‹ Chroniques (volume 2)Chapitre 47 sur 60 · SOMMAIRE DU DEUXIÈME LIVRE, §§ 263-312. LXI · texte numérisé non relu

SOMMAIRE DU DEUXIÈME LIVRE, §§ 263-312. LXI

valiers de Hainaut, voulant èire prêt à partir après la procession de Bruges (3 mai 1382). P. 206 à 208, 370.

Cependant, la conférence de Tournai est fixée au dimanche 13 avril'. Le comte de Flandre s'est engagé à s'y rendre. L'évêque de Liège est représenté par douze notables et le chevalier Lambert d'Oupey; le Brabant a envoyé ses députés, le Hainaut les siens, avec le bailli Simon de Lalaing; les Gantois ont choisi douze des leurs, ayant Philippe d'Artevelde à leur tête. Ils sont résolus à accepter toutes les conditions du comte, sauf les sentences de mort. P. 208, 209, 370.

On attend le comte trois jours; puis on lui envoie en députation le seigneur de Crupelant, Lambert d'Oupey, Guillaume d'Ilérimez^ et six bourgeois des villes de Flandre. Le comte leur répond qu'il leur fera bientôt part à Tournai de ses décisions.

Six jours après, en effet, arrivent à Tournai Guillaume de Reighersvliet, Jean de la Gruthuse, Jean Vilain et le prévôt de Haerlebeke'', porteurs des conditions du comte, qui n'entend faire la paix avec les Gantois que si on lui livre, pour en disposer selon sa volonté, tous les hommes de la ville de Gand de quinze à soixante ans. Philippe d'Artevelde et ses compagnons refusent d'accepter un pareil traité, sans avoir consulté les

1. Les Chroniques ne fournissent pas de grands détails sur ces conférences (le Tournai, où furent « le conseil des bonnes villes de Flandres, n du Franc et de tout le [ilat pays; » du côté du comte n y furent plui- 0 scurs nobles et t;entils hommes dudit pays, e( aussi y furent l'evesque « du Liège et son conseil, pour traiter de l'acord dudit comte de Flandres « et de ceuls de Gand; mais on n'y peut paix trouver » (Isl. et chr., t. II, p. 177). Meyer prétend que l'évêque de Liège arriva à Tournai le 6 avril (fol. 182 r"), mais cette date est démentie par les conv]ites de Louvaiu cités par Kervyn (t. X, p. 455), d'après lesquels l'évêque, se rendant à Tournai, n'était encore à Louvain ([ue le 22. Il partit le lendemain pour Bruxelles pour se joindre aux députés du Brabant. Les échevins de Louvain ne purent obtenir un sauf-conduit du comte pour les accompagner {Ibid., p. 456).

2. Sur les familles d'Oupey et d'Hériraez, voy. Kervyn, t. XXII, p. 317- 318, et t. XXI, p. 544-547.

3. Le prévôt de Haerlebeke, conseiller et chancelier du comte de Flandre, plus connu sous le nom de |)rèv6t de Saint-Donal de Bruges, se nommait Sohier vander Beke et était un ancien chanoine de Tournai. Malgré le rôle conciliateur que lui prête Froissart (t. IX, p. 211), il n'en avait i)as moins été visé personnellement dans le traité de 1379 (t. IX, p. lxxxvi, note G).

LXil CHRONIQUES DE J. FROISSART.

Gantois; ils retournent à leur ville en passant par Ath. P. 209 à 211, 370, 371.

La conférence de Tournai est donc terminée, à la grande joie du comte, qui ne veut à aucun prix faire la paix avec les Gantois avant d'en avoir tiré un châtiment exemplaire.

Nouvelle émeute des Parisiens, qui, craignant que le roi ne prenne la ville par surprise et ne fasse des exécutions, mettent les quartiers en état de défense et multiplient les patrouilles de nuit'. P. 211, 212, 371.

Philippe d'Artevelde, revenu à Gand, hésite à annoncer à ses compatriotes les mauvaises nouvelles qu'il rapporte et ajourne cette communication au lendemain, 9 heures, sur la place du marché du Vendredi. Seul, Pierre du Bois est mis au courant des conditions que veut imposer le comte. C'est une lutte qui se prépare où il faut réussir ou mourir. P. 212 à 214, 371, 372.

Le jour arrivé, un mercredi, en présence du peuple et des capitaines de la ville, Philippe rend compte de sa mission et démontre qu'en réponse aux exigences du comte, ils n'ont d'autre parti à prendre que de marcher sur Bruges au nombre de 5 ou G, 000, et de livrer bataille. Les Gantois acclament Philippe. Rendez-vous est pris pour le lendemain : on choisira les combattants et on partira. P. 214 à 219, 372, 373.

