XVII. v
Comment It* Jvançoi* tirait un pont wx la rimeve îrtt <8>ariUan, et payement autre malgré 1*0 «Espagnols, qui mpnxtuztmtnl U îreCtn- Mrrat.
Après que les François eurent visité les tranchées des Espagnols , le pont fut mis sur l'eau du Garillan , et là tout à ferme attaché , et afin que quand les François le voudraient passer, les Espagnols ne pussent sans grande perte et outrageux dommage le défendre, toute l'artillerie avoient atitrée autour du pont, et embouchées leurs pièces droit à la venue des Espagnols. Ce fait , pour donner une alarme sur leurs tranchées, quinze hommes d'armes françois passèrent le pont, desquels étoient Jean de Chabannes, seigneur de Vandenesse; l'écuyer Morimont, Pierre de Bayard, lequel, pour y être des premiers, n'eut loisir de prendre d'autre harnois que , une grosse javeline au poing, un saie de velours gris sur son pourpoint. Aussi furent de ceux, le sei-
gneur de Mallicorne; Ryou, des gentilshommes de la reine; le bâtard de Pons; un homme d'armes nommé Lorrière; un autre nommé Jannot de Payennes, de Gascogne; Rhodez, lieutenant du seigneur de la Crote, et quatre autres, desquels je n'ai su les noms; et eux ainsi passés , transmirent sur le bord des tranchées pour crier France! France! trois de ceux , c'est à savoir le seigneur de Mallicorne , et deux hommes d'armes de ceux du seigneur de Sandricourt, lesquels furent sur le bord desdites tranchées, où firent leurs cris, et chargèrent sur ceux qui dedans étoient , lesquels ne se firent appeler deux fois pour soi lever, mais tout à l'étourdie saillirent de leurs tranchées et se mirent les uns à fuir vers leur camp, et les autres soutinrent l'escarmouche en attendant leurs secours. Durant ce hutin, trois ou quatre cents François, tous à la file, passèrent le pont et donnèrent la charge sur les Espagnols, telle que, la longueur d'un jet de pierre outre le pont, aucuns des François les chassèrent , desquels étoient un nommé Ryou , le bâtard de Pons, et avec eux quelques autres, comme m'a été dit. Le capitaine Gon sales, qui à deux jets d'arc de' là étoit avec tout son ost emparqué , sachant par les fuitifs des tranchées, que les François passoient la rivière , transmit là mille deux cents hommes de pied et trois cents que hommes d'armes que genétai-
res, auxquels dit que à ce besoin étoit métier de mettre tout en avant, et à peine de lainort n'étoit heure de reculer, disant: «Si les François qui plus avantageux sont que nous autres, passent, incontinent nous donneront la bataille, <jà nous pourrons perdre honneur, vies et pays ; pour ce , mes amis, ne craignons à nous mettre à tous dangers pour obtenir victoire et acquérir honneur. » À ces paroles, se mirent les Espagnols à Ferre, et à deux côtés leurs gens de cheval d'un et leurs piétons d'autre, en manière tomme pour vouloir enclore les François qui hors du pont étoient ; dont aucuns écartés 9e serrèrent , les autres demeurèrent, et méraement un nommé ftjou et quelques autres malavisés ; tantôt eurent, les Espagnols, François approchés, et eux, comme pleins de cœur, tous en foule se vinrent jeter à la traverse, où firent armes excessives et prouesses incroyables : car à leur venue, plus de vingt bonnes pièces d'artillerie furent au travers d'eux tout à coup déchargées, dont dix, vingt, trente , quarante à la fois en emportaient , tant que là où les coups passôiont , n'avoit que têtes, bras, jambes ert corps démembrés. Ce Ait merveille , car onc hommes ne firent (dus hardiment que firent là les Espagnols, et si ne perdirent ordre ne vouloir pour l'horrible échec que sur eux se faisoit; mais jusques à joindre approchèrent les François, qui phisde
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quatre cents étoiént horte le pont , où combattirent main à main pins d'une grosse heure.
Là sans faillir se trouvèrent plusieurs gens de bien françois, et entre autres que j'ai 001 là touer , fut un gentilhomme de Bretagne de oeux de la reine, nommé Ryou , lequel, avec quelques antres âvoit suivi et ehassé les Espagnols des tranchées , comme j'ai dit, et là à tons Tenants très~hardiment avec une javeline pont ta barde, tint pied ferme, et d'aven tore s'étoit tant hâté, que sans arme ne salade, la tête découverte, fors d'un chapeau, s'étoit trouvé ans coups; dont en faisant armes au possible, un Espagnol, qui des premiers l'avisa, lui jeta tine javeline de droit jet, et icelui au-dessus du bord de sa cuirasse atteignit dedans la gorge, de quoi fut blessé grièvement; toutefois la javeline lui fut arrachée par un François* étant là, lequel lui dit qu'il se retirât, ou qu'il 1'*bandonneroit , vu que trop écartés étoient de leurs gens; à quoi n'entendoit celui Ryou, mais se défendoh toujours à tour de brai, et dotmoit coups démesurés; si fut finalement environné de tous côtés et pris par les Espagnols qui en remmenant eurent question de sa prise : les gens de cheval le vouloient avoir, et lés piétons aussi , disant qu'ils n'avoient pris personne; somme, chacun le vouloit avoir, cuidant que ce fût un très- bon prisonnier; aussi étoit-il ; mais à la parfin , au moyen de
leur question , ils le tuèrent sur-le-champ.
Ses nobles faits font le vrai témoignage de la perte de sa mort. Celui François qui avec lui étoit, voyant que là n'étoit à bonne sûreté, se voulut ôter du chemin ; mais entre lui et les François jà avoit telle foule d'Espagnols, qu'il ne savoit quel chemin prendre, nenepouvoit outrepasser. « Or, n'est-il rien, dit-il, qu'on ne fasse pour sauver sa vie ! » Parquoi arracha la croix blanche qu'il portoit , et se mit au travers de la presse des Espagnols , tirant vers le pont; et feignant être du parti d'Espagne, commença à dire en langue espagnole : Adelaniel adelante! qui est à dire : Devant! devant! et ainsi passa jusque sur le bord du pont, où main à main se faisoit le combat, et là trouva un capitaine espagnol avec deux enseignes autour de lui , et grand nombre d'Espagnols à sa queue, lequel avoit en main une grosse javeline d'Espagne, ruant coups à bras dépliés, et sitôt qu'il avisa celui François, il le prit par le bras, et le mit devant, qui guère n'y demeura, car avec sa bande se rallia et tint là pied ferme. Les Allemands du roi se montrèrent là si à point , que chacun faisoit louable rapport de leurs honorables œuvres , et mêmement se montrèrent, entre autres, Hans Grou, frère de Pètre Grou , bandoulier de ceux de la garde; aussi fit un qui lors étoit fourrier de leur bande. Ici ne veux mettre en si-
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lence les faits d'un François nommé Pierre de Bayard, duquel tant de fois j'ai commémoré le nom et décrit les gestes : car à cette affaire, fit une chose qui ne se doit taire , ce me semble; donc, pour en dire, celui de Bayard, à l'heure que les Espagnols commencèrent à assaillir le pont, étoit là au front, d'aventure désarmé, qui souvent ne lui advenoit, et comme chacun se mit sur le pont en armes, pour l'aller défendre des Espagnols qui à grand nombre l'assailloient, dit que sans lui ne se ferait le hutin; dont ainsi, comme il étoit en pourpoint, un saie de velours gris dessus , avec une javeline au poing , au front du combat, et sur le bord dudit pont où la grand' foule des Espagnols étoit, se mit, et là, comme si armé de toutes pièces eût été , aussi assurément donna, et soutint le combat, et fit merveilles d'armes; car ainsi comme j'ai su par aucuns des François et autres qui là étoient, un capitaine espagnol qui, avec deux enseignes, comme j'ai dit, assailloit le pont , eut ledit de Bayard en barbe, un nommé Mallicorne, et grosse route d'autres qui à tour de bras défendoient le pont : celui capitaine assailloit comme un lion , et souvent visoit à rencontrer celui de Bayard, pour ce que désarmé le voyoit; mais tant se savoit bien garantir, et si bien lui advint que onc n'eut plaie dont il laissât à combattre; et tant fit, que à la fois, ainsi que
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ledit Espagnol leva le bras pour nier un coup en le voyant découvert, sous l'aisselle* lui adressa là sa javeline; en sorte que plus d'un pied lui mit dedans le corps, dont chut à terre et mourut soudainement. Ses deux enseignes furent pareillement atterrées et mises à sac. Ainsi désarmé se montroit celui de Bayard; c'était bien chercher le dangereux péril pour un titre d'honneur rencontrer* La se trouva un sien compagnon, nommé Pierre de Pocquière , seigneur de Çellftbre* lequel en cet état le voyant, tout rudement lui dit qu'U s'ôtat de là, de p*r le difrWe, en le tirant à tous efforts; mais ce fut pour néant; car s'il avçit été des premiers à l'assaillir, des derniers voulut être à la retraite : ce qui fut, ne onc de là ne voulut démarcher jusque tout fut fait»
Ainsi étoient nos gens sur le bord du pont et le lou$ de la rivière > tous arrangés et en manière que leur artillerie ne pouvoit tirer sans les endommager, et ainsi que plusieurs qui étoient là m'ont dit, si, d'un lez hors le tirer de l'artillerie, se fussent serrés, leurs ennemis eussent été mortellement menés. Quoi plus?
