OEuvres de Frolssart, t. V, p. 104. — 2. Ibid., p
Lxxx CHROMQUES DE J. FROISSART.
TEXTE DE M. KERVYN
« Quant il furent venus jusques à là, il asallircnt la ville et le prisent d'asaut, mais au chastiel ne porcnt il riens faire, et vinrent devant Marant, à quatre lieues de la Rocelle, mais il le trouvèrent si fort que [joint n'i tournèrent pour le asaliir, et passèrent oultre, et puis vinrent à Lusignan et ardirent la ville, mais au chastiel il ne foui-fissent riens, et laissièrent derrière euls Pons en Poito et Saintes, mais pourtant que elles estoient fortes et bien pomneues, il n'i livrèrent nuls assaus et vinrent à ïaillebourc sus la Charente. * »
TEXTE DU MANUSCRIT
« Qant il furent venu jusques à là, il asallirent la ville et le prisent d'asaut, mais au chastel ne porent il riens faire, car il est trop fors et s'est bien gardés tous jours par usage, pour tant (/ue il fait frontière sus la Giane^ et puis chevauchièrent deviers Aunai et confjuissen/ ville et chastiel et puis Surgières et Benon. Et vinrent devant Marant à quatre lieues de la Rocelle, mais il le trouvèrent si fort que point n'i tournèrent pour le asaliir et passèrent oulti-e et puis vinrent à Luzegnen et ardirent la ville, mais au chastiel il ne fourlissent riens et laissièrent derière euls Pons en Poito et Saintes; mais pour Ximi que elles estoient fortes et bien pourvcues, il n'i livrèrent nuls assaus, et laissièrent Niorth et Chiset et point ni asalirent , et vinrent à Taillcbourc sus la Carente. » F» 128.
TEXTE DE M. KEUVYN.
v< Ensi orent en ce temps les Englois et les Gascons la chité de Poitiers et i furent quatre jours, et ([uant il se départirent, tout cargict d'or et d'argent, de draps ■'.... »
TEXTE DU MANUSCRIT
« Ensi orent en ce temps les Englois et les Gascons la chitc «le J'oitiers, et i fistenl c/ie (jue il vurrenl. Elle fn toute courue,
\. OEuvrci de Proutart, t. V, p. 111. — 2. ibid., p. 116.
liNTRODUCÏION. i,xx\i
et grandement i pourfitèrent les Englois et i séjournèrent quatre jours. Et qant il se départirent tout cargiet d'or et d'argent, de draps.... » F" 128 v°.
TEXTE DE M. KERVYN
« Quant li rois de France et ses consauls veirent que li rois d'Engleterre et les Englois estoient aresté devant Calais, si en furent moult courouchié. Si jetèrent lor visée li Franchois ' »
TEXTE DU MANUSCRIT
Qant li rois de France et ses consauls veirent que li rois d'Engleterre et les Englois estoient aresté dc\ant Calais et tellement fortefiiet et ordonné que on ne lor pooit porter contraire ne damage ne lever le siège, car de perdre telle ville que Calais est^ ce pooit estre trop gra/idement au blâme et ou préjudice clou roiaulme de France et par especicd des marces et frontières de Piqardie , si en furent moult courouchié. Si jetèrent lor visée li François.... » F» 129.
TEXTE DE M. KERVYN
« Le lettres vinrent, et messires Godcfrois, qui estoit dalès le roi d'Engleterre , fu moult resjoïs et dist : « Sire , madame la roine d'Engleterre est une vaillans femme : c'est une noble paire de vous deus. Dieus est en vostres oevres et mains. Persévères tousjours avant : vous venrcs à chief ou en partie de vostre entente et calenge; et se vous avés, ensi que vous auercs, celle ville de Calais, vous auerés mi grant avantage et porterés les clefs dou roiaulme de France ù vostre ceinture, et à bonne heure passai la mer pour vous ; car considérés le biau voiage que vous avés fait et desconfi vostre ennemis. » — « Godofroi, dist li rois, vous dittes vérité, et je sui grandement tenus, et aussi est tous mes roiaulmes de rendre grâces à Dieu que ce nous a envoyet*. «
TEXTE DU MANUSCRIT
<■<■ Le[s] lettres escriptes et seelées^ honme bien esploitant furent cargiet de faire ce message et se missent h voie et chcvaucièrent
\. OEuvret Je Frolssuri, t. V, p. 122. — 2. Ibld., p. \k\.
Lxxxii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
tant quoitoiisement de nuit et de jour que il vinrent h Douvres, Et tantos entrèrent en un vassiel et furent oultre de une marée, et vinrent deviers le roi premièrement, et baillièrent lors lettres de par la roine. Li rois les ouvri et lissi tout au lonc. Et qant il ot entendu toute la substance de la lettre et la prise dou roi d'Escoce son serouge et son adversaire ^ et Cordenance de la bataille et les noms des mors et des pris, des honnies d onnour qui à la bataille avaient esté, et conment Jehans de Copelant, esquiers de Northombrelande ^ l'avoit pris et le tenoit en un chastiel et ne le voloit rendre à nul honnie ne fenme ne à la roine sa fenme meismement^ et toutes ces coses et nouvelles la roine li spécifiait clerement, vous devés savoir que il ot grant Joie; et appella tantos mesire Godefroi de Harcourt qui estoit dalès lui ^ et li lissi les lettres tout au lonch. De ces nouvelles fu mesires Godefroi s moult resjois et dist : c Sire, madame la roine d'Engleterre est une vaillans fenme : c'est une noble paire de vous deus. Dieus est en vostres oevTes et mains. Persévères tousjours avant : vous venrés à chief ou en partie de vostres ententes et calenge. Et se vous avés, ensi que vous auerés, celle ville de Calais, vous auerés un grant avantage et j)ortert's les clefs dou roiaulme de France à vostrc çainture. Et à bonne heure passai la mer pour vous, car je vous ai resvilliet ; à très grant painne vous amenai le par de deçà. Considérés le biau voiage que vous avés fait et desconfi vostres ennemis. Et d'autre part et tout une saison vostre fenme a eu une telle journée pour lui que pris le roi (C Escoce et toute la fieur de celi roiaulme. Jamais de vostre eage ne se relèveront les Eicoçois. f'ostres coses vous viennent à plain et pur souhet. » — « Godefroi, dist li rois, vous dittes vérité. Et je sui grandement tenus, et aussi est tous mes roiaulmes, de rendre grâces à Dieu qui ce nous a envoiiet. » F» 132 v".
M. Kervyn de Lellenhove, personne ne le niera après avoii" lu cr <jiii j)récède, n'a pas tout à fait tort (le voir dans la deiiiière j)arlie des deux éditions dont r« tiidilion lui est redevable de nombreux symptômes d'épuisement et de lassitude; seulement, ce sont des symptômes de ré,)uisement et de la lassiludf de ses copistes, doni l'Iionorable savant, (pii est
INTRODUCTION. lxxxiii
l'un des plus vifs admirateiu's de l'auteur des Chroniques, regrettera certainement d'avoir rendu Froissart responsable.
Une phrase résumera tout ce chapitre. La troisième rédaction où, d'une part, la pitié pour Richard Il perce à chaque page sous forme de jugements sévères portés sur le peuple anglais, où, d'autre part, une narration vraiment originale au moins dans la forme a été substituée à toute la partie du premier livre empruntée plus ou moins servilement à Jean le Bel dans les rédactions antérieures, la troisième rédaction, dis-je, est un monument de la reconnaissance affectueuse en même temps que de l'honnêteté littéraire de Froissart.