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A LA CAMPAGNE

8 Juillet.

0 campagne, 6 nature, varech, montagnes, sapins, clôtures, moutons, flux et reflux ! ! Enfin nous avons secoué la poussière de nos semelles comme de nos poumons et de nos lèvres; nous voilà, en plein dans le grand air et les vents qui balayent les fleuves, qui courbent les rameaux et font frissonner les feuilles. Ici l'on respire, on s'ouvre, on s'épanouit, on engouffre l'oxigène et l'on boit du lait épais comme de la mie de pain. Les grands coteaux ondulent à l'horizon, les arbres jouent dans les frémissements de la brise, les oiseaux chantent comme au jour de la création, les bœufs et les moutons broutent, comme s'ils avaient des rentes, sur l'herbe que dore et assombrit tour à tour le soleil ou l'ombre ; on voit le grand St-Laurent arriver doucement, doucement sur les ga'ets, verdâtre, vaseux, sali comme un coursier qui a traversé les marais et les plaines, bondissant encore quand un obstacle se présente, couvert d'écume et laissant flotter sa crinière sur son cou comme des flots indociles.

Le St-Laurent monte pendant cinq heures et baisse pendant sept. Pourquoi cette différence ? Je n'en sais rien. J'ai beau interroger les plus vieux habitants, ils répondent qu'ils ont toujours vu cela de même et qu'ils n'ont jamais cherché à se l'expliquer. Quand je vous dis que nous sommes dans un pays de routine !

Des vieux habitants!.... il n'en reste plus guère, et les jeunes s'en vont presque tous. L'émigration aux Etats-Unis est un fléau qui ne diminue pas, qui est devenu endémique ; on prend bien des précautions contre le choléra, contre la picotte et autres désagréments, mais on n'en prend aucune contre cette terrible épidémie qui décime nos campagnes et dépeuple chaque foyer. Les laboureurs surtout, ces ouvriers du pain quotidien, partent en foule, s'enfuient, comme s'ils désertaient à l'envi une terre maudite. 0 Canada ! c'est pourtant bien un grand homme, un sir de fcffonze qui l'ai appelé nos amours ! Sol ingrat, il te faut du fumier maintenant bien plus que îles sueurs, et tu ne tiens nul compte de l'effort de nos bras; aussi on te quitte.

C'est bien simple. Les t rois-quarts des terres sont hypothéqués ; la plupart des jeunes gens sont partis et les hommes de journée se font payer ciinj piastres par semaine avec la nourriture, ce qui équivaut à hypothéquer le dernier quart des dernières terres qu'on cultive encore.

Je vous le dis en vérité : tant qu'on n'en finira pas avec la routine en toutes choses et partout sur la terre de nos aïeux, il en sera toujours ainsi. La routine dans un jeune pays, c'est non seulement stupide, c'est encore contre nature et c'est criminel ; par elle on étouffe dans le germe tous les oeufs qui veulent éclore, on se condamne à la stérilité au milieu d'innombrables richesses, on foule éternellement dans les mêmes sentiers un sol gorgé de trésors sans vouloir l'ouvrir, et ou le fuit avant même d'avoir joui d'une part infime de ses dons. Il y a de tout ici. Les rivières foisonnent de l'infinie variété des poissons, les montagues et les sables étincelient sous l'éclat du métal, i'homnie seul languit, végète, emprunte, ne rend pas et s'exile.

Les habitants !— noble race à qui nous devons le pain de chaque jour, ils s'en vont, ils s'en vont 1 Que resterat-il, dans quelques anndes, du vieux Canada de nos aïeux? Eien que les mauvaises terres. Ceux qui ont des -faucheuses et des charrues de Chinic et Beaudet prolongeront leur agonie et ils mourront solitaires dans un foyer déserté de presque tous ses enfants.

