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CHAPITRE LXV

Comment le roi tint état royal en son palais, où éloient lei

seigneurs dessus dits, qui tinrent plusieurs grands conseils

sur les affaires de son royaume.

Ensuivant les besognes d ssus dites , le roi avec la reine , en sa compagnie le duc d’Aquitaine leur fils , après qu’il eut tenu plusieurs conseils sur les affaires et régime de son royaume, fil un certain jour ordonneren la salle de parlement du dit palais un siège royal de grand’ magnificence. Et là, par lui mandés et appelés plusieurs grands seigneurs, prélats, clergé , et autres populaires , qui là furent assemblés, le roi, en habit royal, se sit au dit siège. Et au plus près de lui étoient le roi de Navarre et le cardinal de Bar; et à l’autre côte étoient son fils le duc d'Aquitaine et le duc de Berri, avec les autres ducs et comtes, séant tous par ordonnance ès autres sièges, et pareillement les prélats, le clergé et la chevalerie, avec grand’ multitude d’autres gens qui étoient chacun séant selon son étal.

Auquel lieu, fut là dit et remontré par la bouche du comte de Tancarville , homme de belle et notable faconde, par le commandement du roi , à haute et claire voix , comment Richard , naguère roi d’Angleterre , gendre du roi, fut occis frauduleusement par Henry de Lancastre, soi-disant roi d’Angleterre, et aussi par les siens et favorisant sa partie , en temps de trêves baillées, tant parle dit Henry, adonc comte de Derby, comme par autres gens Anglois de la lignée rojale dudit roi Richard suffisamment approuvées.

Item , fut dit aussi comment le jeune roi d’Ecosse, qui lors venoit en France, et lequel étoit allié au roi , fut pris par les Anglois en temps de trêves à lui baillées par icelui Henry, où il fut long temps prisonnier ; et aussi furent plusieurs Ecossois en la compagnie du prince de Galles; c’est à savoir Yvain Glendever, accompagné de plusieurs ses Gallois, aussi alliés au roi. Nonobstant les dites trêves, plusieurs fois furent travaillés par guerre des dits Anglois; et tant que l’aîné fils du dit prince semblablement fut pris et mené en Angleterre devers et en la garde du dit Henry, où il fut détenu prisonnier long temps.

Ces choses ainsi faites, le dit proposant ainsi

concluant, dit qu’il sembloit au roi et lui apparaissoii, tout ce vu et considéré, qu’au dit Henry il pouvoit justement et loyauinenf porter guerre et faire contraire à lui et à ses Anglois, sans à lui plus donner ni prendre aucun répit ni différer. Nonobstant ce, dit le proposant que le roi, quelque chose qu’il fît, il le vouloit faire pour l’utililé de la chose publique de son royaume . et selon ce qu’il lui loisoit à faire ; pour quoi chacun là étant mandé de par le roi, de quelque état qu’il soit , pense et advise en lui-même ce qu’en sera bon de faire; si le révèle au roi , ou à son conseil, ou à l’un d’eux. Et toute la meilleure voie, et plus honorable, et profitable qui se pourra trouver, le roi l’aura pour agréable.

Et adonc l’oncle du dit roi, le plus aîné des ducs, c’est A savoir le duc de Berri, se leva tout droit et s’approcha un peu du roi, devant son siège ; et là , à genoux ployés , dit pour lui et pour tous ceux du sang royal que toutes les aides qu’eux et chacun d’eux , chacun en ses terres, avoientet levoient annuellement, semblablement ils les quittoient. Ces choses par le dit duc ainsi dites et proférées , pareillement dit que pour cette cause, tous les gages et profits qu’eux et chacun d’eux pour les affaires du roi et pour être à son conseil ils prenoient et levoient annuellement , semblablement ils les quittoient.

