partie, la ponssière devient intense et les moucheB intolé
Bnblea. Le ciel est plein d'ozur et le soleil joyeux; déjà
■quelques Boaffles sffaiblis du Pacifique viennent toucher le
InoQt du voyageur t^ui sent sa vie renaître et l'espoir s'agiter
 une heure de l'aprâs-midi l'on atteint Sacramcnto, ca- {Htale de la Californie, petite ville de dix-huit mille Smea, Mviasatite, lunùueuse SûuS un ciel de pourpre qui, pendant iea mois entiers, ne change point Nous n'avona plus maintenant que quarante-aiz lieuea à faire pour atteindre San-Francisco, où nous serons le soir même à huit heures.
Saoraineato est enveloppi! d'arbres, de vergers odorantsj et repose sur les bords de la riviÈre qui porte son nom ; on y urtËte une demi-heure pour prendre le dîoer, puis on se remet en route pour le Facifîqne dont on voit au loin les rivages mont agn eux bleuir à. l'horizon.
Maintenant, nous allons traverser de nombreuses pctStea villes dont la populatiou varie de deux mille il dix mille £moa; nous sommes dans l'Etat Vu 'p\\ia mVa 4ft \ViTOSsa. Jtméneaioe ; nous ailous passer çnt YÎi\4oïb.4<j, ia%!>.\tt^
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fourmille des ossements acoamulés des dierohears d'or Aujourd'hui c'est la culture de la ^gne et des fnûts qd fait la principale occupation de ses habitants ; la réodte du vin et du cognac donne jusqu'à trois cent mille gallons; une colonie de Japonais y a même introduit la culture da th(5 qui a rdussi admirablement ; celle des ▼erB-Ù4M)ie donne de forts beaux résultats, et Ton voit arriver prompternsnt le jour où cette tcrre^favorisée du ciel produira paiement les c^piccs de l'Asie et les fruits des tropiques.
Nous atteignons Galt, d'où un service de diligences conduit aux grands arbres de Calavcras, à soixante-dix milles plus loin sur le versant occidental des Sierras-Nevada. Ces arbres sont fabuleux ; ils s'ëlèvent en moyenne à une hauteur de deux-cent-cinquante à trois-cent-vingt pieds, et leur circonférence, à la base, varie de soixante à quatrevingt-quinze pieds. Ces rois de la forêt ont été pour un bon nombre baptisés ; le plus majestueux de tous, appelé le Pèrcy maintenant abattu, mesure 435 pieds do long sur 110 de tour ; il faut une échelle pour monter sur son large tronc couché ; puis vient la Mère, haute de 321 pieds, V Hercule, VJIermite, VOrgueUdeshoi$f\cBtTo\a Grâces, h Mari et la Femme, la Vieille Fille, le Vieux Cfarçon, les Frères Siamois, les deux Gardes, tous des géants dont pa^ un n'a moins do deux-cent-soixante pieds de haut sur une circonférence moyenne do soixante-dix pieds.
Plus loin, sur la route du chemin de fer, se trouve Mariposa, d'où le voyageur peut se rendre, s'il le désire, à cheval, jusqu'il la vallée du Yoscmite, la plus grande merveille naturelle qui soit au monde.
Celte vallée fut découv^tte "^xre \«l ^^«ifiLW^ {c^Âa eu 1866 ; elle a huit mïftea de W«; wrc "^ti m^^ ^N» \^\s£l^^
VOTAOES. 167
large. La rivière Merood y piÎD^trâ par une série de chûtee qui tombent entre de véritables murailles de granit d'nne haateur de deux mille ■! six mille pieds. Ce n'est pas saisissant, c'est magique, c'est inconeevablc, c'est un r@vc de l'imagination dans un monde fabuleux. L'une de oes cbAtes, la Kibbon, ajusqu'^ trois mille trois cents pieds de hantenr, une antre deux mille six cents pieds, le Toile de la Vierge mille pieds, la Nevada sept cents pieds, la Verual six cents pieds.., etc.,, toutes enoaissëes étroitement entre des bloea formidables et tombant A. pic comme si quelque main puissante les précipitait avec colère dans les entrailles sans fond de la natnre.
