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suivre son nom de ce titre dans les deux manuscrits d'Amiens^ et de Valenciennes : cette circonstance donne lieu de croire que la rédaction ordinaire a été composée avant 1373 et par conséquent entre 1369 et 1373.
Ces déductions, déjà légitimes par elles-mêmes, n'acquerraient-elles pas un degré d'évidence irrésistible si l'état matériel des manuscrits de la rédaction ordinaire venait les confirmer, en d'autres termes si le texte des exemplaires les plus anciens, les plus authentiques, les meilleurs de cette rédaction s'arrêtait précisément entre 1369 et 1373? Or, cette supposition est la réalité même. Le premier livre se termine entre ces deux dates, comme le § suivant l'exposera plus en détail, dans les manuscrits de notre Bibliothèque impériale cotés 20356, 2655, 2641, 2642, ainsi que dans le manuscrit n" 1 31 de sir Thomas Phillipps, qui représentent incontestablement les cinq plus anciens exemplaires de la rédaction ordinaii-e que l'on connaisse.
On est fondé à conclm^e de cet ensemble de faits que la rédaction ordinaire a précédé celle d'Amiens : aussi, désormais, appellerons-nous l'une première rédaction et l'autre seconde rédaction.
§ 2. De la formation successive des diverses parties de la première rédaction.
Un des caractères distinclifs de la première rédaction, c'est qu'elle n'a pas été pour ainsi dire coulée d'un seul jet; on y distingue aisément des soudures
qui marquent comme des temps d'aiTêt dans le travail de l'auteur. La composition de cette rédaction paraît avoir traversé trois phases distinctes que nous allons indiquer successivement.
Première phase. Le point de départ de toute recherche sérieuse sur la formation successive des diverses parties de la première rédaction devra toujours être le passage suivant de Froissart :
« Si ay tousjours à mon povoir justement enquis et demandé du fiiit des guerres et des aventures qui en sont avenues, et par especial depuis la grosse bataille de Poitiers où le noble roy Jehan de France fut prins, car devant j'estoie encores jeune de sens et d'aage. Et ce non obstant si emprins je assez hardicmont, moy yssu de l'escolle, à dittier et à rimer les guerres dessus dites et porter en Angleterre le livre tout compilé, si comme je le fis. Et le presentay adonc à très haultc et très noble dame , dame Phelip])C de Haynault, royne d'Angleterre, qui doulcement et lioemenl le receut de moy et me list grant profil l'. »
Froissart dit quelque part qu'il était déjà en Angleterre en 13G1V Le livre que le jeune chroniqueur [)résenta à la reine d'Angleterre devait donc contenir le récit des événements arrivés depuis la balaille de Poitiers, c'est-à-dire depuis 1356 jusqu'en 1359 ou I3(i0. (le livre n'a j)as été retrouve jusqu'à présent, mais ce n'est pas une; raison pour révoquer en doute le t(''moignage si fmmel de ]'roissart\ On remarque
1. Voy/. |). 210 «t cl. Il iHdi- (|iii se r;ip|)ort<' à ce pjissagc clans le «omrnain- «lu ]>rologiii' «If la prciiiii^rc rrdactinn.
2. ClironKjurt dr Froissart ]>iil)lit'c<t par Iliiclinn , rd. «lu Pantliron, ». MF. |.. 3:53. roi. 2
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d'ailleiirs, à partir de 1350, une solution de continuité tout à fait fi'appante, une véritable lacune dans la trame du premier livre : n'est-il pas remarquable que cette solution de continuité finit juste en 1356? Une telle lacune, comblée dans les manuscrits de la première rédaction proprement dite à l'aide d'un insipide fragment, n'indique-t-elle pas que la partie du premier li^TC qui s'arrête à 1350 et celle qui commence à 1356 étaient, malgré le raccord d'emprunt qui les relie aujourd'hui, primitivement distinctes?
