‹ Chroniques ...: humeurs et caprices (volume 2)Chapitre 14 sur 24 · V0TA0B · texte numérisé non relu

V0TA0B

06rf ent dM ooragans de neige, des Snow-ShêdM soot de longs abris en bois, semblabled à des tunnels, bâtis ayeo une solidité formidable afin de pouvoir rester aux avalanches qui descendent des montagnes aussi bien qu'aux coups de yent qui, durant Thiver, balaient la neige et Tamoncellent en bancs énormes le long de la route. Ces abris ont parfois plusieurs milles de longueur; dans les Sierras-Nevada, où ils sont surtout nécessaires, ils se suivent presque sans solution de continuité sur une distance de quarante à cinquante milles ; mais dans lesMontagnes-Kocbeuses, ils sont si peu nombreux et si courts qu*on les remarque à peine.

Quant aux clôtures, elles ont surtout pour objet d'arrêter la neige que le vent chasse devant lui sur les plaines. Elles forment une double rangée de palissades, bâties de chaque côté de la voie, qui ont cinq à six pieds de hauteur. Elles suivent un tracé parallèle à la ligne à une distance d'environ trente pieds, avec un intervalle d'égale étendue entre la première et la seconde rangée. D'autrefois ces clôtures sont des murs d'une hauteur de quatre à cinq pieds, et qui s'étendent sur une longueur do vingt-cinq à trente milles ; on voit ce qu'il a dû en coûter pour les construire ; mais, grâce à elles, le voyageur n'est plus retardé aujourd'hui des journées entières pendant l'hiver, comme cela arrivait dans les premiers temps où le Central Pacific était en opération.

A Sherman, le thermomètre descend jusqu'à trente degrés au-dessous de zéro l'hiver et ne s'élève guère, l'été, audessus de quatre-vingt-quatre. Dans les environs, à travers les coteaux, les ravins et sur les fiancs des monts, il y a de la chasse à faire au chevreuil, à l'élan, à l'ours gris^ mais il est peu de voyageurs c^ui a'y laissent tenter et l'on

TOTAOM.

ta»

qtittè Bherman pour desoendre lo versant apposé ies Ro ehensea da mSme train qu'on a gravi l'aatre, en suivant des pentes et des courbes sans nombre Eur une longueur de vingt à trente lieues.

C'est l'ancienne route des émigrnnta, c

a blanchi iopea. Puis on traverse le pays Creek Country) où il n'y touffe d'herbe, nulle trace do rochers étrangi

) vaste pli

pas

i l'attestent des chevaux et des antia Enux-Anières, (Bittern arbre, pas même une animale ou viîgiîtalo, des inopinément et isolément ible, ou bien qui, vus de- )oin, ont l'Apparence do formidjblea sentinelles placées à la limite des mondes. On les nomme les Monuments des Dltux, et les légendes indiennes en attribuent l'origine aux géants qui peuplaient ces riions avant l'apparition de l'homme.

En général, les passagers du chemin de fer du PaaiQque sont des gens qni ne s'arrÊtentpss en roule ; le touriste, proprement dit, est presque un mythe parmi eux, et, du reste, il faut avouer que ce n'est guère invitant, pour le plaisir de se donner do la nature saisissante, que d'arrêter dans des endroits aussi inhospitaliers, aussi déserts, qui n'offrent pas la moindre distraction ni lo moindre attrait, et où l'on n'aurait d'autre oorapagaie que quelques rares et rades passants qu'amènent et ramènent les diligeDces. Malgré les séductions et les promesses des Qïâ&Qa,^w

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le chemin de fer,peT8onne|ne so sent de force à tenter ravéature ; le voyageur n'a qu'un désir, mais un désir brûlant, impatient, sourd à toutes les sollicitations contraires, de sortir au plus vite de sa prison roulante, de Tenfluî qui l'y -dévore, de la fatigue qui l'y accable, et^de la poussière, de la suie, de la fumée qui cuisent ses yeux, dessèchent sa bouche, irritent ses narines, et finissent par enflammer le cerveau après avoir brûlé la figure.

Nous voici arrivés à Ogden après cinquante-quatre heures de marche depuis le départ d'Omaha; il nous reste encore trois cents lieues à faire pour atteindre San-Francisco, et nous sommes à 4300 pieds au dessus du niveau de la mer. — Nous avons donc dégringolé d'à peu près quatre mille pieds depuis le sommet des montagnes Eocheuses ; heureusement que cette chute a pris deux jours, ce qui la rend aussi insensible que celle d'un gouvernement local de Québec.

A Ogden, nous restons une heure et quart pour trans- -férer le bagage dans la nouvelle ligne qui s'appelle Central Pacific et qui doit nous conduire jusqu'au terme du voyage. Ceux qui ont besoin de se restaurer trouvent un excellent hôtel à la gare et plusieurs autres dans les environs ; ce que J'appelle ici environs^ c'est ce c\\si ue Uqvct^ wai^^ib\.^\&!»sS(.

à porl& du voyageur. Ogden n'est paa une ville încom, mcnaurablc ; on en ferait la tour en quinze minutes; mais elle est mignoone, parsemée de boiquets, sillonniSe par de petits ruisseaux qu'a amenés l'irrigation, et qui exhalent une fraîcheur d'autant plus suave et délicieuse qu'on y est moins préparé et que la tête est encore remplie de la brillante atmosphère du désert.

La population d'Ogden est de trois mille cinq cents drues en chiffres exacts : il faut Stre précis lorsqu'il s'agit d'une ville peuplée aus deus tiers par dos femmes; en effet, Ogden est une petite ville mormone dont les écoles et les églises sont sous la direction des Saints du derniers jour, Lts Suinis du dernier jour! quelle appellation 1 je oraios bien que les mormons ne s'en lassent dans l'attente. La sanctification par la polygamie est un de ees paradoxes délicieux qui font venir l'eau h la bouche des gentils, et s'ils ne se convertiïsent pas davantage au mormonisme, c'est que l'excès du bonheur effraie encoro plus les constitutions délicates que celui des mortiâoatîons.

