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DE LA CINQUIÈME PARTIE

JD* la movt ta bon tar piarefa iïonvbon, A 60n ob&tqae fnnhal fait à Màcatu

L'onzième jour du mois d'octobre , en Fan susdit, le bon duc Pierre de Bourbon mourut en sa ville de Moulins en Bourbonnois ; et le dix-septième, dedans l'église des Jacobins de Mâcon, fit le roi faire ses funéraux obsèques, et là solemniser le divin service, très-dévotement. Tout le dedans et autour de la nef de l'église et du chœur étoit ceinture de drap de soie noir, semé des armes de Bourbon, et tout le circuit plein de cierges ardents , lesquels brûlèrent durant le service qui commença le seizième jour dudit mois d'octobre ,

aux Vigiles, et le lendemain, durant trois messes solemnelles dites par deux évêques et un cardinal, c'est à savoir : messire Hugues de Bauza, évêque d'Angoulême , maître René de Prye , évêque de Bayeux et maître de la chapelle du roi, et maître Guillaume Brissonnet, cardinal de Rheims, lequel dit la dernière, chantée par les chantres de la chapelle du roi , à grande solemnité , où étoit le roi présent. Au milieu du chœur de ladite église, étoit une chapelle funébreuse toute couverte de cierges ardents, et ceinturée d'un drap de velours noir, garni des écussons des armes de Bourbon ; et au-dessous, étoient, en robes de deuil couvertes de cottes d'armes , un roi çl'armes et 4eux hé l^uts* c'est à savqir : Mpnl> joie-Sa^t-Deni^, Champagne, et uii autre héraut d'Angleterre, venu avec un ambassadeur pour le fqi d'Angleterre. A l'heure que JagrançTmesse fut prête à commencer, dedans lç chœur 4e l'église entrèrent ceux qui portaient le (Jeuil , et les ambassades qui pour lors étoient en cour; et premièrement, Antoine de Lorraine, duc de Ç^bre , en deuil, que messire Pierre de Rohan menait; et après, Philippe de Clèves* évêque d'Autqn* que concjuispit Antoine, marquis de Montferrat ; lç tiers étoit Gaston de Fpix* que Barbazan de Fpix menoit ; le quart, Charles de Çlèves, que messire Henri de Neufchâtel menoit ; le quint,

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messire Jean d'Albret, seigneur d'Onral, cour duit par messire Louis d'Albuy, seigneur de Fiennes ; le sixième , messire Jean de Foix ,

* seigneur de Lautrec, que messire Jean d'Am-

boise, seigneur de Bussy, menoit; lesquels se mirent tous sur les hauts sièges du chœur de l'église, au côté dextre. A senestre, vis-à-vis de ceux, étoient par ordre, premièrement, frère Mery d'Amboise , grand-maître de Rhodes ; messire Guy de Rochefort, chancelier de France; Mathieu Bascler, ambassadeur d'Angleterre; Marcus Dandalus, ambassadeur de Venise ; l'ambassade de Florence, et tout plein d'évoqués ; deux maîtres d'hôtel étoient au bas du chœur, lesquels alloient et venoient d'un

Y côté à autre pour ordonner des choses qui à ce

étoient requises.

A l'offertoire furent offrir, ceux qui faisoient le deuil, en même ordre qu'ai dit , lesquels offrirent chacun un grand cierge ardent; lesquels cierges reçut premièrement le roi d'arômes Montj oie, étant au senestre côté de l'au*tel, et , après la réception , les bailla à un des maîtres d'hôtel du roi, qui étoit à main dextre, lequel les bailla à un frère jacobin étant auprès dudit autel.

