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CHAPITRE LV

Comment deux champs de bataille furent promus lors à faire

à Paris, présent le roi. De l’archevêque de Rheims, qui fut

mort, et du concile de Pise.

Environ l’ascension, Charles, roi de France, qui avoit été longue espace malade, revint en santé. Et tantôt après les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon retournèrent à Paris, et plusieurs autres grands seigneurs. En lequel temps furent faits deux champs de bataille en la place derrière Saint-3Iartindes-Champs , présents le roi et les seigneurs dessus dits; est à savoir le premier d’un gentilhomme , chevalier breton , nommé sire Guillaume Barillcr , contre un Anglois nomme messire .lean Carrington ; et fut pour cause de foi mentie l’un â l’autre. El après qu’ils lurent mis ensemble , et que 3Ionljoic , roi d’armes , eut fait et publié les cris et défenses accoutumées , et aussi qu’il eut déclaré qu’ils fissent leur devoir, le dit messire Guillaume, qui

CHllOMQÜES D’ENGUERRAND DE MOrsSTRELET.

US

éloit appelant , issil premier de son pavillon , et commença ù marcher moult fièrement contre son adversaire, lequel pareillement vint contre lui; et quand ils eurent jeté leurs lances l'une contre l'autre sans eux atteindre , ils commencèrent de leurs épées. El en ce faisant, fut le dit Anglois un petit navré par-dessous scs lames; cl tantôt le roi les fit cesser, et depuis furent ramenés à leurs hôtels très honorahlenient , et issirent du champ aussitôt l’un comme l’autre.

L’autre champ si fut du sénéchal de Ilainaul à l’encontre de messire Jean de Cornouaille, aniilois, chevalier de grand renom , lcqu(‘l avoit lors épousé la sœur du roi d’Angleterre ; et étoient lors icelles armes entreprises à taire par iceux deux chevaliers devant le duc de Bourgogne à Lille, tant seulement à montrer leur prouesse à courre certains coups de lance l'un contre l’autre, et aussi à faire aucuns coups de haches et d’épées : mais quand le dit duc de Bourgogne eut fait préparer le camp où ce se devoit accomplir, les deux champions dessus dits furent mandés à aller à Paris devers le roi pour parfaire leur entreprise. Et li, après les ordonnances faites et le jour venu, le dit Cornouaille entra premier au chanqo, moult pompeusement chevauchant son dextrier, jusqu’à tant qu’il vint devant le roi , lequel il inclina et salua très humblement, et étoient après lui six pages sur autres six dex- Iriers, desquels les deux plus prochains de lui étoient couverts d’hermines, elles autres quatre ensuivant avoienl couvertures de drap d’or. Et après ce qu’il fut entré ès lices, les pages dessus dits se partirent du camp ; et bref ensuivant, vint le dit sénéchal, accompagné du duc Antoine de Brabant et de Philippe comte de INevers, frères, étant à pied, et tenant le frein de son cheval, l’un à dexlre, l’autre à sénestre : et le comte de Clermont portoit sa hache, et le comte de Penlhièvre portoit sa lance. Et après ce qu’il fut entré au champ et qu’il eut fait la révérence au roi , comme avoit fait le dit Cornouaille, ils se préparèrent tous deux pour aller jouter de fers émoulus l’un contre l’autre : mais devant qu’ils s’émussent à courre, fut crié de par le roi Charles qu’ils cessassent et n’allassent plus avant en faisant icelles armes. Pour lequel cri ils furent tous

deux très déplaisants ; si retournèrent tous deux en leurs hôtels. Et derechef fut crié et défendu de par le roi qu’ils cessassent et n’allassent plus avant en faisant icelles armes, et que nul, sur peine capitale, dorénavant en tout son royaume n’appelât autrui en champ sans cause raisonnable. Et depuis, quand le roi eut grandement festoyé et honoré à sa cour les deux chevaliers dessus dits, ils se départirent et s’en allèrent eux deux , comme on disoit, en Angleterre, sur intention de poursuivre et accomplir leurs armes.