Nous sommas ici en plcîa dans le territoire de l'Utob qui a vingt-deux mille lieues carrées et qui abonde en mines d'or, d'argent et do fer ; je ne veux pas appuyer sur ce dernier détail toujours navrant pour des voyageurs comme moi. L'Utab fut d'abord établi on 1647 par les mormons oherohant un refuge contre la porséoution dont ils étaient l'objet, et en 1840 eut lieu la preniiûro élootion du gjiu- \eracur qui n'était autre cj^ne 'Bï\^D.taXti"Mi^. \l^i.V*^

n'appelait alora territoire de Descret, h coup (Ar nommé ^ ii était abBolumeot inoocnu aux bianos; aujoOit d'haï sa population est de oent trente mille £meB.

Ogden a été fondée, il y a viagt-et-an ans, par un dj disciples de Brigbam Youog, et d'aprcB le nom d'un turicr qni, après avoir péQétrd dans cette région avant l'ai rivée des mormons, était parvenu à s'y maintenir an lieu de tribus hostiles d'Indiens. Cette ville est adosséa une muraille naturelle d'environ deux mille pieds de but dont le sommet est presque toujours couvert de neige, serait pcut-êtie curieux de citer encore une fois ici, au f jet do mormonisme, les impressions du voy^eur & q j'ai déj^ emprunté de nombreux détails sur le cbemin fer du Pacifique. Qu'on se rappelle que M. Rodojp Lindau faisait le vojageen 1869, et qu'il était imba d erreurs qni avaient alors cours ^ peu près généralement :

" Le mormonisrae, dit-il, est intolérant, despotique jaloux ; c'est au milieu de U république américaine nue monstruosité politique et religieuse tout h la fois. Nu) doute que l'isolement ne soit pour cette eeot« une oond tion essentielle d'existence, nul doute que rdlabliaaemeok du chemin de fer du PaciSque, qui met en rapport direet le territoire d'Utab avec les graods états de l'est et de J'ouest et qui tcod à replacer les habitans sous le drûl, e lui ait porté un coup dont elle ne se re1èv«tt> Brigbam le pressent bien ; déjà même on lui prêle I4

sein d'abandonner le ÇB.38 (\'a« \'\.Twa.%\Q^ 4ea V^^^

VOTAQU. 113

naoa d'infester, et de chercher un deroier refuge dans de noavelles et ÏDaccCBsîhles BolitadeB ; mais le pire dei sattiU est VLCU2, il B. Eoisaute-diz ans, et l'énergie dont ii a fait preave pendant de longues années commence à lui faire défaut. Des disEensions rdigieuBea ont éclaté au aein même delà cité où naguère il régnait en msître absolu i deux hommes éminens de leur payi;, David et Alexandre Smith, fils de JoMph Sinîth, le fondateur du monnontsme, ont commencé à l'attaquer publiquement, lui et son ajslème. Les défections ne sont plus ûolfes, elles deviennent de plus en plus frc'quentes; on prévoit le jour prochain où les membres de la congrégation olirttienne du Salt-Lnko-City formeront une minorité imposante que les saints no pourront plus mépriser et avec laquelle il faudra compter. Ces eohismatiques seront d'autant plus à craindre qu'ils se sentent appuyés par la majorité des citoyens des Etats- Unis. Les mormons ne comptent en effet qu'une faible proportion d'Américains dans leurs rangs. C'est aurtont en Angleterre, dans le pays de Galles, en Norvège, en Suède, en Danemark, qu'ils recratent les plus nombreui et les plus fervents prosélytes. L'antagonisme qui sépare les disciples de Brigham Young et les gentilâ de l'Amérique a ses racines dans les antipathies de races aussi bien que dans lea haines religieuBes ; ces différences doivent t3t ou tard disparaître devant la force d'assimilation et de nivellement, résultat naturel des institutions démocratiques, et la principale, sinon l'unique cause de la grandeur politique des Etats-Unis.

" En Amérique, le mormonisme n'a jamais été pris en sérieuse considération. Les hommes d'état qui se sont occupés de cette question, lorsqu'elle a'impo5&i.t ^ V>JAsw.^m«>.

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publique, Tont toujours traitée avec ee dëdain superbe que leur inspirait le sentiment de la force de la république»

Ce petit mouyement religieux, grandement exagéré en Europe, ne les a jamais inquiétés ; ils le r^ardaient aveechagrin et pitié plutôt qu'avec colère, sachant que dans une société fondée sur la morale chrétienne, dans un état qui s'administre au nom de la liberté, un système religieux et politique invoquant les principes de la polygamie et du despotisme ne pouvait pas devenir dangereux. Ces hommes d'état, si prévoyans, si calmes, ne se sont point trompés ; le mormonisrae s'achemine rapidement vers la décomposition, il déploie en ce moment même une activité plus qu'ordinaire, et ses missionnaires se multiplient. Il ne faut pas voir dans ce redoublement d'efibrts'un signe depuissance, et cette secte née d'hier n'en est pas moins fatalement vouée à une ruine proche et certaine. Peut-être quelques milliers de fanatiques donneront-ils au monde le spectacle d'une résistance qu'ils soutiendront jusqu'à la mort ; mais il est impossible de concevoir des doutes sur l'issue de ce combat, prévu et nullement redouté par le» Américains.

" La ville du Lac Salé, qui doit sa fondation à Brigham, n'a rien de bien remarquable, et ne répond que d'une mnr nière très imparfaite à l'idée que l'on s'en fait généralement. Les rues sont larges, bien alignées ; mais elles ne sont ni pavées, ni éclairées au gaz, et l'entretien en est encore plus mauvais que celui de la plupart des villes américaines. Aussi la salubrité publique laisse t-elle beaucoup à désirer, et les enfans y meurent-ils en grand nombre. Il n'est pas difficile d'être présenté au père des saints^ Brîgham Young. L'étrau^ey i\jÂ\. ^ot^ ç.QixiL\v^\ssaa.TkRA ^^ee

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on homme qui paraît ennuyé de la singulière renommée qu'on lui a faite, et qui, après avoir débité d'un air indifférent quelques phrases banales, adresse poliment deux ou trois questions sans autrement se soucier de la réponse qu'il reçoit, s'empresse enfin de reconduire son hâte jasqa'à la porte dès qu'il manifeste la moindre envie do le quitter. Cela a'eipliqne, et l'on ne peut lui en vouloir. Xa'homme célèbre n dû. grandement souffrir dans son amourpropre de l'avide et indiscrète curiosité des touristes; mais, d'un autre cSté, quel triste et affligeant spectaclo présente dans sa personne cet ancien spécalatoor enrichi, ce trafiquant en religion, que des milliers d'hommes crédules vénèrent comme l'apôtre vivant de l'humanité ! Les femmes mormonnes que j'ai eu l'ocoaaïon dû voir ne m'ont paru se distinguer des Américaines que par leur laideur et par le manque d'élégance dans leur toilette. D'après les voyageurs que j'ai consultés, la beauté féminine serait ce qu'il y a de plus rare parmi ces sectaires."