Après que l'offrande fiit faite, le sermon fut commencé par un docteur en théologie, de l'ordre des Carmes , nommé frère Laurent Bureau , évêque* de Sisteron et confesseur du

roi, lequel commença en son thème : Petre, amas me? et, sur ce, suivit son propos, selon que le cas le requéroit en sens littéral, anagogie et allégorie, en déduisant la dignité de la puissance apostolique et la magnifique sanctification du très-glorieux clavier de paradis, saint Pierre, l'apôtre de Jésus-Christ; en élucidant aussi les œuvres vertueuses et royale généalogie du bon duc feu Pierre de Bourbon, lequel montra être directement descendu du glorieux saint Louis, jadis roi de France, et lequel saint Louis eut plusieurs fils et filles, entre autres un nommé Robert, duc de Bourbon ; de celui Robert descendit Pierre de Bourbon; de Pierre de Bourbon, Louis; de Louis, Jean ; de Jean, Charles ; de Charles, Jean, frère dudit duc Pierre de Bourbon , lequel avoit épousé madame Anne de France , fille du roi Louis onzième. Et ainsi fut faite ladite funérale fête, pendant le temps que le roi étoit en sa ville de Mâcon. Maintes joyeuses nouvelletés et passe-temps furent là faits, et entre autres étoit un funambule, c'est-à-dire un chèmineur dessus corde, de la nation d'Allemagne, nommé Georges Menustre, bien jeune homme , lequel fit attacher une grosse corde à mont, au plus haut de la grosse tour du château de Mâcon et aux fenêtres du clocher des Jacobins de ladite ville, où avoit de hauteur, depuis terre jusques à là, vingt-cinq

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toises mesure, et depuis le château jusques audit clocher, deux cent cinquante pas ; et, par là-dessus, deux soirs ensuivants, chemina; et, à la dernière fois, depuis la tour dudit château jusques dedans le clocher, où là-dessus, en la vue du roi et de plus de trente mille personnes, fit tout plein de gentillesses, comme basses-danses, sauts, gambades et morisques, et se pendit par les pieds et par les dents, avec un couvre-chef : qui fut une chose bien étrange à regarder et merveilleuse à ouïr ; toutefois il fut vrai, si par prestigie la vue humaine ne fut enchantée. Une autre sauterelle de Florence étoit là , laquelle dansoit très-nouvellement avec hautes gambades et doubles soubresauts , et faisoit morisques légères, et étranges danses que je laisse pour rentrer au principal de ma matière.

Comment U tartinai firitu fut fait pape, ait tnogm que maître largtô, tartinai 2r' 2lmb0t*i, lai bailla trrijr wix <pt'U avait eut* an umclavt.

Le cardinal d'Amboise étant lors à Rome logé à la vice-chancellerie, comme avez ouï dessus, le cardinal Ascaigne, qui au roi ayoit

promis de bien besogner, simuloit toujours, en paroles feintes et mots couverts , continuer propos, voire de bouche, mais d'effet besognoit pour le cardinal de Seine , grand ora- < teur et ami du roi des Romains ; et, pour lui vouloir faire son cas, s'endetta au banquier Dalbème et à un autre nommé Espannoche, desquels il eut plus de cent mille ducats pour acheter la voix du Saint-Esprit , si par grâce ne la pouvoit avoir. Or advint que, pour procéder de pfir Dieu à l'élection papale , trentesept cardinaux furent assemblés; la messe du Saint-Esprit fut célébrée et le sermon fait, et, après ce , entrèrent cardinaux au conclave , où furent sept jours entiers sans pouvoir conclure, et ce durant, le cardinal de Bonivent cuida là mourir : car il étoit fort vieux et maladif. Après que sept jour s eurent demeuré en conclave , et que chacun des cardinaux eurent des voix ce qu'ils purent , le cardinal de Seine , qui grand'partie en avoit de lui et d'autres qui au prochas du cardinal Àscaigne lui étoient promises, se tira devers le cardinal d'Amboise , qui en avoit treize, et , sans celles, ne pouvoit celui cardinal de Seine trouver ses clefs; toutefois, celui cardinal d'Amboise, voulant faire un pape pacifique et garder l'Église de schisme , lui donna ses voix ; et , ce fait, lui promit celui de Seine de lui bailler la légation de France et de Bretagne , et faire son

