‹ Chroniques (volume 3)Chapitre 21 sur 94 · LA TROISIÈME REDACTION · texte numérisé non relu

LA TROISIÈME REDACTION

La troisième rédaction n'est représentée que par un manuscrit unique conservé aujourd'hui à la bibliothèque du Vatican et qui dans nos variantes est toujours désigné sous la rubrique : Ms. de Rome.

Cette troisième rédaction ne comprend que le tiers environ du premier li\Te ; et le récit s'arrête à la mort de Philippe de Valois en 1350. Il est vrai que la phrase tronquée : les trieuves est, qui termine le manuscrit de Rome, indique qu'il ne nous est pas parvenu dans son entier; mais trois feuillets seulement en ont été retranchés, comme le prouve la souche encore très-apparente cje ces feuillets : il faut en conclure que le manuscrit de Rome n'a jamais dépassé l'étendue qu'il avait avant la mutilation des trois derniers feuillets.

On a prétendu que le manuscrit de Rome, dont l'écriture est de la première moitié du quinzième siècle, avait appartenu à Jean de Moreuil ; malheureusement c'est une pure hypotl^pse qui ne s'appuie

Lxviii CHRONIQUES DE J. FROISSART.

sur aucune preuve solide. Il n'en est pas moins vrai que ce manuscrit offre tous les caractères intrinsèques et extrinsèques d'authenticité. Un certain nombre de notes marginales^ dont l'écriture semble presque aussi ancienne que celle du texte, présentent les caractères du dialecte wallon le plus prononcé* : on est ainsi fondé à croire que le manuscrit de Rome a d'abord appartenu à quelque habitant du pays où est mort Froissart.

De plus, le texte lui-même a gardé dans maint passage l'empreinte de ce dialecte wallon qui caractérise , comme nous l'avons dit, les manuscrits les meilleurs, les plus anciens, les plus authentiques des deux premiers livTes des chroniques. Comme cette empreinte a généralement disparu dans les deux éditions successives données par le savant M. Kervyn, à qui revient du reste l'honneur insigne d'avoir appelé le premier l'attention sur le manuscrit de Rome, on me permettra d'appuyer par plusieurs citations une assertion aussi importante que nouvelle : le carge*, — le ost', — le porte*, — il vinrent devant la ville de Bristo, qui est forte assés ; si le assegièrent*, — la barge par ceuls meismes qui le me-

noient fu ramenée*, — le propre anée'. Un autre

trait caractéristique qui dénote aussi l'origine wallonne du texte de Rome, c'est la fidélité remarquable avec laquelle la distinction du cas sujet et

1. On lit : « U roine », f" 5 r»; « le fille », P» 21 v<>; « le bataille de CiiRsiel », f" 25 V"; « le raorl don conte », f" 26 r"; « le chevallcric! dou conte (inillaurnc », f" ^éO r" ; << /<• l)ulaille de Gaj^anl», f" k\ r'; c le batailli- de Crec/iy », f" 117 v".

2. F». 23'i de ce vohim.v — 3. P. 236- — 'é- P. 239. — 5. P. 243- — 6. P. 2kb. — 7. P. 2^7.

I>TrxODUCTIOX. L\ix

du cas régime est souvent observée dans un manuscrit qui ne date pourtant, comme nous le verrons tout à l'heure, que des premières années du quinzième siècle. On peut citer tel passage où // abbes du nominatif latin àhbas est emplové au sujet, et Yabbet ou Vabbé, formé sur l'accusatif <7^^(77em, au régime; il n'y a dans la page et pour le mot dont il s'agit qu'une infraction à la règle, et encore elle est douteuse*.

