CHAPITRE XVIL
1337. EDOUARD III ENVOIE DES AMBASSADFUKS SUR LE CONTINENT CHARGÉS DE NÉGOCIER UNE ALLIANCE CONTRE LA FRANCE AVEC LE COMTE DE HAINAUT, LE DUC DE BRABANT ET LES SEIGNEURS
DES MARCHES d'allemagne (§§ 56 à 58).
Première rédaction. — Robert d'Artois redouble d'efforts pour décider Edouard III à revendiquer le trône de France. Le roi d'Angleterre prendrait volontiers ce parti, mais il est l'etenu par la crainte d'encourii' le blâme en faisant valoir ses prétentions, sans être prêt à les appuyer par la force des armes ; or il ne s'estime pas assez fort pour engager seul la lutte contre le grand royaume de France : il éprouve le besoin de s'assurer auparavant, à prix d'or, l'alliance de seigneurs puissants en l'Empire
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et ailleurs. Il consulte son conseil sans le concours duquel il ne veut rien entreprendre. P. 119.
L'opinion du conseil est qu'on envoie des ambassadeurs sur le continent demander l'avis du comte de Hainaut et de Jean de Hainaut son frère, qui doivent inspirer pleine confiance et sont plus en mesure que tous autres d'indiquer les seigneurs dont il convient de rechercher l'alliance. P. 1:20.
Edouard III charge de cette mission l'évêque de Lincoln et lui adjoint deux chevaliers bannerets et deux clercs en droit. Les envoyés anglais débarquent à Dunkerque, traversent la Flandre et arrivent à Valenciennes où ils sont comblés de fêtes et d'honneurs par Guillaume, comte de Hainaut, et par Jean son frère. Le comte de Hainaut souffre tellement de la goutte et de la gravelle qu'il garde le lit sans pouvoir faire aucun mouvement. Les ambassadeurs anglais exposent l'objet de leur mission. P. i20 et 121.
Après avoir donné des éloges à la prudence du roi d'Angleterre , le comte de Hainaut déclare qu'il a plus à cœur le succès d'Edouard Hl, son gendre, que celui de Philippe de Valois, son beau-frère. Ce dernier a mis obstacle au mariage de l'une des filles du comte, nommée Isabelle, avec le jeune duc de Brabant à qui il a fait épouser sa propre fille*. Guillaume de Hainaut ajoute que son gendre peut compter entièrement sur son aide ainsi que sur celle de Jean son frère, mais Hainaut est un bien petit pays en comparaison du royaume de France , et l'Angleterre est bien loin pour défendre un allié. L'évêque de Lincoln prie alors Guillaume de Hainaut d'indiquer les seigneurs dont il convient de rechercher l'alliance. Le comte nomme le duc de Brabant, l'évêque de Li('ge, le duc de Gueidrc, l'arclievôque de Cologne, le marquis de Juliers, Arnoul de Blankenhoim et le seigneur de Fauquomont. Ce sont seigneurs très-belliqueux, qui peuvent bien mettre sur pied huit ou dix niille armures de fer, pourvu qu'on les paye à proportion, car ils vendent volontiers leurs services. Si jamais le roi d'Angleterre j)arvicnt à acheter l'alliance de ces seigneurs, il pourra bien aller au delà de l'Oise offrir la bataille à l'Iiilippo de Valois. P. 121 à 123.
Les ambassadeurs anglais retournent dans leur pays et re-
1. Marie, Ollr «Ir Piiilippc de Valoi* vi d<; Jeanne d«? Bourgogne, mariée à Jean de Brabant. uuc de l^iinljourg.
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viennent à Londres où ils rapportent à leur souverain les conseils du comte de Hainaut et de Jean de Hainaut. Edouard III reçoit ces conseils avec de'fe'rence et se promet bien d'en faire son profit. P. 123.
Pendant ce temps, on apprend en France que le roi anglais se dispose à réclamer ses droits à la couronne. A cette nouvelle, Philippe de Valois suspend les préparatifs de la croisade qu'il a entreprise ; il contremande les officiers et les approvisionnements jusqu'à ce qu'il sache sur quel pied le roi d'Angleterre veut danser'. P. 123.