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neveu, l'évêque de Narbonne, cardinal : et ainsi fut pape ledit cardinal de Seine, et nommé pape Pie tiers. Ge fait, tantôt après tipt le premier consistoire, où se baillèrent les légations et se firent les cardinaux ; et là , pensoit le cardinal d'Amboise avoir la sienne et faire son neveu cardinal , comme lui avoit été promis ; toutefois, de ce ne voulut rien octroyer le pape : car Ascaigne, qui couvertement haïssoit ledit d'Amboise , gouvernoit le pape au moyen de l'aide qu'il lui avoit faite; et voyant, celui cardinal d'Amboise, que pour cette fois étoit frustré de son intention, et la menée que faisoit le cardinal Ascaigne n'être avantageuse pour son profit ne bien sûre pour sa personne, se retira à un palais fort, où se tenoit le duc de Valentinois, et là attendit la fin de sa fortune, qui fut telle, que par plusieurs lui fut dit qu'il se donnât garde en ses affaires : car le pape, ce lui dit-on, le vouloit faire empoisonner, et tuer ses gens ; et en ce temps, fut tué un des archers de sa garde, nommé Guillaume du Qulay, par les ruffiens de Rome. Parquoi ledit cardinal d'Amboise se tint sur ses gardes et demeura là longuement, comme je dirai, et avec ce, Dieu lui aida de tant , que le pape Pie , qui malement le vouloit traiter, ne véquitguères, ce qui lui fut moyen 4 e sauvegarde de sûreté , et hasard d'heureuse chance, comme au rang sera dit.

Cmnmittt l'armé* îre Statut, aprte l'Aotiim toi pap* passa par lœ fanbmv$* Ir* Ram*, et ô'ni alla au <fi>arillan,

Quatre jours après l'élection du pape Pie , le roi en sut les nouvelles : parquoi ne voulut que son armée, qui autour de Rome avoit demeuré plus de six semaines, y séjournât plus; aussi n'étoit- ce point pour l'avancement de son affaire , ne à la foule de ses ennemis : car cependant, les siens y perdoient temps, dépendoient leur argent, diminuoient leurs vivres, dissipoient leurs habillemens , éloignoient la belle saison et approchaient l'ennuyeux hiver; les autres gagnoient pays, faisoient provision de victuailles, renforçoient leur armée, occupoient les passages et fortifioient leurs places ; toutefois, durant ce temps , leur vinrent six mille Suisses et trois mille Normands, qui les arrêtèrent quelque temps; et voyant le roi que temps se retardent, voulut avancer son armée. Or, étoit lors messire- Louis, seigneur de la Trimoille, toujours tant malade qu'on n'y espéroit nulle guérison , dont les gens d'armes avoient merveilleux regret : car c'étoit un chef pour la guerre, hardi, sage, prompt et heureux ; et le roi , sachant que ainsi ma-

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lade ne pouvoit à point conduire son armée , lui manda qu'il s'en retournât , et en son lieu mit Francisque de Gonsago, marquis de Man-

* toue , et avec lui quatre capitaines principaux ,

françois, nommés : messire Louis de Hédouville, seigneur de Sandricourt; messire Jacques de Silly , bailli de Caen; messire Antoine de Bessey, bailli de Dijon ; et Jean Duplessis, autrement appelé Courcou, commissaire des gens d'armes de toute son armée :

son ordonnance ainsi faite, manda qu'on marchât : ce qui fut fait. Moult ennuyoit à messire Louis de la Trimoille, que l'armée du roi ne pouvoit gouverner et conduire, comme celui qui de bien servir le roi avoit bonne envie ; mais sa griève maladie qui toujours empiroit ne le voulut; toutefois, alors que l'armée voulut déloger pour tirer en avant, il se mit avec, dedans sa litière, et la conduisit une journée loin , où là prit congé des capitaines et gens d'armes , en leur recommandant l'affaire du roi , et les priant que , à son service, fussent si bons, que pour mourir ne fissent défaut qui leur honneur amoindrît.