Les Espagnols de cheval chargèrent moult rudement sur les François qui étoient le long du bord de la rivière et en tuèrent aucuns, et entre autres un des cent Allemands du roi , lequel $voit ce jour dringuç d'autant, et tout ivre s'étoit mi§ hors la foule de ses eom-
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pagnons, une hallebarde au poing; et là contre lui vint un homme d'armes espagnol , la lance sur la cuisse, et lorsqu'il fut prêt à hais* ser, mit la lance en arrêt , et donna à celui Allemand au travers de la gorge si rudement, que le tronçon lui demeura dedans, de quoi mourut sur-le-chqjnp. Un autre Espagnol près de ladite rivière vint pareillement, et à lance baissée atteignit un homme d'armes françois nommé Lorrière, étant à pied , lequel fut choqué si lourdement, que à la renverse tomba dedans celle rivière , et tout armé qu'il étoit , se prit aux cordes où étoit attaché le pont, et à l'aide de ses compagnons, qui avec lances et piques le secoururent, se sauva ; et ainsi se combattoient à toute outrance. Je ne me veux taire de la merveilleuse hardiesse d'iceux Espagnols; car ceux qui à cheval étaient, des* cendoient à pied , et à grands coups chargèrent tant sur nos gens , qu'ils les repoussèrent jusque* ami le pont, ét là combattirent comme bons, et avec kursépées tranchèrent aucunes des cordes où étoit le pont attaché, et n'eût été l'esces$ive résistance des François , ils eussent désattaché et rompu ledit pont. Que futce?^ François qui étoientdeçà le pont à grosse armée, voyant les Espagnols outrer leurs compagnons, se mirent sur celui pont à. grosse route pour repousser les Espagnols et leur donner la bataille; mais messire Jacques de
Silly et messire Louis de Hédou ville, des chefs de l'armée, se mirent au-devant, l'épée au poing , et défendirent que homme des François, à la peine de la hart, n'allât outre, disant qu'il n'étoit heure de donner la bataille , vu que toute l'armée de France n'étoit là, mais dispersée en plusieurs garnisons, et aussi que la voie n'étoit assez ample pour passer si à coup toute l'armée ; par quoi à la parfin les François se retirèrent , et les Espagnols à coups d'artillerie furent affolés et rechassés. Le capitaine Pregent de Bidoulx étoit lors en mer près de là, dont les battoit à la traverse de telle sorte , que c'étoit horreur à regarder. Somme , ils furent envoyés par les François, et le pont gagné, tant que la nuit ensuivant, messire Louis de Hédouville, Perrot de Payennes, et grand nombre de François qui là étoient , couchèrent delà le pont , et là se fortifièrent. En ce temps le marquis de Mantoue fut malade , tant que contraint fut de s'en retourner : dont Louis, marquis de Saluées, fut ordonné parle vouloir du roi chef de son armée. En ce temps mourut messireGabriel d'Albret, seigneur d'Avannes, à Civita-Vecche , dont la perte fut pour le roi ennuyeuse, pour la noblesse dominageuse , des dames regrettée , et pleurée de plusieurs; car il étoit enrichi de bonnes mœurs, ennobli de prouesse, embelli de jeunesse, et aorné de vertus.
Wnn tyhétxqut qui, en et mftn* tmps, fat brûle à pari*.
En ce temps fut à Paris brûlé un hérétique, lequel, le jour de Saint-Louis dernier passé, un vendredi , ainsi que dedans la Sainte-Chapelle du Palais à Paris les cordeliers et jacobins étoient là pour célébrer le divin office et solenniser la fête du benoît saint, se trouva là celui abominable méchant, et là, ainsi que quelque prêtre voulut dire messe sur un petit autel à main dextre dedans ladite Sainte-Chapelle, se présenta pour lui aider, et se mit à genoux la tête découverte, contrefaisant le bon chrétien et dévot catholique; à laquelle messe assista et répondit très-dévotement par semblant; et quand ce vint à la consécration, il alluma un cierge et s'approcha du prêtre bien près au côté, comme si par grande dévotion eût voulu voir le saint-sacrement; et ainsi comme celui prêtre voulut lever la sainte hostie, celui hérétique la print et arracha violentement des mains du prêtre en disant ces paroles : « Et durera toujours cette folie ! » Plusieurs gens de bien qui virent ce crime néfande, là accoururent, et le prinrent par les cheveux, et le voulurent aucuns tuer, en le
traînant depuis la chapelle jusques au bout des degrés du Palais ; et là lui tomba l'hostie sacrée d'entre les mains, toute brisée, laquelle fut honorablement par les gens d'Église relevée et mise en calice, et le lieu où elle étoit chute, couvert de drap d'or et fermé, que des pieds homme ne touchât. Or fut mené ce misérable en prison, et là interrogé par les docteurs; lequel ne croyoit être de déité autre que Jupiter et Hercules, et nioit tous principes fors les naturels, et disoit que autre paradis n'auroientles sauvés, que les Champs-Élysées , et tout plein d'autres folies où n'avoit nul propos.
Longuement fut gardé pour voir si connois~ sance de son erroné propos lui viendroit, mais toujours persévéra en sa folle opinion; dont son procès lui fut fait, et lui brûlé tout vif comme desservi l'avoit.
Comment le capitaine Coûte ÎT2trô sortit îre fcenonse aoecpen be jjen*, et pritlaoiUeyîlnlirie, Honore et CepinanaotU , laquelle mit à sang; et comment plnstenr* antre* nilLee l>e ta JfanUle *e rendirent à lui, comme «freneanc, rfctottc, ttapolie et la Délie , et là , par l>en* foie avec «0 jgeiœ à peu îre Wetance, défit les Cfpagnols, jjni étaient grand' compagnie»
Dedans Venouse étoit lors le capitaine Louis d'Àrs, qui sans séjour couroit pays et prenoit places; toutefois advint que les vivres lui commencèrent à être courts et à faillir à Venouse, où lui et ses gens tenoient garnison. Qr setoient renforcés les Espagnols à grand'puisr san ce, et mis dedans Barlette où étoit don Diego d' Arillano, leur capitaine, avec huit cents chevaux et six cents hommes de pied , lesquels erapechoient les vivres aux François, et tant, que le défaut de ce les contraignit sortir en pays. Dont Je capitaine Louis d'Ars, quiaimoit mieux mourir honorablement aux champs à la poursuite des vivres , que languir de famine méchamment au+dedans d'une ville close , dit à ses gens ; « Or çà, messeigneursetamis, le défaut de vivres nous défend le long demeurer en qette ville de Venouse, et nous enseigne la
voie d'en avoir provision , ce qui est la force d'armes, sans laquelle mettre en prompte exécu^on et vigoureusement exercer, en demeurerons en ville dénués, et aux champs improvus; car nos ennemis par force les nous empêchent; mais la force faut par la force détourner, et la dureté du fer par fer amollir; parquoi les champs nous sont de saison pour en conquêter sur nos ennemis, et preux vouloir requis, pour à droit les assaillir et du tout leur pouvoir défaire. Or, faisons donc, par vertueux effort, que louange honorable et profitable gain puissions acquérir; soyons loyaux soudards au service du roi , et large nous sera au loyer de notre bien-fait. Quoi plus? mettons bon vouloir en œuvre, et de pouvoir obtiendrons* » Ce dit, les gens de celui bon capitaine lui promirent tous, que sous le tour de sa main emploieraient leurs forces > soumettraient leurs vouloirs et exploiteraient les armes. Dont se mit aux champs avec sa petite bande où étoient quatre cents hommes de pied allemands, gascons et normands, et trois cents chevaux albanois et françois, avec deux gros canons et une grande coulevrine nommée madame de Forli y que gouvernoient trois canonniers nommés, l'un Jean Lubin, natif d'Orléans; l'autre Jean de Gap, et l'autre Bertrainet; et ainsi s'en alla le capitaine Louis d'Ars devant
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la cité d'Andrie, forte par assez. Toutefois, le jour qu'il partit de Venouse, lui et ses gens couchèrent une nuit dedans un bois à trois milles d'Andrie, et là toute nuit furent tourmentes, et eurent bien le mau-repos, car ils furent accompagnés d'épouvantable tonnerre, d'éclairs merveilleux, d'impétueux vents, et de pluie ennuyeuse qui ne leur cessa depuis le soir jusqu'au matin, qu'ils délogèrent et s'en allèrent assiéger Andrie devers la porte du côté de Barlette, et là commencèrent à décharger coups et rompre la muraille, tant qu'en moins de trois heures un portail qui là étoit, et grand pan de muraille, alla par terre : dont eux voulurent donner l'assaut; mais ce voyant, ceux de la ville eurent doute en leur affaire et parlamentèrent, tellement que à la parfin se rendirent à la volonté du capitaine Louis d'Ars, lequel entra avec tous ses gens, et pour ce que cette ville d'Andrie étoit des terres du comte de Ligny , son maître , ne voulut là souffrir faire aucune force : dedans y avoit des Espagnols et autres soudards , lesquels traita si bien,-que, nonobstant qu'ils fussent à sa volonté, les laissa en aller, leurs bagues sauves, et outre, leur donna de l'argent. Ce ne fut pas à lui fait à ceux, comme par cidevant avoient fait aux François , que nonobstant composition de bagues sauves faisoient mourir ou mettoient en galères; toutefois
