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Le duc d'Albe et de Horn s'étaient présentés pour forcer le passage. Leurs bataillons serrés venaient en diminuant leurs fronts s'engager dans la route étroite qui s'ouvrait devant eux. Eclairées dans leur marche par d'agiles et intrépides piémdntais qui battaient le bois , les troupes impériales s'avançaient d'un pas mesuré, mais avec confiance, quand tout-à-coup mille flèches lancées par de puissantes arbalettes pleuvent sur les Brabançons ,
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muets d'étonneoient; ils voient tomber chefs et soldats sans que leurs regards aient pu discerner l'ennemi qu'ils auront à combattre. La corde de l'arme homicide a résonné de
Ce n'est plus des hauteurs du ciel que descend la mort, c'est de la profondeur des vallées que la flèche monte en rasant la pente de la colline et vient frapper obliquement le but à découvert. Des clameurs de triomphe .remplissent la forêt. Pas un mouvement d'effroi ne se manifeste parmi les soldats de Charles, vieillis dans les combats; dans leur froide valeur ils ne s'élancent point en avant , ils continuent de marcher droit devant eux.
Saint-Pons! Saint-Pons! Malédiction et mort aux hérétiques ! A ce cri de guerre , des paysans Provençaux, les Brabançons , s'arrêtent et se signent de la croix du Sauveur ; les Allemands qui les suivent, se rient des catholi-
ques et se frayent un chemin à travers leurs rangs.
Les vaillants fils du Nord allaient atteindre le sommet de la montagne , lorsqu'enfin se découvrent Alband et Château neuf, ils offrent à l'ennemi un front terrible ; Yépée semble flamboyante entre leurs mains , et comme l'éclair, elle brille en même-temps qu'elle donne la mort. Tels nos livres saints nous dépeignent ces archanges sévères qui défendent l'entrée du céleste Eden : tels apparaissent les deux amis. Derrière eux leur troupe immobile présentait un rempart de longues piques et de hallebardes ; les légionnaires rangés en bon ordre sur un plateau qui commandait l'entrée du défilé, avaient ajusté leurs arquebuses, ils attendaient le signal.
Les deux chefs étendent la main, une ex-
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plosion prolongée comme le déchirement d'une montagne, annonce qu'ils ont été compris de lenrs jeunes milices ; pour être peu exercés aux jeux de la guerre, leur coup-d'œil n'en est pas moins juste ; les rangs ennemis s'éclaircissent. Avant qu'ils ne se resserrent , rapides comme une pensée de colère, Albaud et Chateauneuf se sont élancés au milieu des allemands troublés ; adroits dans l'escrime italienne , tour à tour dans cet espace étroit, ils frappent du poignard et se garantissent par l'épée ; mais pressés par de nombreux ennemis, ils élèvent par intervalles leurs voix tonnantes, la troupe y répond en s'ébranlant; les deux amis redoublent d'efforts et lui préparent une facile victoire. '
Pour la première fois depuis qu'ils étaient entrés dans la carrière des conquêtes, pour la première fois les impériaux se voient forcés de revenir sur leurs pas , il leur faudra passer
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de nouveau en ce fatal endroit du défilé, où tantôt la mort plane invisible au-dessus de leur tête, tantôt se cache au fond des abîmes: aussi hésitent-ils; puis commencent leur mouvement de retraite, puis enfin s'arrêtent, pré férant mourir en tenant tête à un ennemi qu'ils peuvent voir en face. C'est alors que la mêlée devient épouvantable, que les armes se choquent, qu'elles se brisent dans la main du brave , resté sans défense à la merci d'un impitoyable vainqueur ; c'est alors que le sang coule à flots , et qu'aux cris de miséricorde répondent des accens de rage , qu'aux murmures des mourants succèdent des chants de victoire.
D'AIbi a vu sans sourciller la défaite entière de ses bataillons ; il se rend auprès de son empereur : celui-ci en apprend la nouvelleavec le même calme ; et cependant quinze cents guerriers dorment déjà pour bien des siècles; ils ne se lèveront plus qu'aux terribles accens
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de la trompette du jugement dernier , maïs quand ces âmes belliqueuses croiront se réveiller pour de nouveaux combats , la voix tonnante du tout-puissant leur apprendra qu'elles sont condamnées à vivre au sein d'un éternel repos. Charles d'un coup-d'œil s'élance dans les profondeurs de la forêt , il devine et désigne les sommités de la montagne qui lui semblaient devoir être plus faiblement défendues ; l'adroit capitaine n'a point été la dupe des stratagèmes de Baibi et d'Escragnolles, il fait avancer ses lansquenets.
Gaspard de Fronsberg se présente le .premier ; l'empereur veut voir planer son aigle messagère de gloire , au-dessus des dangereuses positions dont il devra s'emparer. L'allemand ne sait qu'obéir ; et la forêt retentit bientôt de la marche pesante et mesurée de sa troupe. Charles prête l'oreille ; le combat vient de
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s'engager sur un nouveau point , et la nature elle-même se plaît à répéter et à agrandir les fracas de la guerre ; l'écho lui rapporte des sons inattendus : ce sont encore des cris de terreur que poussent ces hommes de fer que n'avaient intimidé nt le maure de Tunis , ni le suisse le plus brave des mercenaires, ni le hollandais qui se battait pour sa liberté. Quels ennemis ont-ils donc rencontrés? contre quelles armes les leurs vont-elles s'émousser ? C'est ce que va lui apprendre ce chef que rapportent sur une litière de branchage ses soldats consternés.
— Noble empereur , dit d'une voix affaiblie Marc de Bertein , dont un quartier de roche avait fracassé les deux jambes, maître révéré, donnez-nous des hommes à combattre et mes lansquenets et moi nous nous ferons jour à travers les phalanges les plus épaisses ; que nous importe l'idée de mourir en marchant
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sous vos ordres à la conquête du monde , la mort elle-même, si elle nous atteint, ne nous assure-t-elte pas un brevet d'immortalité ?
Mais là-bas nous tombons sans combattre, et si l'ennemi se trouvait face à face, que rencontreraient nos lances , le sein d'une femme ou le bras d'un enfant. Le trépas inévitable , le trépas sous des formes hideuses , s'offre incessamment aux regards de nos soldats d'élite^ des rochers détachés de la crête des montagnes se croisent en tout sens et les ensevelissent encore vivant sous un déluge de pierres ; épuisés de lassitude , vainement on voudrait les conduire à une nouvelle attaque, ils ne chercheront pas leur salut dans- la fuite, mais on les verra tomber sans honneur, périr sans être vengé.
L'empereur est toujours calme , il renferme en lui-même honte et douleur. Un éclaireur piémontais s'avance, il l'interroge : au moyen
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d'un long circuit à travers l'épaisseur et l'immensité de la forêt., et, s'élançantde rochers en rochers, il était parvenu non loin du plateau d'où Marc de Bertein et les siens avaient été repousses avec tant de perte, il raconte ce qu'il a vu : une jeune fille armée d'un glaive, signe de commandement entre ses mains plutôt qu'instrument de mort, se faisait distinguer au milieu d'une foule de femmes tantôt éperdues, tantôt furieuses; des enfans étendus dans de légères corbeilles imploraient leuris mamelles taries; quelques vieillards assis immobiles sur des troncs desséchés , abattus autrefois par de violentes tempêtes, attendaient leur fin , en but aux orages des passions humaines.