L'examen du texte lui-même se joint aux caractères extrinsèques du manuscrit de Rome pour établir la parfaite authenticité de la troisième rédaction. Froissart s'y met plus d'une fois en scène. Lorsqu'il raconte que Jean Chandos fut fait chevalier de la main d'Edouard III à Buironfosse, le chroniqueur n'oublie pas d'ajouter qu'il tient ce détail de Chandos'lui même*. Ailleurs, il évoque le souvenir de son voyage d'Ecosse en 1365 qui dura trois mois'; il parle du séjour qu'il fit au mois de septembre 1366 au château de Berkelev* et de ses excursions à travers l'Angleterre en compagnie d'Edouard Spenser : « Et pluisseurs fois avint que, quant je cevauchoie sus le pais avoecques lui, car les terres et revenues des barons d'Engleterre sont par places et moult esparses, il m'appelloit et me dissoit : « Froissart, veés vous celle grande ville à ce haut clochier ? » — Je respondoie : « Monsigneur, oil : pourquoi le dittes vous?)> — (( Je le di pour ce : elle deuist estre mienne, mais il i ot une maie roine en ce pais, qui tout nous tolli\ » De même qu'Edouard Spenser reconnaissait de loin les domaines confisqués sur sa famille à la

1. P. 239 et 2W. - 2. P. 'i71. — 3. P. 269. — li. P. 247. 5. P. 2b7.

Lxx CHRONIQUES DE J. FROISSART.

hauteur de certains clochers, qui ne reconnaîtrait à ce dialogue vif et pittoresque le prince des chroniqueurs, sire' Jean Froissart?

A quelle date a été composée la troisième rédaction? Il suiïil, pour trouver la réponse à cette question, de lire, entre beaucoup d'autres, le passage suivant relatif à la belle Jeanne de Kent, femme du Prince Noir et mère de l'infortuné Richard II : « Celle jone damoiselle de Qent estoit cousine germainne dou roi Edouwart d'Engleterre ; et fu en son temps la plus belle dame de tout le roiaulme d'Engleterre et la plus amoureuse ; mais toute sa génération vint à pos>re conclusion par les fortunes de ce monde qui sont moult diversez, ensi que vous orés recorder avant en l'istore ^ » Ces lignes renferment une allusion évidente à la fin malheureuse de Richard II et sont par conséquent postérieures à l'année 1400, date de la mort de ce prince.

C'est ici l'occasion de signaler le trait caractéristique qui distingue, au point de vue histoiique, la troisième rédaction de celles qui l'ont précédée. Il est impossible de lire celle rédaction sans être frappé de la gravité, de la sévérité inaccoutumées, quoique souvent justes et parfois profondes, des réilexions de Froissait sui' le caractère et les inslitutions du peuple

1. Kroissart sr donno i\ la fin clti prolognr de la promii''r<.' rrdaotion rfvigi'c (voyez, p. 7) li" litr< <l<' sirt-; il sniiMc toiitcfuis n-cdiiiiaitrc iraplicitciiii-nt qu'il n'y avait |)as droit, car il ajoute aussitôt ei- coir«-ctif : qui tant me voet hottnerrr. On sait m eflel que In qualifiralion de sirr ou mrssirr^ a|)plirpi(V parfois au\ (bières à litre gracieux, était |ilus particiilièrenient ri''.ei\ «'e aux ({ciililslKiruMies ; niiiis il y a une nolilesse innc'e, personnelle, qui s'impose en d<'|>il <le toutes le» conventions sociales : rpil posHi'da jamais cerie nolilessi- à un pins liaul de^^ré que le clironiqueur de V aknciennesi'

INTRODUCTION. lxxi

anglais ; et comme les événements relatifs à l'Angleterre tiennent une très-grande place dans le premier livre , le récit des faits déjà racontés dans les première et seconde rédactions revêt dans la troi sième , sous l'influence que nous indiquons , une physionomie toute nouvelle, a Englès, dit quelque part le chroniqueur, suefïi'ent bien un temps , maiz en la fin il paient si crueusement que on s'i puet bien exempliier, ne on ne puet jeuer à eulz. Et se lieuve et couce uns su-es en trop grant péril qui les gouverne, car jà ne l'ameront ne honneront, se il n'est victoriens , et se il n'ainme les armes et la guerre à ses voisins, et par especial à plus fors et à plus riches que il ne soient ^ )> Ailleurs, Froissart fait observer que les habitants de Londres ont été, sont et seront toujom^s les plus puissants de toute l'Angleterre*. 11 ajoute dans un autre endroit que, lorsque les Londriens s'entendent, nul ne leur peut résister. Grâce aux richesses dont ils disposent et au nombre de gens d'armes qu'ils peuvent mettre sur pied, ils sont plus forts que tout le reste de l'Angleterre*. Quelques pages plus loin, le chroniqueur prête à ces mêmes habitants de Londres les paroles suivantes : «... Nous n'avons que fau^e d'un roi endormit ne pesant, qui trop demande ses aises et sez déduis. Nous en ocirions avant un demi cent, tout l'un apriès l'autre, que nous n'euissions un roi à nostre séance et volenté". » Les Anglais sont ombrageux et croient plus volontiers le mal que le bien^ Ils sont défiants et ils rompent le lendemain une convention à laquelle ils ont souscrit la veille". Le roi d'Angle-

i.xxii CHRONIQUES DE J. FROISSART.