ainsi sàvoitses ennemis attraire et ses ami* contenter (ce qui est une des plus rusées stratagèmes de guerre), et bien là-dedans séjourna, J lui et ses gens, trois^semaines ou environ. Le pain commença à amoindrir, dont délibéra aller à Biseilles, qu'autrefois avoit prise sur tes Espagnols ; mais elle s'étoit révoltée après la rencontre de Cérignoles. Que que soit, droit audit Biseilles, avec son train, s'en alla, près d'Ândrie de douze milles ou entour : de quoi ftit averti don Diego d'Arillanô, Espagnol, et sut que, par défaut de vivres , il tenoit les champs; pàrquûi , lui étant à Barlette , dit qu'il lui couperoit chemin ; dont assembla de sept à huit cents chevaux albanois et genétaires , et trois cents hommes de pied j et avec lui étoient lë baron de Corrillane , le gouverneur de Tarente , un nommé frère Hyenard et un autre appelé messire Terdre , capitaine d' Albanois , et avec ceux se mit à la course, tant que sur lefc erres et en queue des François se trôuva. Le capitaine Louis d'Ars, qui en pays avoit guets et découvreurs, sut tantôt que les Espagnols à grand'puissance le sui voient; dont se campa, et montra la barbe à ses ennemis ; puis fit tourner son artillerie contre eux, lesquels marchoient à toute hâte, comme ceux qui sur les François pensoient faire grand déluge. A l'approcher, l'artillerie commença à décharger et donner au travers des Espagnols, tant que
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plusieurs en eurent la volée ou le bond ; mais pour ce ne reculèrent, car ils y alloient de droit fil, et approchèrent presque à joindre. Lors n'étoit heure de mettre la chose à refaire, mais promptement y remédier; à quoi se peut connoître le sens des chefs de guerre et aviser la constance des combatteurs : car au péril soudain se montre le sens prompt, ce que fit lors celui capitaine françois; et voyant qu'il falloit assembler aux Espagnols, commanda à sescanonniers que toujours tirassent au travers, jusque ses gens de cheval fussent mêlés avec eux ; et ce faisoit-il pour donner ouverture à ceux qui donneraient dedans ; et pour ce faire, mit à deux côtés ceux qui étoient à cheval , les François d'un et les Albanois d'autre, lesquels avisa bien de donner alors que l'artillerie ferait son exploit, en leur disant à visage riant : « Chargez, compagnons, chargez! Vos ennemis vous assaillent à grand effort : défendez-vous à puissance immodérée, et commencez le heurt, car le premier coup vaut deux, 6i*à droit l'assenez et le donnez à force. » Là avoit cinq hommes d'armes françois tant assurés , que pour mourir n'eussent fait un faux pas : c'est à savoir Bernard de Saint-Soudain, des gentilshommes du roi; Gilbert de Chaux, Lyonnet du Breuil, Marc de Groing, Jean de Montieux, seigneur de Tary , qui conduisoient les gens de cheval. Le capi-
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taine Louis d'Ars, lorsqu'il eut ordonné ses gens d'armes de cheval, et mise son artillerie en titre, s'en alla à ses gens de pied et au milieu des chevaucheurs, les mit lui avec eux pour les tenir en ordre. Tant fut qu'Espagnols à course de cheval vinrent pour joindre, l'artillerie leur alla au-devant , et fit passée telle que les François à cheval tous ensemble donnèrent au milieu, ainsi que leur avoit été dit, et passèrent à travers tellement qu'ils les déroutèrent et rompirent; et en cuidant recharger, iceux Espagnols tournèrent le dos et ^'enfuirent.
La chasse leur fut donnée plus de deux milles de pays, et les chemins jonchés d'abattus et de morts. Ceux qui eurent vites chevaux se sauvèrent; les mal-montés et piétons furent tous tués et pris; somme, tant furent les autres écartés, que les uns se rendirent à Barlette, les autres à Trane, terre de Saint-Marc, et les autres à Biseilles ; lesquels dirent qu'ils avoient défait les François : parquoi leur ouvrirent les portes. Ce fait, le capitaine Louis d'Ars, cuidant prendre Biseilles, s'en alla devant, où jà étoient les Espagnols fuitifs, qui avoient dit que les François étoient tous morts et pris : parquoi ceux de Biseilles ne voulurent "ouvrir aux François. Dont se retira le capitaine et ses gens, pour ce que jà étoit nuit, et se mirent dedans un collège de Saint-Francisque, et au matin s'en allèrent droit à Rouvre»
Jà s'étoient les Espagnols fuitift presque tous ralliés , lesquels ainsi prirent le chemin de Rouvre pour eux loger là dedans ; de quoi se douta le capitaine Louis d'Ars, et pour obvier à ce, y transmit cinquante chevaux devant pour gagner le logis, lesquels y furent premier que les Espagnols, et demandèrent ouverture à ceux de la ville, qui volontiers leur ouvrirent, pour le bon traitement que leurdit capitaine leur avoit autrefois fait, et aussi pour ce* que la ville étoit des terres du comte de Ligny, maître dudit Louis d'Ars, lequel, avec tous ses gens d'armes, entra dedans, où tous ensemble se réfugièrent le temps de quinze jours; et ce pendant, les Espagnols eurent renfort deGalliègues etgenétairesà grand nombre. Nuit et jour pensoit, celui capitaine Louis d'Àrs, comment il pourrait échecquer ses ennemis et leur donner quelque venue :
or dit-il à lui-même, qu'il se mettrait en peine de leur en bailler une bonne ; et pour ce faire, sans se découvrir à nulli, comme celui qui étoit maître de sa pensée, et exempt du rapport des espies, fi^ semblant de vouloir aller à la Haute-More ,* terre du comte de Ligny : dont fit partir ses gens et son artillerie, et prendre le chemin où chacun pensoit qu'il voulût aller; et lorsque près d'un mille de pays eut fait, il commanda à un nommé Antoine duLauetàun autre sien secrétaire, que
soudainement tournassent l'artillerie et le bar gage dedans Rouvre, ce qu'ils firent; et lui avec tous ses gens tourna soudainement autre quartier, et ce fit-il pour frustrer les espies, de son intention , et tenir ses ennemis en dcconnoiss&nce de son emprise : dont s'en alla hâtivement vers Corastre où les Espagnols étaient, et près de là fit son embûche, puis envoya ses coureurs devant la ville pour attraire les compagnons en plaine ; et tantôt que les coureurs furent en vue d'ennemis, genétaires et Galliègues à grand nombre sortirent hors, et commencèrent bien à point à charger sur eux et leur donner la chasse sans avoir doute de l'embûche , pensant qu'à la Haute-More fussent allés les François, comme par espies avoient été faussement embouchés. Or, allèrent-ils si avant, que les uns sur les autres commencèrent à ruer, et mêmement les gens de cheval que Bernard de Saint-Soudain, Jean de Montieux et Gilbert de Chaux menoient, comme à l'autre fois, lesquels donnèrent si très-rudement, que, au premier rencontrer, ^lus de trente hommes de cheval allèrent par terre; à deux autres recharges, furent les gens de cheval défaits, et s'enfuit don Diego d'Àrillano à bride abattue avec quarante ou cinquante genétaires. Les Galliègues furent si bien secoux , que de trois cents qu'ils étoient avec leurs hauts bonnets, ne s'en alla pas
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trente, que tous ne fussent tués ou pris; somme , comme j'ai su par aucuns de ceux qui là étoient, quatre cents genétaires et Galliôgues ftirent là assommés ou emmenés. C'étoit bien à profit ensuivi le sort et à l'honneur continuée heureuse chance, si les capitaines du Garillan, dont j'ai parlé par ci-devant, eussent de cettui fait exemplaire. Le lis florit ores par tous les anglets des Itales, et la réputation des François courut par tous les climats du monde. Je n'en dirai plus, si n'est qu'à la bonne conduite du chef de guerre gît la sûreté des soudards et le salut des royaumes. Pour dire plus, après cette défaite d'Espagnols, les morts demeurèrent étendus, et les pris furent emmenés t à Rouvre, où les François arrêtèrent deux