Et , ce dit, plusieurs François lui dirent adieu, les larmes aux yeux. L'armée se mit à che-

► min vers Rome, et lui au retour de France.

Par les faubourgs de Notre-Dame-de-Populo de Rome passèrent lea François, tous en armes et bien ordonnés. Les Romains, par sur

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leurs muraillés > lefr regardaient marcher. Le cardinal d'Amboise, avec plusieurs autres cardinaux , étoitldrs dedans un jardin du feu cardinal Ursin, près du bourg de topulo, et grand nombre dés seigneurs de la ville , lesquels regardèrent la passée des Françôis, qui marchoient eh bel ordre et à grand nombre; catr, selon le dire de ceux qtii là étoieùt, forent là plus de douze cents hommes d'àrrtiés, que François que Lombards et Italiens, bien dix mille hotamës de pied, et d'artillerie neuf gros canons, deux grandes côùlevrines, huit moyennes et dix faucons , sous la charge d'un nommé Jannot de Saman avec ttehtë-six bons canon nier s. Ainsi s'en alla l'armée des François , ét màrcha cé jôtir jùsqùës*à trois milles de Rotne, où en la plaidé sé campèrent pour ce jour ; de là s'en allèrent à line abbaye ou la messe sé chante én gi*éc> et les religieux de là gorit tous Grecs, et f6nt leur hostie dé paih levé, et carrée:

car ainsi est la mode de Grèce, fié ceîïe âbbayé ftireiit à une ville riôtiiméé Vert-Ménton, térré dés Colôiiridte, queleè Allemands voulurent piller^ mais pat lés èapitairtes françôis fut lé btùit âbattu , et là Ville sâuvéé; et en ce Keii un Ifrahçôis , homme Louis dé Combat, seigneur dé Gibbaûel, éf la montre dés ^trisèéè ét îïormâtids et autres gens de pied. Là étoit atuséi utt cheWÎief àlbanois , nommé

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messire Mercure, très -gaillard homme, et moult adroit selon la mode de leur pays , lequel avec lui avoit cent Albanois, tous gens de trie pour le métier de la guerre. De cette ville de Vert -Menton tirèrent les François jusques à un fleuve au-dessous du mont Saint-Jean, cinq milles loin , lequel fleuve va drôit à Ponte-Corbe , et court si très-tôt, que à guéer est moult dangereux ; mais , pour le passer plus sûrement, aux gens de pied et d'artillerie , le bailli de Caen fit mettre là dedans les canons qu'ils avoient là tout de long et à deux rangs dedans cette rivière impétueuse, qui peu creuse étoit , mais roide à merveilles : aussi choit-elle des montagnes ; qui lui avance le cours. Que que soit, iceux canons furent là assis et foncés par-dessus, en manière que toute l'autre artillerie et les gens de pied y passèrent tout sûrement, et les autres pièces qui étoient en l'eau furent à force de gens et de chevaux mises en terre sèche. Les gens de cheval passèrent à gué au-dessous de leur pont qui rompoit le cours de l'eau : encore alloit-elle si roide que , en passant , un archer du bailli de Dijon, nommé Fours , tomba lui et cheval en l'eau, qui soudainement emporta tout hors le pouvoir du secourir dé cent qui là étoient; dont fat celui noyé , homme et éhevâl. Après que toitt fut passé, firent Un logis à la campagne, et dé là le marquis de Man-