A six heures du soir on atteint Brooklyn, petite ville formée sartont des résidences privées des marchands de San-Francisoo. On traverse une rivière étroite et voilà Oakland avec ses chênes verts, ses verpers, ses parcs, ses jardina et ses vignobles. Oakland est noyé dans un océan de feuilles et do ftuurs ; c'est la villû des cottages délicieux, parfurads, paisibles, enfouis sous l'ombrage. Sur le rivage, qui est celui de la baie niSme de San-Pranoîsco, aboutît une longue jetée do deux milles environ, que suit le chemin de fer, et au bout de laquelle attend le ferry qui va traverser les voyageurs ù. la grande métropole du Pacifique. C'est à cette jetée que d'innombrables navires, de toutes les parties du monde, viennent obai^r et décharger leur marchandise ; c'est aas?! li le tfiT\fli!, «i^t.^î.TC.'». 4s-. tculee les lignes de chemins de ïm 4* '^oiwi'àV", »\■ïïl■*■^ ^'^'^
168 voTAais.
rOoéan, rimmense mer da sud, le Pacifique qui ne s'arrête plus que sur les rivages du berceau du monde, TAsIe, le plus vaste des continents, le plus peuplé, le plus ancien, et cependant peut-être encore le moins connu.
Enfin, nous voilà arrivés, c'est fini. Il est sept heures et demie du soir ; à huit heures, nous serons dans San- Francisco ; il n'y a plus qu'à traverser la baie qui noua en sépare. Nous avons fait un voyage plein de fatigues et de déceptions ; maintenant, en quelques minutes, tout ce rêve de poussière et de sable s'est enfui ; l'implacable ennui s'est dissipé par enchantement ; les passagers se reconnaissent à peine entre eux ; leur figure s'est épanouie et leur regard éclate ; c'est la délivrance qui leur est apportée ; ils sont sortis de leur prison de fer et de feu, et maintenant ils aspirent avec une poitrine bruyante et enivrée les puissantes senteurs du Pacifique.
San-Francisco apparaît sur le rivage opposé, vaguement enveloppé par les dernières lueurs du crépuscule. L'amphithéâtre inégal de ses collines, que les rues gravbsent en ligne droite, semble une image brisée dans le rêve ; tout le monde regarde avec un œil ardent la ville tant désirée ; la brise fouette en plein les visages, et court en frissonnant dans les voiles et les mantilles ; il y a comme un tressail- < lement de vie nouvelle, et à mesure que le bateau avance, le tumulte qui s'était fait à l'embarquement s'apaise par degrés. Dans ces arrivées aux ports lointains, il y a quelgne cbose de solennel qui s'Impose ^ \Au\A^\^'&\xcL<Q^^si'^>ùw^\>siv
70TAQSE. 160
•"Seal, aocoudd sut l'avant du bateau, sourd à tous les mouvements et ù tous les bruits, je regardais se dissiucr petit b, petit la ville à qui j'aliaîs demander un refuge, l'oubli, et peut-être une rénovation. Maintenant un abîme me séparait de tout ce qui m'avait aimé, un nbirae i|uc je croyais ne pouvoir plus jamais franchir, A quoi bon ? On no mot pftB à plaisir oaze cents Jicuos entre sa patrie et eoI, et quand on a eu la force de faire un pareil voyage malgré toutes les peines morales et physiques, on ne songe goâre â le Teoommenoer, Je croyais l'arrêt de ma vie désormais irrévocable, et ma condamnation prononcée sang retour.
J'iîtaia parvenu à ce rivage lointain, épavi! brisée, resto mutilii et sanglant d'une vie sans cesse portée d'aventures en aventures, Â cet Sge où la plupart des bommcs ont trouva one carrière définitive ou du moins une base pour lo prochain édifice de l'avenir, moi, proscrit volontaire, j'errais encore et s demander à l'inconnu de nouveaux mystères et saos doute aussi de nonvelles douleurs. Ah ! seulement deux !s auparatant, je n'aurais pas cru devoirStre ainsi jeté en proie à de nouveaux Eouffles du destin ; j'avais Inut fait da I tfito, pendant plusieurs années, pour prévenir la retour des ■orages ; je m'étais assis à l'ombre d'une espérance bien chère, et j'avais cru que cela me suffirait pour donner un objet désormais bien déterminé ù. tous mes travaux ; j'étais las des secousses et des ballottements continuels d'une vie que rien n'avait pu ni fixer ni contrôler.
Malgré tous les désenchantements, j'avais encore assez da jeunesse pour abandonner tonte mon Sme aux illusions dti «entiment et de l'idéal ; ii me restait tout ce qu'il fallait pour construire, mSme aveo les matériaux flétris d'une exiateaoo déaubuaée, un aTcaii digne fincote ^% msio. &'a^'H|
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des espérances qne Ton fondait sur moi. Soudain, en nn jour, tout s'était écroulé ; il y a des hommes marqués d'un sceau fatal, et le noir génie ne les abandonne jamais. Près de tou~ cher au rivage, une tempête m'en arrachait tout à coup sous un ciel plein d'azur et de promesses.