Je reprends.

Ceux qui veulent aUcr d'Ogden i, h ville du Lac Salé n'ont qu'à prendre un erabraneiiement de ehemîu do fer do trente-cinq milles qui les y conduit en deux heures et qui les ramène le lendemain ; là ils Verront un petit Eden de fleurs et de parterres, et peut-être aussi Brigham Youog, dont il me faut dire uu mot à mou tour.

Brigham Toung, le plus Leareuï des hommes, a déji soixante-treize ans passés et prosqu'autant de femmes. C'est è. faire venir l'eau à la bouoho. Pour ëtte ia Vq^ ti'i'siijVfe.,

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il faudrait lui donner au moins trois cents enfaats, oe qui pourtant n'est rien à comparer avec la postérité d'Abraham qui fait concurrence aux sables de la mer. Mais un patriarche moderne, venu dans un monde trop vieux, comme dit Musset, no saurait avoir autant de prétention. Pour montrer jus(]u'à quel point tout est contraste dans la vie, le chef des derniers saints fut d'abord un méthodiste ; mais à peine uvuit-il lu le livre des mormons qu'il embrassait avec ardeur la relii;ion nouvelle et était déjà, en 1835, sacré l'un des douze apôtres. On voit qu'il était prédestiné. Il partit alors pour TAn^letcrre où il fit quelques milliers de prosélytes, et publia le Millcnlal Star, le premier des journaux mormons, qui paraît encore aujourd'hui. A son retour, il trouva ses eorciigiouaaires établis à Nauvoo, dans i'IUinois ; la persécution ne leur y laissait pas un jour de repos, ils étaient à toute heure menaces d'extermination et même plusieurs d'entre eux avaient déjà été assassinés.

Brigham comprit alors qu'il fallait à tout prix quitter Nauvoo et chercher un asile où lui et les siens seraient désormais à l'abri de tous les dangers. Ils se dirigèrent d'abord vers le Missouri et passèrent deux ans à Council BluiOfd, puis atteignirent en 1847' le Lac Salé où Brigham Young, devenu président de sa secte, organisa immédiatement une communauté. Comme ce territoire appartenait alors au Mexique et qu'il n'y avait aucune sorte de gouvernement établi, les Mormons y constituèrent un état provisoire sous le nom de Déseret, et Brigham en fut élu gouverneur, position qu'il occupa jusqu'en 1850, époque à laquelle ce territoire ayant été cédé aux Etats-Unis, changea son nom pour celui d'Utah, tout eu demeurant sous la loi du gouverneur Young.

Telle est en deus mots l'csquUBBbiographiqae d'aa des hommescertainBDieDt les plus extraordinaires de noire temps. Ce qa'oD a dit de bu puissanae do volonté et de son inflexible détermination c'a tien d'exagéré ; nn amoar extrême de domination et l'absolutianie de ses prînâipea l'ont parfois même poussa juBcjn'jl dea crimes horribles, crimes qui resteront impunis pir raison d'état sana doute ; mais ce qu'on neconnaîtpas assez de lui, ce sont aea bonscSti5set les serviceB véritables qu'il a rendus. Loin de vouloir fermer, comme oû l'a prétendu, la ville du Lac Salé à toute atteinte de l'extérieur, Brigham Young a fait tout en son pouvoir pour développer les ooiumunïoations de tout genre, voies ferrées et tdWgraphiquas, compagnioa d'express et do diligence, etc. A son appel les Mormons ont travaillé en masse au cbemin de fer du Pacifique, et ont construit en entier l'embranobement qui mèas à leur ville ; ila en soat les propriétaires et Erigbam Young l'administrateur.

Depuis quelques années toutes les di.< nom in allons religieuses ont râussî :1 s'implanter dans la ville du Lac Salé, mus les écoles libres n'ont pas eu le même succès. On y compte trois journius quotidiens, dont un seul est gentil ou profane, sur une population d'environ dix-buit mille

Le Tabernacle, dont la renommée est aujourd'hui unïvemelle, est un immense édifice de forme oblongae, ayant une longueur de deux cent cinquante pieds et une largeur de cent cinquante : quarante-sïs piliers soutiennent son immense voûte, la plus grande de tout le continent américain, si l'on en excepte le Orand Vainn Dépôt, récemment construit h. New- York, La hauteur do la voftto est de eoixante-eiaq pieds, et elle semble n'StiQ c^'uti^ »«.'4J&<:.\. même pièce, comme ud doa de IotIm.?.

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La tabernacle peut coateoir huit mille personnes afaiaea ; il ne sert pas seuiement aux exercicea religieux, niaïa toutes les solennités et i, toutes les réunions des Saints, qui n'ont rien de mieux à fiire en attendant le dernier jour.

Peu après avoir quitté Ogdeu, on oStoio les bords dn Lso SbM pendant deux ou troisheuros. On y arrive pu de nombreux détours au milieu de souriantes vallées dominées par des promonotoiresqui s'élèvent jusqu'^ une haoteur de dix li douze mille pieds au-dessus du niveau de l'océan, et qui sont couverts de neiges éternelles. Le grand Lac Salé est un phénomène de la nature. li a quarante-deux lieues do long sur quinze de largeur et renferme plusîenra îles qui sont de véritables oasis. Ses eaux sont si salées qu'aucune espèco d'âtres ne peut y vivre et quQ les gibiers de mer n'en approchent pas ; ila se tiennent dans les joncs et Us marais qui l'avoisineat.