jours; puis s'en allèrent à Castel de Mont, terre du comte de Ligny , et de là devant Espinansolle, ville du comte de More, ennemi du roi, laquelle assiégèrent et prirent d'assaut en moins de trois heures, quelque résistance que leur fissent ceux qui dedans étoient, lesquels se défendirent à toute force; toutefois par sur le ventre leur passèrent , et entrèrent dedans , et Dieu sait comment les œuvres de pitié furent là recommandées : pour faire fin , tout fut mis à sang , réservés les petits enfants et les femmes, et la ville abandonnée au pillage, dont plusieurs pauvres affamés d'argent y fourrèrent bien leurs poignets; ce qui leur
fut une bonne curée et chaude gorge, et telle que, depuis , ville ne tenoit devant eux. De là s'en allèrent à Gensane , terre dudit comte de More , laquelle se rendit volontiers; puis s'en retournèrent à Venouse, où se rafraîchirent quelque temps, et puis se mirent en. pays de conquête droit à l'Étoile, terre du prince de Melphe, laquelle pareillement se rendit audit capitaine. Dedans le château avoit cinquante Espagnols, lesquels ne le voulurent rendre; et coups à travers comme si foudre y passât, tant que, en moins de deux heures, brèche grande y fut faite : dont celui Louis d'Àrs commanda l'assaut; chacun mit là la main tellement que sans arrêter fut de vive force emporté/ et tous les Espagnols qui là dedans étoient > mis à l'épée. Ce fait , ledit capitaine demeura là huit jours, où ce pendant, par menée secrète, eut intelligence avec ceux de Melphe, lesquels promirent de lui rendre la ville ; toutefois don Diego d'Arillano sachant cette menée , par subtils moyens et larges promesses qu'il fit à ceux de ladite ville, rompit le coup; dont ledit Louis d'Ars, avec ses gens, s'en alla à Venouse , où de là manda au comte de Conversane, fils du marquis de Betonte, qui se disoit bon François, que si tel vouloit être , que à l'affaire le montrât, et que temps en étoit; et s'il vouloit montrer de quoi , que avec toute sa puissance à un jour nommé se
rendît à Montepellouse, ville tenant le parti du roi; et que, de sa part, se trouveroit avec ce qu'il auroit de gens. À quoi ne faillit celui comte ; aussi ne ne fit le capitaine Louis d'Ars ; mais au jour assigné furent là avec leurs soudards, dont ledit comte de Conversane avoit quarante hommes d'armes et six cents piétons qui pouvoient faire grand'aide, et donner bon renfort aux François qui là étojent à peu de gens; et eux ainsi assemblés, avisèrent en leurs besognes et conclurent de tenir bon. Je laisserai un peu à parler de ce propos pour dire d'autres choses lors à Rome advenues.
€<ratmrttt le pape pie timvmivnt f et ieV élection
toi tartinai petvi aïr tJinmla, fait pape par le
mpjmi tas rartmal Vftmbo'm, et îr'autm
c^om faites lot* à Rame*
Le pape Pie tiers, dont j'ai dessus écrit, étoit fort ancien et moult débile, atteint de maladie tellement, qu'il ne vit point les ans Saint- Pierre, mais vingt-deux jours après qu'il eut obtenu le Saint-Siège , mourut. Dont aucuns banquiers qui lui avoient prêté deux cent mille ducats, pensant y profiter, perdirent tout, tant qu'ils en firent banqueroute. Les cardinaux se disposèrent, après ce, de procé-
dcr à autre élection , et tenir nouveau çonclave. Sur ce point, ferai incident, et dirai qu'en ce temps , le vingt^cinquième jour d'octobre, fut conjonction de Mars et de Saturne. Les Ursins et Colonnois, avec quatre cents hommes d'armes et trois mille hommes de pied , assaillirent lors le duc de Valentinois dedans le palais Saint -Clément, au bourg Saint-Pierpe de Rome , où s'efforcèrent à toute puissance d'entrer sur lui ; mais il avoit trois cents hommes d'armes , et deux millé piétons qui défendirent le logis, en manière qu'il leur demeura, et repoussèrent les Romains. Me*sire Jacques de Crussol , qui étoit là allé avec le cardinal d'Amboise, fut lors voir l'armée des François auGarillan, et leur fit porter de Rome force habillements, pour racoutrer ceux qui en avoient défaut et pouvoir de les payer, qui leur fut chose difficile , car la marchandise étoit moult chère, et l'argent presque failli. Aucuns des gentilshommes du roi qui là avoient suivi le cardinal d'Amboise, s'en allèrent ranger avec l'armée de France au Garillan, desquels furent François d'Alègre, Seigneur de Percyj Artus Gouffier, seigneur de Boisy; Louis de Jaulys, et quelques autres. Durant ces jours, le marquis de Licite, qui au service du roi avoit tout perdu, fut à Rome devers le cafrdinal d'Amboise , auquel compta son affaire et dit sa nécessité,
et comment pour bien servir le roi et soutenir sa querelle , il avoit perdu ses terres , et son argent dépendu, parquoi le prioit qu'il lui plût remontrer au roi , afin qu'il lui voulût donner quelque état pour vivre et le servir comme il avoit accoutumé ; auquel , comme m'a été dit , ne fut rien donné ne rien promis ; et lui, voyant que à ce prochas dépensoit le demeurant de ce qu'il avoit, et qu'il perdoit temps, et que autre chose n'en aurait, comme hors du sens et presque désespéré , s'en alla de Rome rendre à* Gonsales Ferrand pour tenir le parti d'Espagne contre le roi; et ainsi que depuis j'ai ouï dire à plusieurs , ledit Gonsales lui délivra toutes ses places et seigneuries, et avec ce lui bailla cent hommes d'armes, dont il a toujours fait la guerre aux François à tous ses efforts : à quoi se pouvoit obvier par contentement de paroles ou élargissement de dons, ce qui, par défaut de peu de chose, pourrait porter grand dommage. À ce ne veux ajouter autre chose, si n'est que tous bienfaits doivent être reconnus et tous services rémunérés. Pour revenir en propol , après que le pape Pie fut mort, il fut gardé comme est de coutume, et baisé les pieds. Le cardinal Àscaigne, qui s'étoit endetté à la banque de grosse somme pour lui avoir aidé à faire son cas bon , y perdit ce qu'il y avoit mis, et se trouva frustré de l'intention du gourer-
nement de la papauté , auquel il tendoit pour totalement nuire au cardinal d'Amboise et contrarier aux François, auxquels a voit au commencement promis et tenu paroles d'amitié. Que fiit-ce ? les cardinaux de Rome s'assemblèrent tous pour faire l'obsèque du pape Fie , lequel dura neuf jours , et commença un samedi, dix jours devant la Toussaint : auquel jour le cardinal Pétri ad Vinculadit la messe; le jeudi après , le cardinal d'Amboise dit l'autre. Le lundi en après, vigile de Toussaint, après la messe du Saint-Esprit, laquelle dit le cardinal Alexandrin , et le sermon fait , entrèrent cardinaux au conclave / et là firent leur élection , telle que le cardinal d'Amboise eut vingt-quatre voix, et ne restoit qu'à deux qu'il ne fût pape. Ce fut allé bien près des portes du paradis; mais Pétri ad Vincula , comme vous orrez, sortit de ses liens, et saisit les clefs; lequel avoit treize voix, et le cardinal Sainte- Praxède, cinq, qu'il donna audit Pétri ad Vincula. Ainsi ne pouvoient les deux élus l'un sans l'autre l'emporter. Le cardinal Pétri ad Vincula jamais ne consentit à bailler ses voix; le cardinal d'Amboise aussi vouloit garder les siennes : ainsi voilà notre sainte mère l'Église ébranlée, en danger de tomber en schisme ruineux ! Mais pour obvier à celle tant périlleuse division , le cardinal d'Amboise délia le pouvoir de vertu , et mit le prix d'honneur
en place; car tant ne s'arrêta à l'ambition de l'apostolique prélature, ne à l'état de souve- ^ raine dignité, que à l'union de l'Église militante et à l'utilité de la chrétienne religion, n'eût principale faveur et entier vouloir; parquoi très-libéralement donna ses voix audit cardinal Pétri ad Vincula, qui à ce moyen obtint le titre papal et siège romain, et fut nommé papa Julius Secundus. Bientôt après ce, le pape fut couronné à grand honneur et excellent triomphe, et puis le premier consistoire tint, auquel donna le Saint-Père le pape audit cardinal d'Àmboise la légation de France et d'Avignon, et fit François de Clermont, neveu dudit d'Amboise, cardinal ; et à ce même consistoire furent faits avec celui de Clermont trois autres cardinaux , c'est à savoir : le neveu du pape, l'évêque de Mende, et un autre évêque espagnol ; aussi fut fait patriarche de Hiérusalem le cardinal de Sainte-Croix. Un autre consistoire de rechef fut tenu, et là faites plusieurs belles ordonnances sur l'affaire de la chrétienté; auquel étoient le cardinal d ' Amboise légat en France et tous les autres cardinaux de Rome. César Borgia , duc de Valentinois , étoit lors à Rome mal voulu de chacun et mêmement des Ursins, au moyen des crudélités et tyrannies que durant le temps de pape Alexandre leur avoit faites : parquoi pensa que là demeurer ne lui seroit bonne sûreté, dont prit m. 4