Le jeudi, 1*'' mai, les 5,000^ hommes sont choisis; ils partent accompagnés des vœux de la population et viennent gîter à une heure et demie de la ville. Le vendredi, ils sont à une lieue de Bruges''. Protégés d'un côté par un grand marais.

1. Ce passage de Froissart, relatif à de nouveaux troubles de Paris, n est pas ici à sa place; il se rapporte à la Mei d'avril, au inoinont où le sire de Couci, envoyé on ambassade auprt's des Parisiens (voy. plus liaul, p. XLV, note 2), ne pul obtenir d'eux (|u'une somme de 12,11(10 francs pour les besoins du roi. Poussé [lar les seigneurs, qui désiraient le pillage de In ville et s'y préparaient [Chr. des Quatre Valois, \\. 'HVl). Cbarles VI voulut à ce moment atl'amer Paris et songea même à donner l'assaut [Chronographia. {. 111, p. 32-33). Les conférences de Saint-Denis amencrcul un accord dont Froissart a parlé plus haut (p. 153-155).

2. D'après une chroninue(/s^ elvhr., t. Il, p. 204), les Gantois n'étaient ((ue 4,(10(1 « et avoit avec yauls |>luiseurs carios ijui menoient trcbus et « espingalles. » D'après Olivier de Dixnuide, cité par Kervyn (t. X, p. 458), l'armée de Philippe d'.Vrtevelde s'élevait à 8,000 hommes.

3. Au point du jour, le vendredi 2 mai 1382, les Gantois arrivent à nonne à une lieue de liruges [Isi. et chr., t. II, p. 246), dans la plaine de Jicverhoulsvcld, ipii a donne son nom à la bataille.

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de l'autre par leurs bagages, ils passent la nuit dans l'allenle de la bataille. P. 219, 220, 373.

Le samedi, 3 mai, jour de la fête et procession de Bruges, le comte est informé de l'arrivée des Gantois. Il fait prendre les armes et envoie en avant trois de ses hommes pour le renseigner; ce sont Lambert de Lambres, Damas de Buxeuil' et Jean du Béart^. De son côté, Philippe d'Artevelde fait dire la messe dans son camp et prêcher la guerre par les moines qui ont accompagné les Gantois. P. 220 à 222, 373 à 375.

Philippe harangue ses troupes. Le repas a lieu, et les Gantois se préparent au combat en s'abritant derrière leurs ribaudeaux, sortes de brouettes blindées de fer, garnies de piques et armées de canons, qu'ils poussent devant eux. P. 222 à224, 375.

Les trois chevaliers envoyés en éclaireurs reviennent à Bruges. Le comte fait sonner le départ, et ses gens, au nombre de 40,000', viennent prendre position en face des Gantois. La journée est déjà assez avancée''. Effrayés parles 300 canons des Gantois^ et aveuglés par le soleil, qui baisse à l'horizon, les Brugeois se débandent bientôt et s'enfuient vers la ville, poursuivis par leurs ennemis. Les morts sont nombreux^. P. 224 à 227, 375, 376.

1. Le (exte de Froissart porte ici Buxy, mais de la comparaison d'un aulre passage où figure cet écuyer, à l'occasion des obsèques du comte de Flandre en 1384 (Kervyn, t. X, p. 2S'2), et d'une pièce d'archives publiée ]iar Kervyn (t. XXI, p. 266), il résulte i|u'il s'appelait Buxeul = Buxeuil. C'est du reste ainsi orthographié qu'il apparaît de nouveau dans Froissart (t. XV, p. 396, 397 et 423).

2. Le nom de ce personnage, qui assiste comme écuyer aux obsèques du comte de Flandre (Kervyn, t. X, p. 282), semble altéré; nous le retrouvons ailleurs (t. X, p. 542, et t. XXI, p. 266) sous les formes Leombiarl et Le Ombearde, peut-être Lombard.

3. D'après une chronique {[st. et chr.. t. II, p. 204), l'armée du comte était forte de 20,000 hommes, sans coin|iler les courtiers, bouchers, poissonniers et vairiers qui étaient du parti du comte, les tisserands et foulons tenant pour les Gantois [Ibid., p. 205). Dans Olivier de Dixmude, ce nombre est réduit à 12,000 hommes. Le comte devait avoir aussi à son service des gens d'armes anglais, que nous voyons faire montre en la ville de Bruges le 6 avril 1382 (Arch. du Nord, citées par Le Glay, Chr. rimée, p. 103).

4. La bataille commença à l'heure de vêpres {ht. et chr., t. II, p. 204); les Brugeois étaient « plains de viandes et de vins » {Ibid., p. 247).