Le lac n'offre pas de débouché et cependant il reçoit lea eaux de plusieurs rivières ; c'est l'évaporation qui absorbe cet énorme volume d'eau qui finirait par inonder plusi territoires à la fois si aucune cause ne venait le diminuer.

Cependant, malgré l'activité incessante do l'évaporation, on a constaté depuis la colooisation de l'Utuh, depuis que le sol aride a été changé en terrains productifs et florissante, que les eaux du lac se sont élevées tranquillement de douzQ pieds en moins de vingt ans. Voilà certainement un fait digne de toute l'attention des géologues. Le lac voudraitil reprendre son ancien empire qui s'ét«udait jadis jusqu'&

e hauteur considérable des monts qui l'entourent? A.

fàle époque des temps géologiques avait-il atteint cetto-

VOTAOES. 149

rien n'mdlr|ue ; peut-Slre !ea mon- 'ëes ellGs-tnêmes par l'action volca- ■ niveau primilif ; quoi qu'il en soit, UQ Isa caus du kc ont haussé de ;t ans, mais cela n'a rien changd à □ t éminemment salutaires aux baigneurs, surtout dans les maladies chroniques ; elles sont ohaudos et ai denses qu'on peut flotter à leur surface sans presque aucun effort; il j a de nombreux v al iStudin aires qui vont tous les ans y cberoher la santé et la vigueur, et qui en reviennent robustes, assuriîs d'une longne vie ; c'est une véritable fontaine de Jouvenae ; seulement il ne faut (taa en boire, à moins qu'on veuille se mariner tout vivant.

altitude ? c'est ce qu tagnca sa sont-elles él nique au-dessus de le «'est un fait certain douze pieds depuis vi leurs propriétés qui

A neuf milles d'Ogden se trouve Promontory point, endroit à jamais célûbre pour l'inauguration solennelle qui s'y fit, le 10 mai 1869, do !a grande voie ferrée du Pacifique. Comme c'est là un des événeraents les plus considérables de notre époque, et qu'il est fort intéressant d'en suivre le Técit, je laisse encore la parole à Mr. Rodolplie Lindau qui •en fut le témoin ocaulairc :

" Au mois de mars, les travailleurs du C entra I-Paoîfique avalent posé dans un seul jour 10 kilomètres de rails. Aussi avaient-ils nommé l'endroit où le soir le travail s'était arrdté Ghaîlenge-Point, provoquant ainsi les ouvriers de la compagnie do l'Union ù en faire autant. Ceux-oi n'avaient pas tardé à répondre au défi par un travail plus surprenant encore: une journée leur suffit à poser 11 kilomètres 2^3 de rails. De leur coté, les Oaliforniens, ne vouli^Vv^ %:^mettre aucune supériorité \orB(^ii'i\ tfa^vam\i -ia \QiNi«. î

vitesse dans la constractîoa de la grande ligne, rénnîrent tontes les forces capables d'être employées snr nn senl point, et en onze heures de travail posèrent et fixèrent, à la satisfaction de la commission officielle chargée de la surveillance des travaux, dix milles, c'est-à-dire près de 17 kilomètres de rails. Ce fait sans précédent fut accompli le 28 avril 1869, sous la direction de Tinspecteur-général Charles Croker. Un témoin oculaire, le correspondant de VAlia Càlîfornia^ rapporte que les premiers 240 pieds de rails furent posés en 80 secondes, les seconds 240 en 75 secondes. On va guère plus vite à pied lorsqu'on se promène sans se presser.

'^ Voici d'autres faits authentiques ayant trait à ce travail extraordinaire : un train contenant 2 milles de rails, o'est-tVdirc environ 210 tonneaux de fer, fut déchargé par une escouade de Chinois en 9 minutes et 37 secondes. Les premiers 6 milles de rails furent posés en 6 heures 42 minutes, et pendant ce temps, où chaque travailleur mettait en jeu toutes ses forces, pas un d'eux, sur 1500, ne demanda un instant de repos. Ce qui donne encore une plus saisissante idée de l'enthousiasme qui s'était communiqué à cette armée d'ouvriers, c'est le fait que tovLs les rails, formant ensemble une longueur de 17 kilomètres et pesant environ 1,000 tonneaux, — un beau chargement de navire, — furent posés par huit hommes seulement, choisis comme les plus expérimentés et les plus durs à la fatigue dans un corps de 10,900 travailcurs.

" Tout l'ouvrage se fit, ce jour-là, en courant. Un wagpn:. chargé de fer se dirige en tête de la ligne, apportant les T&ih nécessaires à la continuation de la voie. Il est traînépar deux chevaux attelés en ta-odem ^\» \«Ekftfe» ^>x ^^\r^

VOTAQSS. Iftl

Un wagon TÎde, qui TÎent d 'opérer sa liTraiaon de tsils, Ba porte & sa rencontre. Ceci a tout l'air d'un coDtr&-temp8> oar deos wagons allant en secs contraire n^ pourraient circuler sur une seule Toie ferrie. Cependant le nagon chai^ ponrsttit sou cbemin sans ralentir son allare; te wagon vide a été arrêté, et dea bras d'homraas l'oot souleva ■mgê & c6Cé de la ligne. Le wagon chargé passe outre, les conductears échangeant un hunak avca lenra oompagoous de travail. A la dernière limite dâ la ligne, deux hommea mettent des blacs de bois en avant du wagon, qui s'arrSte auffiitât. Quatre autres ouvriers, places dea deux oâtiJs do la voie, tirent à l'aide de orooheta une paire do raib du wft* gon, la posent et l'ajustent sur les traverses en bois installâos à l'avaDce par les coolies ohinois, qui passent A bon droit pour d'excellents tcrraaaiers ; puis le wagon est posé on avant de la longueur du doubla rnîl qui vient d'<^tre poB^, et la même opération recommence. Les tracklayin (poseurs de raiU) sont suivis par une brigade d'ouvriers qui assurent lo '" avec toute l'exactitude nécessaire et qui lo fixant au moyen de rivets et de boulons. Co sont dos mécaniolons qui sont chargés déco travail, OKÏgeant beaucoup d'oxptSrienooetunoertain jugement. Une bando do Ohinois s'avanoo derrière eux pour compléter l'ouvrage qu'ils ont comnionotf. Enfin vient l' arrière-garde, encore ooinposée de OliinuU, travaillant sous l'inspection de surveillants irlandais ot nllomanda ; armés de pioches et de pelles, ils recouvrent les extrémités des traverses de terre fortement tassée, afin de leur donner pins de solidité.