Après ces choses ainsi dites et proférées par icelui duc de Berri, et par le roi reçues agréablement, le dit duc, du commandement du roi, se r’assit. Après lesquelles choses ainsi faites et dites , le dit Tancarville reprit son propos , disant que le roi , qui là étoit présent , révoquoit et rappeloit tous gages royaux baillés ou donnés à tous, A quelque personne et de quelque état qu’il soit, et de fait les annuloit. Et quant à la réformation et gouvernement des finances de ce royaume, le roi déclaroit son intention être telle que les réformations données de par lui et par l’avis du comte de La Alarchc , qui étoit veuf de sa femme , fille du roi de Navarre, et son frère le comte de Vendôme, et le comte de Saint-Pol, avec aucuns des seigneurs de parlement adjoints avec eux, qui réformèrent tous ceux qui s'étoient môlés des finances de ce royaume, fussent exécutées, sans en excepter personne, tant de la chambre

des comptes des généraux sur le fait des finances de ce dit royaume, et de l’hôtel du dit roi, et tous receveurs, tant du domaine comme des aides, grenetiers, contrôleurs, et généralement tous ceux qui se méloient ou étoient entremis des finances de ce royaume , de quelque état , degré ou condition qu’ils soient, soit évêques, archevêques ou de quelque dignité.

En outre dit le dit proposant que le roi vouloit et ordonnoit qu’en son absence et, au lieu de lui, la reine sa compagne, et avec elle aucuns du sang royal , gouverneroit et disposeroit de la chose publique de ce royaume , selon ce qu’il lui seroit et verroit être bon à faire.

hem, dit en après qu’en l’absence de la dite reine , le roi vouloit et ordonnoit que le duc d’Aquitaine son fils, là présent, auroit le gouvernement en leur absence , par telle co.ndition qu’il feroit et useroit par le conseil des ducs de Berri et de Bourgogne.

Après lesquelles choses par le dit proposant plus pleinement ainsi dites et finées , chacun se départit, et le roi descendit de son siège royal, et à peu de compagnie entra en sa chambre pour dîner; et tous les autres oeigneurs, princes , chevaliers , clergé et populaires s’en allèrent A leurs hôtels. Le dîner fini , la reine se partit et laissa son dit fils avec le roi, et s’en alla ce dit jour, veille de la Circoncision , au bois de Vincennes, elle et ses gens. Et le lendemain, qui fut le jour de la dite Circoncision, du malin , le duc de Bourgogne , qui tout seul avoit plus de princes, de chevaliers et d’autres gentilshommes que tous les autres princes ensemble , donna ce dit jour largement et plus de joyaux au regard de autres princes étant à Paris qu’ils ne firent; lesquels joyaux on a accoutumé de donner ce dit jour ; et les donna à tous ses chevaliers et nobles de son hôtel ; qui , selon l’estimation et commune voix , se montoienl bien à quatorze mille florins d’or, et les dits dons étoient en certaine signification ; c’est A savoir faits à semblanco de ligne ou d’une régie qu’on appelle nivel de maçon , tant d’or comme d’argent doré, et A chacun bout de chacun nivel pendoit une petite chaînette dorée à la semblance d’un pommel d’or; laquelle chose étoit en signification, c’est à savoir que ce qui étoit mis par Apre et indirecte voie seroit mis A plein et en son rieulle, et le feroit mettre et

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uiettrolt à équité et droite ligne de raison, si comme on pouvoit croire et penser.

Item . et le jour des Rois ensuivant, Louis , roi de Sicile , aussi mandé de par le roi , entra à Paris; lequel venoil de la cité de Pise devers le pape Alexandre quint ; et fit son entrée à grand’ compagnie des princes et de clergé qui étoient allés au devant et à l’encontre de lui ; et un peu après entra à Paris le cardinal de Thurey, envoyé de par notre saint père devers le roi, lequel fut reçu à grand honneur; et aussi fut Philibert de Lignac, grand-maître de Rhodes, chef de la religion de Saint-J eande-Jérusalem, lequel venoit d’Angleterre.