Le livre que Froissart présenta à la reine d'Angleterre était-il écrit en vers ou en prose? M. Rervyn de Lettenlîove ^ a soutenu la première opinion , M. Paulin Paris^ a adopté la seconde. La réponse à cette question dépend surtout de la place respective des deux mots rimer et dicter dans une phrase de
Froissart citée plus haut : « Si empris je assés
hardiement, m^oy issu de l'escole, à rimer et ditter^
lez guerres dessus dictes » Comme la leçon : rimer
et dicter est fournie par 19 manuscrits qui appartiennent à 7 familles différentes, tandis que la leçon : dittier et rimer ne se trouve que dans 1 3 exemplaires répartis entre 3 familles seulement, il semble, en bonne critique, que l'opinion de M. Paulin Paris est plus probable que celle de M. Rervyn de Lettenhove.
Le livre offert à Philippe de Hainaut en 1361 , tel est le point de départ, le germe qui nous représente-
1. Froissart, Etude littéraire sur le quatorzième siècle, par M. Kervyn de Lettenhove, tome I", p. 52 et 53. Bruxelles, 1857, 2 vol. in-12.
2. Nouvelles recherches sur la cie de Froissart et sur les dates de la composition de ses Chroniques, par M. P. Paris, p. Ik- Paris, 1860.
3. Le texte de cette dernière leçon est emprunté au ms. de notre Blbliotlièque impériale coté 2655, f° 1 "v^-
rait, si nous le possédions, la phase initiale de la composition du premier livre, et, par conséquent, de l'œuvre entière de Froissart; c'est l'humble source qui, se grossissant sans cesse d'une foule d'affluents, est devenue cet immense fleuve des chroniques.
Seconde phase. On a dit plus haut que le texte du premier livre s'arrête entre 1369 et 1373 dans un certain noml^re d'exemplaires de la première rédaction : c'est ce qui constitue la seconde phase de la composition de cette rc'daction. Les manuscrits dont il s'agit sont au nombre de cinq : quatre sont conservés à notre Bibliothèque impériale sous les n"' 2035G, 2655, 2641 et 2642; le cinquième appartient à sir Thomas Phillipps, et il figure sous le n° 131 dans le catalogue de la riche collection de cet amateur. Ces manuserils oflrcnt un ensemble de caractères qui doit les faire considérer comme les exemplaires les plus anciens, les plus authentiques, les meilleurs de la première rédaction : les règles de l'ancienne langue V sont relativement mieux observées, les noms de personne cl de lieu moins défigurés que dans les copies phis modernes. Le texte s'arrête à la prise de la Uoehe-sur-Yon, en 1361), dans le ms. 20356 et à la reddition de la Rochelle, en 1372, dans les mss. 2655, 2641 , 2642, ainsi que dans le ms. 131 de sir Thomas Phillipps, à Chelterdiam.
On |>ourrait ajouter à la liste cpii précède le tome I d'un manuscrit de notre liibliotijècpie impériale, dont il ne reste aujourd'hui (jue le tome II, coté 5006. Comme ce tome II est reproduit textuellement dans le tome II d'un autn' exemplaiîe, eot('' 20357, il va lieu de croire i\\\v le tome I, (|ui nous maïKjue, se retrouve ég;ijemenl dans le tonu' I de cet autre exem-
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plaire, coté 20356. L'empreinte du dialecte wallon et la distinction du cas sujet et du cas régime, qui sont très-marquées dans le texte du ms. 5006, attestent l'antiquité et l'authenticité exceptionnelles de cette copie; et le tome 1, si par malheur il n'était perdu, nous offrirait certainement le plus ancien exemplaire de la première rédaction.
Enfin, le premier livre, dans le manuscrit de notre Bibliothèque impériale coté 86 , ainsi que dans le célèbre exemplaire de la ville de Breslau, semble aussi appartenir à la seconde phase de la deuxième rédaction; car il est encore plus court que dans le ms. 20356, et ne va pas au delà du siège de Bourdeilles en 1369. Il est vrai que les manuscrits 86 et de Breslau sont relativement modernes et n'ont été exécutés que pendant la seconde moitié du quinzième siècle; mais comme ils appartiennent à des familles différentes et ne dérivent l'un de l'autre en aucune façon, ils reproduisent sans doute un exemplaire beaucoup plus ancien qu'on devrait alors considérer comme le spécimen le moins étendu de la première rédaction.