" Pendant ce temps, les ingénieurs, inspecteurs ot sous-

ipecteurs des travaux se montrent sur tous les pointe*

On les voit à cheval courir GtinS vsaaa \a\w>^ ^tiVb ^"i^s^ ^

152 yoTAon.

corrigeant, loaant, encourageant, a'assanmt enfin qne tout est vite et bien fait An bont de la ligne, dans une voitore découverte, se tiennent M. Charles Grocker, l'inspecteor en chef, et M. Stonebridge, son premier aide-de^samp ; ils sont là, attentifs et soacieux, la lorgnette à la main, surveillant l'action comme des généraux d'armée. A midi, Ton est à peu près certain de la victoire. Le gouvemeor Stanford, président du chemin de fer central, perdra 500 dollars, qu'il a pariés avec M. Minckler, le chef des tracJdayen^ touchant la possibilité d'accomplir en un jour le travail proposé. Le hoarding-house train (train-hôtel), composé de maisons en bois montées sur des roues et où les ouvriers blancs mangent et dorment, vient d'arriver. Les Chinois forment bande à part ; mais leur dîner aussi (ils le prennent en plein air) est préparé d'avance, et tous, Caucasiens et Asiatiques, attaquent le repas avec la vigueur que donne la satisfaction d'une grande tâche bien remplie. Le repas est terminé, et l'on 6o remet à l'ouvrage avec une ardeur nouvelle. Les jours ne sont pas encore bien longs, et le solei^ s'approche visiblement de l'horizon. Les ombres s'allongent et prennent des formes fantastiques ; mais on ira jusqu'au bout. Tout le monde semble électrlsé : de lourdes masses de i'ersont enlevées, portées, posées, ajustées avec autant d'aisance que si le poids en avait miraculeusement diminmé ; les clous, rivets, boulons, semblent trouver d'eux-mêmes leurs places ; les marteaux volent, les chevaux galopent leur plus grand train. ** En avant, John Chinanian I Du courage, Paddy I Allons, allons, nous n'avons pas de temps à perdre I " Ainsi crient los surveillants, excitant les hommes au travail comme on les exciterait au combat ; mais c'est inutile : chacun fait de son mieux. Soudain tout s'arrête. Une grande clameur, doa bnrraba formidables, B'A^vwiV, ^u\>Q\kV» ^^\^\Mgjia, Qï'«^\»

W VOTAQES. 153

Les deiniers rails ont êti pos^s, et l'ocavre que l'on s*était proposi5a le matin a ét-i accomplie avant la tombJe.dc la nuit. Fea s'en faut que Caucasiens et Chinois ne s'embraesent.

'' Pour so faire une îdiîe des difficultés vaincues en cette niiSniorablo journde, il no faut pas oublier que l'on se trouvait au inîiion d'un désert, loîa de toute ville et môme do toute habitation. Ijorsqfle les ouvriers, riSanîs ce jour-là &n nombre de quinze cents sur un seul point, abandonnèrent le travail pour prendre le repas do midi, ils étaient arrivés A 10 kilomètres de l'endroit où ils avaient di^jenné !e matin et laissé leur atlirail do campement. Les proviflions, tentes, ustensiles, instrumena, effets, le fen et l'eau, tout avait 6t6 portii en avant, sans confusion, ù mesure que les travaux du chemin do fer avançaient. Cette armée d'ouvriers fut «lono pourvue réguliÈrcraent de tout ce qui lui était néoeseaire pour la nourrir et l'abriter, et cela dans des endroits «ù le matin il n'y avait pas vestige de route ou deprovisiona.

"Le lieu oi^e'arrÊta !o travail le 28 avril fut nommé Vie- Iorr/-Poiitt, ce qui voulait dire qu'en En do compte les Calilornîens avaient baltu les jiuioms!es, sans leur laisser môme l'espoir d'une revanche. Ces derniers ne se découragèrent cependant pas, et continuèrent à travailler avec une telle diligeoea que la 10 mai, quarante-huit heures plus tard seulement que les Californiens, ils eurent atteint l'extrême jimite de leur embranchement et touchèrent il Promontory- Foint, aux ouvrages les plus avancés du chemin Central. Lo dernier rail, unissant les deux sections de la grande lignci allait donc être posé.

" Promotory- Point, territoire do l'Utah, est un groupe do battes proyisoircfl élevées Eut la çiïmle iiûti-fssS. ^"4. sg.'Mi.'i

154 YOYAGIS.

Lac-Sald, à environ 800 milles de San-Franeîsoo. C^est en cet endroit que, le 10 mai 1869, un millier de penonnee représentant toutes les classes de la sooiétd américaine se trouvaient réunies pour célébrer rachèvement do la grande ligne nationale, formée par la réunion des deux sections :

" Les envoyés du chemin de l'Union du Pacifique, MM' Thomas Durant, vice-président, Dillon et Duff, directeurs, nrrivcrcnt dans la matinée du 10 mai. Les préparatife pour poser d'une manière solennelle les derniers rails furent bien* tôt faits. On avait laissé entre les deux extrémités des lignes un espace libre d'environ 100 pieds. Deux escouades, composées d'hommes blancs du côté des unionistes et de Chinonois du côté des Californiens, s'avancèrent en correcte tenue d'ouvriers pour combler cette lacune. Ou avait dans les deux camps choisi l'élite des travailleurs, et c'était plaisir ù voir comme ils s'acquittèrent vivement de leur besogne. Les Chinois surtout, graves, silencieux, alertes, s'entr'aidant adroitement l'un l'autre, furent l'objet de l'admiration et de l'approbation générales. ** Ils travaillaient comme des prestidigitateurs, " dit un témoin occulaire.