Edouard III, de son côté, renvoie à Valenciennes l'évêque de Lincoln en compagnie de dix chevaliers bannerets et de quarante chevaliers jeunes bacheliers pour traiter avec les seigneurs de l'Empire indiqués par le comte de Hainaut et pour faire tout ce que Guillaume et Jean de Hainaut conseilleront. Plusieurs des bacheliers, qui font partie de cette ambassade, ont un œil recouvert d'un morceau d'étoffe, ce qui les empêche de voir de cet œil. On dit qu'ils ont juré aux dames de leur pays qu'ils ne verront jamais que d'un œil, tant qu'ils n'auront pas accompli en France certaines prouesses dont ils refusent de s'ouvrir à ceux qui les interrogent. P. 124.
Ces ambassadeurs vont d'abord, d'api'ès le conseil du comte de Haiiîaut, trouver le duc de Brabant. Celui-ci promet de soutenir dans son pays le roi ainsi que les gens d'armes d'Angleterre et de leur livrer passage ; il promet même, moyennant une certaine somme de florins, que si Edouard III, son cousin ger-
1. Les hostilités sourdes commencèrent entre le roi de France et le roi d'Angleterre dès le mois de juin 1337. (V. de Camps, portef. 83, f" 190.) Par un mandement en date du 2k août 1337, Philippe de Valois enjoint à Gérard de Picquigny, à Bernard de Moreuil et à Renaud d'Aubigny de convoquer les gens d'armes de l'Aniiénois dans la quinzaine de la Nativité pour repousser les ennemis qui inquiètent les frontières sans avoir déclaré la guerre (de Camps, portef. 83, t." 156). Par acte donné à Gisors le 7 mai 1337, Philippe de Valois décide que tous les bourgeois, marchands ou non marchands domiciliés en la ville et les faubourgs de Paris, « nous feront en ceste présente année, en nostre host que nous entendons à avoir à l'ayde de Dieu, ayde de quatre cens hommes de cheval par l'espace de six mois, se nous alons ou dit host en nostre propre personne, ou par l'espace de quatre mois, se nous n'y alons et la guerre estoit, » laquelle aide cesserait a se il avenoit par aventure que il convenist que le commun des gens de la dicte ville alast ou dit host par manière de arrère ban ou autrement. » Arch. de l'Empire, JJ 70, p. 371, f^ 179.
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main, a soin de défier en bonne forme le roi de France et parvient à acquérir lalliance des seigneurs d'Allemagne ci-dessus nommés, il défiera lui aussi Philippe de Valois et marchera sous la bannière d'Angleterre à la tête de mille armures de fer. Cette promesse fut bien mal tenue, comme on le verra ci-après. P. 125.
Les envoyés anglais reviennent à Valenciennes où l'or et l'argent du roi d'Angleterre attirent le duc de Gueldre, beau-frère d'Edouard III, le marquis de Juliers, qui vient tant en son nom qu'au nom de son frère Valerand, archevêque de Cologne, enfin le seigneur de Fauquemont. Ces seigneurs, gagnés par l'appât de grosses sommes de florins promises à eux et à leurs gens, s'engagent à se joindre au roi d'Angleterre pour défier le roi de France et à servir leur allié à la tête d'un certahi nombre de gens d'armes à heaumes couronnés. On parlait alors de heaumes couroimés; et les seigneurs ne tenaient nul compte des gens d'armes, s'ils n'étaient à heaumes et à timbres couronnés. Aujourd'hui, on a changé tout cela; et l'on ne parle que de lances, de glaives et de Jacques. P. 12^ et 126.
Les envoyés anglais essayent de gagner Adolphe [de la Marck], évêque de Liège, mais toutes leurs démarches restent infructueuses. Cet évêque ne veut rien entendre ni rien entreprendi'e contre le roi de France dont il est devenu l'homme lige et à qui il a prêté serment de foi et hommage. Aucune tentative n'est faite auprès du roi de Bohême que le mariage de Bonne, sa lille, avec Jean, duc de Normandie, attache j>ar un lien si ('troit au parti du roi de France. P. 120.
Seconde n'daction. — Edouard III réunit à Londres un grand parlement; Robert d'Artois y expose les droits du roi d'Angleterr«: à la Coiii'dnnc do France. P. STiO.