Durant lequel temps, le cardinal de Bar, fils au duc de Bar, et Guy de Roye, archevêque de Rheims, avec eux maître Pierre d’Ailly, évêque de Cambrai, et plusieurs autres prélats et notables gens d’église, allant au concile général qui alors se tenoit à Pise, furent logés en une ville sur la mer, nommée Voullre, séant à quatre lieues de Gênes ou environ ; en laquelle ville le maréchal du dit archevêque eut noise et contest contre un autre maréchal de la dite ville, pour le salaire de ferrer un cheval, et multiplia tant le discord, que le maréchal de l’archevêque tua icelui de la ville , et prestement il s’enfuit à sauveté en l’hôtel de son maître. Auquel lieu ceux de la dite ville soudainement en grand nombre tous émus vinrent pour venger le dit maréchal occis. Et quand le dit archevêque ouit la noise, lui étant en grand ennui pour la dite besogne, descendit de sa chambre en parlant à eux doucement, et promettant que prestement il feroit amender la dite offense à leur volonté ; et pour iceux mieux apaiser mit son dit maréchal en la main du juge de la dite ville, lequel étoit lieutenant de Boucicaut, maréchal de France, adonc gouverneur de Gênes : mais ce rien n’y valut ; car ainsi qu’icelui archevêque parloit à eux hors de l’huis de son hôtel, l’un d’iceux lui lança un javelot parmi le corps droit au cœur, si douloureusement qu’il chut là présentement tout mort, sans parler depuis aucune parole, dont ce fut piteuse chose : car il éloit très notable prélat bien conditionné et de noble lignée ; et après que ce fut fait, ne leur sufiil pas à tant ; ainçois incontinent mirent à mort le juge dessus dit de leur ville, et le dit maréchal.

Et avec ce vouloient enfôrcer l’hôtel du dit cardinal de Bar, où la plus grand’ partie des

autres s’étoient retraits, pour tout mettre à mort. Toutefois ils furent rapaisés aucunement par aucuns des plus notables d’icelle; et tant fut traité, qu’enfin le dit cardinal leur bailla pardon de tout ce qu’ils avoient fait à l’encontre de lui. Et fut à ce conseillé par ses gens, pour doute qu’ils ne fussent là tous détruits ; et aussi on ne lui dit point la mort de l’arctievéque , jusqu’à tant qu’il fut bien deux lieues arriére d’icelle ville. Pour laquelle mort, quand elle fut venue à sa connoissance, il en fut tant déplaisant et ennuyé au cœur, qu’à grand’ peine se pouvoit-il tenir sur sa mule. Néanmoins ses gens le firent hâter le plus qu’ils purent ; car ils étoient en grand’ doutance de leurs vies pour l’exemple qu’ils avoient vu, et aussi qu’ils véoient de plusieurs lieux descendre gens, par les signes qu’ils ont au pa\s accoutumé de faire quand il y a effroi en ville, tant par clochettes qu’ils sonnent qu’autrement. Lequel signe étoit jà tout public parmi le pays, et véoient de plusieurs lieux descendre paysans des montagnes pour courre après eux. Mais quand ils vinrent à une lieue de Gènes, le maréchal Boucicaut vint au devant du dit cardinal, à très belle compagnie, lequel cardinal fit à lui très grand’ plainte de l’outrage qui avoit été fait contre ses gens par ceux de la ville de Voultre, en lui requérant que par justice il y voulsît pourvoir. Lequel Boucicaut fit réponse qu’il en feroit si bonne justice que tous autres y devroient prendre exemple. Et après emmena icelui cardinal dedans la ville de Gênes, où il fut grandement reçu , tant des gens d’église comme des bourgeois ; et en ce même jour fut porté le corps dudit archevêque de Rheims au dit lieu de Gênes, et là fut enterré honorablement, et son service fait dedans la maîtresse église de la dessus dite ville. Et bref ensuivant fut prise très grand’ punition par le maréchal Boucicaut de tous ceux qu’on put prendre et appréhender, et aussi de leurs complices qui avoient fait cette cruauté ; et furent mis à mort etjusticiés par diverses manières; et avecque ce furent leurs maisons démolies et abattues de fond en comble, afin de donner exemple aux autres que jamais ne fissent si cruel et horrible meurtre. Et adonc le cardinal de Bar atout ses gens se partit de Gênes et alla par plusieurs

