CHAPITRE CCLXVIII
Comment le roi de France lit grand’ assemblée de gens d’armes pour aller en Normandie; et d'aucunes courses et conquêtes que le dit comte de Sombresset fit au pays d’Anjou
et ailleurs sur les François.
Au commencement de cet an, le roi de France fit grand’ assemblée de gens d’armes, sur intention d’entrer en Normandie l’été ensuivant, et aussi pour bailler secours à ceux de Dieppe, qui étoient fort contraints et travaillés par le moyen de la très forte bastille que tenoient les Anglois devant icelle ville de Dieppe; lequel secours le roi leur envoya, c’est à savoir pour ravitailler la dite ville. Et y fut mené grand foison de bélail et autres vivres, atout grand’ quantité de gens d’armes qui les boulèrent dedans à grand’ force. Et y eut entre les deux parties de très grosses escarmouches, auxquelles en y eut de morts et de navrés tant d’un côté comme d’autre. Auquel temps le comte de Sombresset assembla jusqu’au nombre de six mille combattanls ou environ, atout lesquels il entra au pays d’Anjou, où il fit de très grands dommages par feu et par épée. Après se lira vers Bretagne et prit d’assaut La Guerche, appartenant au duc d’Alençon, laquelle ville fut du tout pillée et robée. Et puis s’en alla à Pozay, où il fut bien deux mois.
Si couroient de jour en jour ses gens par diverses compagnies le dessus dit pays d'An¬
jou, de Tourainois et de Charirainois, èsque pays furent plusieurs fois détroussés par U paysans. Et d’aulrc part, le maréchal de Lohéa ( eut la charge avec les gens du duc d’Alençon ' de par le roi de France, pour résister au entreprises dessus dites. Si conclurent d’alle ^ férir de nuit sur les Anglois et sur leurs logis i c’est à savoir sur le dit comte de Sombresset mais il en fut à temps averti et alla au-devan ; d’eux; et les vint rencontrer qu’ils ne s’ci ■ donnoient de garde. Et pour ce furent iceu: François mis en déroi, et en y eut de vingt , ; trente que morts que pris, et les autres se sau ! vèrent au mieux qu’ils purent par force d' fuir. Et de ceux qui furent pris en furent li j seigneur d’Ausigny, Louis de Beuil et plusieur ^ autres gentilshommes. Apres lesquelles beso j gnes , icelui comte de Sombresset se délogetj de devant Pozay et alla prendre le chàleaij de Beaumonl-le-Vicomte ; et puis, après qu’i i eut assis ses garnisons par toutes les front iè- il res, il s’en retourna à Rouen.