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toue, lieutenant du roi , envoya une trompette sommer Rocquesecque de se rendre en l'obéissance du roi , ce que ne voulut ; mais les Espagnols qui dedans étoient et les vilains pendirent ladite trompette , et fermèrent leurs portes. Dont les François s'en allèrent loger au pied de la muraille et dedans des vignes qui à touchant de là étoient, et là commencèrent à battre la ville , et continuèrent six heures durant ; cela fait , fut là donné un assaut par les Normands et Gascons, lesquels furent repoussés moult lourdement, et chassés de la brèche, tant que le seigneur de Normanville, leur capitaine, qui des derniers étoit demeuré à la retraite, fut environné des Espagnols et assailli; toutefois, si à point se défendit, qu'il échappa moyennant quelque secours que aucuns de ses gens lui donnèrent. Hors de la ville sortirent grand nombre d'Espagnols et autres , et se mirent par les vignes où les François étoient logés , dont iceux coureurs furent si mal arrivés que presque tous y demeurèrent; les autres furent menés battant jusques dedans leurs portes. La nuit ensuivant , Espagnols et gens de la ville, à grosse route, sortirent par les jardins et petits chemins obliques pour cuider trouver aucuns des François écartés ; mais ceux furent pris au trébuchet : car messire Jacques de Silly et Bernard de Scénon avec cent cinquante hommes

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d'armes s'en allèrent embûcher par les maisons du bourg qui étaient vides, et dehors de ville , en lieux secrets ; tantôt furent Espagnols les uns au bord des vignes où étoient les François, les autres par chemins écartés, et les autres aux champs, cherchant leur proie ; mais le bailli de Caen , qui leur avoit embûche apprêtée, sortit d'un côté sur eux, et tous ceux qui lui furent en vue passèrent par sous l'ombre de sa main et de ses gens, qui autant que en trouvèrent, autant en mirent à sac, et pas un ne leur échappa ; car ils étoient tous à pied et en lieu de prise : Bernard de Scenon , avec cinq hommes d'armes des siens , desquels étoient Mathieu de Finchault, Mathurin Gandeau, Dupré, Jean de Saint-Jean et deux autres, avec trois de ceux du bailli de Caen , rencontrèrent le long d'un bas chemin cent cinquante hommes de pied espagnols, au travers desquels donna celui de Scénon avec ses gens, tellement que plus de dix furent mis à l'envers,* et, entre autres, un nommé Jean de Saint-Jean, François, rencontra un Espagnol sur le bord du haut d'un chemin et là lui donna de la lance tel choc, que tout au travers du corps lui mit , et envoya homjne et lance du haut en bas. Les autres des Espagnols se mirent à la fuite ; mais presque tous en • fuyant furent tués. Somme , de tous ceux qui la nuit s'étoient mis hors la ville n'en retouriii. 9

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na que bien peu. Le marquis de Mantoue et les autres capitaines de l'armée du roi, voyant qu« pour mettre là le siège et longuement de* meurer n'étoit que retardement de leur emprise, délibérèrent marcher outre! pour combattre tes ennemis, si aux champs les renedntroient, et pour ce que à Gayette avoit grand nombre de gens d'armes et force de gens de pied , mandèrent au marquis de Saluées et à messire Yves d'Alégre et aux autres capitaines françois qui là tenoient garnison, qu'ils se rendissent à l'armée du roi à Rocquesecque , ce qu'ils firent ; dont furent tous ensemble délibérés de combattre les Espagnols , quelque part qu'ils fussent, et s'en allèrent de Rocquesecque à un lieu nommé À quin, d'Aquin au pont de Corbe, ou là se trouva Gonsales Ferrand avec toute sa puissance. Or pensoient les Français qu'il leur voulait donner la bataille . maïs il ne faisoitque côtoyer l'armée, San?

approcher de plus prés que de la portée d'ui canon; mais force escarmouches forent là flûtes et rencontres de coureurs. Après que celui Gonsales eut vu la manière des François , qui nedemandoient que le combat, et leur armée moult grosse , se retira sans leur vouloir autrement empêcher le passage. L'armée de Franfeeétantoutrelepont, l'artillerie, qui ,pour letempftgros qui jade làavoit le cours , étoit de* meurée, et ne pou voit aisément tenir charroi .