journées jusqu’en la ville de Fisc ; auquel lieu étoient assemblés très grand’ multitude de cardinaux de l’obédience des deux papes , de maîtres en théologie, de gradués, tant en décrets comme en autres sciences, les ambassadeurs de divers royaumes et pays, et très grand nombre de prélats de toutes les parties de chrétienté ; lesquels, après que plusieurs conseils eurent été tenus sur la division de l’église universelle, vinrent enfin en une conclusion; et tous ensemble, et d'une même volonté, condamnèrent les deux contendants à la papalité, comme hérétiques, schismatiques, obstinés en mal et troublcurs de la paix de notre mère sainte église. Cette condamnation fut faite, présents vingt et quatre cardinaux, ès portes de la cité de Pise, en la présence de tout le peuple; et le quinzième jour de juin l’an dessus dit, les cardinaux dessus nommés invoquant et appelant la grâce du Saint-Esprit, entrèrent en conclave, et là furent demeurant jusqu’au seizième jour du dit mois, qu’ils vinrent à conclusion , et élurent Pierre de Candie, natif de Grèce, de l’ordre des frères-mineurs, docteur en théologie fait à Paris, archevêque de Milan et cardinal, à vrai et souverain évêque catholique de notre mère sainte église, lequel, en consacrant , appelèrent pape Alexandre, cinquième de ce nom.

O Dieu tout puissant, comme grand’ joie et liesse fut adonc par la très grand’ provision de ta grâce ! Car à peine pourroit-on raconter la grand’ voix et ébaudissement que faisoient ceux qui venoient et étoient entour la dite cité par l’espace d’une lieue ou environ. Mais que pourrons-nous dire de la cité de Paris ? Certainement, quand ils ouïrent les nouvelles de ce, le huitième jour de juillet, ils furent remplis de si grand’ joie qu’ils ne cessoient de crier nuit et jour parmi les places et par les rues à haute voix : A'’ivc Alexandre cinquième, notre papel buvants et mangeants ensemble, par manière de grand’ solennité. Et après, les solennités, procès et ordonnances du dit concile peuvent apparoir par plusieurs lettres ciaprès écrites; et premièrement par les lettres de l’abbé de Saint-IMaxence envovées à l’évêque de Poitiers, desquelles la teneur s'ensuit.

Lcilro de l’abbé do Saint-Maxence û l’évéque de Poiliers.

Révérend pérc et mon redouté seigneur, humble reeoinmandation prémise, moi sachant que votre révérenlc paternité désire aucunement être informée du procès et ordonnance du saint concile général qui pour le présent est tenu en la cité de Pise, et des nouvelles là étant , pour quoi j’ai délibéré de notifier par lettres à votre dite paternité les choses qui s’ensuivent. Et premièrement, le vingtcinquième jour de mars, tous les seigneurs cardinaux de l’un et l’autre collège, et tous les prélats qui pour lors étoient à Pise, s’assemblèrent en l'église Saint-Martin, qui est outre la rivière, vers les parties de Florence et de la dite abbaye. Tous vêtus d’aubes et de chapes et ornés de mitres, firent procession grande et notable jusqu’à l’église cathédrale, lesquelles églises sont autant loin l’une de l’autre qu’il va de l’église Notre-Dame de Paris jusqu’à l’église Saint-Martin-des-Champs ; en laquelle église cathédrale est célébrée messe continuellement durant le dit concile général. Et au jour dessus dit fut la messe célébrée moult solennellement, et fit le sermon monseigneur le cardinal de Milan, de l’ordre des frères-mineurs, qui est un grand théologien; et après la solennité faite, la journée fut continuée le lendemain, pour commencer le dit concile ; auquel jour furent appelés les deux contendants de la papalité, aux portes de la dite église, par deux cardinaux : mais nul ne comparut, ni aucuns pour eux.

