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CHAPITRE XCVIII

Comment le roi de France ouït cerlaines nouvelles que scs adversaires éloienl alliés avec le roi d’Angleterre, et comment le connétable fut envoi é contre eux au pays de Boulenois.

En ces nit^mes jours, Charles, roi de France, étant encore avecque ses princes à Sens en Bourgogne, ouït cerlaines nouvelles que ses adversaires s’étoient alliés avec le roi d’Angleterre, c’est à savoir Berri , Orléans et Bourbon et les autres seigneurs de leur partie ; et que le roi d’Angleterre si vouloit envoyer aucuns de ses gens en France atout une grosse armée en leur aide, pour dégàter son royaume; et que déjà éloient issus de son royaume, de Calais et d’autres forteresses qui sont ès frontières de Boulenois, et comincnçoient à courir à l’environ, en amenant proies et prisonniers, cl par spécial sur la mer et en la ville de Berg boulèrent les feux, en enfreignant les trêves qui éloienl entre lui et le roi d’Angleterre. Et pour y obvier, manda hâtivement au comte Waleran de Sainl-Pol, son connétable, que atout ses gens et les nobles de Picardie allât sur les dites frontières et mît partout garnison de gens d’armes et de vivres pour contraster aux courses et entreprises d’iceux Anglois, et que de ce il fit bonne diligence ; car le duc de Bourgogne avoit lors amené avecque lui tous les plus jeunes et plus chevaleureux qu’il avoit pu trouver, ou peu s’en falloit , par spécial du pays de Boulenois, de Ternois, de Ponlhieu et d’Artois; et avoit laissé seulement les anciens hommes foibles, qui plus ne se pouvoient armer. Or est vrai que le dit connétable, quand il ouït les nouvelles des maux que faisoient les dits Anglois, plus par son gré que par contrainte ni mandement du roi, toutes autres choses laissées et mises derrière, se partit et vint à Paris tantôt et bien hâtivement, avecque lui Le Borgne de La lieuse et aucuns autres chevaliers, lesquels il laissa par la volonté de ceux de Paris, afin d’aller mener guerre vers Dreux ; cl puis s’en alla en Picardie cl à Sainl-Pol voir sa femme, et de la prit son chemin à Saint-Omer, et puis à Boulogne, fournissant cl visitant toutes les frontières. El tantôt après, fut toute la terre et frontière des dits Anglois émue cl pleine de ru-

meur, et tant qu’ils se relrahircnt atout leurs cornes abaissées. Mais dedans bref temps recommencèrent.

Quand le connétable vit qu’ils ne s’abstenoienlde faire guerre, il eut conseil avec aucuns anciens chevaliers de ses gens et autres , c’est à savoir le sire d’Offemonl, le sire de Chauny, le sire de Louroy, messire Philippe de Harcourt et plusieurs autres. Après lequel conseil il assembla devers lui moult de gens d’armes , jusqu’au nombre de mille cinq cents, lesquels, sous la conduite du sire de Louroy cl d’un nommé Aliquelin, un certain jour, sur le soir, fit armer, et devers la ville et le châtel de Guines les ordonna et disposa à aller Et quand ils commencèrent à approcher la ville, étant tous de pied, le dit connétable avoit par un autre lez envoyé messire Jean de Rcnly atout quarante bassinets, lequel savoit bien les avenues de la dite ville, afin de montrer aux devant dits comment ils assaudroient icelle , laquelle étoit close de bons palis et bons fossés, et si étoit garnie de Hollandois et autres soudoyers qui y demeuroient. Et le connétable, atout six cents bassinets, passa outre la ville, pour garder un passage qui étoit entre Calais et Guines, afin que les Anglois du dit Calais, s’ils oyoient l’assaut, ne vinssent avec grosse armée pour aider aux Guinois, et aussi que les Guinois ne pussent passer pour aller à Calais. Ainsi, au milieu des deux batailles, avecque scs gens, se mil le connétable, et là fut tant et si longuement que l’assaut dura. Lesquels piétons dessus dits et ceux qui les conduisoient vinrent tous ensemble au point du jour de ci à la ville, bien affectés d’assaillir ; et tant firent que par grands et cruels assauts boulèrent le feu dedans ; lequel, tant qu’il trouva de quoi, ne cessa d’ardre maisons, et en ardil plus de soixante. Les habitants d’icelle se défendirent fort et vertueusement contre leurs ennemis ; cl les Anglois étant dedans le châtel de Guines jetoient des pierres et trayoient d’arbalètes , ouniement sans point cesser, et moult grcvoienl les assaillants. Finablemenl, ceux du dit châtel ouvrirent une des portes de leur châtel et leur basse-cour, par laquelle ceux delà ville entrèrent dedans ; et furent reçus, et par ainsi échaiipèrent d’ètrc morts ; et les assaillants,

CHKÜMQL'ES l)■E^GlJERaÂi^D DE MONSTRELET. [1412]

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par le conseil du dit maréchal de Rentyel de leurs conduiseurs, se relrahirenl tous ensemble et retournèrent en leurs places ; mais toufois en y eut moult de blessés et navrés, et peu en mourut. Et le connétable, i\quiiceux firent savoir leur retraite , atout son armée s’en retourna à Boulogne, laissant garnison, comme dit est, par toutes les frontières contre iceux Anglois, lesquelles garnisons couroient chacun jour l’une contre l’autre.

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