Tous les manuscrits qu'on vient de mentionner sont d'ailleurs complets dans leur état actuel; et s'ils coupent le premier livre plus tôt que les autres exemplaires de la première rédaction , ils n'ont pourtant subi aucune mutilation.
Quoique la coupure du premier livTC soit toujours placée entre les années 1369 et 1373, on aura remarqué qu'elle ne s'arrête pas au même endroit dans les divers manuscrits indiqués plus haut; elle est fixée, dans les mss. 86 et de Breslau, au siège de Bourdeilles; dans les mss. 5006 et 20356, à la prise de la
Roche-sur-Yon; enfin dans les mss. 2655, 2641, 2642 et 131 de sir Thomas Phillipps, à la reddition de la Rochelle. Pendant le laps de temps qui s'est écoulé de 1 369 à 1 373, il est probable que Froissarta foit exécuter plusieurs copies de son œuvre. Chacune de ces copies a dû naturellement s'enrichir de ce que l'auteur avait trouvé le moven d'ajouter à son récit dans l'intervalle d'une copie à l'autre. Ne pourrait-on pas explif[uer ainsi les diversités de coupure que nous venons de signaler, diversités qui, d'après cette hypothèse, correspondraient à autant de copies successives, et, par suite, à une rédaction de plus en plus complète, de plus en plus avancée? Les scribes qui ont exécuté ces copies avaient sans doute l'ordre de transcrire tout ce que Froissart pourrait rédiger tandis qu'ils accomplissaient leur besogne, et l'un d'eux a accompli sa tâche avec une ponctualité si machinale, que les mss. 2655, 2641, 2642 et 131 de sir Thomas Phillip[)s se terminent par une phrase inachevée'. Il est très -remarquable, comme Dacier en a fait l'observation*, que les mss. 2641 , 2642, 2655 et sans rlonle' aussi le ms. 131 de sir Thomas Phillipps, malgré leur ressemblance profonde, n'ont point été copies e('j)eudant les uns sur les autres : cela n'indiquerait-il j)as «jue, sinon ces manuscrits, du moins
1. Le» drmijTB mots sont dans Icnis. 2655ct Icins. 131 i\v sir Tliomas Pliilll|>|)s : eijierons encore à nuit ^ <Iaiis les inss. 2641 et 2642 : espérons encore. Cf. Chrontijiiis cl;ms ISiiclioii, rd. du Pantliron, t. I, p. G'jô.
2. Voy<"/. !<•« notes de Dacier sur les njss. de l''r()i.ssarl conserves à la llililiotlièque du lloi, dans iinciion, t. iil, p. 384.
3. Je dis «ans doute, car j'ai fait exprès en 1868 le voyage de Clieltenliam p<»ur étudier l<' nis. 131, et le niidlieur a voulu (|ue sir Tliomas IMiillippH n'ait pu le retrouver. (r<-st par !M. Kervyii (jue j'ai ap|Mis quel» «ont les derniers tuot» du nis. 131, et je renouvelle ici pubiiipiemcnt au célèbre <?rudit helge mes reuiercimenls.
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leurs prototypes, ont été exécutés par différents scribes sur le texte original lui-même?