llcm, en ce jour fut faite continuation jusqu’au pénultième de mars, et en ce jour furent évoqués les dits contendants comme dessus, et nul ne comparut. Et pour ce le dit concile général , les dits contendants légitimement requis, appelés et évoqués en cause de schisme et de la foi , non venants ni comparants par eux ni par autres au dit concile général, ni faisants satisfaction dedans le terme ordonné et établi, jaçoit ce chose que ils fussent attendus après le terme par deux sièges, réputa et déclara en la dite cause de schisme et de foi contumace, et les mit en contumace et défaut ; et ordonna le dit concile à procéder en outre contre iceux à l’autre siège ordonné le lundi après la Quasimodo, quinzième jour d’avril ;

lequel temps pendant, messeigneurs célébrèrent ensemble l’ofiiee de la sainte semaine peineuse. Et le jour du saint vendredi , monseigneur le cardinal des Ursins célébra l’olfice divin en l’église Saint-Martin ; et là prêcha un maître en théologie séculier de Boulognela-Grasse, moult notablement. /fem, le jour de Pâques, je fus présent à la solennité de messeigneurs les cardinaux. Item , en la semaine ensuivant, s’assemblèrent les dits cardinaux en concile, aucunes fois tout seuls, aucunes fois appelant les prélats qui là étoient présents, pour délibérer des choses à faire ; et moult agréablement et honnêtement se maintenoient entre eux et entre tous autres prélats. Item , en cette semaine arrivèrent à Pise les ambassadeurs de Rupert, roi des Romains.

Item, le dimanche de Quasimodo, un évêque d’Italie célébra messe devant les cardinaux. Là fit le sermon un cordelier de Languedoc, maître en théologie, et prêcha moult solennellement à la louange des seigneurs cardinaux, du roi de France et des prélats conquérants la paix de l’église, et très durement contre les deux contendants, en réputant iceux schismatiques et hérétiques , traîtres, ennemis de Dieu et de l’église , et faisant plusieurs conclusions ; et prit son thème : Jésus dixit: Pax vobis, lequel il démena moult bien.

Item,, le lundi ensuivant, les dits cardinaux, tous les prélats, ambassadeurs et procureurs là étant présents, jurèrent et promirent tenir le dit concile général, qui est moult solennellement et continuellement célébré; car premièrement la messe est chantée , et là sont faites plusieurs oraisons, et la grand’ litanie chantée, auquel tousdis sont présents les dits cardinaux et tous les prélats, vêtus d’aubes, de chapes et de mitres, tant comme dure la célébration du dit concile, laquelle est dévote et honnête à regarder.

Item, en ce même jour, audit concile, fut donnée audience aux dits ambassadeurs du dit Rupert, roi des Romains ; et l’évêque de Verdun, natif de la province de Mayence, de par le roi Rupert, favorable à la partie d’icelui Grégoire, en tant qu’il pouvoit, commença son thème : Pax vobis; et proposa moult de mauvaises choses pour rompre et troubler le dit concile général à l’intemion de son mal-

tre et d’icelui faux pape Grégoire ; el étoient avec icelui évêque un archevêque d’élrange ordre tant qu’à nous, un autre évêque, et plusieurs autres honnêtes personnes, comme il apparoît. Après les choses proposées par le dit évêque, les dits ambassadeurs furent requis qu’ils baillassent en écrit ce qu’ils avoient proposé et enseignassent la procuration de leur maître, etjourseroit assigné à ouïr réponse, par le saint concile, sur ce qu’ils avoient proposé: laquelle chose ainsi ils firent ; mais devant que le jour fût venu auquel dévoient avoir réponse, les dits ambassadeurs se partirent sans prendre congé de leur hôte. En celle semaine de la Quasimodo, vinrent à Pise le seigneur de Male- Teste, en très grand état, qui avoit baillé à celui Grégoire un sien chàtel nommé Riémule; et fit certaine requête aux cardinaux ensemble , tant de par le dit Grégoire, comme de par lui: c’est à savoir qu’il plût à eux tous que le dit concile fût prolongé et le lieu mué , et s’ils vouloient ainsi faire, le dit Grégoire viendroit au dit concile , pourvu que le lieu fût sûr et qu’il eût sûreté d’aller et de venir. Après lesquelles requêtes, les dits cardinaux mandèrent les prélats, et à iceux notifièrent les dites requêtes. Les prélats, tous ensemble, répondirent que nullement ne se consentiroient que le temps fût prolongé ni que le lieu fût mué : laquelle réponse moult fut plaisante aux dits cardinaux ; et en cette manière le dit sieur de Male- Testc se partit sans rien besogner; toutefois il fut assez bien apaisé par avicuns cardinaux ses amis et de sa connoissance.