terre doit consulter ses sujets et obtenir leur consentement avant de conclure aucun traité de paix ou de guerre avec une puissance étrangère \ Les Anglais ne savent ne veulent ni ne peuvent rester longtemps en paix ; il leur faut la guerre, n'importe sous quel prétexte, et ils y portent une passion, une aptitude extrêmes*. Il n'y a pas sous le soleil de peuple plus orgueilleux et plus présomptueux que le peuple anglais'. Il faut que le roi d'Angleterre obéisse à ses sujets et fasse tout ce qu'ils veulent*. Enfin, Froissart, après avoir rapporté un jugement très-sévère des Écossais sur les Anglais, s'associe à ce jugement dans les termes suivants : « Ensi disoient les Escocois, et non pas euls tant seuUement, mais toutes aultres nations, qui congnoissent la nature et condition des Englois; car, desous le solel, ne sont gens plus perilleus ne mervilleus à tenir, ne plus divers que sont Englois. Ils sont de belles aquintises et de biau samblanl; mais nulz qui sages est, n'i doit avoir trop grant fiance'. »

Que nous sommes loin de l'admiration presque sans réserve pour l'Angleterre et les Anglais qui éclate dans tant de pages de la seconde et surtout de la première rédaction ! Si un changement analogue s'était j)rf)duit dans les senlimeuls de Froissart à l'égard des autres nations, on pourrait alliibuer une sévéril('' aussi insolite à ce désenelianlemeul, fruit amer (h- re\j)('rience de la vie, (pie les années apj)orleiil d'ordinaire avec elles; mais il n'en est rien. Notre chrouicpieur eonliiuie d'apprécier connue par

1. I'. 307, 319 <•« 327. — 2. P. 312. ■•■ 3. IV 321. -- k. P. 337. 5. P. 338.

\:..z::zi:: introduction. lxxhi

le passé les Flamands, les Allemands, les Français; on dirait même que sa sympathie pour la France, plus marquée dans la seconde rédaction que dans la première, s'est encore accrue dans le texte de Rome. D'où vient donc cette sévérité exceptionnelle à l'endroit des Anglais qui distingue la troisième rédaction? Ah ! c'est qu'entre cette dernière et celles qui l'ont précédée il y a l'abîme profond, sanglant qu'ont creusé les troubles de la fin du règne de Richard II. Ce prince, qui avait si bien accueilli notre chroniqueur lors de son dernier voyage en Angleterre, n'était-il pas le fils du Prince Noir, n'était-il pas surtout le petit-fils de la bonne reine Philippe de Hainaut, cette auguste bienfaitrice dont son ancien clerc adora le souvenir jusqu'à son dernier jour^ Lorsqu'on fut informé sur le continent de la déposition, puis de la mort de Richard, ainsi que des scènes cruelles qui précédèrent et suivirent ces deux tragiques événements, Froissart dut se sentir frappé dans les plus chers souvenirs de sa jeunesse, dans ses plus vives affections; il dut éprouver une indignation égale à sa surprise. Nul doute que la troisième rédaction ne nous apporte dans les passages indiqués plus haut comme un écho de ces sentiments ^

1. Voyez p. 286 de ce volume en quels termes touchants Froissart parle de Philippe de Halnaut : « Et tant comme elle vesqui, li roiaulmes d'Engleterre eut grasce, prospérité , lionnour et toutes bonnes aventures; ne onques famine ne cliier temps de son resgne n'i demorèrent. » Ce passage appartient à la troisième rédaction , et Froissart était chanoine de Chimay lorsqu'il écrivit ce bel éloge de sa bienfaitrice.