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ce qu'il avoit d'argent, et tout d'emblée et se* crètement sortit de Rome, accompagné de huit Allemands et d'aucuns de ses serviteurs ; puis se mit en mer à Qstie , et tira droit à Naples , où de là se retira et rendit au capitaine GonsalesFerrand, lequel tenoit camp devant le pont du Garillan ; disant que bon Espagnol étoit , et que très-bien servirait le roi d'Espagne, à son pouvoir, et pour montrer comment, disoit qu'il mettrait en bref les Espagnols en la duché de Milan, qu'aisément pourraient conquèter , car pour lors étoit mal garnie de gens d'armes; et pour iceux mettre à raison, avoit intelligence aux Pisains, lesquels lui avoient mandé que s'il les vouloit défendre contre les Florentins , qu'ils se donneraient à lui , et que, au moyen de ce, mettrait les Espagnols dedans ladite ville de Pise et de Lucques; parquoi pourrait tenir la duché de Milan en subjection et avoir dedans entrée. Et pour commencer son vacarme 9 demanda audit capitaine congé d'amasser gens à Naples pour Étire son armée , ce que lui octroya le capitaine Gonsales, dont fit crier par Naples que tous soudards qui le voudraient servir si se rendissent à la place, et que là les ferait payer pour trois mois.
Tantôt se trouvèrent plus de dix mille hommes prêts, desquels en fit choisir et enrôler six mille, et payer pour troiç mois. Au-
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euns Espagnols qui là étaient, disoient que, avec les capitaines françois qui la duché de Milan gardoient, avoit intelligence, et que l'armée qu'il faisoit étoit pour renforcer les~ dits François, et, au moyen de celle entreprise, rouloit mettre les Espagnols entre les mains de leurs ennemis j et de ce embouchèrent le capitaine Gon sales, disant que si au roi de France, duquel par avant s'étoit allié, rouloit faire une finesse, que autant ou pis en pourroit faire au roi d'Espagne, et qu'ajouter foi à son dire, ou soi fier en sa promesse , ne serait joué sûrement ne bien avisé à son affaire. Tant d'autres raisons de suspeçon contre celai Borgia furent mises en avant, que celui capitaine Gonsales le fit prendre , et tous ses gens tués, réservé un Allemand et un de ses coques, lesquels se sauvèrent comme ils purent , et lui ainsi pris perdit bagues et argent, puis fut mis sur mer et envoyé en Espagne prisonnier dedans la tour criminelle de Tolède, pour là passer le demeurant de ses malheureux jours, comme chacun dit : c'est l'exil douloureux du cruel tyran qui mal a commencé, continué en pis et fini de même. Après ces choses mises à chef, lé cardinal d'Amboise s'en voulut retourner devers le roi qui lors étoit à Lyon sur le Rhône : dont le jour qu'il partit, le pape commanda à tous les cardinaux de Rome qu'ils le conduisissent jusques hors la
ville, ce qu'ils firent, et pleuvoit tant ce jourlà, qu'il n'y eut mule de cardinal qui n'en eut les pleines oreilles. De Rome s'en alla à Brachane où le sieur Jean Jourdian festia lui et ses amis le soir bien somptueusement, et entre Brachane et Viterbe fit faire une grande feuillée , et là porter vins et viandes à déroi, et force blave pour les chevaux , où un autre jour le traita à plaisir. Puis s'en alla à Viterbe, où au logis du cardinal Farnèse fut reçu à l'honneur et traité à souhait; de là à Seine, où au-devant de lui vinrent les Seinois jusques à la Paille, terre de Seine; à Florence fut pareillement accueilli hautement ; à Ferrare, aussi, où au-devant de lui vinrent lé duc et le cardinal de Ferrare, et de là à Parme.
Avec lui étoit lors le grand-maître de France, son neveu, à tout quatre cents hommes d'armes, qui jusques à Bologne* l'avoit été accompagner. Par la duché de Milan, s'en alla jusques en Piémont, où le duc de Savoie le fêta en sa ville deljuiers, puis passa la Savoie où le , roi lui envoya mules fraîches , haquenées et haubines jusques à Saint-Andrieu, en la montagne d'Orelle, et ainsi s'envint à Lyon où le roi lui fit très-bonne chèrè et moùlt joyeux recueil.
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Comment le* Jxançoi* gardèrent lanfl-temjw le pont îm ttarillan , et ft* la retraite qu'île firent àttagette, qn'il* rendirent au* (ttepagnale par campaôitian.
Au pont et le long de la rivière du Garillan, étoient lors les François , lesquels, après qu'ils eurent gagné celui pont , et qu'ils furent les maîtres de la rivière, allèrent souvent courir devant le camp du capitaine Gonsales, et plusieurs escarmouches lui donnèrent , et tant que celui Gonsales, ainsi ennuyé des François et par le défaut de vivres qui lui étaient courts, une belle nuit fit mettre le feu dedans ses loges, et trousser son bagage, et en tour la minuit délogea avec ses gens d'armes et son artillerie. Les François qui autour du pont du Garillan étoient, virent de nuit les grands feux qui se faisoient au camp des Espagnols, à quoi pensèrent ce qui étoit; et pour savoir le tout, furent là envoyés Bernard de Scénon avec vingt chevaux, que hommes d'armes que archers, et messire Mercure, capitaine des Albanois, accompagné de trente à quarante estradiots, lesquels se mirent sur la queue des Espagnols qui délogeoient à qui plutôt iroit devant ; tant allèrent qu'ils chargèrent sur les derniers, et là pri-
rent quelques prisonniers qui étoienl de l'arrière-garde, et ainsi donnèrent sur le bagage qui était demeuré, et mêmement sur les sommiers d'un Romain colonnois qui suivoit les Espagnols, nommé messire Venere Colonne, et les prirent avec grande force vaisselle d'argent et riches bagues qui dedans étaient, et tout cela emportèrent avec eux qui puis ensemble butinèrent. Les Espagnols s'en allèrent et furent hors leur camp trois heures avant jour, prenant leur chemin droit à une ville nommée Sesse, à huit milles près du pont du Garillan, et là se logèrent pour eux rafraîchir. Les François étoient toujours autour de cette rivière, sans sàvoir si le passer outre ou le demeurer étoit te meilleur, et sur ce tinrent souvent conseil : dont les uns disoient que aller avant étoit moult difficile pour la fourniture des vivres que les ennemis empêcheroient , pour ce que toutes les villes de là tenoient et étoient maîtres des passages, et aussi que l'artillerie ne se pourroit charriery car par la force des pluies qui là a voient eu cours, les terres étoient molles et les chemins rompus; les autres disoient qu'il valoit mieux passer outre, car là où ils étoient a voient autant défaut de vivres qu'ils pourraient avoir de là, et si une 1 Ibis étoient outre, que avec puissance de gens et de chevaux, ils mèneroient l'artillerie devant quelque bonne ville que
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par force ou composition prendraient, et ainsi gagneraient pays, et acquéteroient vivres; et mêmement de cette opinion fut roessire Louis de Hédouville, seigneur de Sandricourt , disant outre, que si les Espagnols vouloient lever leur siège ou donner bataille, qu'ils n'auroient pas du meilleur, car autant de gens d'armes de beaucoup près n 'étoient comme les François, ne mieux délibérés. Toute* Job le bailli de Caen et celui de Dijon étoient d'autre avis : dont advint que par le trop long demeurer là , les vivres qui ne venoient que par mer, qui à vent contraire (comme j'ai su par ceux mêmes qui étoient embarqués ) miisoit aux François , du tout ou presque leur faillirent, tant que grande mortalité fut sur l'ost, et mêmement sur les gens de pied. L'ennuyeux froid de l'hiver impétueux lesr affioloit ; car presque nus et déchaux étoient en la fange jusqu'aux genoux. Et là fut un capitaine de gens de pied, nommé messtre Jean Chapperon, lequel voyant ses pauvres gens mourir de froid et de faim, voulant sur ce leur secourir, s'en alla au commissaire des gens d'armes, nommé Courcou , auquel conta la piteuse nécessité des pauvres soudards, en lui priant que quelque avance d'argent leur fit pour leur aider à vivre jusqves à leur parie^ment, et que là serait sans faillir remboursé : à quoi ne voulut ceint Coureou prêter IV*