Item, depuis le quinzième jour d’avril dessus dit, fut continué l’autre siège, jusqu’au vingt-quatrième jour du dit mois d’avril; auquel siège, après la solennité de la messe et de litanie, il fut requis par l’avocat fiscal que le saint corn ilc général voulsît décerner et déclarer l’union et conjonction faite des deux collèges des cardinaux de sainte église romaine avoir été et être légitime et canonique.

Item, qu’il voulsît déclarer que ce saint senne ' est dûment convoqué par les cardinaux de l’un et de l’autre collège, assemblés pour si grand bien.

Item, que le dit senne est assemblé et convoqué en temps convenable et idoine.

’ Synode.

Item, qu’il voulsît déclarer qu’à ce saint senne procédant de l’église de Dieu universelle, alTert et appartient à avoir connoissance de la cause des deux contondants à la papalité.

Item, en ce même jour fut lue toute la narration du procès, du commencement et introduction du schisme, après la mort de Grégoire, dixième de ce nom, jusqu’à la convocation du saint concile général. Auquel procès furent racontés tous les maux, cautelles, refus et déceptions qu’ont faits ensemble et particulièrement les dessus dits contendants à la papalité. Après la lecture du dit procès, l’avocat fiscal fit plusieurs conclusions contre les dits contendants, et plusieurs requêtes, et finablcment qu’ils fussent déboutés et punis corporellement, et qu’on procédât à l’élection d’un vrai et seul pape.

Item , l’autre siège fut continué jusqu’au samedi vingt-septième jour du dit mois -, auquel jour les ambassadeurs du roi d’Angleterre entrèrent tous ensemble au saint concile général, en très grand état et honnêteté; et là proposa l’évêque de Salsebérich, de la province de Cantorbie, bien et notablement, en émouvant tous à la paix et union de l’église; et après sa proposition, l’avocat fiscal fit sa requête de par le procureur du saint concile général, en très grand état et honnêteté, qu’il plût audit saint concile ordonner certains hommes prudents, honnêtes et experts en science, pour examiner témoins sur les péchés notoires proposés contre les deux dessus dits contendants, laquelle pétition fut exaucée.

Item, le deuxième dimanche après Pâques, fut célébrée la messe solennellement devant les cardinaux, et fit le sermon l’évêque de Digne,' de la province de Bredenne, de l’ordre des frères-mineurs, grand docteur en théologie, qui tousdis avoit été des principaux amis de Pierre de La Lune, et qui moult savoit des cavillations et déceptions de l’un et de l’autre. Icelui évêque prêcha moult notablement. Son thème fut : Mercenariux fiigit . en déclarant jilusieurs déceptions des dits contendants, en la prosècution de son dit thème.

Item, ce dit dimanche, vingt-septième jour,

' Je ne puis retrouver le nom evacl de ocl ancien évêché calhotiquc d’F.cossc, dans l’Aberdecn-Shirc.

152 CimOMQLES DENGliEBRAND DE MONSÏRELET. [1409]

l'autre siège fut prolongé jusqu’au second jour de mai ; et le dimanche étant on ce temps, fut la messe célébrée devant les cardinaux solennellement ; et lit le sermon le cardinal Préneslin, qu’on appeloit communément le cardinal de Poitiers ; et prêcha moult notablement. Et fut son thème: Libéra, Deus, Israël ex omnibus tribulalionibus suis. C’est-i-dire : O tu, Dieu, délivre Israël, ton peuple chrétien, de toutes tribulations. Et en la distinction de son dit sermon, fit onze conclusions, concluantes contre les deux dits conlendants de la papalité, et refusant donner paix à l’église. Et pour ce, attendu leur contumace et obstination, le concile général devoit procéder contre eux et pourvoir l’église d’un pasteur.