5. Il y eut deux décharges d'artillerie de la [lart des Gantois; lune d'elles jeta le comte à bas de son cheval [AsL et chr., t. II, p. 247).

6. D après le Religieux de .Saint-Denis, (t. I, p. 112), l'armée du comte perdit 5,000 hommes; 6,000, d'après Olivier de Dixmude.

Lxiv CHRONIQUES DE J. FROISSART.

Voyant la lâcheté des gens de Bruges', le comte, avec quelques chevaliers^, profite de la nuit qui commence pour rentrer dans Bruges, dont il ordonne de fermer les portes. Il convoque toute la population sur la place du marché. P. 227, 228, 376, 377.

Les Gantois brisent les portes et s'emparent de la ville ^. Le comte, qui se rend au marché, est forcé de renvoyer son escorte et de revêtir la houppelande de son valet ^. P. 228 à 231, 377,

A minuit, il se fait reconnaître d'une pauvre femme, qui le cache dans le lit de ses enfants' : il échappe ainsi aux recherches des routiers de Gand, qui veulent le remettre vivant aux mains de Philippe d'Artevelde. P. 231 à 233, 378, 379.

Maîtres de la ville, les Gantois, sur l'ordre de François Ackerman, épargnent les marchands et les étrangers, mais sont sans pitié pour les quatre métiers, courtiers, fripiers, bouchers et poissonniers, qui ont toujours été du parti du comte : on en tue plus de 1,200, leurs maisons sont pillées", leurs femmes violentées.

Le dimanche matin, 4 mai, à sept heures, les habitants de Gand apprennent la nouvelle de leur victoire et en ont grande

1. Malgré la panique iirovoquée dans les rangs de ses auxiliaires, le comte voulait ([uand iiK^iiie assaillir les Gantois, mais « une grant partie « de ceulx de ladicte ville de Bruges se tournèrent contre lui et se mirent <i avecques ses ennemis et en leur ayde » ([st. et chr., t. II, \k '158).

2. Obligé de fuir et de rentrer à Bruges, le comte n'avait pour l'accompagner que 40 hommes (Meyer, fol. 184 r").

3. Un nouveau combat eut lieu dans l'intérieur de la ville, où périrent près de 10,000 habitants (Chroiwg raphia, I. III, p. 33). Le Religieux de Saint-Denis (t. I, p. IIS) prétend qu'étant entrés pres(|ue sans résistance dans Bruges, sous prétexte d'assister à la procession, les Gantois se ruèrent sur les habitants et en égorgèrent une partie avec les armes qu'ils tenaient cachées.

4. Le comte perdit son sceau dans la déroute, et trois semaines après, à Lille, dut se servir de celui du sire de Ghistelles (7° Cartulaire de Flandre, cité par Le Glay dans Chr. rime'e, p. 104).

5. l'roissart a donné dans sa Chronique de Flandre (Bibl. nat., ms. fr. 5004, fol. 105 v°-IOS r°) une rédaction plus détaillée ipii nous apprend ([ue ce fut à un bourgeois de Gand , nomme Kenier lampion , ([ue le comte dut son salut. La vieille femme iiui le cacha chez elle était la veuve Bruynaert (Kervyn, IJist. de Flandre, t. 111, p. 480).

0. Le pillage fut grand {Isl. et chr.. I. II. p. 178); d'après W'alsingham (t. Il, ]>. 6'2), 17,000 homuies furent tués dans Bruges.

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joie. A Audenarde, la frayeur est extrême', car on craint l'arrivée des Gantois qui, avec 3 ou 4,000 hiorames, prendraient facilement la ville. Mais il n'en est rien, et les gens d'Audenarde, encouragés par ti'ois chevaliers, Jean de Baronaige^, ïhierri d'Anvaing' et Florent de Heule''', attendent la venue de Daniel d'Halewyn que le comte va leur envoyer. P. 233 à 235, 379, 380.

Philippe d'Artevelde et les autres chefs des Gantois ne font aucun mal à ceux des menus métiers, dont ils respectent la vie et la propriété^. Sans se soucier de ce qu'est devenu le comte, ils songent à ravitailler la ville de Gand. Damme et l'Écluse leur ouvrent leurs portes et leur fournissent du vin et des farines qu'ils expédient à Gand. P. 235, 236, 380.

C'est le dimanche, pendant la nuit, que le comte sort de Bruges, seul, à pied, couvert d'une vieille houppelande. Une fois dans la campagne, il gagne Lille, monté sur un cheval que lui procure Robert le Marescal, un de ses fidèles chevaliers, mari d'une de ses filles bâtardes. 11 retrouve, le lundi, à Lille la plupart de ses barons, qui ont échappé au combat*. Les

1. Un assez granti nombre d'habitants quittèrent alors leur ville et se retirèrent à Tournai avec tout ce qu'ils possédaient [Arch. nat., JJ 122, fol. 37 V).

