Troisième rédaction : l'évêque de Durham
ccviii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
bitants de cette ville où il prend plaisir à traiter magnifiquement tous les étrangers, spécialement les barons et chevaliers d'honneur et de nom. Ce chevalier banneret, nommé [Soliier] de Courtisai, est tenu pour le plus preux de Flandre, et il a toujours servi ses seigneurs avec un courage sans égal. P. 129, d30, 396.
Ce Sohier de Courtrai tient compagnie et prodigue les honneurs aux ambassadeurs d'Angleterre , ainsi qu'un galant homme doit toujours le faire, selon ses moyens, à des chevaliers étrangers. Ces nouvelles parviennent à la connaissance du comte de Fkuidre qui se tient à Compiègne avec la comtesse sa femme. Le comte est irrité de ne plus toucher les revenus de son comté et de voir les Flamands incliner de jom' en jour davantage à l'alliance des Anglais ; il mande secrètement en France auprès de lui Sohier de Courtrai. L'infortuné chevalier se rend sans défiance à l'appel de son seigneur qui lui fait trancher la tête'. Sohier de Courtrai, entouré de l'estime et de l'affection générales, est profondément regretté de tous les Flamands qui sentent redoubler leur haine contre le comte, auteur de cet attentat. P. 130, 397.
Jacques d'Arteveld réunit à plusieurs reprises les représentants des bonnes villes de Flandre pour leur soumettre les propositions d'alliance apportées par les ambassadeurs d'Angleterre. Les Flamands consentent à accorder au roi anglais et à son armée le libre passage à travers leur [r.iys ; mais ils ont de telles obligations au roi de France qu'ils ne le poui'raiciit atta(|uer ni entrer en son royaume, sans avoir à payer une somme de florins si forte qu'ils sont hors d'état de la fournir. En conséquence, ils désirent que la conclusion d'une alliance offensive soit remise à une auti'c fois. Les ambassadeurs d'Angleterre, (|ui ne se sentoJit plus en sûreté en Flandre depuis le meurtre de Sohier de (^oiu'trai , se tiennent pour satisfaits d'avoir obtenu cette n'ponse et retournent à Valencicnnes. Ils envoient .souvent des messages à Edouard III pour I»; tenir au courant de toutes les phases des négociations, et If roi d'Angleterre leur expédie en retour or et argent en abondance pf)ur j)ayer leurs frais et faire des largesses à ces seigneurs rl'Mlemagne (|tii n'ont souci d'aiili-e chose. P. 130, 131, 397.
Sui' ces enlrefailes, le comte Ciiiill.iume de llainaat meurt le 7 juin 1337. Sa mort excite beaucoup de regrets, car il était large,
1. LVv<'ciiti'»n fie Soliier do Courtrai, nrr^té à la suite dn voy;if,'e drH anil)assa/leiirs iiiiglnin en l-'iiiiulre, ireiit lien c|ii(' le 2\ ni.irs 1338.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, g 62. ccix
noble, preux, hardi, courtois, avenant, humain et bon pour tout le monde. Il est pleuré amèrement par ses enfants. Le roi et la reine d'Angleterre prennent le deuil aussitôt qu'ils ont reçu la fatale nouvelle , et font célébrer un service à leur résidence de Windsor. Le comte de Hainaut est enterré aux Cordcliers à Valenciennes, et c'est là qu'ont lieu ses obsèques. La messe est chantée par Guillaume III d'Auxonne, évêque de Cambrai. Une foule de ducs, de comtes et de barons assistent à la cérémonie. Le comte laisse un fils qui succède à son père sous le nom de Guillaume II dans les comtés de Hainaut, de Hollande et de Zélande. Ce fils avait épousé Jeanne, fille de Jean III, duc de Brabant, qui apporta en dot à son mari la belle et riche terre de Binche. Jeanne de Valois, veuve de Guillaume I et mère de Guillaume II, va finir ses jours à Fontenelles, abbaye de dames située sur l'Escaut près de Valenciennes. Guillaume I laisse en outre quatre filles dont trois sont mariées. L'aînée Marguerite, femme de Louis de Bavière, est reine d'Allemagne et impératrice de Rome. La seconde Jeanne, mariée à Guillaume V, est [marquise] de Juliers*. La troisième Philippe, la bonne et noble compagne dEdouard III, est reine d'Angleterre. La plus jeune Elisabeth reste à marier, et ce n'est que longtemps après la mort de son père qu'elle épouse Robert de Namur et devient ainsi dame de Renais en Flandre et de Beaufort sur Meuse. P. 131 et 132, 397 et 398.