Jfem, le second jour du mois de mai, fut le siège du conseil général, auquel, après les solennités accoutumées, un très renommé docteur de Boulogne fit réponse à icelle mauvaise proposition qu’avoit faite l’évéque de Bredenne de par le dessus dit Bupert, roi des Romains; et condamna, icelui excellent docteur de Boulogne, moult notablement au dit concile, par allégations de droit divin, canonique et civil, tout ce que par le dit évêque avoit été proposé, en répondant moult évidemment et clairement à toutes choses, par raison de droit; dont le dit concile fut moult réconforté.

Item, le dimanche ensuivant fut célébrée la messe devant les cai dinaux, et fit le sermon un frère général des augustins, grand docteur en théologie, nalifd’Italie, et fut son thème: Cwm venerit ille, arguet mundum de 'pcccato, et de justifia et de judicio. C’est-à-dire : Quand Dieu Saint-Esprit viendra, il arguera le monde de péché, de justice et de jugement. Moult bien démena le dit thème, en tendant à bonne fin.

Item, du second jour de mai fut prolongé l’autre siège jusqu’au dixième jour du dit mois, et ce temps pendant, fut la messse célébrée devant les cardinaux par le patriarche d’Alexandrie, le jour de la révélation Saint- Michel, huitième jour de mai ; et fit celui môme patriarche le sermon ; et fut son thème : Congregata est eccksia ex fdiis Israël, et omnes qui fugiebant a malis additi sunt iliis ad firmamentum Ces paroles sont écritesau premier livre des Machabées, au second et cinquième

chapitre; et est autant à dire que l’église est assemblée des fils d'Israël, et tous ceux qui faisoient mal vinrent avecque eux pour les conforter et aider. Et en démenant le dit thème, fit six conclusions contre les dits contondants à la papalité.

Item, le vendredi, dixième jour de mai, fut le siège audit concile, auquel, après les solennités accoutumées, certaines requêtes furent faites par l’avocat fiscal, c’est à savoir que le saint senne voulsit prononcer, discerner, déclarer, approuver et confirmer les requêtes par eux autrefois faites au dit saint senne: c'est à savoir, que l’union et conjonction faites de deux collèges des cardinaux a été et est légitime, et autres requêtes par-dessus déclarées. Auxquelles requêtes le dit saint senne obtempéra, et prononça, et discerna être fait par la manière qu’ils le requéroient.

Item, en ce même siège, à la requête du procureur fiscal, furent donnés huit jours d’induces pour trouver et produire témoins, et fut le dit siège prolongé jusqu’au vendredi seizième jour de mai.

Item, le dimanche étant au dit temps, fut célébrée la messe devant les cardinaux par un évêque nommé Fassin-Quant, et fit le sermon l’évêque de Sistoransce, natif d’Aragon, très grand docteur en théologie, qui tousdis avoit été pour Pierre de La Lune. Et commença son thème : Expurgate vêtus fermentum, ut sitis nova conspersio. Ces paroles sont écrites en l’épître de monseigneur saint Paul , lue en la sainte église le jour de Pâques communiaux, et vaut autant à dire en moralité : Expurgez la vieille corruption : c’est le vieil et horrible péché, afin que vous ayez nouvelle conspersion. C’est-à-dire: Renouvelez-vou ■ par bonnes œuvres et vertus. Lequel thème il démena si profond que tous les prélats et docteurs grandement s’en émerveillèrent, mettant certaines conclusions ; et dit que les deux conlendants étoient aussi bien papes comme ses vils souliers, appelant iceux et nommant pires que Annas et Cayphas; et les appela diables, et les compara aux diables d’enfer.