reille, ne bailler la main ; parquoi ledit Chapperon, voyant que autrement n'en au r oit', print de lui huit cents écus, au paiement de quoi obligea sa maison et tout ce qu'il a voit, et lui en bailla sûreté signée par écrit. Eût-il pu mieux servir le roi que aux périls mortels exposer son corps pour défendre sa querelle , et à nécessité contrainte dépendre ses biens pour subvenir à besogneuse affaire ? Je ne dirai plus, si n'est que c'est uabienfait de si grand mérite qu'il ne doit aux chapitres des histoires au bon compte être oublié, ne au loyer départir, demeurer sans rémunération. Or suivons: les François donc étoient sur le Garillan en telle affaire que j'ai dit, et avec ce leurs chevaux eurent là telle suffrette que à la parfin mangèrent les gîtes des bois, les branches des vignes et les feuilles des arbres, tellement que presque tous y moururent, si que tel homme d'armes avoit là mené quatre ou cinq bons chevaux, qui étoit à pied ou n'en avoit qu'un. Les pauvres pages et varie ts mou J roient de froidure et de famine ; et voyant ce, les hommes d'armes françois, dont aucuns a voient encore quelques chevaux morfondus, plusieurs fois à grand nombre se présentèrent aux chefs de l'armée, disant: «Il nous vaut mieux aller outre pour avoir des vivres, ou donner la bataille à nos ennemis et là mourir honorablement que demeurer ici: comme
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pavoureux , méchants et languissants de famine. » Et .ainsi demeurèrent , un jour entre autres, plus de huit heures à cheval , la lance sur la cuisse , prêts de passer et aller chercher leurs ennemis ; niais les chefs de l'armée ne le voulurent permettre; dont iceux gens d'armes dirent à messire Louis dç Hédou ville, l'un des principaux capitaines, que lui qui menoit l'avant-garde se mît devant, et que tous les gens d'armes le suivraient; lequel fit réponse que à lui ne tenoit de ce que. l'œuvre n'allât en avant, et ainsi que j'ai su par un gendarme nommé Philippe Sechaust qui là présent étoit , messire Louis de Hédou ville, en la présence du bailli de Dijon et du bailli de Caen , chefs ordonnés pour gouverner l'armée, dit : « Messires, voici Je bailli de Caen et celui de Dijon qui aux besognes du roi et maniement de son armée ont la charge comme moi. Je ne les trouvai onc en vouloir de passer outre, ne aventurer l'armée; dont je ne sais autre chose dire d'eux, si n'est que tant d'honneur ont bu et avalé en leur temps que à cette heure le trouvent amer et tant que plus n'en veulent goûter. » Ainsi étoient en divers propos et opinions contraires iceux capitaines, voire, ce dit-on, jusques à envier le seul gouvernement du tout, et à peine autrement pouvoir aller; car, entre pareils le vent d'envie court à grosse touffée. Que que
soit, la chose n'alloit pas bien à point : les trésoriers s'y acquittèrent tellement, que , par défaut de paiement, tontes choses nécessaires à l'ost demeurèrent en arrière , et avec ce, aucuns dérobèrent grand'somme d'argent au roi, lesquels en furent atteints et punis comme se pourra roir autour du rôle. Que dirai-je plus ? Les gens d'armes avoient toujours bon vouloir et s'essayoient souvent de faire ce qu'ils pouvoient. Les Espagnols venoient aucunes fois jusques sur le bord delà rivière regarder leur manière, et, entre autres, deux ou trois soirs ensuivant, vint un seigneur espagnol se pour mener tout désarmé jusques au droit du lieu où étoient les gens d'armes du seigneur de laTrimoilïe, dont trois hommes d'armes , nommés , l'un Jacques Vernon , seigneur de laRochebœuf, Pierre Sechaast, seigneur de la Locherie enLimosin, Etienne du Rousset, seigneur d'Estiennes, dirent que hii feraient une embûche, ee qu'ils firent telle que» l'heure que l'Espagnol avoit de coutume de venir, se mirant tous trois dedans un petit esquif et passèrent la rivière, et là, sous un petit pont, s'embûchèrent. Guéres n'eurent là été que voici don Johan venir bas monté et sans armes avec trois laquais , et ainsi qu'il approehoit , quelqu'un de ceux qui étoient sous le pont se découvrit tant que l'Espagnol Taviaa, et, lui devant, les compagnons se mirent après à la
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course et un entre autres nommé Pierre Sechaust, une arbalète bandée au poing, se mit devant les autres au travers des champs qui étaient mous et pleins d'eau, et là tant courut que ses souliers demeurèrent en la fange.
L'Espagnol et ses laquais coururent sans regarder qui les suivent tant qu'ils se sauvèrent, et les François tournèrent à leur logis. Quatre ou cinq jours après, celui Sechaust fut quérir ses souliers qu'il trouva encore, et ce pendant avait cheminé nu-pieds ou avecseshbuzeaux; car là n'avoit homme que bien peu, qui en eut. Somme, tant alla l'affaire malement que les Espagnols, qui étoient avertis de ce méchef, délibérèrent de passer sur eux , ce qu'ils firent et gagnèrent les montagnes pour vouloir entre Gayette et le pont de Mole leur couper chemin. Lies capitaines de l'armée sachant cette venue tinrent conseil, où étoient Louis, marquis de Saluces, l'infant lamés de Fois, Jean Duplessis, messire Louis de Hédouville..
Et lors Jacques de Silly, bailli de Gaen , étoit fort malade à Gayette; aussi étoit Jean Stuart, duc d'Albanie, et messire Jean Chapperon, arec prou d'autres. Que que soit, audit conseil étoient plusieurs capitaines et autres gens de bien , lesquels un soir débattirent l'affaire, dont conclurent, vu que la plupart des hommes d'armes étoient démontés et les gens de pied nus et affamés, et plus des deux
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parts morts, que au mieux et au plus sûr se sauveraient; dont firent dire aux gens d'armes qui n'avoient chevaux, et aux malades et gens de pied, qu'ils s'en allassent à Gayette, et retinrent deux capitaines de gens de pied nommés Cossains et Saint-Cric, autrement n'ai su leurs noms, et avec eux leur bande où étoient mille hommes ou environ et les cent Allemands du roi qui étoient sains et entiers. Tous les gens d'armes et archers qui avoient chevaux' demeurèrent aussi , et pour sauver l'artillerie mandèrent Pregent de Bidoulx qui étoit assez près de là en mer, lequel vint en l'heure , et toute cette nuit s'en allèrent gens à pied et malades , et toute la grosse artillerie fut mise en navires et bateaux. Messire Yves d'Alègre, avec quatre cents hommes d'armes, fut envoyé à un lieu nommé les Fraddes, à la descendue des montagnes, par où les Espagnols vouloient dévaler. Quelques petites pièces d'artillerie laissèrent pour emmener avec eux et tirer contre les ennemis, si métier, en étoit. Que fut-ce? la grosse artillerie fut mise sur l'eau et adressée vers la mer, qui lors étoit tant impétueuse qu'on l'oyoit bruire de deux milles loin ; parquoi le capitaine Pregent eut grand doute sur son affaire; toutefois se mit au danger de fortune qui n'étoit contente de l'ennui que par terre- faisoit aux François, mais en mer aussi se montrait
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courroucée; car. à l'heure que leur artillerie cuidèrent sauver, en leur chemin se mit en embûche, tellement que, au bec duGarillan qui entre en mer vers Gayette, la tourmente fut si horrible que toutes les barques et navires où ladite artillerie étoit allèrent à fond, réservé celle de Pregent, qui , à lances et à piques, fut sur l'éau à force soutenue, mais toute pleine d'eau, si que les bords à peine paroissoient ; toutefois à puissance de gens fut soutenue et vidée d'eau tellement qu'il se sauva avec ceux* qui à sa barque étoient. Là se noyèrent plusieurs François malades et altérés, et entre autres un nommé René de Saint-Amand et un autre nommé Pierre de Médicis, avec plusieurs autres desquels je n'ai su les noms; ne je n'ai point su que nul s'en sauvât, réservé un, lequel en tombant eut souvenance de la glorieuse mère de Dieu qui lui tendit la main , en manière que depuis , comme fut dit par ceux qui le virent, fut trouvé sur le gravier sain et sauf. Ainsi fut perdue l'artillerie des François et leurs barques affondrées. Le marquis de Saluces, voyant que force d'Espagnols étoient sur les champs pour charger les François , transmit quérir le seigneur d'Alègre et ses gens pour se venir ranger aux autres qui n'étoient puissants pour soutenir le faix des Espagnols , s'ils venoient fors par ce côté ; parquoi s'en retourna
ledit seigneur d'Alègre et les siens, et s'en allèrent vers le pont de Mole pour là attendre et recueillir ceux du derrière, où furent ordonnés quinze hommes d'armes choisis entre tous les autres; desquels étoient messires Rogier de Béart ; Pierre de Tardes, autrement appelé le Basque, de la maison du roi; Pierre de Bayard; Pierre de Pocquière, dit Bellabre , Perrot de Payennes, Gascon; Antoine de Lamet et autres jusques au nombre de quinze , lesquels furent mis en queue pour soutenir l'escarmouche des avant-coureurs espagnols.