Je ne vous l'ai jamais dit peut-être, mais mieux vaut tard que jamais. Le Canada est un pays' avant tout, par dessus tout, essentiellement industriel. Tant que nous n'aurons pas d'industries, nous perdrons nos fils et nos frères. Que vont-ils faire aux Etats-Unis? Travailler aux fermes? Jamais. Us se précipitent dans les manufactures, ils y foisonnent, ils s'y comptent par centaines de mille ! Les centaines de mille qui nous manquent! Levant ce chiffre je m'arrête éperdu. Il en faudrait si peu de tous ceux-là pour renverser le gouvernement et nous garder au pouvoir jusqu'aux générations les plus reculées 1 La Confédération qui devait tout guérir et tout enrichir n'a fait que coaliser des misères et mettre ensemble des provinces qui se dépeuplent. Rendez-nous les canadiens du pays, ô mânes de Sir George, sinon, nous allons tous, unanimement, adopter Hector pour chèfie et vous en grincerez des dents dans l'éternité que je vous souhaite.

Pauvre peuple ! Le voilà donc qui abandonne en masse, par paroisses entières, ces champs concédés depuis deux siècles, ces longues terres de trente à quarante arpents, les régions fertiles où l'on compte tant de chemins de colonisation énumérés dans les rapports officiels, et tout cela

malgré les nombreux agents d'émigration envoyés en Eu- Tope pour en revenir seuls ! malgré tant de brochures où le Canada parait comme le premier pays du monde ! Il lui faut fuir cet Eden, ce paradis ignoré, parce qu'il y meurt avant d'y avoir connu la vie, parce qu'il n'a pas d'engrais, parce que les hivers sont trop longs et que huit mois perdus dans l'année sont plus que n'en peuvent supporter les plus fortes races ; parce qu'aujourd'hui il faut de l'argent, de l'argent comptant pour tout ce qui ne se payait autrefois qu'après un quart de siècle, parce qu'il y a une foule de besoins nouveaux qu'on ne peut satisfaire rien qu'avec de l'orge et du sarrasin, et qu'il faut absolument des fabriques, des usines, des manufactures, des travaux enfin de toute sorte pour ne pas chômer dans la misère et ne connaître du lendemain que l'effroi qu'il inspire.

Et pourtant! quelle chose suave, adorable, limpide, purpuréenne et azurée que la campagne ! Voyez : C'est maintenant le crépuscule ; les grands, les moyens et les petits bœufs reviennent avec leurs compagnes des limites des champs ; ils reviennent pensifs, en songeant à l'avenir de leur race ; le soleil gigote parmi les derniers nuages qui s'étalent à l'horizon ; il s'en échappe des reflets de toutes les couleurs qui s'ébattent un instant parmi les épis, les herbes et les foins; la lune arrive déjà, prête à disputer au soleil endormi l'empire du ciel qui nous attend dans une vie meilleure; au loin, de longues clôtures, qui ont souvent besoin d'être réparées, s'étendent parallèlement jusqu'aux concessions, images et limites de la propriété. Ailleurs, à côté, ce sont les moutons qui arrivent, parfois courant, par-

fois broutant, mais toujours ensemble. Je ne sais si c'est par patriotisme, mais je me reconnais un amour particulier pour ces douces et innocentes bêtes qui ne se séparent jamais, qui ont un air ministériel à les confondre avec les majorités conservatrices, qui ne raisonnent pas, qui subissent avec une résignation que rien n'altùre, et qui bêlent absolument comme on vote pour le Pacifique.

Les bêlements de moutons ! quels accords bucoliques, quelle harmonie champêtre ! Ils se ressemblent tous, e'est ravissant ! Pas d'opposition, pas de discordance possible avec la race ovine. Quant un mouton saute, tous les autres sautent au risque de sauter les uns sur les autres; et quand l'un bêle, c'est un concert universel et uniforme qui vous transporte en plein parlement local. Vous direz ce que vous voudrez, mais j'affirme qu'on ne peut voir un mouton à l'étranger sans ressentir une sombre nostalgie et sans voir accourir en foule comme dans un rêve tous les souvenirs des campagnes électorales.