Ce sont les choses en brief racontées qui furent faites en ce présent concile général du commencement jusqu’au vingt-troisième jour de ce présent mois de mai; auquel jour dévoient

appliciucr et venir à Pisc les ambassadeurs du roi d’Espagne. Tant qu’est du nombre des prélats là étant, ne peut pas être justement estimé, car tous les Jours viennent nouveaux prélats do diverses parties du monde: mais par espoir, au derrain siège dudit concile, tant de cardinaux qu’é\éques, archevêques et abbés, furent cent cinquante prélats ornés de chapes et de mitres, sans les autres abbés qui n’étoient point initiés. Là étoient aussi les ambassadeurs des rois de France, d’Angleterre, de Jérusalem, de Sicile, Chypre etPoulaine; les ambassadeurs des ducs de Brabant, de Ostricc, de Etienne de Bavière, de Guillaume de Bavière; les ambassadeurs des comtes de Clèves, de Blanquenlieim, du marquis de Brandebourg et de Moravie ; les ambassadeurs des archevêques de Cologne, de IMayence, Salseburg, et de l’évêque de Trect ; les ambassadeurs du grand-maître de l’ordre de Prusse, du patriarche d’Aquilée et de plusieurs grands seigneurs d’Italie. Là étoit grand nombre de maîtres en théologie, de docteurs en droit canon et civil, tant de France que d’Italie; grand nombre de procureurs de diverses parties du monde, qui par la grâce de Dieu ont eu et ont bonne et charitable conversation ensemble du commencement jusqu’à maintenant. En laquelle cité est grand’ abondance de vivres, lesquels sont vendus par prix assez raisonnable, et encore seroient à meilleur marché si n’étoient les gabelles et tributs qui sont ès dites parties. Et selon ma considération, la dite cité de Piseest une des notables cités qui soient en ce monde ; en laquelle est un fleuve courant et descendant en la mer étant à une lieue près de la dite cité; par lequel fleuve viennent en la dite ville grands navires amenant plusieurs biens; et entour de la dite ville sont vignes, blés et grand’ abondance de prés. Nous sommes bien honnêtement logés, jaçoit ce chose que en la dite ville sont grand’ multitude de gens d’armes pour la conservation de la efite ville, laipielle ont conquesté les Florentins par force d’armes contre ceux de Pise. Car les dessus dits Florentins ont fait partir grand nombre de ceux de Pise hors de la dite ville, afin qu’ils ne fisssent aucune trahison; et sont allés à Florence jusqu’au nombre de deux mille, et se doivent montrer deux fois le jour aux gouverneurs de la dite ville de Florence ,

sur peine de la tête, en certain lieu nommé.

Item, de quatre à cinq mille de ceux de Pise sont allés par devers le roi Lancelot, pour avoir secours de lui et aide, lequel roi, atout le nombre de vingt-quatre mille combattants, tant de pied comme de cheval, est jà venu à cinq lieues près de cette dite ville de Pise ; mais les Florentins, par la grâce de Dieu, purent bien résister contre lui et toute sa puissance en nous conservant. Et est vérité que celui roi Lancelot douta à perdre son royaume par l’union de sainte église : car par tyrannie il occupe et empêche en moult grand’ quantité le patrimoine de la dite sainte église. Et avec ce on disoit que certains ambassadeurs de Pierre de La Lune venoient au dit concile, non mie pour le bien de l’union, mais pour y bailler empêchement à leur pouvoir. Et est le nombre des cardinaux étant pour le présent à Pise, tant d’une partie comme d’autre, dixneuf. Et est à savoir que les serviteurs du cardinal de Chalant sont jà venus au dit concile, et le dit cardinal venra brièvement avec les ambassadeurs du comte de Savoie. Messeigneurs les cardinaux sont mal contents des évêques, abbés et chapitres des églises cathédrales qui n’ont point envoyé leur procureur au dit concile général. Autre chose ne vous sais qu’écrire pour le présent.

Ecrit à Pisc, le quatrième jour du mois de mai. Votre humble religieux et sujet, l’abbé de Saint-Maxence. La superscripti(»n étoit : A révérend père en Jésus-Christ et seigneur, par la grâce de Dieu, évêque de Poitiers et chancelier de monseigneur le duc de Berri.

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