CHAPITRE CCLXXII
Comment le duc de Bourgogne envoya le comte d’Etampe
atout grand’ puissance de gens d’armes en la duché d
Luxembourg.
En cette môme saison, la duchesse de Lu' xembourg, qui autrefois avoit eu épousé le dm Antoine de Brabant et Jean de Bavière, défunts* tous deux oncles, l’un de père et l’autre dt mère, du duc Philippe de Bourgogne, fil grand complainte à icelui duc de Bourgogne de et que ses hommes et sujets de la dite duché nt la vouloient obéir ni payer de ses rentes e revenus, et la plus grand’ partie d’icelui pays et par spécial, d’icelui fort de Luxembourg eij de Thionville, et autres lieux à l’environ, l’avoient déboutée des dites villes, en eux rendant du tout rebelles et inobédients contre elle, Si lui requéroit et prioit humblement que, poui Dieu et pitié, et aussi pour l’honneur de ses deux oncles, qu’elle avoit eus par mariage, et avecque lesquels elle s’étoit portée honorablement, il la voulsît secourir à ce grand besoin, tant qu’elle pût être remise en sa seigneurie ; ou autrement la conviendroit vivre dorénavant en moult grand meschef et pauvreté. A quoi le dit duc fit réponse très courtoise, disant que de bon cœur lui bailleroit secours et aide contre les dessus dits de Luxembourg, par toutes les voies et moyens raisonnables que bonmenl faire pourroil. Dont elle le mercia grandement. Et, pour sur ce avoir avis que bon lui en seroit à faire, fit assembler son conseil pour voir et débattre la matière, afin de savoir qu’il en seroit bon de faire pour le mieux.
Auquel conseil fut délibéré que le dit duc de Bourgogne envoieroit ses messagers solennels devers ceux de Luxembourg eux requerre et sommer qu’ils fissent devers icelle dame et ses, officiers toute l’obéissance qu’il appartenoit et comme ils étoient tenus de faire ; et si ainsi ne le faisoient, icelui duc de Bourgogne l’aideroil cl conforteroit de toute sa puissance, pour la remettre en sa seigneurie. Auxquelles requêtes et sommations ceux de Luxembourg ne voulurent entendre ni obéir nullement, jâ soit
[i44aj
e que plusieurs requêtes leur en furent faites ; lais, pour eux entretenir, se pourvurent deans leurs villes de gens de guerre, c’est à saoir des gens du duc Guillaume de Saxe, qui e disoit héritier de la dite duché de Luxemourg. Et envoya un sien parent, nommé le ointe de Clicque, atout huit cents combattants es marches d’Allemagne, lesquels se boutèent en garnison en la dessus dite ville de Luembourg, de Thionville et autres villes et orteresses à l’environ, qui étoient favorables, ît eux là venus, commencèrent à courre et à aire grand’ guerre à aucunes villes et forteesses qui encore étoient demeurées en l’obéisaiice de la dite dame; et par ainsi fut icelui lays fort divisé en grand’ tribulation. Et adonc e dessus dit duc de Bourgogne, sachant que es dessus dits persévéroient de jour en jour n leur mauvais propos, se conclut et délibéra lu tout à eux faire forte guerre. Et pour ces auses, écrivit ses lettres au comte de Verlembourg, au damoiseau de Saluces, à Henri le La Tour et aux autres nobles du pays et luché de Luxembourg et de la marche à l’eniron, et dont la plus grand’ partie tenoit le larti de la dessus dite duchesse, et qui se vouoient employer en l’aide, faveur et secours l’ellc, qu’ils fissent guerre à tous ceux qui lui itoient contraires et désobéissants. Et leur nanda ouire que bref y envoieroit de ses gens , !t puis iroit en personne pour conquerre la dite luché, et débouteroit ceux qui l’occupoient. A aquelle requête du dit duc de Bourgogne ils urent très contents d’entendre et obéir. Et de ‘ait, depuis qu’ils eurent défié les dessus dits, eur firent guerre ouverte ; et coururent sur iux par plusieurs et diverses fois. Entre-temps, le duc de Bourgogne envoya le dit comte d’Elampes en Picardie, et lui fit savoir qu’il assemblât certain nombre de gens de guerre pour mener en Bourgogne devers lui, ce qu’il fit.
Quand son armée fut prête, il les fit tirer devers Saint-Quentin en Vermandois, et luimême y alla en sa personne. Si étoient avecque lui Waleran de Morcul, Guy de Boye, le seiijneur de Humières, le seigneur de Saveusc, messire Simon de Lalain, le seigneur de Neufville, Gauvin Quiéret, messire Antoine de Wisoch, Jean de Haplaincourt et plusieurs autres notables chevaliers et écuyers ; et pouvoit avoir
en tout le nombre de douze à treize cents combattants. Si se tira au dit lieu de Saint-Quentin devers Laon, pour aller passer assez près de la comté de Réthcl ; mais quand il fut vers Montagu, si comme il fut dit et rapporté, que Dimcnche de Court, Le Boucin et aucuns autres capitaines des gens du roi é oient logés à Montagu et au dit lieu de Sissonne, lesquels naguère avoient été au pays de Réthclois, où ils avoient fait de grands et merveilleux dommages , pour lesquels le dit comte d’Etampes étoit très mal content d’eux ; car avecque ce un petit par avant, icelui Dimcnche de Court avoit été détroussé en Bourgogne, et avoit promis de non lui plus loger sur les pays de Bourgogne ni sur ceux du parti; si leur manda et fit savoir qu’ils se retrahissent hors de son chemin, et qu’il se vouloit aller loger au dit lieu de Montagu, ce que point ne vouloient faire ; pour quoi entre icelles parties s’émurent aucunes rigueurs. Et fut ordonné que le dit comte d’Etampes cl son conseil leur courroitsus; et ainsi fut fait.
Si furent la plus grand’ partie des dits François du tout détroussés, et tous leurs biens, tant chevaux comme autres bagues, pris et ravis par les Picards dessus dits; et en y eut bien peu do morts et aussi de navrés ; et depuis qu’ils eurent été faits prisonniers furent délivrés. El avecque ce furent à aucuns rendues aucunes de leurs bagues, et par spécial à icelui de Court. Si se tirèrent arriére le plus bref que faire le purent. Pour lesquelles détrousses, lo roi ni son fils ne furent point bien contents de ce que ainsi on les avoit rués jus en leurs pays, cl aussi pour tant qu’ils alloienl à un mandement que faisoit le dit dauphin pour aller au secours de ceux de Dieppe, duquel ci-après sera faite plus ample mention. Néanmoins la besogne demeura ainsi faite pour lors, mais depuis en vinrent de très grands records. En après, le comte d’Etampes et scs gens se tirèrent jusque sur les marches de Bourgogne, et tinrent , ses gens, les champs vers Langres et Mont-Faucon. Durant lequel temps, le dit comte d’Etampes et les seigneurs, et la plus grand’ partie qui étoient avec lui, allèrent à Dijon vers le duc de Bourgogne, où ils furent joyeusement reçus et festoyés; et se tinrent là certaine espace de temps, entre-
temps que le dit due faisoit ses apprêts pour aller à puissance en la duché de Luxembourg.