Au-devant de ceux et assez près étoient Louis, marquis de Saluées, chef des François; messire Louis de Hédou ville, le seigneur de Duras, Bernard de Scénon , Pierre Dos , Antoine de la Fayette, avec deux cents hommes d'armes mal-montés , messire Mercure et ses Albanois ; les Allemands du Roi et les autres gens de pied avec leur même artillerie marchoient devant, et ainsi un jour bien matin, vigile des Innocents, délogèrent les François et leur petit pas tirèrent vers le petit pont de Mole* Les Espagnols incontinent leur furent en queue à grosse route, et commencèrent à charger sur les quinze hommes d'armes françois qui étoient les derniers; et là bien à point escarmouchèrent les uns avec les autres, et dura cette escarmouche jusqu'à un lieu nommé la Cadeine , et entre celui lieu et le pont du Ga-
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rillaa furent repoussés les avant -coureurs espagnols par les François derniers: dont lesdits Espagnols se renforcèrent, et ce que voyant le marquis de Saluées et qu'ils chargeoient le baron de Béart, fit retourner messire Louis de Hédou ville, Pierre Dos et tous les autres avec les Albanois , lesquels donnèrent au travers des coureurs si à point qu'ils les reboutèrent j usques à leur grosse flotte qui venoit après deux jets d'arc ou environ, et à cette rechasse furent tués plus de trente Espagnols.
Toutefois, après qu'ils furent ainsi reboutés, les François se remirent à la retraite, et Espagnols après, atout grand nombre , en escarmouchanttoujours; l'artillerie cependant et les gens de pied marchoient en avant. Les Espagnols foulèrent fort les quinze derniers qui portaient la charge. Pierre de Bayard, qui ce jour soutint moult grand faix étoit toujours de la mêlée, et tant que, à une charge qui fut là faite , lui fut tué son cheval sous lui , lequel se releva l'épée au poing et ne se vouloit rendre; à quoi le marquis de Saluées et le seigneur de Sandricourt avisèrent, et soudainement retournèrent sur les Espagnols, tant qu'ils les repoussèrent, et recoussirent celui de Bayard, lequel fut remonté par ledit seigneur de Sandricourt , qui lui donna un très-bon cheval , et ce fait, les François passèrent outre, et tirèrent vers le pont de Mole , lequel àvoit jà
passé messire Yves d' Alègre, François d'Urfé et ceux qui avec eux étaient. Les gens de pied et l'artillerie n'étaient encore passés; car ils ne se pouvoient avancer pour l'empêchement de ladite artillerie qui les retardoit fort. Dedans Gayette, étôient lors plusieurs François malades et blessés, et entre autres Jean Stuart, duc d'Albanie , lequel tout mal disposé', sachant la retraite des François , avec tous ses gens et d'autres ce qu'il put mener , s'en alla rendre à celui pont 'de Mole, monté et armé pour là vivre et mourir au service du roi. Aussi y étoit messire Jean Chapperon, malade et blessé, qui pareillement ne voulut garder la ville ; mais avec quatre cents laquais des siens, tout à beau pied, un bras en écharpe et l'épée en l'autre main , se trouva à la venue des François qui furent chassés jusques à celui pont de Mole , et là commencèrent à tour de bras le hutin. Aux François ennuyoit moult de reculer : toutefois force leur fut pour cette heure ; car les Espagnols étaient là à moult grand nombre, et tous bien montés, lesquels chargeoient sur les derniers , desquels étoit Pierre de Bayard , qui pour mourir ne vouloit passer le pont, et tant se mit avant entre ses ennemis que entre les jambes lui fut tué encore un cheval, et lui remonté à l'aide des autres François qui là étaient. Le cheval de Pierre de Tardes lui fut pareillement tué, et
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lui, en se défendant comme un lion, fut environné d'ennemis et pris. Les François passèrent le pont , et l'artillerie demeura derrière , sur quoi chargèrent les Espagnols et là tuèrent beaucoup de gens de pied. Un homme d'armes gascon , nommé Jeannot Dugas, voyant qu'on donnoitsur l'artillerie, repassa le pont sur les ennemis et à la lance abattue donna au travers et se mit à défendre ceux qui menoient ladite artillerie , et tant fit celui bon homme d'armes que longuement ennuya ses ennemis qui à la parfin lui tuèrent son cheval et l'abattirent; mais il se releva l'épée en la main, et là, selon que j'ai su par vrai rapport , fit merveilles; car il chargeoit à tour de bras sans jamais se vouloir rendre , dont fut à la fin tué sur-le-champ ; tels ne doivent pas être mis hors du compte des vertueux. Or fut ladite artillerie perdue par les François , et là à la défense d'icelle firent bien les Allemands du roi, car des derniers l'abandonnèrent ; longuement combattirent à ce pont de Mole, où plusieurs des François, supposé qu'ils n'eussent du meilleur, se montrèrent tout à droit. Les Espagnols mettoient tous leurs efforts à gagner le pont , et les François toute peine à le défendre. Un homme d'armes espagnol se mit dessus, tout à cheval, la lance en l'arrêt, pour vouloir passer, où se trouva un François nommé Pierre de Pocquière, seigneur de Bellabre, qui m. 5
des premiers étoit à la défense , lequel adressa à celui Espagnol de telle force que au choc de la lance le désensella et le porta du pont à bas. Plus d'une grosse heure dura le combat de ce pont , et tant que ce pendant les Espagnols qui étoient sur les montagnes descendirent à grosse route, dont aucuns des François qui ce avisèrent le dirent au marquis de Saluces et au seigneur dé Sandricourt, lesquels avertirent que si guères demeuroient à ce pont que le chemin leur seroit tranché par ceux qui venoient des montagnes. À ce moyen les François laissèrent le pont et se mirent le petit pas à la retraite. Les Espagnols passèrent et recommencèrent à charger sur les derniers, desquels étoient Pierre de Bayard , Jacques Vernon, François du Rousset, Pierre de Pocquière, Bernard de Scénon, Antoine de la Fayette , Pierre Dos et grand nombre d'autres, lesquels avoient tout le hurt; sans cesser, picotaient les Espagnols nos François , ce qui moult leur ennuyoit , et là (entre les autres fut un François nommé Jacques Vernon, de la maison de Montreuil-Bonin en Poitou , lequel avisa un Espagnol homme d'armes qui s'éloignoit vers la marine pour venir de course sur quelqu'un des François : auquel adressa celui Vernon de telle atteinte, que homme et cheval renversa sur le gravier de la marine si rudement, que dedans la mer envoya pêcher son
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homme. Un autre François nommé Étiennedu Rousse t, seigneur d'Estiennes, donnoit à toutes mains , et tant que à cette presse deux chevaux lui furent tués entre les jambes et lui pris. A Pierre de Bayard fut derechef tué un autre cheval , lequel n« mourut Sur-le-champ, mais le porta jusques àGayette, et là tomba mort sous lui. Par les chemins trouvèrent grand'flotte d'Espagnols descendus des montagnes, qui le passage leur vouloient empêcher, mais à ceux fut passé par sur le ventre, et plusieurs tuée. Pierre Dos, Antoine de la Fayette, furent là pris, et Bernard de Scénon, très-hardi homme d'armes , lequel fut pris , un estoc au poing, sanglant comme un couteau de boucher, et en cet état fut mené devant le capitaine Gonsales , qui le voulut suader d'être à son service; lequel dit que jamais n'auroit maître ne ne servirait autre que le roi , tant que à son service lui plai~ roit. Pour venir à fin, les François furent chassés jusques à Gayette, où se retirèrent tous comme connils au clapier; ainsi furent les uns pris, les autres morts et les autres chassés : voilà comment le bonheur des François est retourné en rabaissement d'état et amoindrissement d'honneur. Malement furent menés les malheureux , par le défaut de leur imprévu gouvernement, et sous la dévoyée conduite de leur malavisé conseil.