Et est vrai que ce temps pendant, le roi donna congé à ceux qu'il avoit mandés , et pareillement le duc de Bourgogne à ses gens, excepté qu’il retint de sa chevalerie et compagnie de cent à six vingts gentilhornmes d armes avecque ceux de son hôtel, pour la sûreté de lui et gaide de son corps, et les autres renvoya à leur maison. Le duc de Bavière aussi et aucuns autres grands seigneurs avec leurs gens issirent hors de Paris et s’en retournèrent dans leur pays. Mais ainçois qu’ils se partissent, il fut vrai que, du vouloir et consentement du roi et de la reine sa compagne, le duc d’Aquitaine, leur fils, fut baillé à garder et endoctriner pour le garder de péril au duc de Bourgogne , lequel ne désiroit autre chose; et à ce avoit moult labouré et fait labourer par aucuns du sang et lignage du roi, et mômement par son oncle le duc de Berri , lequel s'étoil plusieurs fois et par moult de manières excusé d’avoir le gouvernement envers la reine, et avoit tant fait envers elle que le sire de Lohaing, chevalier et son principal écuyer, conseiller et avocat , du propre consentement de la reine, fut fait chancelier du duc d’Aquitaine, et le seigneur de Saint-George, premier chambellan ; et les châteaux de Crotoy et de Beaurain-sur-Cauche lui furent baillés en garde, sa vie durant, moyennant une pension aux châtelains prédécesseurs, accoutumée à payer. Au lieu desquels châtelains il mit et constitua deux de ses chevaliers; c’est à savoir le seigneur de Croy au Crotoy, et le seigneur de Humbercourt à Beaurain ; et messire Regnier Pot fut fait, à sa prière, gouverneur pour monseigneur le duc d’Aipiilaine au pays du Dauphiné. Et après ces besognes

ainsi faites , le roi rencheut malade de sa maladie accoutumée , et fut mis en bonne garde.

Et d’autre part , ceux qui étoient commis à. la réformation besognoient soigneusement chacun jour; et tant y continuèrent, qu’à plusieurs de ceux qui avoient gouverné les finances furent recouvrés grands deniers ; et adonc les princes et le conseil royal alloient souvent de Paris au bois de Vincennes devers la reine, où elle SC tenoit, et sans laquelle nulles grands besognes ne se passoient. Durant lequel temps les ducs de Berri et de Bourbon se tinrent aucunement mal contents de ce qu’ils n’étoient point si souvent appelés au conseil royal qu’ils avoient accoutumé, et avec ce, qu'ils n’avoient pas si grand’ autorité; et pour ce, eux voyant ainsi comme exclus, prirent congé au roi, à la reine et aux princes, et s’en allèrent chacun en son pays. Et alors le cardinal de Thurey vint à Paris, et fit requête au dit conseil et à l’université qu’on voulsit faire aide à notre saint père le pape Alexandre de deux dixièmes sur l’église françoise, pour les grands affaires qu’il avoit ; laquelle requête ne lui fut pas accordée , pource que ceux de l’université s’opposèrent à l’encontre pour toute la dite église. Et pour y obvier plus amplement, requirent et obtinrent un mandement royal par lequel il étoit commandé à tous officiers royaux que toutes gens venant ès mectes de leurs offices, faisant telles et pareilles requêtes, fussent expulsés et déboutés hors du royaume.

Les mendiants pareillement avoient impétré une bulle, laquelle ils apportèrent à Paris , 'contenant moult de nouvelletés, desquelles ils n’avoient pas accoutumé d’user; et étoit la conclusion telle, finablement, que les dixièmes et autres choses, comme les oblations des églises, leur dévoient mieux appartenir qu’aux curés, et que proprement ils sont curés, parce que ceux qui se confessent à eux ne sont tenus d’eux confesser à leurs dits curés ; et ce prêchèrent publiquement parmi Paris. Et les autres de la dite université prêchaient le contraire. Et par ainsi fut au dit lieu de Paris, en temps de carême, grand discord et dissension entre icelle université et les dits mendiants, et tant qu’ils furent déboutés et privés de l’uni versilé Mais assez bref après, les jacobins, comme les plus sages des autres, renoncèrent

« la dite bulle et jurèrent et promirent que jamais n’en useroient, ni aussi des autres privilèges à eux concédés, et par ainsi furent réconciliés avec la dite université. El adonc le pape lenoil sa cour à grand’ puissance en la ville de Bolognc-la-Grasse.

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