Maintenant, il est presque nuit ; tout a changé de couleur et d'aspect ; les ombres de la terre s'entendent avec les grands voiles du ciel pour projeter à droite et à gauche toute espèce de formes bizarres, inaccoutumées, presque épeurantes. Les rochers aux noirs profils ont l'air de seprécipiter sur vous ; les arbres, tout le jour silencieux, si ce n'est dans les caresses de la brise et les gazouillements des oiseaux, s'emplissent de bruits étranges ; on les dirait chargés de souffles mystérieux et d'esprits qui se jouent de nos terreurs. La lune, qui était venue avant son heure, secache, se blottit derrière les nuages comme si elle soupçonnait quelque trahison du ciel; les maringouins bourdonnent, horrible espèce qui commence son vacarme à

l'heure où tout se tait ; les moutons et les bestiaux pioncent sans souci du lendemain, et dans l'air courent de grands fils à peine visibles qui sont comme les franges aériennes de quelques voiles de séraphins.

Où suis je ? je le sais à peine. Pourquoi suis-je venu et poussé par quel vent ? je n'en sais rien. Tout ce que je puis dire, c'est le chemin que j'ai fait et de quelle manière.

Lecteur, le Canada est un pays appelé à de grandes destinées nautiques; c'est dans l'empire des loups-marins et des morues que nous faisons les plus rapides progrès. Dans presque tout ce que nous tentons sur terre, nous échouons ; mais dès que nous abordons le domaine des tritons, c'est presque immanquable, nous y trouvons le succès ou du moins l'aisance. Il n'y a pas de compagnie maritime sérieuse qui n'arrive à la fortune; mais lorsque le succès est dû à-un esprit d'entreprise qui ne recule devant rien, à une intelligence large des besoins de notre époque, comme l'est celle de la compagnie des remorqueurs, il semble que tout le monde doit en être fier et que chacun de nous reçoit sa part de cette prospérité.

C'est dans un bateau de cette ligne que j'ai quitté Québec pour le bas St-Laurent; le même jour il en partait deux autres qui allaient aux mêmes endroits, et à des endroits, soit intermédiaires, soit plus éloignés. Trois bateaux se suivant à un intervalle de quelques heures, pour prendre une même route, tous appartenant à la même compagnie, et cela pour de simples places d'eau où ne vont guère que les touristes, voilà certes qui est inouï !

Il y a deux ans seulement on eût crié au prodige, à l'extravagance, à la folie, en voyant arriver trois bateaux en un seul jour à la Malbaie et à la Rivière-du-Loup; maintenant ils peuvent à peine tenir à la tâche. Eh quoi ! l'année dernière encore, deux bateaux suffisaient aux pérégrinations des américains et des promeneurs indigènes; cette année, la compagnie des Remorqueurs a dû, nonseulement en augmenter le nombre, mais encore créer de nouveaux services, toucher à de nouveaux ports, et doubler, tripler les anciennes destinations. Il n'y a pas aujourd'hui une seule place d'eau, de quelque renommée môme naissante, sur une des rives quelconques du bas St-Laurent, où ne vienne, au moins deux fois par semaine, un bateau de cette compagnie.

Ses directeurs, hommes entreprenants, fort intelligentsr larges en affaires, ont compris cette vérité si simple, que " quelque nombreuses et quelque jolies que soient les places d'eau, si l'on ne peut en sortir poir aller de l'une à l'autre,, si l'on ne peut se déplacer, varier enfin sa villégiature, on aime mieux rester chez soi que d'aller dans un endroit magnifique où l'ennui accable au bout d'une semaine." Ils ont donc institué des services intermédiaires entre les endroits jusqu'alors tenus dans une impossibilité complète de se visiter, à moins qu'on ne se rendît à Québec pour de là prendre une autre destination. Par cette' simple facilité offerte aux promeneurs, ils en quintuplent le nombre; et ce n'est pas tout. Cela, c'est ce qu'on pourrait appeler, bien à tort, sans doute, mais enfin le préjugé le veut, c'est ce qu'on pourrait appeler, dis-je, le progrès purement matériel. Qu'à cela ne tienne ! il y a mieux.