Or, après que dedans Gayette furent retirés , pensant que les Espagnols les voulussent là assiéger, coururent au Mont-Roland et à la défense des murailles, et là bien à point s'arrangèrent. Les Espagnols s'arrêtèrent là près , et firent semblant de vouloir mettre le siège ; et ainsi demeurèrent deux ou trois jours. Les François, qui à grand nombre étoient là, n'avoient guère de vivres, dont ne pouvoient tenir longuement; toutefois faisoient bonne mine, et tenoient manière assurée. Le capitaine Gonsales, après toutes choses, leur manda si la ville vouloient rendre , que tous les prisonniers françois et autres de leur parti qu'il tenoit, rendroit sans aucune rançon. Les capitaines françois, voyant que fortune ne leur étoit bonne, et que vivres n'avoient là pour huit jours, et aussi les bons prisonniers et grand nombre que les Espagnols avoient, lesquels vouloient par composition rendre, furent tous d'opinion de prendre ce parti ; vu aussi que vivres ne pouvoient avoir que de la mer, qui étoit malaisée chose à faire , et difficile à avoir; dont en conclusion furent contents, et pour ce, envoyèrent otages d'un côté et d'autre. Le capitaine Gonsales envoya Pèdre Pas, capitaine espagnol, et un sien propre neveu , lesquels furent mis en la Charente entre les mains des François. Des nôtres furent transmis capitaines et gens suffisants à
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ce entre les mains des Espagnols. Partout forent cherchés prisonniers françois et délivrés. La composition comprenoit le capitaine Louis d'Ars, s'il vouldit : lequel dit que au regard de lui il n'étoit point du nombre de ceux du Garillan, ne n'avoit été à l'exécution de leurs faits ; par quoi ne seroit en leur composition compris, ne ne parti roi t au loyer de leur desserte , et s'ils s'en alloient en terre de sûreté pour vivre à leur aise, qu'il demeurerait en pays de guerre pour peine endurer. Que que soit, tous les prisonniers françois furent rendus, desquels étoient messire Jacques de Ghabannes, seigneur de La Palice; messire Berault Stuart, seigneur d'Aubigny ; Adrien de Brimeu, seigneur d'Humbercourt ; Jannot d'Arbouville , lequel toutefois s'en vint sans le congé de son maître , au moyen des mauvais traitements qu'il lui avoit faits et vouloit faire; Gaspard de Coligny, seigneur de Fremente, le seigneur de Ghâtellart, Yves de Malherbe, Pierre Dos, Pierre Tardes, Bernard de Scénon, Antoine de la Fayette, François du Rousset, tous capitaines; et en somme tous les gens d'armes et autres soudards qui trouver se purent entre les mains des Espagnols, lesquels s'en revinrent en nuit, les uns demain , les autres presque tous nus et sans argent. En ce temps mourut à Gayette Jacques de Silly , bailli de Caen , l'un des chefs
desFrançois. GayettefutrendueauxEspagnoIs, et les François se mirent en mer et cinglèrent vers Gênes, où furent, à tout leur malheur, par les Génois, bien reçus et doucement traités , ce qui leur fit grand bien, car besoin en avoient. Presque tous les capitaines principaux moururent à leur retour, les uns de deuil de leur perte, les autres de mélancolie de leur défortune, les autres de peur de la malveillance du roi , et les autres de maladie et de lasseté. A Gênes mourut Louis, marquis de Saluées ; àQuiers en Piémont , messire Louis de Hédou ville; Pierre Dos , à Milan ; Bernard de Scénon , à Lyon ; Pierre de Velours, seigneur de la Chapelle-Barronyn , capitaine de mer, mourut aussi à Lyon en s'en retournant. Tant d'autres y demeurèrent à la poursuite que la perte du nombre m'en déplaît et le réciter du compte m'est ennuyeux, dont je n'en dirai autre chose si n'est que le roi, courroucé à merveille contre eux mêmement qui avoient été au Garillan , ne les voulut voir ne ouïr, mais les fit tous demeurer en la duché de Milan.
Aucuns d'iceux toutefois vinrent vers lui, qui par commun rapport avoient par leurs bien-faits de chacun été recommandés. Si le roi étoit lors bien marri , ce dont ne devoit sembler de merveille, car il savait grand nombre de ses gens morts, partie de ses pays perdus et grosse somme de son avoir agâté;
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mais à tous ses ennuyeux malheurs vertueusement résista, et combien qu'il eût le cœur dolent, si montra-t-il riant visage comme celui qui contre les efforts d'adversité affermoit son propos , disant : a Si à cette fois le fléau de fortune m'a persécuté à l'outrance, à quelque heure le sort de bonheur me fera ma perte recouvrer et en prospérité maintenir. »
Or ai-je là encore , Dieu merci , puissance pour l'affaire exploiter à profit, et chevance pour y fournir à suffire; dont mon mal n'est comme la plaie abandonnée sans remède, ou maladie jugée à mort. Ainsi prenoit cœur vigoureux et fiance assurée le bon prince.
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Gomme une perte volontiers attrait l'autre et un dommage ensuit son malheur, après les choses susdites, mourut à Lyon Louis, monseigneur de Luxembourg, comte de Ligny, proche parent du roi et son loyal serviteur , ami de l'Église , père des gentilshommes , écu de proesse, champion des dames, avocat des pauvres , appuyai du peuple , le parement de cour et l'honneur du royaume de France. En l'église de Saint-Jean de Lyon fut solennisée la
fête funébreuse à trois messes dites par deux évêques et un archevêque, c'est à savoir la première par l'évêque suffragant de Lyon ,*la seconde par maître René de Prye, évêque de Bayeux, et la tierce par L'archevêque d'Aix en Provence. Tout l'environ du chœur fut ceinturé de satin noir, semé des armes de Luxembourg et de cierges ardents. Le corps fut apporté au milieu du chœur de l'église et mis sous la chapelle de deuil, ceinte de velours noir tout autour et parmi les armes de Luxembourg semées. Le corps étoit couvert d'un drap d'or frisé de noir et grand nombre de torches tout autour, et la chapelle toute couverte de cierges ardents et environnée de ses gentilshommes et serviteurs, tous en deuil, desquels l'un portoit sa bannière, l'autre son timbre et l'autre son écu. Aux quatre cornières de la chapelle étoient attachées quatre épitaphes faits en la manière qui s'ensuit, dont le premier parloit à Dieu par la bouche du défunt, le second au roi, le tiers aux gentilshommes et le quart aux dames.
Premier kpitaphk parlant a Dieu.
Hélas ! mon Dieu , moi mort qui suis ici
Sous le pouvoir de ta divine main ,
Très-humblement je te crie merci
De mes péchés , ne me sois inhumain ;
Tu es mon Dieu , et moi ton pauvre humain ;
Je suis pécheur, tu es miséricors ;
DE JEAN d'aUTON.
J'ai offensé , tu as fait les accords , Ce, moyennant ta mort et Passion Dont j'espère que mon âme et mon corps Auront leur part en la rédemption.
Deuxième épitaphe parlant au roi.
Ha! ha ! sire , mon souverain seigneur,
A cette fois , je voué suis enseigneur
Que la vie de ce monde est petite.
J'ai eu par vous du bien et de l'honneur,
Et si m'avez été large donneur :
Or plaise à Dieu vous rendre le mérite ,
Et me veuillez , s'il vous plaît, tenir quitte
Du service que je vous ai promis.
J'ai du vouloir et du pouvoir prou mis
A vous servir et de lance et d'écus ;
Rendu vous ai Ludovic et soumis ;
Plus eusse fait , si plus eusse vécu.
Le tiers épitaphe aux gentilshommes.
O mes amis et mes bons gentilshommes ,
Venez ici mon corps accompagner ;
Mettez à part vos doux repos et sommes ,
Et vous venez ci mirer et peigner ;
Vour pourrez bien en pleurs vos yeux baigner,
Car vous perdez celui qui se nommoit
Le tout à vous , et qui plus vous aimoit.