L'opinion du |iarlenicnt est qu'avant de prendre une résolution définitive il importe de sonder les dispositions et de savoir l'avis du comte de llainaut, de .lean de Ilainaiil, du duc de Brabant et du comte de Gueldre. En conséquence, Edouard III députe vers ces jirinccs les scigncMirs de Beauchainp, de Percy, de Stafford et de Cobham. W 3(10 et 'M\\ .
yVrrivés à l'Ecluse en Fl.indre, les envoyés du roi d'Angleterre se dirigent d'abord vers le llainaut et viennent à Valenciennes où ils se logent sur !<■ marché, chacun dans un hôtel <!ifi°('-rent. Ils se rendent ensuite à la Salle, ré.sidence du comte de llainaut auquel ils soutn<-tlent l'objf.'l de leur mission. P. 301 et ;JU2.
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Le comte de Hainaut promet son alliance aux ambassadeurs d'Angleterre et leur conseille d'acquérir à tout prix celle du duc de Brabant, du comte de Gueldre , du pays de Flandre et de Louis de Bavière, empereur d'Allemagne. P. 367.
C'est que les messagers d'Edouard III arrivent dans un moment où le comte de Hainaut a plusieurs raisons d'être fort mal disposé envers le roi de France. D'abord, celui-ci a empêché le mariage d'Isabelle, fille du comte, avec le fils aîné du duc de Brabant auquel il a foit épouser sa propre fille. Puis, ayant appris que Guillaume de Hainaut vient d'acheter le château de Crèvecœur sur la frontière du Cambrésis et du Hainaut ainsi que le château d'Arleux en Palluel aux confins du pays de Douai et de rOstrevant, Philippe de Valois a fait rompre le marché et au moyen d'une surenchère a acheté pour son propre compte ces deux châteaux qu'il a donnés au duc de Normandie, son fils*. Depuis lors, le comte de Hainaut ne cherche qu'une occasion de se venger de ces mauvais procédés. P. 365 et 366.
Après avoir passé six jours à Valenciennes, les envoyés anglais vont à Leeuw trouver le duc de Brabant, cousin germain d'Edouard III , qui se reconnaît tenu par les obhgations de la parenté de faire tout ce que voudra le roi d'Angleterre. A la suite d'un voyage dans le comté de Gueldre, les ambassadeurs d'Angleterre obtiennent le même engagement du souverain de ce comté. Ils retournent alors auprès d'Edouard III auquel ils rendent compte du résultat de leur mission. P. 368.
Sur ces entrefaites, Philippe de Valois est informé des prétentions et des menées du roi d'Angleterre. Il s'en préoccupe assez peu, car il n'estimait guère alors les Anglais et leur puissance. Toutefois, il renonce à ses projets de croisade; et après dispense et même sur l'ordre exprès du saint-père, les préparatifs faits à Marseille, à Aigues-Mortes, à Narbonnc, et à Lattes reçoivent une autre destination. P. 368.
Le roi d'Angleterre, d'après l'avis de ses conseillers, dépêche
1. Un échange fut fait à Paris, en août 1337 « pour le profit de Jehan de. France, duc de Normandie, du chastel et de la chastellenie de Chaunysur-Oise appartenant au roy de France contre les chastiaus de Crievecucr et de Alleus et la chastellenie de Cambrai avecques leurs appartenances appartenant à nostre chère et feale cousine Beatrix de Saint-Fol, dame de Nccle. » (Arch. de l'Empire JJ 70, p. 322, f" 146.) Béatrix de Saint-Fol était mariée à Jean de Nesles, sire d'OITémont.
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vers Louis de Bavière, empereur d'Allemagne, l'évêque de Lincoln, Richard de Stafford, les seigneurs de la Ware et de Multon. Ces envoyés s'embarquent au ha\Te de la Tamise à Londres, débarquent à Dordrecht en Hollande, où ils se reposent deux jours, et se rendent à Coblenz auprès de l'empereur et de Marguerite de Hainaut, impératrice d'Allemagne. P. 369 et 370.
Louis de Bavière, qui n'aime pas le roi de France , promet son alliance aux messagers d'Edouard HI et les charge d'inviter leur maître à le venir voir en Allemagne. Le marquis des Meissen et d'Osterland, le marquis de Brandebourg, les archevêques de Mayence et de Cologne, font les mêmes promesses qui sont rapportées au roi d'Angleterre par ses ambassadeurs. P. 369.