A l'esprit d'entreprise, les directeurs de la compagnie joignent l'esprit de prévoyance, une politesse intelligente

qui ne se borne pas à des formes, mais qui a par-dessus tout un objet utile. Ainsi, non seulement les passagers sont traités à bord avec toute espèce d'attentions, non seulement des instructions sévères sont données pour que les employés fassent plus que leur devoir, qu'ils y mettent du zèle et une complaisance sensible, toujours à l'œuvre, on peut de plus, grâce aux soins intelligents des directeurs, suivre d'étape en étape, le voyage qu'on fait, se mettre au fait de son histoire abrégée et de ses ressources par la seule inspection des cartes géographiques, accompagnées de descriptions, que chaque voyageur peut prendre au bureau avant de quitter le port de Québec. Partout ailleurs cela manque ; on est réduit à se promener aveuglément, à regarder sans pouvoir se rendre compte, et quand on demande des informations, on trouve des gens qui n'en savent pas plus long que soi.

Une fois à bord, comptez en outre que vous faites un voyage ravissant. Vous quittez Québec par un brillant jour d'été ; -les campagnes sont pleines de rayons et de lumière; devant vous s'étend l'île d'Orléans, cette île vraiment royale, aux bosquets touffus, aux paysages dorés, aux longues collines assoupies sous le soleil ; puis, au delà, d'autres îles se succèdent à profusion dans le plus majestueux des fleuves; vous suivez la côte du nord, cette série ininterrompue de montagnes formidables, coupées ça et là d'oasis enchanteresses, telles que St. Joachim, la baie St. Paul et ce petit paradis du Canada, la Malbaie, qui est un morceau de la Suisse jetée sur les Laurentides à travers l'océan. Vous voyez le Cap Tourmente qui se dresse subitement d'une hauteur de mille pieds, et que suivent d'autres montagnes dans un désordre grandiose, jusqu'à ce qu'elles

atteignent le point culminant de la chaîne, le plateau des Ebouleuients qui est à une hauteur de deux mille six cents pieds ; enfin Tadoussac et la far-famed river Saguenay large en moyenne d'un demi-mille, profonde de huit cent pieds, avec des escarpements, des surprises, des changements à vue dont rien n'interrompt le cours sur une longueur de soixante-dix milles.

Vous voyez tout cela sur la rive nord. Puis, du côté sud, c'est Kamouraska, la Rivière-du-Loup, Cacouna, Rimouski ; Kamouraska, l'endroit de plaisir; Cacouna, le rendez-vous des fashionables et des dames qui ont des robes trop longues pour les porter à la ville ; la Rivière-du-Loup, pays de renom et qui attend, pour devenir un très grand centre commercial, qu'un chemin de fer le relie à St. Jean du Nouveau-Brunswick. Déjà ce chemin de fer est en partie livré à la circulation depuis Fredericton, et l'on espère le voir complètement terminé en 1875 ; enfin, Riniouski, la future métropole du bas St-Laurent, petite ville pleine d'avenir que sillonne déjà l'Intercolonial, qui, dans deux ans, aura son havre de refuge où les grands vapeurs transatlantiques arrêteront en passant, et qui attirera tout le commerce de l'immense région de la Métapédia, ce futur grenier de notre pays.

C'est la première année qu'un vapeur vient toucher à Kamouraska, et cela est dû à l'initiative de la compagnie des Remorqueurs. Auparavant, il fallait s'y rendre en chemin de fer et faire encore cinq milles en voiture, de la station au bord du fleuve où se trouve le village. Voilà pourquoi Kamouraska, malgré une supériorité incontesta-

ble sur Cacouna et la Rivière-du-Loup, était tenu cependant dans un oubli relatif et n'attirait guère que les mêmes familles légèrement augmentées tous les an3. Mais aujourd'hui voilà en un cliu-d'œil un changement inespéré.

Si vous voulez vous promener dans de très-beaux yatchs, dans des chaloupes qui défient tous les ouragans ; si vous voulez habiter, ne serait-ce qu'une quinzaine, le plus animé et le plus gai village de toute la rive sud, si vous voulez faire de jolies petites excursions à des îles qui ne sont qu'à un mille de distance, venez à Kamouraska.