2. Jean de Baronaige figure déjà, quoiiiue non mentionné ]>ar Froissart, parmi les défenseurs d' Audenarde en octobre 1379 {Chr. et ist., t. II, p. 165 et 230).

3. Sur la filiation et les alliances de Thicrri d'Anvaing, voy. Kervyn (t. XX, p. 98).

4. Florent de Heule avait été fait chevalier au siège d' Audenarde en octobre 1379 {Ist. et citr., t. Il, p. 166).

5. Un des premiers actes de Phili]ipe d'Artevelde fut de mettre de nouveaux fonctionnaires à la tète de la ville {Isl. et chr., t. II, |). 248). La Chronique de Flandre donne le nom de lépicier-liotelier, Guillaume le Cat {Bil)l. nat., ms. fr. 500'i, fol. 110 r"), chez qui Philipjie organisa la nouvelle administration de Bruges (voy. aussi Kervyn, t. .\, ]>. 460). Philippe avait fait rassembler hors des murs, à l'abbaye de Sainle-Catherine, tous ceux de Bruges (|ui acceptaient le nouvel état de choses et leur avait fait jurer fidélité; le reste des habitants avait été tué {Ist. et chr., t. Il, 11. 205), ce qui ne concorde guère avec l'opinion de Walsinghani (t. Il, 11. 62), qui prétend que les jirocédés des Gantois furent si humains que, trois jours après la pri.se de la ville, les marchandises recommençaient A allluer à Gand et les marchés à se rouvrir.

6. Le comte resta caché jus<iu'à minuit le samedi (et non le dimanche) et sortit seul et à pied de Bruges [ht. et chr., t. II, p. 247) « par une (i fausse porte » {Chr. normande de P. Cochon. \>. 170). Il prit aussitôt le chemin de Lille, arriva à Trois-Sceurs, y trouva une jument ((ui le

LXVi CHRONIQUES DE J. FROISSART.

autres, comme Gui de Ghistelles, se sont réfugiés en Zélande et en Hollande. P. 237, 238, 380.

La nouvelle de la défaite du comte est reçue avec plaisir par les habitants des bonnes villes, les Liégeois entre autres, par ceux de Paris et de Rouen, par le pape Clément, qui voit dans cet échec un châtiment céleste', et par les gens de Louvain-, qui se sentent d'autant plus forts pour lutter contre leur seigneur le duc Wenceslas de Brabant. Le comte n'est même pas plaint par les hauts barons, qui n'aiment pas son grand orgueil. P. 238, 239, 380, 381.

Les Gantois décident d'abattre deux portes' de Bruges, avec les murs qui sont du côté de Gand, et de prendre comme otages 500 bourgeois notables. Puis ils se font jurer obéissance par toutes les villes du Franc de Bruges et du littoral du comté de Flandre. La soumission est reçue à Bruges par Pierre du Bois et Philippe d'Artevelde, qui tient état de prince. Le château de Maie est pillé, toutes ses richesses volées. Pendant quinze jours, deux cents chariots ne font que transporter à Gand l'or, l'argent, les vêtements de prix, la vaisselle, les bijoux que l'on trouve à BrugesV P. 239 à 241, 381.

Les 500 otages partent pour Gand' escortés par François Ackerman, Pierre de Wintere et 1,000 de leurs hommes. Pierre du Bois reste à Bruges pour hâter la démolition des murs. Philippe d'Artevelde, avec 4,000 hommes, part pour Ypres, où il reste huit jours pour recevoir la soumission de Cassel, de Furnes et autres villes*. Puis il se rend à Courtrai", mais

conduisit jusi|uà Roulors; là il se (it reconnaitre « à son hostc du (c CoriU'l, qui le moula de bou cheval cl le meua jusques on Lille, et ses « geus sle«ireut aprùs luy » [Ist. et chi:, t. 11, |>. 24S). D'après la Chronoijraphia (t. 111, p. 33), le conile avait deux compagnons de tuile.

1. « A part les chàtelleuios de Cassel, de liourbouig et de Duukeri|uc, 0 tenues par la dame de bar, loule la Flandre étail perdue pour Clé- « menl Vil » (Valois, La France et le grand schisme, t. I, p. 2lJl-i02).

2. La défaite du comte fui une occasion pour les gens do Louvain et de Liège de resserrer leur alliance avec les Gantois, et d'échanger avec eux des ambassades (Kervyn, t. .\, p. 4(311).

3. Une des rédactions des Glironiques de Flandre {ht. et chr., t. Il, p. 205), de même que Meyer (fol. 184 v°), parle de trots portes de Bruges, qui l'urenl détruites dès le 7 mai.

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