Voyez p. 168, lignes 16 et
2. On peut citer notamment le manuscrit de la Bihl. imp., coté 6477 à 6'i79 = Bl d'après lequel a été établi le texte du premier \\we et où la fin de chaqtie phrase est marquée par des points.
civ CHRONIQUES DE J. FROISSART.
génie de Froissait. Si ron prend la peine de comparer sous ce rapport les dernières éditions , on verra que le système de ponctuation adopté dans la nôtre change complètement et peut-être heureusement la physionomie du texte des Chroniques.
On sait qu'il n'y a pas trace de nos signes d'accentuation dans les manuscrits; cette absence d'accents, tels du moins que nous les entendons aujourd'hui, donne lieu à certaines difficultés quand il s'agit d'imprimer d'anciens textes français. Les Allemands, qui ignorent la mesure et ne s'arrêtent pas volontiers aux moyens termes, ont mis récemment à la mode l'orthographe dite diplomatique; ils publient les monuments de notre vieille langue, en les calquant pour ainsi dire, et sans y ajouter le moindre signe d'accentuation. On a rejeté dans cette édition un système aussi absolu, et l'on a fait usage des accents, du moins dans une certaine mesure; mais le lecteur est expressément prévenu quon nentend engager^ par P emploi ou la nature de ces accents , aucune question de prononciation. Si l'on a mis, |)ar exemj)le, un accent aigu, grave ou circonllcxe sur une voyelle, on ne j)rétend pas dire que celte voyelle se prononçait de telle façon plutôt que de telle autre; on veut simplement indiquer qu'elle n'était pas muette.
C'est ici évidemment alliiire (reni|)irisnie , non de loi;i(jue et de science. La commodité, l'agrément du lecteur, (|ui nécessite cet empirisme et le juslilie, doit passer avant toute autre eonsidéralion. .L'jnj)loyer les accents toutes les fois (ju'ils sont consacrés par l'usage ("I (jiic le Irxle v |)enl gagn<'r qucKjue chose en elarl('', et lu- 1rs adnielire ([ue dans ce cas; le! est le
INTRODUCTION. cv
double principe qui domine le système d'accentuation adopté par l'éditeur.
En vertu de ce principe, on a conservé les accents que l'orthographe moderne a pris l'habitude de mettre sur certains mots qui sont parfaitement semblables d'aspect et ne laissent pas néanmoins d'avoir une acception différente, par exemple, sur à préposition et oh adverbe , afin de les distinguer pour l'œil de a verbe et de ou conjonction; en revanche, on a supprimé les signes d'accentuation que l'usage actuel inscrit sur les voyelles initiales ou intérieures d'un grand nombre de vocables , comme dans pénétrer , révéler, éternel , «'creté , parce que ces signes n'ajoutent absolument rien à la clarté de la phrase. L'accent n'a été maintenu sur la voyelle que dans les syllabes qui portaient en latin l'accent tonique, sur la finale dans espère, ame', dont les prototypes sont sperritus, am«tus, sur la pénultième dans espère, «-//me, premierre, qui correspondent à sperat, «mat, primr/'ria.
Il importe de faire remarquer que, dans ces deux derniers exemples, comme du reste dans tout le cours de notre édition, l'accent ne surmonte la pénultième ni dans rt/me ni dans premie/re, quoique d'après le principe posé tout à l'heure cette pénultième doive être accentuée. C'est que la notation ai dans le premier de ces mots et le redoublement de la consonne /' dans le second équivalent à notre accent : là où l'orthographe moderne aurait écrit ème, là où elle écrit première, l'orthographe ancienne écrivait presque toujours fl/me, elle écrivait souvent premien*e. En conservant cette orthographe .archaïque, avec sa valeur propre au point de vue de l'accentuation, par-
cvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.
tout OÙ il la trouve observée dans les manuscrits, l'éditeur n'a fait que se conformer au système actuel qui admet les mêmes anomalies : tandis que nous mettons aujourd'hui l'accent sur la pénultième suivie d'une muette dans première , fidèle, espèce, n'écrivons-nous pas sans accent, mais avec le redoublement de la consonne xerre, crue/le, paresse, selon les errements de l'orthographe ancienne?