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CHAPITRE LYI

Comment les ambassadeurs de l’université de Paris envoyèrent leurs lettres à leurs seigneurs et maîtres de ce qui avoit été Tait au dessus dit concile de Pise.

S’ensuit la teneur des lettres des ambassadeurs de 1 université de Paris, concordablcs aux lettres dessus dites, envoyées par iceux de la dite université.

Révérends pères, seigneurs et maîtres honorables, humble recommandation prémise:

plaise vous savoir que nous écrivons par devers vous les faits et copies des traités faits au concile général assis par treize fois, depuis le

treizième jour d’avril jusqu’à ce présent jour, auquel en effet ont été faites les choses qui s’ensuivent. Les deux coulendanls à la papalité, attendus par plusieurs jours, furent déclarés contumaces en fait de schisme et de la foi. En leur contumace furent donnés plusieurs articles contre eux, contenant grands écritures et le libelle de la contumace. Si furent ordonnés commissaires à examiner les témoins contre les dits contondants.

Item, par le dit concile général fut approuvée l’union des collèges des cardinaux, la citation des dits contendants et la convocation du dit concile par les cardinaux, comme en temps et en lieu convenables, sûrs et stables. Et que le dit concile étoit juge souverain eu terre pour connoître sur les dits articles proposés contre les dits contendants. Il fut aussi prononcé par le saint senne que ce avoit été chose licite de se départir de l’obéissance d’iceux, depuis le temps qu’ils avoient promis d’eux démettre de la papalité, et que les procès, constitutions et sentences faites par les dits contendants contre ceux qui se sont soutraits de leur obéissance sont de nulle valeur. Après furent les attestations publiées, et sa sentence interlocutoire fut lue parle saint concile sur les notoires péchés des dits contendants. Et aujourd’hui maître Pierre-Paul, en plein concile, dit très solennellement votre opinion , et prit son thème : Congregabuntur fllii judœ et filii Israël, et facient sibimet caput unum. C’est-à-dire que les enfants de Judée et les enfants d’Israël s’assembleront et feront à eux-mêmes un chef. Ce sont ceux proprement assemblés et venus, et aussi ceux à venir à ce saint concile, qui feront un seul et vrai pape. Et par devant avoit aussi parlé très solennellement maître Dominique Le Petit en la présence de tous les cardinaux ; et fut son thème : Principes populorum congregati sunt cum Deo Abraham. C’est-à-dire : Les princes des peuples sont assemblés avec le Dieu d’Abraham. Les cardinaux et prélats de sainte église sont appelés les princes des peuples. Aujourd’hui pareillement les théologiens ont dit leur opinion, qui sont en nombre six vingts et trois, desquels les quatre vingts sont vos sujets et soumis.

/few, aujourd’hui a été ordonné que les

deux contendants soient cités aux portes des églises, au mercredi cinquième jour de juillet, à ouir sentence définitive. Ebron a envoyé une bulle aux Anglois, en leur priant qu’ils veuillent être de leur parti avec Rupert, roi des Romains, second élu, pour muer le lieu du concile ; et qu’il leur plaise à être à son concile ; mais il laboure en vain, car les Anglois, Allemands, Bohémiens, ceux de Poulaine, de France, de Chypre, de Rhodes, d’Italie sont très solennellement concordables , excepté Rupert, duquel les ambassadeurs sont partis. Peu de prélats sont venus de la seigneurie et domination de Laudislay, roi de Hongrie, lequel a écrit qu’il a intention d’être au dit concile ; mais il a eu grand’ occupation pour maintenir sa guerre contre les mécréants. Pierre Martin, dit de La Lune, a envoyé une bulle moult terrible, par laquelle il admoneste les cardinaux qu’ils retournent par devers lui ; et s’ils ne veulent retourner, il leur défend à traiter d’élection ; et en cas qu’ils n’obéiront, il les excommunie et prononce moult d’autres choses contre les dits cardinaux et leurs consentants. Révérends pères, seigneurs et maîtres redoutés, autres choses pour le présent ne vous écrivons, fors que toutes nations tendent à la réformation de l’église, à laquelle réformer sera obligé et tenu le nouveau pape qui au plaisir de Dieu sera élu. S’il vous plaît aucune chose mander, prêts et appareillés sommes d’obéir selon notre pouvoir, comme tenus y sommes. En vous suppliant humblement que toutes nos besognes il vous plaise avoir pour recommandées. Le très souverain seigneur vous ait en sa garde.

Ecrit à Pise, le vingt-neuvième jour de mai.

L’infrascription ; Dominique Le Petit , Pierre-Paul Le Quesnoy, Jean Pierre-Ponce, Vincent et Eustache de Fauquemberg, Arnoul Vibrant, Jean Bourlet, dit François. Maître Pierre de Poingny et maître Guillaume Le Charpentier ne sont point ci-dessous écrits, pource qu’il sont absents.

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