A onze heures, les deux troupes se trouvèrent face à face. Deux locomotives s'avancèrent de chaque côté l'une au-devant de l'autre, pour exhaler dans un jet de vapeur un salut qui déchira les oreilles. En même temps le comité expédiait à Chicago et à San-Francisco une dépêche télégraphique adressée à V Association des journaux des états de l'est et de V ouest et ainsi conçue : *^ tenez-vous prêts à recevoir les signaux correspondans aux derniers coups de marteau." Par un procédé très simple, les fils télégraphiques de la ligne principale correspondant avec les états de l'est et de l'ouest avaiaDt été mis en oommuxi\o«t\!\otL ^^Xrtfjjoft ^"^^aX^Axsft^

TOYAOBF. 155

nSme où le dentier boalon allait Stre plac^. A Chicago, i> Omaha, à San-Franoîsco, les trois principaux barcaai Wlégraphîquea les pIo3 rapprochés de Promontorj-Poiot, OD s'était arrangé de inacïâre à corraspondra directement avec New- York, Washington, Saint-Loaîs, Cincinnitti et autres grandes cités. Dans ces dernières enfin, on avait prà des dispositions partioulièrea îi l'nide desquelles la grande ligne tdl^aphiquo comiuuniquïit avec les signaux électriqnaB à ingendie établis dans ces villes. Grâoe ^ ces in^nicuses précautions, les coups de marteau frappés à Promoalorj-Point pour 6xer le dernier rail du Grand-Pacifique trouvèrent an écho immédiat dans tous les états de la lépubli' qne.

La traverse sur laquelle devait reposer le d er a ier rail était en boiadelaurier, le boulon qui devait unir la traverse au rail en or massif, le marteau dont on devait se servir en argent. XiB doetour Harkuess, député de la Californie, présenta ces objets à, MM. Stanford et Durant. " Cet or extrait des mines et ce bois précieux coupé dans les forets de la Californie, dit-il, les citoyens de l'état vous les offrent pour qu'ils deviennent parties intégrantes de la voie qui va unir la Oalifornie aux états frères de l'est, le Pacifique à l'Atlantique." Le général Safford, député du territoire d'Arizona, offrit un autre boulon fuit de fer, d'or et d'argent, " Riche en fer, en or et en argent, dit-il, le territoire d' Arizona apporte cette offrande & l'entreprise qui est comme le grand trait d'nnïon des états américains, et qui ouvre une nouvelle voie au oora- Dierae. " Les derniers rails avaient été apportés par l'administration de l'Union. Le général Dodge, député, prononça en les désignant un discours qui se terminait ainsi : " VooB avez accompli l'œuvre ie G\iTO\o^ei ^^ot^. *ii«rè.

156 YOYAOBS.

est le chemin qui condait aux Indes. " Le dernier enfin, le député do Nevada offrit un troisième boulon, oelul-là en argent, et dit : <* Au fer de Test et à Tor de Touest, Nevada joint son lien d'argent. "

MM. Stanford et Durant, les présidons des deux chemins do fer, auxquels était échu l'honneur de fixer le dernier rail, s'avancèrent alors pour procéder à l'œuvre. Au même moment, la dépêche suivante fut transmise à San-Francisco et à Chicago : '' Tous les préparatifs sont terminés. Otez vos chapeaux. Nous allons prier. " Chicago, prenant la parole au nom des états de l'Atlantique, répondit : " Noos comprenons, et nous vous suivons. Tous les états de l'est vous écoutent. " Quelques instants après, les signaux électriques, répétant de par l'Amérique entière chaque coup de marteau frappé en ce moment au milieu du continent, apprirent aux citoyens, qui écoutaient dans un silence reli^eox, que l'œuvre venait d'être accomplie. Cette communion simultanée dans une grande et belle pensée produisit un effet dont les assistants seuls peuvent se faire une idée. Cette "«^oix venant des régions mystérieuses du centre du continent, annonçant au monde l'achèvement d'une grande œuvre, fit vibrer les plus nobles cordes du cœur humain : il y eut des larmes d'émotion et des cris de joie. Enfin les chapeaux volèrent en Pair, et ce furent des hurrahs, des " vive l'Amérique 1 vive la grande [république, " comme on n'en avait jamais entendu en plus belle occasion. Dans les principales villes des Etats-Unis, l'événement fut célébré par des saints de cent coups de canon ; à Chicago et en beaucoup d'autres endroits, il y eut des fêtes dans le genre de celle de San- Francisco."

allons maintenant parcourir au pas de course le qui nous reste pour atteindre la Californie. Voici d'abord la chaîne des Wahsatcli que l'on franchit d'un bond diîsert encore une fois bous !e nom à' Alcali plain»^ Bien n'égale la désolation qui entoure ici le regard do tous côtés ; des petits coteaux montagnons coupent seuls l'uaifonnité des longues et épaisses couches ds sable <^ui gisent eur le sol comme un linceul gris; ça et lit la plaine semble s'affaisser et mouille timidement le bas de son manteau sablonneux dans les marais qui se détachent successivement jusqu'il une longue distance du Lao Sali! ; on en a conclu &vec raison qu'autrefois le désert alcalin n'était qu'une partie du lit du grand lac; du reste, de nombreux faits le démontrent et la géologie n'a guère eu de champ plus assuré ; mais laissons-la aux savants, l'étude des transformations terrestres n'étant pas absolument un élément de ce récit.

Plus loin, nous atteignons la chaîne des Humboldt, plus conaidérable que celle des Wiihsatch qui ne sont guârc DU encadremcDt au bassin primitif du Lac Salé ; le chctuin de fer parcourt ici des vallées et des méandres souvent ricbcB en pâturages, arrosés de temps ù, autre par de petites mUrea serpentant nu milieu de berceaux d'arbustes au

158 yoTAaii.

