‹ Chroniques (volume 3)Chapitre 53 sur 94 · VOYAGE DE PHILIPPE DE VALOIS A AVIGNON ET PRÉPARATIFS · texte numérisé non relu

VOYAGE DE PHILIPPE DE VALOIS A AVIGNON ET PRÉPARATIFS

d'une croisade projetée par CE PRINCE (§§ 54 et 55).

1336. Eclat de la cour de Philippe de Valois. C'est un roi magnifique en toute chose, et qui sait bien ce que c'est que bachelerie, car il a été bachelier et homme d'armes à gages dans sa jeunesse, en Lombardie, du vivant du comte de Valois son père. Il tient sa cour tantôt à Paris, tantôt au bois de Vincennes. Noms des principaux grands seigneurs qui fréquentent cette cour. P. 353.

Philippe de Valoir, voyant ses chevaliers impatients de l'inaction où la paix les condamne, entreprend d'occuper leur activité en les menant à la croisade délivrer la Terre Sainte ; il part pour Avignon en compagnie des rois de Rohême et de Navarre, afin de prier le pape Benoît XII de prêter son appui à cette croisade et de la publier par toute la chrétienté. Arrivé à Lyon après avoir traversé la Bourgogne, il s'embarque sur le Rhône pour voyager plus commodément, tandis que ses gens continuent leur route par terre, et il vient se loger avec sa suite à Villeneuvelès-Avignon. Il est reçu avec joie par le pape et par le roi Pierre d'Aragon * . Benoît XII donne plusieurs fois à dîner à Philippe de

1. Au lieu du roi d'Aragon, le manuscrit de Rome nomme le roi Robert de Naples, comte de Provence, qui serait venu exprès de Sicile

cLxxxii CHROXIQUES DE J. FROISSART.

Valois et aux autres rois dans son palais qui n'était pas alors si beau ni si considérable qu'il est maintenant. P. 114, Mo, 353,

Le pape prêche la croisade et accorde une indulgence plénière à tous ceux qui en feront partie. Les rois présents, plusieurs . cardinaux et plus de deux cents grands seigneurs prennent la croix. P. 114, 115, 354.

Philippe de Valois retouime à Paris en passant par Montpellier, par l'Auvergne, le Berry, la Beauce et le Gàtinais. Le royaume de France était alors florissant, populeux et plantureux, ses habitants étaient riches et pom'vus de grands biens, et l'on n'enten- ^ dait parler de nulle guerre. P. 116 et 117.

Phili])pe de Valois fait pour la croisade les plus grands et les plus beaux préparatifs que l'on eût vus depuis le temj)S de Godefroi de Bouillon. On rassemble à Marseille, à Aigues-Mortes, à Lattes et dans les ports qui avoisinent Montpellier et Narbonne, des approvisionnements de toute sorte en biscuit, en vins, en eau douce, en salaisons, avec un nombre suffisant de vaisseaux, d'huissiers, de caraques, de galées, de barques, pour transporter trente mille ou même soixante mille hommes. Le comte de Narbonne et Charles Grimaldi* de Gcncs sont préposes à cette flotte de transport. P. 117, 354 et 355.

I^ roi de Hongrie, le vaillant Hugues IV de Lusignan, roi de Chvpre, Robert roi de Naples informont Philippo de Valois qu'ils sont disposés à livrer passage aux pèlerins de Dieu à travers leurs Etats. \ji grand |)rieur do France, à qui les Templiers obéissent, est chargé de pn'paror des vivres et des approvisionnements dans l'île de Rhodes. Les Génois et les habitants de la rivière de Gênes fournissent «piantité de galées et de barques toutes prêtes à prendre la mer. Les V^'nitiens garnissent l'ilc de Crète, une de leurs possessions, de concert avec les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Bref, plus de trois cent mille personnes prennent la cr-oix ; mais les Sarrasins ne s'en porteront pas plus mal, car le roi de France ne donne pas suite à son projet. P. 1 IS et 357.

«•t fie Poiiiilc pour sv rrnconli<T avec le i<>i «If l'Vaiicc ; ri un aiilrt' maiiutriit ajoulr le roi <li- M ijnnjuc.

1. l'.ii iiovrinliri' 1339, l'liili|i|>c de Valois lit don à son iiint- cl fc-al conM-iiirr (^liarlrs (Iriinaldi, clirvaiicr, de l'iOO livres loiirnoit de rciiif aiiiiiiclic cl |)cr|)cliii-llc sur la clavcric (douane) d'Aif^ucs-IVlorlc». (Arch. de rKiiipirc, JJ 7<», p. 70, f" 41.)

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 56-58. clxxxiii

A la demande de Philippe de Valois, Louis V de Bavière, mari de Marguerite de Hainaut et empereur de Rome malgré les Romains, accorde aux croise's le voyage sur son territoire jusqu'en Hongrie, en promettant de les fournir de vivres pendant cp voyage.

1328. Froissart raconte à ce propos l'expédition de Louis de Bavière en Italie et son couronnement à Rome, mais il place à tort ces événements sous le pontificat de Benoît XII, tandis qu'ils eurent lieu sous celui de Jean XXII. Louis de Baxnière, que ce dernier pape refuse de reconnaître, traverse la Lombardie à la tête d'une })uissante armée et vient à Milan dont il donne le gouvernement à l'archevêque moyennant un tribut annuel ; puis il se rend à Rome où il fait avec la connivence des Romains douze cardinaux et un pape qui le couronne empereur. Au moment oii il vient de quitter Rome, les Allemands qui servent sous ses ordres, et auxquels il n'a point donné de solde, restent un peu en arrière et se payent eux-mêmes en livrant au pillage la ville éternelle. Quand ils se sont gorgés de dépouilles, d'or, d'argent et de joyaux, ils vont rejoindre Louis de Bavière qui les attend à Viterbe. Après un tel guet-apens, l'amour des Romains pour l'Empereur fait place à la haine ; et le pape et les cardinaux créés par Louis se soumettent au pape d'Avignon. P. 355 et 356.

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