2. Froissart avait toujours eu des teixlances aristocratiques; mais nulle part il ne les accuse avec plus de force que dans la troisième rédaction, où le dédain pour les vilains est parfois poussé jusqu'à l'injustice et même jusqu'à linsuhe. Il dit des Flamands qui combattirent à Cassel (voyez p. 300) : « Toutes fois Dieu» ne volt pas consentir que

Lxxiv CHRONIQUES DE J. FROISSART.

Au point de vue littéraire, la troisième rédaction ne présente pas un caractère moins frappant que sous le rapport historique; et si, pour le fonds des idées, la sévérité des jugements sur le peuple anglais est le trait dislinctif de cette rédaction, le but principal, on pourrait dire, exclusif de Froissart, en ce qui concerne la forme, semble avoir été d'effacer toute trace des emprunts parfois serviles, textuels, qu'il avait faits à Jean le Bel dans les rédactions antérieures. Voilà pourquoi l'on ne retrouve dans le texte de Rome ni le fameux passage relatif à Jacques d'Arteveld ni le célèbre épisode des amours d'Edouard EII et de la comtesse de Salisbury, ni tant d'autres morceaux où le chroniqueur de Valencieniies se contentait de reproduire plus ou moins littéralement dans ses deux premières rédactions le récit du chanoine de Liège. Voilà pourquoi, alors même qu'il emprunte dans sa troisième rédaction le fond et la matière à Jean le Bel, il a bien soin de mochlier assez profondément la forme pour lui donner un caiactère vraiment original, au risque de lui faire perdre quelquefois, comme il est arrivé, par exemple, dans le récit des deiniers moments de Robert Bruce, quelque chose de sa valeur littéraire'. Voilà pourquoi enlin,

li slgnnur fuissent là rlesconfi de toi mrrdailîe. » Il faut plaindre Frois- «Mirt d'avoir (|u:ilifi<' avec uiu- telle grossièreté ces bravos communiers flauiaiids (jui se (irenl tuer avec tant de courage. L(ir.s(|u'il écrivit ces ligneH, Ifs excès de la populace anglaise étaient sans doute présents à sa |)rn'iée et ne lui inspiraient cjne du déi^'oni poin- ce jieuple dnnt il était pourtant sorti, comme Jeanne d'Aïc allait bientôt en sortir. (]'esl rétemelle histoire : on fait expier an |)euj)lo les fautes et les crimes de la populace.

1. I'. 289 de ce volume, h'roissarl, (pii ne tenait pas de preuiierimain le récit de celte admirable scène, n'a pas atteint la grandeur simple <ln clianoine de Liège, comme on le verra i-n comparant lu première

INTRODUCTION. lxxv

à partir de la bataille de Créey, la troisième rédaction se rapproche plus de la première que de la seconde, parce qu'à partii^ de la même date, la seconde, comme on l'a dit plus haut, est souvent moins originale et fait plus d'emprunts que la première à la chronique du chanoine de Liège.

On sait que le texte de Jean le Bel, qui s'arrête au mois d'avril 1361, prend, notamment dans la partie comprise entre 1 350 et 1 356, le caractère d'un abrégé chronologique que Froissart avait en partie reproduit dans sa première rédaction proprement dite. Mais comme, d'un côté, notre chroniqueur avait remplacé cet abrégé dans la première rédaction revisée ainsi que dans la seconde par un récit original et plus ample, comme, d'un autre côté, il nous apprend lui-même qu'il avait commencé à voler de ses propres ailes à partir de la bataille de Poitiers en 1356, il suit de là que, pom^ réaliser pleinement la pensée qui semble avoir présidé à sa troisième rédaction, c'est-à-dii-e pour se débarrasser de tous les emprunts faits à Jean le Bel, le chanoine de Chimay n'avait à remanier son premier livre que jusqu'en 1350. Aussi, nous pensons que, sans la regrettable mutilation qui nous a privés des trois derniers feuillets du manuscrit de Rome, nous aurions ce manuscrit dans son entier et tel que Froissart a voulu le transmettre à la postérité, en le faisant suivre pour le reste du premier livre de l'une de ses deux rédactions antérieures ou plus probablement d'un choix fait entre les diverses parties de ces deux rédactions. En d'au-

rédaction (p. 79 à 81), reproduction pure et simple du texte de Jean le Bel, à la narration originale qui lui a été substituée dans la troisième (p. 289).

Lxxvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.

très termes, le texte du Vatican n'est nullement, comme on l'a cru jusqu'à ce jour, une ébauche imparfaite, une œuvre inachevée; c'est un tout complet auquel son auteur a mis la dernière main et auquel il ne manque que ce qu'un caprice destructeur y a enlevé.

M. Rervyn de Lettenhove pense comme nous que le manuscrit de Rome ne devait guère aller plus loin que 1350; mais il suppose que c'est la mort qui a empêché Froissart de poursui^Tc son travail. « Malheureusement, dit-il, le manuscrit du Vatican est incomplet. Les derniers feuillets ont été détruits, et ce qui nous en a été conservé ne donne que le règne de Philippe de Valois. Le texte allait-il beaucoup plus loin? J'en doute, car, i^ers la fin, je crois de'coui'rir dans la rédaction certains symptômes déjmisement et de lassitude. Ixs chapitres dei>iennent très-courts. Le récit, loin d'être développé comme dans d'autres parties de ce texte, n'offre plus que le résumé de ce que nous connaissons, et nous avons bien le droit de nous demander si le jour où fut suspendu le travail du chroniqueur, ne fut pas aussi celui ou l'on creusa à Chimay cette tombe que l'on ne retrouve plus'. »

Ces symptômes d'épuisement et de lassitude sont incontestables, si on ne lit le texte de Rome que dans les deux édilions qu'en a données M. Rervyn; mais l'honneur de Froissart nous oblige à dire que ces «'dilions nv reproduisent j)as fidèlement le nianuseril ; et depuis le feuillet 100 surtout jusqu'au feuillet 152

1. /,* premirr l'ure des Clironiijiici ilc Jelinn Froissart, pn'faoo, p. xii *t xni Hriixcllri», 1863, 'J vcil iii-8".

INTRODUCTION. lxxvii

et dernier, il n'y a presque pas de page où des mots, des lignes, souvent des phrases entières n'aient été omises par le savant éditeur belge ou plutôt par ses copistes. Il serait trop long d'énumérer toutes ces lacunes ; il suffira, pour prouver notre assertion, de mettre en regard, dans un certain nombre de passages, le texte publié par M. Rervyn et le texte réel que nous avons copié nous-même, comme c'était notre devoir rigoureux, sur le manuscrit.

TEXTE DE M. RERVYN.

« Et avoit en ceste nove ville dou roi (il s'agit d'une ville fondée par Edouard III pour y loger son armée pendant le siège de Calais), toutes coses nécessaires, apertenans à un host.

Quant messires Jehans de Viane fu venus en Calais, et il ot veu le siège et comment les Englois estoient amasé, ensi que pour demorer vint ou trente ans là devant au siège, et il ot fait visiter la poissance des vivres qui estoient en la ville, il en fist un jour Avidier et })artir plus de XXVII<=, hommes, femmes et enfans, pour alegerir la ville.

Quant chil peuples issi hors premièrement de Calais, auquns Englois quidièrent, quant il les veirent issir, que il les venissent courir sus. Si se assamblèrent à l'encontre de euls les archiers, et les fissent requler jusques ens es fossés de la ville. Là i ot, entre ces Englois, auquns preudommes piteus, qui congneurent tantos que ce n' estoient pas gens pour fiiire nul contraire. Si fissent cesser les aultres de euls courir sus, et lor demandèrent où il aloient. Il respondirent que on les avoit bouté hors de Calais pour tant que il cargièrent trop la ville, et aloient ailleurs à l'aventure quei'ir lor mieuls. Ces nouvelles vinrent au roi d'Engleterre qui, meus en pité, les fist entrer en l'oost, et commanda que tout et toutes fuissent bien disné * . »

1 . OEuvres de Frolssart^ publiées sous les auspices de l'Académie royale de Belgique. Chroniques, t. V, p. 87 et 88. Bruxelles, 1868 in-8°.

Lxxvin CHRONIQUES DE J. FROISSART.