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s'arrêta près de celui pont pour à besoin la secourir # ai les Espagnols eussent chargé dessus , et fut fait retourner messire Louis de Hédpuville, seigneur de Sandrioourt, avec vingt-cinq gommes d'armes et soixante estradiots danois, sous un nommé messire Mercure; lesquels» ainsi que ladite artillerie epprochoit et passoit pppt, étoient sur le derrière, qui tantôt eurent et* vue bien trois œnts chevau - légers d'Espagne , marchant vers eux; et, ce voyant, messire Mercure, Àlbanois > dit au seigneur de Sandricourt qu'il voûtait aller voir quels gens e'étoient, et que» pour les amuser, leur donneroit une escarmouche ; auquel dit le seigneur de Sandricourt 2 « Allez et vat» ctoupe» garde de v<m* mettre trop avant en la fiance de mon secours; car vous voyez que je suia tropfpihle pour attendre leur puissance et supporter leur faix» » Four ce ne s'arrêta çelui Mercure ; mais, comité j'ai su par un homme d'armes nommé Philippe Sechaust, Umq$in,qui là avec le seigneur de Sandricourt étoit, celui Mercure, avec soixante Alhauois des siens, adressa aux Espagnols, et sitôt que assez fut prés d'eux, lui et tous ses gens donnèrent des éperons, et baissèrent leurs bannerollesen courant comme tempête , tellement que au travers de la foule d'iceux Espagnols s'entremêlèrent et percèrent; puis rechargèrent gaiement > et tant fi-

rent que, à la vue dudit seigneur de Sandricourt qui les regardent besogner, les rompirent, et abattirent aucuns, et les autres chassèrent si loin, que pour ce jour plus ne retournèrent. Ne fut-ce pas bien droit donné sur les ennemis, et tout à point mis la main aux armes?

Si fut ; dont celui chevalier albanois doit avoir un lieu perpétuel au rang des gens de bien.

Que fut-ce / après qu'il eut donné la chasse à ces gens, s'en revint avec tous les siens, et avec l'artillerie passèrent le pont de Corbe. Le capitaine Gonsales, pensant que les François voulussent aller passer au pas Saint-Germain, à toute son armée s'en y alla devant; toutefois l'armée de France ne fut par là , mais s'en alla à la rivière du Garillan pour la vouloir passer, et se logea sur le bord de la rivière, auprès d'un vieil palais fait à l'antique, nommé le palais Scipion, et là tout auprès sont tout plein de vieux arceaux, et dit-on que c'est œuvre virgilienne faite anciennement par art diabolique, et toute en une nuit , avec des arches qui vont de Rome à Naples, passant par là; et par lesdites arches, de Rome à Naples envoyoient huiles et vins, quand nécessité en étoit : que que soit , le capitaine Gonsales, voyant que les François n'alloient au pas Saint -Germain , mais vouloient ponter le Garillan et passer par là , se mit de l'autre côté avec son armée pour dé-