Le comte Louis de Flandre se tient alors à Gand. Le roi de France lui recommande instamment de se faire aimer des Flamands, ce à quoi le comte fait ce qu'il peut, et de bien garder les côtes de Flandre à l'encontre des Anglais. Ce Louis de Flandre est bon et loyal Français*. Il aime beaucoup, et pour de bonnes raisons, le roi Philippe de Valois qui l'a réintégré les armes à la main dans le comté de Flandre, après avoir battu les Flamands à Cassel. P. 369.
Le roi d'Angleterre ajjprcnd que le comte de Flandre arme des pirates et écumeurs de mer qui infestent les côtes de son royaume et s'emparent des navires isolés qu'ils rencontrent ; il fait donner la chasse à ces écumeurs. De plus, Edouard III d('fond d'exporter des laines anglaises en Flandre, afin que les Flamands ne puissent fabriquer de drap faute de matière première. Cette défense ruine les Flamands qui vivent de l'iiulMslrio du tissage : ils émigrerit on llaiiiaiit, en Artois et en (^ainbi'ésis et sont réduits à la mendicité. J.,e roi d'Angleterre leur fait savoir qu'il ne leur rendra leur gagne-pain que s'ils consentent à entrer dans son alliance. Il y a des Flamands qui sont favorables à cette alliance, ( ar Ifiir pays a plus d'avantages à en rctirei- ([ue de celle de la
1. (il tr.iili' rriilliiiiicr ofCcMsivr ol drfciisivc fut roiirlii <ii l';il)l);iyo «lu .Moiicrl \i-i. l'oiil Siiiiili--.Mii\ciH!c, !«■ 16 iioùl 1337 ciilif l'Iulippc (!•• Valois rt Louis, comte de l''l;iii«h«', de IN'evn» cl dr R.'tlnl, a cnnsidi*niii* l:i l)oliiif Vdulciili' (|iril f\f (Ointe de I"l;iii<li «• i ;i nous sci \ ir «Ml ii«)!tlri' |>r«'H«-iilc j,'U«Tr«' f|iii «'st «mi ii|)|):ir«'iit «•iicoiilri' !«' roy <ri'"iii{liM«'iTi', le Bavairfî (l'i-mpr-rrur L«»uiH «!«• Hnvi«'T«'), leurs eiiiii|>lic«>s rt leuis adliereiii. > Arch. de rKiiipire, JJ VU, p. 337 «i p. '207.
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France. Mais le comte de Flandre s'oppose à toutes les propositions qui sont faites dans l'intérêt général, en tant qu'elles sont contraires à la Couronne de France. P. 370.
Les deux rois ne se sont encore adressé aucun défi ; il n'y a que des bruits et des soupçons de guerre. Le roi d'Angleterre, comte de Ponthieu de par sa mère et grand feudataire en Gascogne et en Normandie , hésite , malgré les excitations de Robert d'Artois, à renvoyer son hommage et à défier* le roi de France. P. 370 et 37i .
A l'instigation du roi de Bohême, du duc de Lorraine, des comtes de Bar et de Namur, de Jeanne de Valois, comtesse de Hainaut, de la comtesse de Soissons, femme de Jean de Hainaut, de la dame de Varenne ^ sœur du comte de Bar, mariée en Angleterre au comte de Pembroke, qui craignent de voir éclater la guerre enti^e leurs parents des deux pays, le pape d'Avignon Benoît XII envoie deux cardinaux à Paris en leur donnant mission de s'entremettre pour le maintien de la paix entre les rois de France et d'Angleterre. Grâce aux démarches et sur les pressantes instances de ces légats, il est convenu qu'un certain nombre d'ambassadeurs, tant d'un pays que de l'autre, se réuniiont à Valenciennes avec pleins pouvoirs de régler, après avoii' pris l'avis du comte de Hainaut , les différends des deux rois P. 371.
Les évoques de Lincoln et de |Durham se rendent à Valenciennes, de la part du roi d'Angleterre, en compagnie de dix chevaliers baimerets et de dix simples chevaliers. Le comte de Hainaut fait Guillaume son fils chevalier, à la Salle, en présence de ces seigneurs; grandes fêtes et joutes à cette occasion. Le fils du comte se marie bientôt après à Jeanne, fille aînée du duc Jean de Brabant. P. 371 et 372.