Repoussé, désespéré, convaincu enfin que le bonheur, ou du moins le repos, ne m'offrait qu'un mirage et que tonte les déceptions se hâteraient de me frapper l'une après l'autre» je nrétais enfui, ne demandant plus rien à la Providence, ni à l'espoir, ni à ma propre volonté. Je me sentais mort avec toutes les apparences de la vie, et le quelque bruit qui se faisait autour de mon nom résonnait en moi comme les coups frappés sur une tombe muette.
A quoi bon donner au public et à mes amis le spectacle d'une chute aussi profonde et d'un désenchantement si inattendu, si inexplicable qu'on l'eût pris pour une dérision ? J'étais donc parti, cadavre pensant, agissant, qui n'avait plus de conscience que pour souffrir, et à qui le souvenir restais seul pour arroser de larmes le sépulcre de l'âme. J'arrivait à San-Francisco brisé, accablé de fatigue, tellement vaincu par la souffrance que je me demandais sincèrement combien de jours il me restait à vivre. Cette belle ville, cette splendide nature, cette baie glorieuse, coupée de promontoire» hardis que m'importait tout cela ? Est-ce qu'il est quelque chose de beau pour celui qui n'a plus que le regret, et quelles magnificences de la nature peuvent arrêter ou sécher une seule larme ? En débarquant avec le flot des passagers joyeux, agités, impatients de revoir leurs amis, leur serrant la main avec transport, retrouvant les uns une patrie, les autres l'objet de longues convoitises, ce que j'éprouvai je ne
puis le dire, je n'ai plus àe 'Çfttvsfe^i ^wa ^^^^^v» \«viivftîè»\isï»
paroles seraient stériles ou Viies,
•Te pris mnchinaleinciit l'onmibus qui menait il l'1iâtel,je traversai plaeîeurs rues brillantes, animées, où la lumière se dfvereait comme uo ruisseau d'argent, je via pour la première foia cette fouie bigarrée, si diverse, si curieuse, si relanante, qui remplit jour et nuit la tIIIq la plus cosmopolite londe, et j'arrivai au bout d'un quart-d'heure à un somptueux édifice, situé dans la plus belle rue de San Francisco. C'était le Llok ZToHsc.oii j'aliaia m'installeretattendre,,. qaoi 7 je n'en savais rien, car je n'avais ni ambition, nî but, ni diÎBir ; il me semblait n'Stre pins qu'une machine obéissant à une impulsion inconnue, mais fatale, irrésistible.
Je tnontiti et pris ma chambre qui donnnit sur uD vaste carré de l'hôtel ; il n'y avait donc devant moi ni vue, ni bo" rizon, rien que la morne silhouette de quatre murs percés de croisées. Xorsque je me vis seul, bien seul dans ce tombeauj et que je pensai que vraiment douze cents lieues me séparaient de ma pauvre patrie, de mes amis, de ma famille perdue sans retour,, ..Oh ! pardonnez-moi, vous tous qui me lisez, par don nez -moi si tant de faiblesses viennent b, chaque Instant interrompre le cours de mon récit, ..en ce moment te monde so déroba sous moi, des ténèbres poignantes m'enveloppèrent de toutes parts, le vide immense, le vide aBfreux s'entr'ouvrit brusquement, je m'affaissai sur mon lit, et 1A> on torrent de sanglots comme jamais n'en versa lime hu* maine jaiUit de ma poitrine brisée.
Hélas ! où étais-je donc, moi qui, quelques semaines en-
re auparavant, croyaiu l'avenir si sClr et tenais sona ma. maia de si facUes eapérancea 7 Petiu, VBtiU caraOiJiXft îiKirô«t
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des hommes aa milieu d'un monde absolument étranger, il ne me restait aucune ressource, pas même celle de l'amitié pour les mauvais jours, pour les épreuves qui sans doute ne tarderaient pas à naître. C'était donc pour cela que j*avab, depuis deux ou trois ans, ramassé péniblement les ruines , encore intactes de mon passé pour en refaire une vie nouvelle I C'était pour cela que j'avais tant subi, tant lutté, tant vaincu de préjugés, tant remonté de courants I C'était pour cela que je m'étais détourné des portes désormais largement ouvertes pour moi dans mon pays, c'était pour venir entre ces quatre murs nus, froids, sans un souvenir, sans un regard, et d'où peut-être je ne sortirais jamais !
Cette heure fut pour moi la plus terrible depuis mon départ du Canada. Tant que j'avais été secoué, emporté dans le chemin de fer, le bruit et le spectacle toujours nouveau avaient pu de temps à autre m'étourdir ', mais maintenant j J'étais seul, seul dans le silence, dans la nuit^t dans l'exil*
£h bien ! j'ai traversé cette heure comme bien d'autres depuis, et c'est aujourd'hui seulement que je sais tout ce qu'il y a encore de vigueur et de ressources dans une vie que l'on «icroit à jamais détruite.