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fendre le passage , et vint mettre son camp au droit de celui des François, la rivière entre eux et lui , et ses gens loin des François demimille ou environ; et à touchant de la rivière fit faire de nuit tranchées à force, et mit là des gens pour garder le pas aux François, lesquels furent là huit jours, où ce pendant un capitaine de mer françois, nommé Fregent de Bidoulx, entre la tour du port de Garillan et la marine, fit faire un pont de bateaux, et, sitôt qu'il fut fait, de plein midi , fut charrié jusques au droit du lieu où étoient les François; et là, premier que le vouloir mettre sur l'eau, un François, nommé messire Jean Chapperon, qui peu devant ce étoit venu de Calabre, où avoitété prisonnier aux Espagnols, fut transmis outre la rivière avec quinze ou vingt laquais, pour réveiller les Espagnols qui étoient sur le bord de la rivière aux tranchées, et là par bateaux s'en va lui et ses gens; et, lorsqu'il eut abordé , se met à terre , tout droit tirant aux tranchées, où commença à tâter avec sa demipique qu'il y avoit dedans. Lui et ses gens chargèrent à tour de bras sur les Espagnols , qui soudainement se mirent hors de leurs tranchées, et là se battirent à qui mieux mieux. Gelui Chapperon étoit toujours des plus avant à la mêlée, et tant donnoit de coups de pique à ces gipponiers, qu'ils ne sa voient remède d'eux sauver j toutefois se défendirent à toutes

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mains; et eux , comme ceux qui trois fois plus de gens étoient que de Français , éômmeneè»rent à prendre courage et outrer nos gens ; dont ceux des nôtres qui à l'autre borddu fossé étoient, écrièrent les escarmoucheurs qu'ils se retirassent; mais messine Jean Chapperon tië vouloit déplacer , ains à coups immodérés chargeait sans coups refraindre. Aucun* de ses gens se retirèrent, et presque tous l'un après l'autre, que encore tout seul soutenoit le -combat , dont fat pressé à tous côtés, et tant approché , que un Espagnol sur lui rua un •coup de rapière le long de sa pique, qui lui tomba sur la main senestre, tellement que •les deux maîtres doigts lui fit voler à terre. Les François hii crioient qu'il se retirât, et que par folle hardiesse ne soutînt mortel dommage; toujours rqoit à coups forcenés, tant que là fut regardé de chacun et de tous prise ; finalement, quand il se vit de secours dénué, ût afïbihli de membres en se défendant au démesuré, approcha le bord, et là se ^mit dedans un bateau. Les Espagnols le suivirent jusque» à l'entrée de l'eau, dont à eoupsd'artiilerie ftirent sitôt délogés, que premier qu'ils eussent gagné leurs tranchées, plus de six furent rencontrés et abattus. Tout le long de la rivière du Garillan , entre Saint- Germain et Gayette, étoit l'armée des François , logée par les villes et bourgades de là

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autour : dont la compagnie du marquis de Saluées étoit à un lieu nommé La Frète, la plus proche de Saint-Germain % ceux du chevalier de Louvain , à un mille près encontre la rivière; ceux du seigneur de la Trimoille, dont un nommé Pierre Dos, bailli de la Montagne , étoit lieutenant, et ceux du sire d'Âlbret, sous la charge du seigneur de Duras, étoient aussi sur la rivière , auprès d'un lieu nommé Castelfbrt; ceux de messire Rogîer, baron de Béart, et ceux de la Fayette étoient le long du Garillan , à un mille loin Yixti de l'autre; ceux du seigneur de Sandricourt étoient sur une montagne, un mille près de la rivière, et ceux du èomte de Ligny à dettx milles i et tous en approchant de Saint - Germain à Gayette. Ainsi pouvoient les Espagnols venir sur eux, que bientôt ne fussent assemblés. Tous les autres étoient aussi le long du Garillan , chacun en heu avisé pour servir à besoin- et se trouver aux coups. Au droit du pont, deçà et dé là, étoient le marquis de Saluées , messire James de Foix ; Jean Sàiatt, due d'Albanie; messire Loufe de Héckravilîe, Seigneur de Sandricourt ; messire Antoine de Bésëey, bailli de Dijon; ihessire Jacques de Silly, bailli de Gaen; Jean Bupïessis, dit Coureou, commissaire des gens d'armes ; François Daiîlon; messire Jeaa Chappwon et presque tous les autres capitaines, avec tes.

Allemands du roi et deux mille autres hommes de pied, et messire Mercure à tout ses cent Albanois, et grand nombre d'autres gens d'armes lesquels gardoient celui passage.

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