‹ ChroniquesChapitre 80 sur 562 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

Comment lo duc .Tean de Bourgogne se prépara pour soi défendre eonlre le duc d’Orléans, el des lellres (ju’il envoya

au duc de Bourbon pour avoir son aide

En après, le duc .Tean de Bourgogne, quand il fut venu à sa connoissancc qu'il auroit la

CHROMQl ES l)'E^Gl’E^\l\A^r) DE MONSTRELET.

guerre au duc d'Orléans et à ses frères et autres ses alliés, et que les aucuns l’eurent défié par lettres et par paroles, il se prépara de toute sa puissance pour acquérir amis et alliés pour résister contre tous ceux lui voudroienl courir sus. Et entre les autres qui le défièrent et dont il fut plus mal content que de nuis autres, le défia un chevalier de Picardie, nommé messire Alansart du Bois , duquel et de sa fin il sera ci-après déclaré plus à plem quand temps sera.

Si écrivit icelui duc au duc de Bourbon une lettre , laquelle il envoya par son roi d’armes de Flandre, desquelles et du contenu en icelle la copie s’ensuit mot après autre :

« Très cher et bien amé cousin duc de Bourbon et comte de Clermont, Jean, duc de Bourgogne , comte de Flandre , d’Artois et de Bourgogne, tiens bien être en votre mémoire comment, en l’an mil quatre cent et cinq, vous et moi fîmes et eûmes certaines alliances ensemble, lesquelles furent et ont été depuis trois ans en çà à votre prière et requête renouvelées, et derechef jurées et promises en la présence de plusieurs chevaliers et autres gens dignes de foi ; et devez demeurer mon bon , vrai et parfait ami et allié durant le cours de votre vie, et procurer à votre loyal pouvoir le bien et honneur de moi et eschever mon mal et dommage, ainsi que bon parent loyal, à moi allié, est tenu de faire ; et avec ce, toutes et quantes fois que j’aurai à faire chose qui touche l’honneur et é tat de ma personne et de mes seigneurs et amis, vous devez et êtes tenu moi aider, conseiller et conforter loyalement, si requis en Êtes, de corps, d’amis, de conseil, de gens et de chevance, envers tous et contre tous, excepté tant seulement la personne de monseigneur le roi, monseigneur le duc d’Aquitaine et ceux qui succéderont au royaume de France, et feu beau cousin le duc de Bourbon, votre père.

»Et encore s’il fût advenu qu’entre moi et aucuns autres eût eu guerre ou débat, et le dit beau cousin votre père se fût mis contre moi avec personne adverse , vous , en ce cas , vous eussiez pu mettre avecque votre dit feu père , tout le cours de sa vie tant seulement, sans par cette condition ou exception être préjudicié ou dérogé aucunement aux dites alliances.

« El comme je, aussi vous, êtes assez recors

que vous avez juré tenir, garder, faire et accomplir les choses dessus dites et déclarées, toutes et quantes fois que le cas s’y offriroit, sur la damnation de votre ame , par la foi et serment de votre corps, sur les saintes évangiles de Dieu et sur les saintes reliques par vous altouchées, or est vrai, très cher et amé cousin, que Charles, qui se dit duc d’Orléans, Philippe et Jean, ses frères, m’ont nouvellement envoyé lettres de défiance, et ont intention et propos de moi grever de toute leur puissance ; à quoi, au plaisir de Dieu, j’ai intention et propos de résister, par le bon conseil , confort et aide de mes parents, amis et alliés, et de mes sujets et bienveillants , et de garder mon honneur à l’encontre d’eux. Et pour ce, très cher et amé cousin, que vous êtes à moi allié par la manière que dessus est devisée» et tenu de moi aider , conseiller et conforter loyaument , je vous requiers et somme , par vertu des dites alliances et les serments qu’avez faits , comme dit est , qu’en votre personne , accompagné le mieux que vous pourrez d’amis et de gens d’armes, me veuillez venir aider, conseiller et conforter loyalement contre les dessus dits nommés, Charles, Philippe et Jean, en acquittant vous et vos dits honneur et serment , sachant qu’en pareil cas je voudrois garder entièrement mon honneur et ma foi et serment sans les aucunement frauder; et ainsi j’espoire que vous ferez. Si me veuillez brièvement, par le porteur de cette , récrire et faire savoir sur ce votre plaisir et volonté , ainsi que le cas le requiert. Donné en ma ville de Douai sous mon grand scel , plaqué à ces présentes, le quatorzième jour d’août l’an 1411. »

Lesquelles lettres présentées par le roi d’armes dessus dit à icelui duc de Bourbon , après qu’il les eut vues et visitées bien au long, fit réponse au dessus dit roi d’armes que dedans brefs jours il envoieroit devers son maître le duc de Bourgogne ; laquelle chose il fit , car assez tôt après, les devant dites lettres de confédération et d’alliances qu’il avoit du duc de Bourgogne lui renvoya en faisant les convenances nulles , et s’allia du tout avec le dit d’Orléans et ses frères, dont icelui duc de Bourgogne fut très mal content de lui, jà soit ce que lors ne le pût avoir autre.

ii4n]

Page 1