Cependant , on attend en vain les délégués que Philippe de Valois a promis d'envoyer à Valenciennes. Le comte de Hainaut, à la prière des ambassadeurs anglais, charge la comtesse sa femme et Jean de Hainaut son frère de se rendre auprès du roi de France pour lui rappeler sa promesse et le prier de la mettre à exécution. Phihppe de Valois déclare à la comtesse de Hainaut
1. Jeanne, mariée à Jean de Varenne, comte de Sussex, sœur d'Edouard ler, comte de Bar, mort dîins l'île de Ciiypre à Famagouste en 1337.
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sa sœur et aa seigneur de Beauniont qu'après avoir consulté à plusieurs reprises les conseillers en qui il a le plus de confiance, il est décidé, toute réflexion faite, à n'envoyer personne à Valenciennes et à ne point entrer en pourparlers avec les Anglais. En consentant à se faire représenter dans une conférence où devrait être débattue la question en litige, il donnerait lieu de supposer qu'il ne considère pas les prétentions de son adversaire comme dépourvues de fondement. Cette réponse est transmise aux envoyés du roi d'Angleterre qui prient alors le comte de Hainaut de mander à Valenciennes, tant en son nom qu'au leur, les seigneurs de l'Empire dont il importe de se ménager l'alliance. P. 373 et 374.
Les comtes de Gueldre et de Mons, les marquis de Juliers et de Brandebourg, l'archevêque de Cologne, les seigneurs de Fauquemont, de Duvenvoorde et de Blankenheim, le seigneur de Cuyk de la part du duc de Brabant se rendent à l'invitation qui leur est adressée et viennent à Valenciennes où ils restent trois semaines. Les princes et seigneurs d'Allemagne expriment le vœu qu'Edouard III passe la mer et débarque à Anvers, afin qu'ils puissent le voir et s'entendre avec lui. P. 377.
Troisième rédaction. — Robert d'Artois ne cesse d'exhorter Edouard III à revendiquer le trône de France. Le roi d'Angleterre a trois avantages qui doivent assurer le succès de cette revendication. D'abord, il a de bonnes finances; puis, son peuple est remuant et belliqueux. Enfin, il trouvera sur le continent des alliés prêts à le seconder, car les Allemands ne désirent rien tant que d'avoir un prétexte de guerroyer contre la France, pour abattre le grand orgueil de ce pays et se partager ses richesses. Bientôt même Robert d'Artois parvient à déterminer dans ce sens un mouvement de l'opinion populaire. P. 357 à 3.^9.
Edouard III convoque un parlement solennel au palais de Westminster. L'i plus grande salle de ce palais est remplie de prélats, de nobles et de conscillors des bonnes villes. On fait asseoir les assistants sur «les escabeaux, afin qu'ils puissent voir plus à l'aise U: ri»i cpii sic'gc sur son trône avec les vêtements royaux, la couronne sur la tête et le sceptre en main. Deux degrés plus bas se tiennent lis prc'lats, conites et barons, et encore un degré au-dessous plus de six cents chevaliers. Stir ce dernier rang siégmt aussi les représentants des cin<| ports, des cités et
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bonnes villes d'Angleterre. Un clerc, licencié en droit canon et civil, qui sait le latin, le français et l'anglais, prononce en anglais, pour être mieux compris de tout le monde, un discours dont la teneur a été concertée à l'avance entre lui, le roi d'Angleterre et Robert d'Artois. Henri de Lancastre, chargé de répondre au nom du parlement, conseille d'envoyer des ambassadeurs sur le continent pour demander l'avis du comte de Hainaut et de Jean de Hainaut. Le parlement se réunira de nouveau au retour de ces ambassadeurs et prendra une décision d'après la réponse qu'ils transmettront. P. 3o9 et 360.
L'évêque de Lincoln, l'cvêque élu d'Oxford, docteur en droit canon et civil, maître Robert Weston, Renaud de Cobham et Richard de Stafford sont chargés de cette ambassade. P. 361.