Ici, respirons, roulons-nous sur l'herbe, attrapons les mouches, plongeons-nous dans la marée montante, couvrons nous de varech. Parfums des bois, acres senteurs du fleuve, arrivez en foule sur nos tempes humides et dans nos narines desséchées ; prairies de trèfle et de foin, champs d'avoine et d'orge, épanouissez-vous sous nos yeux, envoyeznous en masse de ces bouffées fraîches et tièdes à la foi3 qui succèdent à la pluie; nos gosiers sont secs comme des mâchoires de fossilles, ils ont avalé, pendant deux semaines tropicales, la poussière des métropoles et des exhalaisons de cours qui font rêver au défunt Augias, l'inventeur du choléra et le patron de tous les comités de chemins; nous avons la langue roide et dure comme l'oreille d'un juge de la cour d'appel ; il nous faut la rosée, l'air qui enfle et réjouit les poumons, la grande paresse, des allongements infinis de tibias, des ronflements sonores sous l'ombre des épinettes ou des trembles, et des bourdonnements, des gazouillements, des frémissements et des tremblements de nom dans tous les alentours et les autours.

Voilà ce que c'est que la nature.

Mon cher rédacteur, savez-vous que la moitié des campagnes s'en va chez le diable ? Dans le mois dernier on a compté cent quatorze familles qui sont parties de trois paroisses seulement du comté de Kamouraska pour se rendre aux Etats-Unis. La propriété perd, perd constamment de valeur : ceux qui ont des terres ruineuses sont obligés de les garder, ne pouvant pas les vendre, et ils s'endettent jusqu'à ce que, pour un misérable petit compte, ils en soient chassés. L'habitant est prêt à accuser qui que ce soit et quoi que ce soit de ses maux, il s'en prend à tout ; son for intérieur est en ébullition. Joignez à cela qu'il a les bras liés, qu'il est comme cloué à la terre qui le ronge, qu'il ne peut rien faire pendant sept mois de l'année, et qu'il lui faut vivre avec la perspective de jour en jour grossissante de sa ruine et de sa misère finissant par l'exil. Quelle condition, quel pays, quelle fatalité ! Sans doute, pour nous consoler, on nous dira que nous sommes jeunes, que nous, avons l'avenir, que nous jouissons du meilleur des gouvernements politiques, toutes les phrases stéréotypées qui se débitent depuis un temps immémorial.

A force d'être jeunes, d'avoir de l'avenir, des ressources, des mines et des libertés ù ne savoir qu'en faire, nous croupissons, nous devenons rassis, rances, nous usons nos fonds de culottes à nous asseoir sur tant de sacs d'écus sans pouvoir y toucher, et tout cela finit par aller dépenser ce qui nous reste de jeunesse dans les Etats de l'Ouest ou dans les manufactures de la Nouvelle-Angleterre. J'entends de vieux habitans me dire que le gouvernement ferait bien mieux de payer les votes moins cher et de protéger d'avantage les industries naissantes.

Bonnes gens ! ils ignorent que les gouvernements que nous avons depuis dix ans surtout, n'ont pas pour objet le progrès ou la prospérité de la population, mais bien uniquement de resserrer et de viscer de plus en plus la dépendance, et de nous rendre à tout jamais incapables de rien par nousmêmes, paralytiques avant d'avoir seulement déployé nos bras. Nous réduire graduellement à l'état de fœtus, puis nous mettre en bocal, voilà la pensée constante de.tous les Sirs qui se succèdent comme cbèfres et de tous les imbéciles qui les suivent.

0 mon peuple ! meurs donc plutôt que de dépérir sans bonneur et sans inspirer d'intérêt, crève tout de suite plutôt que de moisir sur des terres que tu ne peux plus ni engraisser, ni égoutter, ni clôturer ; laisse tes cocbons, tes poules, tes vaches efflanquées, jette au loin toute cette misère qui pend à toi, quitte ta demeure à moitié déserte et lance-toi dans les opulentes prairies de l'Ouest. Là, du moins, ta jeunesse te servira à quelque chose ; et, si tu n'en as plus, tu trouveras bien d'autres choses qui la remplaceront ; tu ne t'épuiseras plus dans une existence condamnée ; et si tu veux garder ta race, ta religion, le génie et la langue de tes pères, tu le pourras cent fois mieux qu'ici où tu cours le risque de tout perdre avant deux générations.

J'ai dit.

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