TEXTE DU MANUSCRIT

<c Et avoit en ceste nove ville dou roi toutes coses nécessaires apcrtenans à un hoost et * plus encores, et place ordonnée pour tenir tnarchiet le merquedi et le samedi. Et là estoient halles de draps et de merchiers et aussi estas de bouciers et de boulengiers. Et de toutes coses on i pooit recouvrer aussi largement comme à Bruges ou à Londres, et tavernes de tous vins de Grenate, de Grec, de Malevisie, de Rivière, de vins de Gascongne, de Poito, de France et de Rin, bons cabarès et bien pourveus de chars, de volilles, de poissons. Et lor venoient de Flandres les marceandises toutes prestes de Hollandes ^ de Zellandes et d'Ale~ magne^ et tout par mer. Et en i avoit là pluisseurs ouvriers j'uftonniers, par menti ers ^ corduanicrs^ peletiers^ cabareteur, fourniers et tavrcniers qui i gissoicnt assés mieuls à lor plaisance et pourfit que donc que il fuissent chiés leur. Et furent bien courouciet qant li sièges se desfist et que Calais fut conquise^ car il perdirent le flour de lor wagnage.

Qant mesires Jehans de Viane fu venus en Calais et il ot veu et considéré le siège et comment les Englois estoient amasc ensi que pour dcmorcr vint ou ti-cnte ans là devant au siège, et il ot fait visetcr la poisanee des vivres qui estoient en la ville, il en fist un jf)ur widier et partir plus de vint sept cens honmes, fenmes et enfans, pour alegerir la ville. Qant chil peuples issi hors preraierenient de Calais tous en blancs qaniises et portoient con fanons de mousticrs en signe de hunielilé^ auquns Englois (|uidièrent, qant il lc^ vcircnl issir, que il lus venissent courir sus. Si se assamblèrcnt à lencontrc de euls les archiers, et les lissent rcquler jusques ens h fossés de la viljc. Là i ot entre ces Englois au(|ijns pieudonrnes pitcus, qui congneurent tiuitos que ce n'estnii.iit jjas gtus pour faire nul contraire. Si fissent cesser les aultn.s lU: culs («jujir sus, et lur «Icinandèront où il aloicnt. H rcsjxiudircnt (jue on les avoit boul(' Ikms de Calais, pour tant (\\u- il cargoient tr(»|» la ville cl te fnulloient de vivres, et en aloient ailleurs à l'aventure quérir lor mieuls ensi que jmvres gens qui avaient tout pcnlu sfins nul recouvrier. Ces nouvelles

1 I^<H passages souligiii^s soiil cfu\ tjui niaïKjucut dans l'c'dllioii de M. Krrvyn.

INTRODUCTION. lxxix

vinrent au roi d'Engleterre et os signeuis que chils povres peuples de Calais estait là ensi à merchi. Li rois^ meus en pité, les fist entrer en l'oost, et conmanda que tout et toutes fuissent bien disné. » F° 124 v°.

TEXTE DE M. KERVYN

« Quant la congnissance en fu venue au duch de Normendie comment messires Gantiers de Mauni estoit pris et mis en prison, si en fu durement courouchiés * . y>

TEXTE DU MANUSCRIT

« Qant la congnisance en fu venue au' duch de Normendie conment messires Gantiers de Mauni, sus se ase garance et saufconduit^ avait celle painne et desplaisance que estoit pris et mis en prison en Chastellet là où an met et boute les larrons, si en fu durement courouchiés. n F° 126 v".

TEXTE DE M. KERVYN

a Plus n'en i ot à celle table, et là sus la (in dou disner on présenta à messire Gautier de Mauni de par le roi moult rices jeuiauls d'or et d'argent et furent mis devant lui sus la table, et qui les avoit aporte's, ce furent li sires de Biaujeu et messires Caries de Montmorensi. Apriès la table, encores estoient li jeuiel sus la table ^. ■>■>

TEXTE DU MANUSCRIT

« Plus n'en i ot à celle table, et là sus la fin dou disner, on présenta à messire Gautier de Mauni, de par le roi, moult rices jeuiauls d'or et d'argent, et furent mis et assis devant lui sus la taWe. Li chevaliers, qui fu moult sages et moult honnerables, remercia grandement ceuls qui jeuiauls avoient aportés : ce fu li sire de Biaujeu et mesire Carie de Montmorensi. Qant li heure vint de lever la table ^ encores estoient U jeuiel sus la table.» F" 127 v°.

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