feuillage scintîllanf. C'est dans une de ces vallées que se trouvent ecs dtrangcs puits naturels à peine visibles à Y(à\ du voyageur, et dont une Idgôre bordure d'berbe indiqiu seule la prdsence. Ces puits sont au nombre d'environ une vingtaine, et offrent un orifice presque exactement rond, d'un diamètre de six à sept pieds. Rien n'agite la surface de leur eau immobile, et jusqu'aujourd'hui tous les sondages les plus obstinés et les plus complets n'ont pu en faire découvrir le fond. Evidemment ces puits sont d'anciens oittèrcs volcaniques depuis longtemps éteints, et l'eau qui ]m remplit a dû sourdre tranquillement à travers les profimdeurs du sol ; toute la surface de la région qui les entoure porte la trace de puissantes commotions de la nature; la lave sous toutes les formes et d'énormes blocs 3o granit brisés, épars, jetés ça et là dans un désordre fougueux, en sont une attestation frappante. La vallée où se trouvent les puits naturels est toute petite ; le train y arrête, s'y alimente d'eau et continue jusqu'à ce qu'on atteigne les Palissades, murailles de pierre énormes, coupées à vif, entre lesquelles il n'y a guère que la laigeur de la voie fenée, et qui ont Tair do se menacer les unes les autres. On dirait des titans antiques voulant se précipiter dans une demiàra lutte et arrêtés subitement au milieu du suprême effort ; ils se r^rdent,*ils frémissent, ils grondent,mais restent impuissants, cloués sur le sol, qui va les retenir pour rëternité. Les Palissades sont à cinq mille pieds au-dessus de la mer et donnent leur nom à un petit village situé dans leur sein, d'où les diligences rayonnent de tous côtés jusqu'à des distances de cent milles.

SlarohoiiB, marcbons encorQ quelque^ heures, et nous liions atteindre les premiers contro-forts des Sierras-Nevada. Enfin, noas voiHi dëfinitiTcmcnt sortis du dësort, et noua Ùltme entrer dans la vigaarcnse et rssplcndissanto natare qui s'ijtalc eut le versant occidental du continent am^ricaio. — Lo premier phénomène auquel on initia le vojageur, en nrrivnnt dans le Nevada, c'est la grande eaçerne de Slioll Creek Ranfçe. Shell Creek est un maigre chaînon des lerras, duns les flânes duquel s'ouvre la civerne. L'entrée a est basse et obscure sur un cspaoe d'environ vingt pieds, uis, graduellement, elle a'i'Iargit en mSme temps que la voûte s'élère. De nombreuses cbambres se découvrent à droite ot à gauebo dii piissage, d'une dimension variable ; I'qqq d'elles, appelée la salle de danse, a soixante-dis pieds flUT quatro-vingdis : le plafond est à une hauteur de quarante pieds et la sol d'un beau sable coni;,acto : une sourco d'eau, fraîche comme la lèvre d'une vierge, y coule au milieu dos gravois, puis, à mesure qu'on avance, s'ouvrent do nouvelles chambres dont les parois ruissellent de stalactites étincaJantes. Jusqu'où celte caverne pîongo-^elle dans lo ventre dos monta, c'est ce qu'on n'a pu déterminer encore ; elle a 6x6 explorée jusqu'il une profondeur do quatre mille s, mais on n'a pu p<!n<itrer pins avant à cause d'un large précipice qui s'ouvre subitement sous les pas ^ cette distance,

Nous allons, nous allons toujours; le train semble avoir liStc, aussi lui, de seconcr la poussière entassée de trois jours de dùserf, A trarci-a lea gfJïgpa eX W iySàa ïisa

160 YOTAGie.

montagnes, la locomotive plonge et replonge, tourne et retourne, frémissante, allègre, joyeuse, jetant des oris qm font dresser Toreille aux éohos étonnés, oontoumant les rochers, descendant avec les pentes, puis se redressant lentement pour gravir quelque plateau, comme un baigneur quv émerge de l'onde. Nous montons, nous montons sans cesse et sans nous en douter, tant il y a de détours et d'évolutions, jusqu'au sommet des Sierras qui bientôt vont apparaître dans toute leur grandeur sauvage et luxuriante à la fois. Nous passons le Pic du Diable, un seul bloc de pierrehaut de mille pieds, aux arêtes vives, semblable à un géant pétrifié au moment où il voulait escalader les nues ; nouspassons la tombe de la Vierge, tertre solitaire surmonté d'un& croix de vingt pieds, qui renferme la dépouille d'une jeune fille morte à dix-huit ans dans cet endroit même où ella accompagnait une troupe d'émigrants, alors qu'il y avait à peine un chemin tracé dans l'immense solitude. De temps ÙL autre, les plaines d'alcali apparaissent encore sous forme de taches de cinq, dix et quinze milles de longueur, mais on sent que la nature fait enfin un efifbrt suprême pour secouer son enveloppe aride et qu'elle s'agite dans son sépulcre de sable. Les Sierras-Nevada sont le fruit de oe tnK vail formidable ; aussi elle jaillissent, imposante^» et splen* dides, poussant dans tous les sens leurs rameaux altiers, et jettent au désert un défi que mille échos répètent, à mesure que le train poursuit sa course retentissante.

Nous ne somnvBs encore qu'à cinq mille pieds au-dessu»

du niveau de la mer, mais l'ascension est continue, es

sommets des montagnes se rapprochent, les forêts qui oor-

dent leurs flancs envoient à tous les vents de l'air leur»

puissants parfums*, la Bo\it\id(i\tistTLYai^^ ^ ^\^'^'w.ns.\ ^wseni

|ae l^omme est prAs, et qu'il apporte & rintnriasable riotiesae mînérBlc de cette région tonte la vigacnr de son Activité.

Au point du jour, le dernier Jour de ce voyage tant de foîa mandit, dès qne l'aurore commencera d'envoyer quelques feus blêmes sur les cîmes blaochea des Sierras, et que eob rajons tiniidea courront comme des soufilea sur les pentes !es, au milieu des gorges a'abandonnant ù, ses baisers ids, nous aurons atteint Truckee,le premier endroit qui miSrite le nom de ville depuis le départ d'Omabn, et nous sentirons dt^jik les premières efQuvea du paradis californien venant à nous sur l'aile de la brise gonfloe de parfums.

A Trnckee, nous resterons une demi-iieure ; cette petife TÎIle est située ^ peu près au com m en cément des snow-shed» maintenant, vont s'étendre presque sans discontinuité snr une longueur do quarante à cinquante milles. Nous sommes au milieu même des montagnes qui, de tous côtés sutour de nous, dressent leur sommets couverts de neiges iternetlea et entr'ouvrent sous nos pieds des ravines formidables où brillent tous les feux, où s'épanouissent tontes les caresses de la végétation rendue iV la liberté. Nous arrêtons, et maintenant, jusqu'à ce que nous ayons dcsccnda le versant opposé des Sierras, les plus sublimes grandeurs de la nature vont se prodiguer sous l'œil insatiable du Toyageur; nous en aurons, pendant une demi-journée, de quoi compenser pout-Gtre pour les cinq mortels jours que noua venons de subir.