Ces ambassadeurs s'embarquent à Douvres et abordent à Wissant; ils se rendent de là à Valenciennes, en passant par Alquines, Thérouanne. Aire, Réthune, Lens et Douai. Arrivés k Valenciennes, ils se logent dans trois hôtels situés sur le Marché, au Cygne, à la Rourse et à la Clef. Ils vont à l'hôtel de Hollande rendre visite au comte de Hainaut, alors alité et très-souffrant de la goutte. L'évêque de Lincoln expose au comte au nom de ses collègues l'objet de leur mission. Le comte de Hainaut, après avoir entendu l'évêque de Lincoln, frappe de la main sm' la poignée de son fauteuil , réfléchit un moment et finit par demander aux envoyés du roi d'Angleterre trois ou quatre jours pour leur répondre. Ces quatre jours se passent en fêtes, dîners et réceptions. Le cinquième jom*, Guillaume de Hainaut déclare aux messagers d'Edouard III que le bon di'oit est du côté de leur maître pour le succès duquel il fait des vœux, qu'il est prêt à aider son gendi^e et à lui prêter main forte en toutes choses, nniis qu'avant de rien entreprendi^e il convient de s'assurer l'alUance du duc de Rrabant, du comte de Gueldre, du marquis de Juliers et en général des princes d'Allemagne. Les ambassadeurs anglais, dont on croit que le voyage à Valenciennes n'a pas d'autre cause que la maladie du comte, retournent en Angleterre et rapportent à Edouard III la réponse de Guillaume de Hainaut, son beaupère. P. 364 et 36o.
L'année même que cette ambassade vint à Valenciennes , les terres de Crèvecœur en Cambrésis et d'Arleux en Palluel , sur la rivière de la Sensée, avaient été mises en vente. Le comte de Hainaut était en marché pour les acheter et les deniers pour les
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paver étaient tout prêts, lorsque Jean, duc de Normandie et dauphin de Viennois, intervint par ordre du roi son père pour faire casser ce marché et acheta les dites terres. Le comte de Hainaut gardait de cette affaire une sourde rancune contre Philippe de Valois, lorsqu'il reçut la visite des envoyés anglais. Aussi, loin de chercher à les calmer, il les avait plutôt excités, et quelques-uns " voient dans cette attitude de Guillaume de Hainaut la cause principale de la guerre qui éclata entre la France et l'Angleterre; mais il \ a des événements qui doivent arriver fatalement et qu'on ne saurait empêcher. P. 366 et 367.
Edouard HI envoie sur le continent une seconde ambassade composée des évêques de Lincoln et de Durham, des comtes de SaUsbury, d'Arundel, de Northampton et de Warwick, de Renaud de Cobham , de Richard de Stafford et des seigneurs de Felton et de Siilli. Cette ambassade, qui a pour mission de traiter avec le duc de Brabant et les princes d'Allemagne, emporte avec elle cent mille florins , car on connaît la cupidité excessive des Allemands qui ne font rien que pour de l'argent. Les envoyés anglais, après avoir relâché à Gravesend, débarquent à Dordrecht et se rendent à Valenciennes. Ils tiennent dans cette ville si grand étiit qu'on dirait que l'argent leur tombe des nues, et ils achètent toutes choses le prix qu'on leur fait. Afin de prévenir les abus, les échevins de Valenciennes établissent une taxe et un tarif raisonnable pour la vente de tous les objets, ce dont les Anglais sont très-reconnaissants. L'évêque de Lincoln est logé aux Jacobins, et l'évêque de Durham aux frères Mineurs. D'a|)rès le conseil du comte de Hainaut, les messagers d'Kdouard III se rendent à Louvain aupiès du duc Jean de Brabant qui leur fait bon accueil, parce qu'ils viennent de la part du roi d'Angleterre son cousin germain, et aussi parce qu'il est alors en démêlés avec le roi de France. Le duc s'engage à recevoir l'armée anglaise dans .son pays, et si Edouard III passe la mer en pn-soimc, à le servir à la tête de mille heaumes couionnés, mo3ciniant une certaine somme de florins ptiur lui <'l pom- ses gens. P. 374 à 376.
Gagnés aussi p.ir l'arj^tiil d'.Vnglelerre , les seigneurs allemands dessus nommés' et plusieurs chevaliers des bords du lUiiii fort grossiers viennent à Valenciennes; et là, en pn-sencc du comte et de Jean ilr II;iitiaut, ils s'engagent à défier le roi de