‹ ChroniquesChapitre 64 sur 562 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

■Comment le duc Louis de Bavière épousa la fdle du roi do

Navarre, et des seigneurs qui s’assemblèrent à Paris en

grand’ mullitude par le mandement du roi; et comment la

reine rendit au roi le duc d’Aquitaine, son fils.

Louis de Bavière, frère de la dite reine, épousa en ces jours , au dit lieu de Melun , la fille du roi de Navarre , dont dessus est faite mention, laquelle par avant avoit eu épousé le roi deTrinacle', aîné fils du roi d’Aragon, lequel avoit naguère été mort en bataille faite entre lui d’une part et le vicomte de Narbonne et les Sardinieiis d’aulre part ; et fut icelle bataille faite en Sardanie. Auxquelles noces furent faites très grands fêtes de plusieurs seigneurs, dames et damoiselles. Et environ le Noël ensuivant, grand’ partie des seigneurs que le roi avoit mandés vinrent à Paris; toutefois le seigneur d'Orléans ni ses frères n’y furent pas. Et la veille du dit jour de Noël, le roi alla tenir son élat au palais, et demeura là jusqu’au jour saint Thomas ensuivant, où il célébra moult solennellement la fêle de la nativité de Notre-Seigneur. Et est à savoir que le dit jour séoient à la labié du roi au dîner : premièremeut, au côté droit, maître Guillaume Boisratier, archevêque de Bourges, qui avoit célébré la messe, après lui séoit le cardinal de Bar. Et éloit le dessus dit roi assis au milieu de la labié, moult notablement orné et vêtu d’habillements royaux. Au côté sénestre , séoient les ducs de Berri et de Bourgogne. Et servoienl plusieurs princes à table pour ce jour. Et là furent apportés très grand nombre de vaisseaux d’or et d’argent , en quoi autrefois on avoit accoutumé de servir le roi aux hautes fêtes, lesquels vaisseaux long temps par avant n'avoient été vus, pour tant qu’ils avoient été engagés par-devers IMonlagu, et les avoit-on retrouvés après sa mort en son châtel de Marcoussi et ailleurs où il les avoit fait mettre; et par l’ordonnance des princes du sang royal , avoient été rapportés et remis en l’hôtel du roi, comme dit est; dont plusieurs, tant de nobles comme populaires de la ville de Paris, avoient ce pour fort agréable, et en étoient bien joyeux

' Pour Trinacrie, de Trinacria, ancien nom de la Sicile. Comme les rois de Naples se prélendaient aussi rois de Sicile, ils donnaient aux rois d’Aragon le nom de rois de Trinacrie.

<:ni\()MQi Ks de monstreleT.

de les II voir, iiriiicipaleinenl pour l’amour du roi et (le sa Irùs noble seigiieurie.

Si (“loient pour ce jour venus devers le roi, à son mandement, grand’ quantité de princes ; c’est i\ savoir, le roi de Navarre, les ducs de Berri , de Bourgogne, de Bourbon et de Brabant, le duc Guillaume, comte de Ilainaut, le duc de Lorraine , Louis duc de Bavière , frère de la reine, et bien di.v-neuf comtes; c’est à savoir , le comte de IMortaigne , frère du roi de Navarre, le comte de Nevers, le comte de Clermont, le marquis du Pont, fds au duc de Bar, le comte de Vaudemonl, le comte d’Alençon, le comte de Yendôme, le comte de Penlbièvre, le comte de Harcourt, le comte de La Marche, le comte de Saint-Pol, le comte de Clèves , le comte de Tancarville, le comte d’Auçoirre, le comte de Namur, et plusieurs autres jusqu’au nombre dessus dit; et si grand’ chevalerie y avoit avec les dits princes, que, par la relation des hérauts, furent trouvés jusqu’au nombre de dix-huit cents chevaliers, ou plus, sans les écuyers. Néanmoins en cette noble compagnie ne furent pas le duc d’Orléans, ni ses frères, ni le duc de Bretagne, le seigneur d’Albret, connétable de France , les comtes de Foix et d’Arrnagnac , et plusieurs autres grands seigneurs, jaçoit ce que de par le roi y eussent été mandés comme les autres. Et le jour Saint- Thomas ensuivant, après que le roi eut tenu état royal au palais, comme dit est, et festoyé honorablement tous les seigneurs dessus dits, la reine, mandée par lui, vint en ce propre jour du bois de Vincennes en la ville de Paris. A l’encontre de laquelle et de son fds le duc d’Aquitaine allèrent tous les princes et prélats, accompagnés de très grand’ chevalerie et grand nombre des bourgeois de Paris, qui tous ensemble les conduisirent et accompagnèrent jusqu’au palais; et là rendit la dite reine au roi son seigneur, en la présence des dits princes, son fils dessus dit, lequel par avant avoit été en son gouvernement, afin qu’il apprît et fût instruit en armes et autres besognes nécessaires pour mieux savoir en temps advenir gouverner sa .'’.eigneurie , quand besoin lui en seroit.

Page 1