Je veux mo recueillir un moment pour chercher l'imagedes impressions encore si vivaces, si ptofoïiàea, ^t'aV^'wft ■q.-ktoj.i»

162 VOTAOli.

dans ma vie errante, que j'ai éprouTées sur tout le pu* cours des Sierras-Nevada ; je ne pourrai paa les retraoo^ mais si j'arrive seulement à en retrouver quelques reSeti, j'aurai fait beaucoup pour le lecteur, et pour moi-même qui CD ai conservé un impérissable souvenir. •••••

La petite ville de Truckee est entourëe de neige pendant toutes les saisons de Tannée, sous un soleil radieux et piquant. Mais à côté de la neige sont les fleurs ; les glaoim des monta <^cs creusent leur lit et y restent^ mordus en vain par le soleil qui ne peut percer leur épaisse couchej tandis que tout auprès la végétation revêt ses plus scintillantes couleurs.

Quatorze milles plus loin est le Sommet, le point le plui élevé qu'atteint le chemin de fer dans les Sierras. Noos y sommes à une hauteur de sept mille pieds, avec la perspeetive lointaine des plus hauts pics qui s'élèvent jusqu'à dix et onze mille pieds au-dessus du niveau de la mer. C'est ici la ligne de séparation des eaux qui descendent des montagnes et qui toutes vont grossir une seule rivière, la Sacramento, qui débouche dans le Pacifique. Il nous reste deux cent quarante-milles à faire pour atteindre Saa- Francii^co.

Nous touchons au terme ; chacun le sent à la fiigure épanouie des voyageurs, à leur regard brillant d'espérance. Le ciel, où courent des franges d'azur et de pourpre, envoie mille rayons qui éblouissent le front argenté des Sierras. Sur ces hauteurs qui touchent aux nues, la nature prend un air de fête grandiose qui éclate comme une immense fanfare céleste; la JoiQ cl \ïil àLâ!vix^\i^^ \v3q^\i<w5l\. daaa ces

VOTAOBE. 163

taperbes (Slnns dee montagneB qui ch^rclisnt !i atteindre, ibaoane, le ptas haut point possible do l'espace ; aveo elles l'élève l'âme dea voyageurs enfin affranchie de la pesante Itreinte du d<!scrt ; le transport de la nature se oommunî- |iie i, tout ce qui respire, et on la voyant si glorieuse et si ifière de s'eseroer dans toute sa puissance, on se sent soimSme renaître et grandir sur les ailes infinies de l'imagilatioD.

Oh ! quel spcotaclo et quel enehantenient I lui vous tournez quelque cap gigantesque qui se dresse au-dessus d'un abîme de quinze à dix-huit cents pieds ; à peine j at-îl la largeur de la voie ferrée ; le train passe lentement, aieîurénient, un rien suffirait pour le précipiter dans l'abîme entr'ouvert ; le regard du voyageur, à la fois dpouvantiS et charmé, contemple avec ravissement et se ddtourne avec terreur ; c'est que cet abîme est ù la fois terrible et dâlioieui. Sans cette horreur béante la nature a enfoui, comme dans un rfi, ses plus brillants tri^aors ; elle l'a recouverte d'un tapis de feuillagoa dorés et de fleurs ; on dirait une couche do paradis glissant aui sombres entrailles de la terre. Les ■allées et les gorges des Sierras ont une grandeur magique t en même temps puérile, quelque chose de nouvellement ialos, frais, riant et formidable à la fois ; que dire en effet de ces immenses précipices qui n'ont rien de farouolie que leur profondeur, et qui de tous côtés envoient au regard les Biillo rayons de leurs jardins, de leur parterres émaillés? Sur les flincs et jusqu'au fond des abîmes on peut voir de jolis petits villages de diï, quinze ou vingt feux, d'où les habitants gravissent jusqu'aux piateausH travers des sentiers bordés de plantes et d'arbustes aux feuillages de toutes les nuances ; on y voit aussi des rÎTiôres coilattt o.u mVvïa. it'va.-

164 TOTAGIB.

nombrables détonn, comme des lerpeate efaijëi ; l'édat &^ tif de leara floU se mêle avee ealoi de U ▼^Utioo q«lli reflèteot et qu'ils animent, pendant que le Bpeolaole de Yi^ dostrie humaine qui, mdme dans cea profoodenis, che des éléments à son aetinté. Tient a'ajoater eneora magnificences de la nature.

Les pentes et les vallées des Sierras sont convertes de pins exploités sur une grande échelle, en même tempe que retentissent de toutes parts les travaux des mineurs dissequant les inépuisables mines d'or et d'argent.

On conçoit qu'un chemin de fer ne peut traverser nnecbaîne de montagnes en droite ligne, qu'il oontonme sant cesse et suit chaque détour ; il ne peut pas escalader les pies ni plonger dans des gorges, et par conséquent la route à faire se trouve de beaucoup allongée, mais qni s'en plaindrait dans les Sierras ? On ne se lasse jamais d'an pareil spectacle. Le véritable beau a le privil^ d'être de plusen plus nouveau, de même qu'un sentiment profond poise* de nouvelles forces dans sa durée et ne s'altère jamais à aucun contact.

Lorsqu'on a descendu le versant opposé des Sierras, on coDimcnce à voir se dérouler dans un lointain magique les glorieux champs do la Californie. On entre en plein dans la vallée féconde de la rivière Saoramento ; tout ce que la nature produit s'étale sous le regard ; les céréales de touteespôcc, le maïs, les vignobles, les champs de moutarde et de ctterave, des vergers (^ui coutleivivdviLt to^s les fruits ima--

^nabW, jusqu'aux plants de caféiers et de mUriera pour

lea Ters-à-fioie, tout cela flotte et se balance avec oi^ueil

iOt les mamelles gonflues du sol ; maia aussi, comme contre

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