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CHAPITRE CCLXVII

Comment Pierre RognauU fol par force débouté de la forteresse de Milly.

Vous avez ouï bien raconter au long comment Pierre Régnault étoit logé au châtel do Milly, étant à deux lieues ou environ près de Beauvais; lequel lieu de Milly il avoit fait réparer et fortifier, et avoit bien avec lui le nombre de deux cents combattants, tous forts saquements , roides et vigoureux ; atout lesquels il couroit souvent en divers lieux, et tout

LIVKE SECOME

ce qu’il pouvoit atleindre et atiraper au dehors des châteaux et fermetés, tant sur les pays du roi comme ailleurs, étoit pris, ravi et emmené en leur forteresse et garnison. Et par spécial avoit couru et couroit continuellement de jour en jour sur les villes et pays de l’obéissance et seigneurie du duc de Bourgogne , du comte d’Etampes et de plusieurs autres grands seigneurs de ce parti. Et mêmement, très souvent passoient l’eau et la rivière de la Somme, en tirant vers la marche d’Artois, où il y avoit de douze à seize lieues de leur dite garnison ; et pareillement faisoient ès châtellenies de Pérenne, Mont-Didier et Roye, où ils prenoient le bons prisonniers , lesquels ils mettoient à grosses finances, ainsi et parla manière que eussent pu faire leurs adversaires du temps de (la guerre, avec tous autres biens quelconques ; dont les dits pays étoient moult oppressés et ravaillés. Si en furent par plusieurs fois faites ïrandes plaintes et doléances aux seigneurs 5 lessus dits, dont ils étoient très mal contents.

!. Et pour cette cause envoya le dit duc de ■'Bourgogne devers le roi, lui remonslrant la ’ lestruclion d’iceux ses pays , en lui requérant l’y avoir provision. A quoi le roi fit réponse, ^ ;omme autrefois avoit fait pour pareil cas ; ^î’étoit qu’il lui en déplaisait moult, et qu’il “> doit très content que le dit duc de Bourgogne e fit ruer jus et détrousser, s’il le pouvoit rouver en ses pays , ou qu’il le fit assiéger et lébouter par ses gens d’icelle forteresse de dilly; et il manderoitet ferait faire défense à ous ses capitaines des marches à l’environ [u’ils ne lui baillassent aide, recours ni faveur [ lulle contre les gens du duc de Bourgogne, ur autant qu’ils doutoient à encourir son inlignation. De laquelle réponse icelui fut assez ontent; et se pourpensa (ivi’il pourvoirait au lins bref que bonnement faire se pourroit. Si rouva manière de faire traité avec aucuns calitaines anglois sur la marche de Normandie, t qu’ils bailleroient sûreté de non faire guerre scs gens. Et quand le duc de Bourgogne fut ssez acertené des deux parties qu’ils ne lui orteroient nul grief ni dommage à scs gens, la cause dessus dite, lui qui pour lors étoit n son pays de Bourgogne, fil savoirau comte ‘Etampes, qui avoit le gouvernement de ses ays de Picardie, qu’il assemblât le plus de

gens de guerre qu’il pourroit liner, et les menât devant le dit châtel de âlilly. Sur quoi le dit comte fit grand’ diligence ; et mit ensemble, en bref terme, bien le nombre de douze cents combattants, tant chevaliers comme écuyers, et autres gens de guerre des plus experts d’icelui pays de Picardie et de la marche a l’environ. Entre lesquels étoient Walcran deMoreul, Guy de Roye, Jean d’Ilangest , le seigneur de Saveusfr, Simon de Lalain, Jean de Ilaplaincourt , Charles de Rochefort , messire Colart de Milly et moult d’autres grands seigneurs et gentilshommes. Et fut faite icelle assemblée en la ville d’Amiens ; duquel lieu , atout charrois fort chargés de vivres et habillements de guerre , s’en allèrent , en moult belle ordonnance , par aucuns jours, jusqu’à Beauvais, où ils furent reçus honorablement ; et ses gens se logèrent ès villages environ. Et de là le dit comte sc tira devant le châtel do Milly. Si fil loger ses gens au plus prés de la porte, qui dérompirent fort les défenses de lu dite forteresse, et par spécial de la basse-cour, qu’ils avoient fort réparée de queues et d’autres gros bois.

Si commencèrent ceux de dedans à défendre très vigoureusement, tant de canons-que d’autres artilleries et engins de guerre , desquels ils occirent et navrèrent aucuns des' gens du comte d’Etampes. Entre lesquels y fut mort messire Matthieu de Ilumiéres. Et avoient les gens du petit comte laissé leurs chevaux ou la plus grand’ partie en la ville de Beauvais, de laquelle et aussi de la cité d’Orléans venoient vivres de jour en jour au dit siège.

Durant lequel siège , après que les engins dessus dits eurent fort endommagé les fortifications de la basse-cour dessus dite, il fut livré par les assiégeants un très dur et fort assaut, auquel, tant d’un côté comme d’autre, furent faites plusieurs vaillances et prouesses; desquels, entre les autres, le seigm ur de Savctise avec ses gens emporia le bruit. Néanmoins ceux de dedans se défendirent très puissamment ; et tant que les assaillants, voyants quo bonnement ne pouvoient conquerre sans avoir trop grand’ perle cl dommage de leurs gens, se retrahirent. El furent morts des assaillants environ de huit à dix, et des défendeurs y eut aucuns navrés. Et après , iceux défendants ,

considéranls qu’ils no sc pouvoicnl longuomonl tenir et aussi qu’ils n’avoient point grand’ espérance d’avoir aucun secours, firent (railé avec les commis du dit comte d’Elampcs , moyennant et par tel si qu’ils se déparliroiont de U\, en emportant Irestous leurs biens avec eux. Si rendirent la dite forteresse, dedans laquelle on bouta le feu ; et la fit-on du tout démolir et désoler Et ce fait, le dit comte et ses gens s’en retournèrent, environ la semaine peineuse, ès lieux dont ils étoient venus. Et avoit icelui comte été devant la dite place et tenu siège environ trois semaines ou plus au dit lieu de JMilly. Pour lequel voyage et déboutement des dessus dits coureurs, tous les pays qui avoient accoutumé être courus et pillés furent très joyeux, quand ils furent acertenés qu’on les avoit ainsi délogés et chassés hors de la dite place.

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