D'ailleurs, si la fin du premier livre a je ne sais quoi d'écourté et d'un peu hâtif dans les exemplaires dont il s'agit, il faut peut-être attribuer ce caractère moins encore à l'impatience des grands seigneurs pour lesquels les copies ont été faites qu'au besoin pressant que devait éprouver l'auteur de recevoir une rémunération légitime de son travail. N'oublions pas, en effet, que la seconde phase de la composition de la première rédaction correspond à une période de la vie de Froissart où ce chroniqueur semble n'avoir eu, à défaut de patrimoine, d'autres moyens d'existence que le produit de sa plume. Le jeune protégé de Philippe de Hainaut venait de perdre par suite de la mort de la bonne reine d'Angleterre arrivée le 15 août 1369 la position de clerc qu'il occupait auprès de cette princesse; il avait dû revenii* dans son pays, sans doute pour y chercher les ressources assm'ées qu'il ne trouvait plus désormais au delà du détroit. D'un autre côté, nous voyons par les comptes du duché de Brabant * qu'il n'était pas encore curé des Estinnes-au-Mont en 1370; et peut-être ne fut-il pourvu de cet important bénéfice que l'année même où il apparaît pom' la première fois avec le titre de curé, c'est-à-dire en 1373. Qui sait si des nécessités plus ou moins impérieuses et le désir de se créer de nouveaux titres à une position qui lui tint lieu de celle dont il venait d'être privé par la mort de sa
1. M. Plnchart, qui a publié des extraits de ces comptes, est le savant qui auia le plus fait en ce siècle pour la biogiajjliie jjositive de Froissart . Voyez sa brochure intitulée : La cour de Jeanne et de Jf^enceflas, p. 68.
protectrice, qui sait, dis-je, si ces circonstances plus ou moins difficiles ne sont pas venues se joindre dans une certaine mesure à une vocation naturelle pour stimuler le génie de Froissart?
Dans cette seconde ])base, l'auteur des Chroniques a dû plus ou moins remanier l'essai présenté jadis à Philippe de Hainaut, et il a ajouté à son œuvre primitive, d'une part, le récit des événements depuis 1 325 jusqu'en 1 356, de l'autre, la narration des faits survenus de 1359 ou 1360 à 1372. Il a puisé les matériaux de la partie antérieure à 1 356 soit dans la clnonique de Jean le Bel soit dans ses propres renseignements , tandis qu'il semble avoir composé la partie postéiieure à 1359 à peu près exclusivement d'après ses informations personnelles.
Quand nous plaçons entre 1 369 et 1 373 la seconde phase de la composition de la première rédaction, est-ce à dire (jue l'auteur des Chroniques n'ait rien écrit au point de vue historique de 1359 ou 1360 à 1369? Telle n'est pas notre pensée. Froissart, qui a vécu pendant cet intervalle à la cour d'Angleterre en qualité de clerc de la reine Philippe, avait à un tiop haut degré' la passion de l'histoire pour ne pas tirer parti d'une situation aussi favorable : il a dû iccueillir sans cesse des matériaux, prendre des notes, enregistrer des faits et des dates. Ce rôle d'historiograj)!».' était même inhérent aux fonctions du jeune cUîrc, comme le prouvent les p;n'oles suivantes (lu maréchal (TAquitaine venant annoncer à Froissart en 13()7 la naissance de l'enlanl «|iii lut plus lard Hieliaid II : « Froissarl , escri|)se/ vl mel- U*z en mémoire (pie m:idame la j>rineesse est accouchée d'un beau iil qui est venu au monde au jour
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des Rois*. » Lors donc qu'on fixe de I3G9 à 1373 la seconde phase de la première rédaction, il faut entendre seulement que la mise en œu\Te définitive, la composition proprement dite en un mot n'eut lieu qu'à cette date.
