CHAPITRE X
1329. AMBASSADE ENVOl'ÉE EX ANGLETERRE PAR PHILIPPE DE VALOIS; VOYAGE d' EDOUARD III EN FRANCE ET ENTREVUE d'amIENS. (§§ 44
et 45.)
1329. Philippe de Valois se décide à sommer le roi d'Angleterre de venir en France faire hommage pour la Guyenne et le Ponthieu. Deux chevaliers, le sire d'Aubigny et le su^e de Beaussault, et deux conseillers au Parlement de Paris, Simon d'Orléans et Pierre de Maizières*, sont envoyés en ambassade auprès d'Edouard III. Ils s'embarquent à Wissant, débarquent à Douvres, où ils s'arrêtent un jour pour attendre leurs chevaux, et vont trouver le roi et la reine d'Angleterre au château de Windsor. Ils exposent l'objet de leur message à Edouard III qui les reçoit honorablement et les invite à dîner à sa table; mais il leur déclare qu'il ne pourra leur faire réponse qu'après avoir pris l'avis de son conseil. Ils retournent, le soir même de leur arrivée à Windsor, coucher à Colebrook^, et le lendemain ils se rendent à Londres. P. 90 et 91.
Le roi d'Angleterre réunit un parlement en son palais de Westminster. Les envoyés de Philippe de Valois y sont appelés pour lire la requête du roi leur seigneur ; et après qu'ils se sont retirés, le parlement entre en délibération. Le résultat de cette délibération, annoncé solennellement aux ambassadeurs par l'évêquc de Londres qui porte la parole au nom d'Edouard III, est qu'il sera fait droit à la juste réclamation (hi loi de France, et que le roi d'Angleterre s'engage à passer le détroit sans dc'iai pour s'acquitter des obligations où il se reconnaît tenu. Cette réponse comble de joie les envoyés français. Edouard III leur donne au palais de Westminster pendant une (pjin/.aine de jours l'hospitalité
1. Mon ami et collègue M. Henri Lot a bien vouhi faire des recherches d'où il r«'»nlte (nic .Simon d'Orit-ans et Pierre «le I>îai/,ières ne figurent pas sur la liste «h-s conseillers au l'arh-nieiit pour l'année 1329 (voyez, U 'é97, t° 113), ni sur celle «h-s avocats; mais leurs noms ont pu <*tre omis, car il s'en Caut que ces listes soient complètes.
2. Pfui-riic le souvenir de relie loealilé s'esl-il conserve à Londres dans Colehrook-row, l'une des rues du ipiailier d'isiin^jloii.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 44, 4:i. eux
la plus somptueuse, et il ne les laisse partir qu'après leur avoir distribué de grands dons et de beaux joyaux. P. 91, 92 et 306.
Philippe de Valois est enchanté du résulat de cette tunbassade. Il est convenu que l'entrevue avec son cousin d'Angleterre aura lieu à Amiens. On fait dans cette grande ville toute sorte d'aj)provisionncments ; et des hôtels, maisons , salles et chambres, sont préparés pour recevoir les deux rois et leur suite. Le roi de France con\'ie à cette entrevue les rois de Rohême et de Navarre, les ducs de Lorraine, de Rretagne, de Bourgogne et de Bourbon ainsi que Robert d'Artois. Dans la suite de Philippe de Valois, on compte plus de trois mille chevaux. P. 93 et 306.
Edouard III se met en route pour Amiens avec une suite de quarante ou cinquante chevaliers et une escorte de plus de mille chevaux ; il faut deux jours à cette escorte pour passer de Douvres à "Wissant. Le roi d'Angleterre s'arrête un jour à Boulogne, il va de là à Montreuil-sur-Mer où il rencontre une escorte de chevaliers envoyée au devant de lui sous les ordres du connétable de France. Il est reçu à Amiens par Philippe de Valois, par les rois de Bohême , de Navarre et de Majorque, par les douze pairs et par une foule innombrable de ducs, de comtes et de barons qui font cortège au roi de France. P. 94 et 9o.
Au moment où Edouard III se prépare à prêter serment de foi et d'hommage, la défiance naturelle aux Anglais, jointe à leur connaissance imparfaite de la langue française dont ils ne comprennent pas bien tous les termes, si ce n'est à leur profit, inspire aux conseillers du jeune roi d'Angleterre des scrupules sur certaines exigences des pairs et conseillers du roi de France. Jean de Hainaut, qui sert d'interprète aux Anglais, s'efforce en vain de concilier les deux parties. Les Anglais engagent leur roi à ne pas procéder plus avant sans avoir consulté le parlement qui doit se réunir à la Saint-Michel au palais de Westminster. Sur leurs instances, Edouard III fait hommage de bouche et de parole seulement, sans mettre ses mains entre les mains du roi de France ; et il exprime le désir d'attendre , pour parfaire le serment, son retour en Angleterre où il examinera à loisir et pièces en main la question pendante, en s'aidant des conseils et des lumières de son parlement. Philippe de Valois consent d'autant plus volontiers à accorder ce délai qu'il nourrit dès lors un projet de croisade auquel il espère associer le roi d'Angleterre. L'entrevue se passe en fêtes et divertissements de tout genre. Edouard III
retourne au château de Windsor où il raconte à la reine Philippe sa femme la merveilleuse réception qu'il a trouvée en France où l'on s'entend à faire les honneurs mieux qu'en nul autre pays du monde. P. 93, 96, 306 et 307.