‹ Chroniques (volume 3)Chapitre 3 sur 94 · DE LA PREMIÈRE REDACTION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE REDACTION

§ 1 . Quelle est la première rédaction ?

Froissart n'a pas pris soin de nous dire à quelle époque il a composé soit la rédaction ordinaire, soit celle d'Amiens : cela étant, la comparaison attentive du contenu de ces deux rédactions peut seule nous éclairer sur leur date respective. Si l'on examine à ce point de vue toute la partie de la rédaction ordinaire antérieure à l'année 1373, on voit qu'il n'y est fait mention d'aucun fait postérieur à cette date. La mention la plus récente que l'on y puisse découvrir se rapporte à la mort de Philippe de Hainaut*, la célèbre reine d'Angleterre, qui eut lieu le 1 5 août 1369. Il est vrai que l'on rencontre cette mention dès les premiers chapitres ; d'où il faut conclure que la rédaction ordinaire, pour toute cette partie du premier livre qui s'étend de 1325 à 1373, a été composée après 1369. Les règles de la critique ne permettent pas, d'ailleurs, d'attribuer ce passage à une interpolation, car on le retrouve dans tous les manuscrits de la rédaction ordinaire proprement dite qui offrent un texte complet ^ Si ce passage fait

1. Voyez p. 233 de ce volume. Quand on ne trouvera dans les notes que l'indication de la page, cette indication se rapporte toujours au tome I de la présente édition.

2. Ce passage manque dans le célèbre manuscrit de Breslau et dans les manuscrits de la même famille désignés A 23 à 29 dans nos variantes, parce que le texte du premier livre a été abrégé dans ces manuscrits.

vm CHRONIQUES DE J. FROISSART.

défaut dans les manuscrits de la rédaction ordinaire revisée, c'est que, comme nous le verrons plus loin, ces derniers manuscrits présentent pour lé commencement du premier li%Te une narration qui leui* est propre*.

La rédaction d'Amiens, au contraire, ne peut avoir été composée qu'après 1376, puisqu'il est question, presque dès les premiers folios* des deux manuscrits qui nous l'ont conservée, de la mort du prince de Galles', le fameux Prince Noir, qui arriva le 8 juillet de cette année. La supposition d'interpolation, outre qu'elle est gratuite, ne serait pas plus admissible ici que dans le cas précédent par la raison que le manuscrit d'Amiens, comme nous le montrerons dans le cliaj)itre II consacré à la seconde rédaction , semble à certains indices avoir été copié servilement sur un exemplaire d'écriture cursive assez illisible et, sinon autographe, au moins original.

Il faut aussi piondre garde que Froissart, mentionné j)oiir la première fois comme curé des Estinnes-au-Monl* dans un compte du receveur de Binche du 19 scpicmbic 1373'', ne prend la quai i le de prêtre dans le prolo'^uc (C aucun des nuirutscrits de la re'daction ordinaire^ , tandis qu'il a grand soin de faire

1. Les fn.iDiisfrils de la rt^vision no <l«\iciiiuiit si'ml)I;ihles aux antres inantiitoritH <Ii- la n'dactioii ordinaire (ju'à partir dn 5 11, depuis ces UloU : Si imglèrent par mer. Voyez, p. 26.

2. Celte miintion se trouve au f° vO «lu nis. d'.\n)ieus qui se compov «le 2U8 folio» el an f" li2 du nis. «le Valenciennes qui compte 123 folio*.

Page 1