On vient de dire que Froissart a puisé les matériaux de la première rédaction, pour la partie antérieure à 1356, dans la chronique de Jean le Bel. Le prologue de cette rédaction contient les lignes suivantes qu'on ne saurait trop méditer : a Je me
vueil fonder et ordonner sur les ^Taies croniques jadis faites et rassemblées piu* vénérable homme et discret monseigneur Jehan le Bel , chanoine de Saint Lambert du Liège, qui grant cure et toute bonne diligence mist en ceste matière et la continua tout son vivant au plus justement qu'il pot, et moult lui cousta à acquerre et à l'avoir. » Et plus loin :
« J'ay emprinse ceste histoire à poursuir sur
l'ordonnance et fondation devant dite. » Un autre passage de ce même prologue nous apprend que Froissart avait raconté dans un premier essai historique les événements survenus depuis la bataille de Poitiers; cet essai devait s'arrêter à 1361, puisque nous savons que c'est l'année où il fut présenté à la reine Philippe; d'où il suit que le mot poursuir dans la dernière phrase citée s'applique évidemment à la continuation de cet essai jusqu'en 1369 ou 1372. Quant à la partie antérieiu-e à 1356, il est impossible d'exprimer plus clairement que pai^ ces mots : Je me vueil fonder et ordonner, toutes les obligations que
1. chroniques de Froissart dans Buchon , édit. du PiuUlieoii. t. III, p. 369.
xviii CHROMQUES DE J. FROISSART.
notre chroniqueur reconnaît devoir à Jean le Bel poui' cette première partie.
Des trois rédactions du ])remier li\Te la première est cerUiinement celle où l'on trouve en général, de 1325 à 1356, le moins de développements originaux et où l'on constate les emprunts les plus nombreux, les plus ser^^les à la chronique du chanoine de Liège. Ces emprunts à Jean le Bel abondent tellement dans la première rédaction qu'on a plus vite fait d'y relever ce qui est original que ce qui provient d'une source étrangère.
Dans le ])résent volume, notamment, cette rédaction, si l'on ne tient pas compte d'une foule de modifications de détail, n'oflre guère d'autres additions un peu importa utes et entièrement propres à Froissart que les suivantes : entrevue du roi de France Charles le Bel avec sa sœur Isabelle d'Angleterre'; — voyage d'Edouard III en France et prestation d'hommage de ce prince à Philippe de Valois^; — préparatifs d'une croisade projetée par le roi de France'; — combat de Cadsand*; — divers incidents de la chevauchée de Buironlbsse : prise de Thuii-l'Evéque par Gautier de Mauuy'; sac de Uelenghcs" et d'Haspres' par les Français, d'Aubenlou* j)ar les llainuyers. Si l'on excepte ces additions, tout ce qui reste de la première rédaction est puisé plus ou moins intégralement dans la chronique de Jean le Bel.
Pailbis même Froissart a transcrit mot à mot le texte du chanoine de Liège. On peut citer comme
1. P. 15 rt 17, 220 cl 221. — 2. P. 90 à 100. — 3. P. 114 à 118. — k. P. 132 A 138. — 5. P. 154 à 156. — 6. P. 190 cl 191. — 7. P. 194 ù 196. — 8. P. 199 ù 204.
INTRODUCTION. xix
exemple l'admirable récit des derniers moments de Robert Bruce';, la plus belle page peut-être de ce volume* : la foi qui a fait les croisades n'a rien inspiré de jdIus simple, de plus ému, de plus naïvement grand. Ni Villehardouin , ni Joinville n'ont atteint cette hauteur d'éloquence où l'on sent passer comme un souffle de la chanson de Roland. Malheureusement pour Froissart, tout Thonneur de cette page incomparable revient à Jean le Bel dont le chroniqueur de Valenciennes s'est contenté de reproduire le récit sans y rien changer. On en peut dire autant du célèbre passage où l'élévation de Jacques d'Arteveld^ est racontée avec tant de malveillance et de parti pris. Quel récit passionné, curieux même dans ses erreurs et ses injustices ! Comme il respire bien l'étonnement, le dédain que dut éprouver la fière aristocratie des bords de la Meuse pour l'insolente tentative du chef des vilains de Flandre ! C'est qu'en effet le véritable auteur du récit dont nous parlons n'est pas Froissart, mais le noble chanoine de Liège qui, n'allant à la messe qu'avec une escorte d'honneur de seize ou vingt personnes',
1. P. 77 à 79. Cf. Jean le Bel, Chroniques, éd. Polain, t. I, p. 79 à 81.