPITRE LIV
Comment le roi de France en ce temps fut fort oppressé de maladie, et des noces du comte de Nevers à la damoiselle de Couci, et de la guerre d’Âmé de Viry, savoyen.
Au commencement de cet an , Charles , roi de France, fut fort oppressé de sa maladie accoutumée ; et pour ce les rois de Sicile et de Navarre, et le duc de Berri, et avec eux le duc de Bourgogne, après ce qu’ils eurent pourvu à l’état et garde du roi, ils se départirent de Paris et s’en allèrent chacun en son pays pour
1410. Elle avoit eu de son mariage avec Henri : Jean II, qui succéda à son père; Marie, qui épousa le roi d’Aragon (AI|)honse V), et non pas le roi de Portugal, et Catherine, mariée au marquis de Villena. Philippine de Lancastre, épouse de Jean I" de Portugal, était sœur d’une fille de Catherine de Lancastre.
* Éric VII, et non Henri IV, comme le dit Monstre- Ict, ou Jean, comme le dit Johnes, dans ses notes sur Monstrelet, et Ducange, d’après Brooks, dans ses corrections, avait épousé, en 1406, Philippine, fille de Henri IV ; elle le quitta en 1408, à cause de ses mauvais traitemens, et alla finir ses jours au monastère de Waldslena, en Suède.
^ Marguerite, dite la Sémiramis du Nord, fit en effet couronner Eric, son petit-neveu, roi des royaumes de Danemark , de Suède et de Norwége , réunis sur sa tête par la convention de Calmar, eu 1397.
iceux visiter ; et pareillement se partit icelui duc de Bourgogne , et s’en alla aux noces de Philippe , comte de Nevers , son frère , lequel prit à femme la demoiselle de Couci , fdle de messire Enguerrand de Couci , jadis seigneur et comte de Soissons, et nièce, de par la mère, du duc de Lorraine et du comte de Vaudemont. Lesquelles noces se firent en la ville de Soissons ; et y ètoient la duchesse de Lorraine , la comtesse de Vaudemont, venues de leur pays pour accompagner et honorer la dame de Couci , et sa fille. Si furent ces mariages faits, et la fêle solennisèe moult solennellement par un jour de Saint-George , et dura trois jours ensuivant.
Et après iceux jours passés , le dit duc de Bourgogne se partit , et s’en alla en son pays de Bourgogne, le comte de Penlhièvre, son beau-fils, en sa compagnie; et bref ensuivant, le dit comte de Nevers, avec la dite duchesse de Lorraine et la comtesse de Vaudemont, emmena sa femme en sa comté de Relhel, où elle fut reçue très joyeusement.
Durant lequel temps, le duc de Bourbon fut défié d’Amé de Viry, savoyen , lequel étoit un pauvre chevalier, au regard dudit duc ; mais ce nonobstant, si lui fit plusieurs dommages par feu et par épée au pays de Bresse et de Beaujolois; pour lesquels dommages icelui duc le prit en très grand’ indignation , et assembla très grand nombre de gens d’armes et de gens de Irait pour le punir et subjuguer. Si envoya devant le comte de Clermont, son fils, et assez tôt après le suivit. En sa compagnie ètoient les comtes de La Marche et de Vendôme , le seigneur d’Albret, connétable de France, Louis de Bavière, frère de la reine, Montagu, grand-maître de l’hôtel du roi, le seigneur de La lieuse, et plusieurs autres grands seigneurs, qui tous ensemble tirèrent au pays de Beaujolois atout très grand’ puissance. Mais devant la venue du dit duc de Bourbon, icelui Amé de Viry, son adversaire, fut averti de la dite puissance qui venoit contre lui , et n’osa attendre la venue , car il n’eut pas fiance de pouvoir tenir les forteresses qu’il avoit prises. El pour tant se départit et s’en alla en une ville nommée le Bourgen-Bresse, appartenant au comte de Savoie, son seigneur; lequel comte de Savoie ne le voulut pas garantir contre le dit duc de Bourbon,
son grand-oncle ; ainçois en fit présent à icelui duc, par telle condition que le dit Amé lui amenderoit à son pouvoir ce qu’il lui avoit méfait, et se rendroit en ses prisons tant qu’il seroit content de tous les frais et dommages qu’il avoit eus à l’occasion devant dite ; sauf qu’il ne lui feroit déplaisir en corps ni en membres. Et ainsi grandement le dit duc de Bourbon le reçut , et remercia son dit neveu , et pour cette cause, une dissension qui étoit émue entre eux fut apaisée ; car le dit duc de Savoie disoit que son grand-oncle lui devoit faire hommage à cause de sa terre de Beaujolois, lequel il ne vouloit pas fàire ; mais la question fut mise par eux deux ensemble en la volonté et ordonnance du duc de Berri.
Après lesquelles besognes conclues, le dit duc de Bourbon s’en retourna en France , et donna conge à tous ses geris d’armes, et depuis, par certain moyen que le dit de Viry eut avec le dit duc, il fut délivré. A laquelle assemblée , et pour y aller, Waleran , comte de Saint-Pol, mit sus très grosse armée ; mais en passant parmi Paris, lui fut ordonné de par le roi qu’il n’allàt plus avant, mais s’en retournât ès frontières du Boulenois , où il étoit spécialement commis de par le roi.