Le nouveau pape était à Rome au moment de sou élection
ET EN cASTiLLE. — Commencement de 1379. traité entre
LES ROIS DE NAVARRE ET DE CASTILLE. 1379, 30 mai. MORT
DU ROI HENRI DE CASTILLE (|§ 40 à 82).
Le roi de Navarre devenu veuf, les hommes de loi du royaume de France pensaient que ses enfants auraient dû être mis en possession de l'he'ritage de leur mère, y compris la Normandie*, sous la tutelle de leur oncle, le roi de France, jusqu'à leur majorité. Craignant une telle chose, le roi de Navarre envoie au roi de France l'évêque de Pampelune^ et Martin de la Carre, pour lui demander de lui rendre ses deux enfants, ou tout au moins Charles, dont le mariage avec la fille du roi de Castille se préparait'. En même temps il fait partir en Normandie secrètement deux autres ambassadeurs, Pierre le Basque et Ferrando*, pour veiller aux moyens de défense de ses châteaux.
1. Comme nous l'avons dit plus haut (p. xxxiv, note 2), le comté d'Évreux n'était pas de l'héritage de la reine de Navarre.
2. L'évêque de Pampelune était à cette époque Martin de Zalva, qui fut nommé cardinal en 1380 par Clément VII et mourut en 1403.
3. Il y a ici confusion dans la chronologie de Froissart : Charles de Navarre, en effet, qui avait épousé Éléonore de Castille, fille du roi Henri, le 27 mai 1375, n''rriva en Normandie que pendant le carême de 1378 [Grandes Chroniques, t. VI, p. 432) avec Jacques de Rue, auquel nous voyons attribuer à la date du 3 janvier 1 378 une somme de 60 florins pour un mulet destiné au voyage de France (Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre, caj. 33, n° 2' et n° 104). Charles de Navarre était à Montpellier le 18 février, et n'en repartait que le 1" mars [Le petit Thalamus, p. 395-396) pour la Normandie. De là il se rendit avec un sauf-conduit, vers la fin de mars (E. Petit, Séjours de Charles V, p. 64), à Senlis, auprès du roi, pour lui demander la délivrance de son familier, Jacques de Rue, qui venait d'être arrêté à Corbeil le 25 mars (Grandes Clironiques, t. VI, p. 432). Après avoir prêté serment de remettre eu la garde du roi les places de Normandie, il accompagne l'armée royale, Pierre de Navarre, son frère, tombe entre les mains de Charles V, ainsi que Bonne, sa sœur, après la reddition du château de Breteuil, vers la fin d'avril 1378.
4. Ferrando d'Ayens, maître d'hôtel de Charles le Mauvais, était déjà en 1372, avant la mort de la reine de Navarre, « gouverneur et « lieutenant » des terres que le roi de Navarre possédait en Normandie {Mandements de Ch. V, n" 1841). Il était en Normandie, préparant tout pour la défense des châteaux navarrais, quand Charles de Navarre y arriva en mars 1378. Il accompagna le jeune prince à Senlis auprès du roi de France, qui le fit arrêter (Grandes Chroniques, t. VI, p. 433 et Clironique du Mont-Saint-Michel, t. I, p. g) et bailler « en « garde à aucuns des officiers du roy, pour mener avecques le duc de « Bourgoigne en Normendie, afin qu'il luy fist rendre les dites forte-
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La première ambassade ne re'ussit guère : le roi de France répond qu'il garde ses neveux auprès de lui.
Pierre le Basque et Ferrando arrivent à Cherbourg avec une grande quantité de vivres et de munitions qu'ils répartissent entre plusieurs villes et châteaux de la Normandie et visitent tout le comté d'Evreux, où ils placent des hommes à eux. Pendant ce temps l'évêque de Pampelune et Martin de La Carre reviennent trouver le roi de Navarre à Tudela, pour lui faire part du mauvais résultat de leur mission. Le roi, n'osant pas se risquer à faire la guerre sans alliances, remet à plus tard ses projets de vengeance contre le roi de France. P. 54 à 56, 303.
Le roi de France n'était pas sans avoir connaissance des préparatifs du roi de Navarre en Normandie. De plus les Anglais réunissaient secrètement une flotte, avec 2000 hommes d'armes et 8000 archers, dont les chefs étaient le duc de Lancastre et le comte de Cambridge, se préparant, au dire de bien des gens, à occuper en Normandie les villes et châteaux du roi de Navarre*.
Vers le même temps on prend en France et on amène à Paris deux secrétaires du roi de Navarre, l'un clerc et l'autre écuyer,
« resses ». Ses biens confisqués, Ferrando [Arch. Nat., JJ 118, fol. 113 y") fut d'abord enfermé à Caen; après la levée du siège de Cherbourg, on le transfera à Rouen {^Chr. des Quatre Valois^ p. 278). En 1387, Ferrando était encore prisonnier du roi de France (Kervyn, t. XX, p. 228). C'est par erreur que Jean Cabaret d'Orville (^Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud, p. 67) le fait mourir à Gavray par suite de l'explosion d'un baril de poudre.
1. Aux termes d'un traité conclu entre le roi de Navarre et le roi d'Angleterre, ce dernier s'engageait à aider Charles le Mauvais à s'emparer du Limousin, lui promettait le gouvernement de la Guyenne et lui fournissait des troupes contre le roi de Castille; par contre le roi de Navarre cédait aux Anglais ses châteaux de Normandie (Grandes Chroniques, t. VI, p. 420-421). C'est pour aller prendre possession de ces forteresses que le duc de Lancastre rassemblait dès le mois de janvier 1378 une nombreuse flotte et que le roi donnait pouvoir à John Merewell, en date du 28 janvier, « d'arrester toutes nefs et « barges de 20 tonneaux et au dessus... devers le south et le west... « pour aller en nostre service à noz gages en un viage affaire sur la « meer en le mois de marcz proschein venant. » (Bec. O/f., French Rolls, 1 Rich. II, part 1, m. 4). Ce « grant viage » devait compter trois mille hommes d'armes et trois mille archers (Ibid., Queen's Rem., Mise, Navy ^), sous le commandement du duc de Lancastre (prenant le titre de roi de Castille et de Léon), qui s'engageait personnellement à fournir 500 hommes d'armes et 500 archers {Ibid., Treas. of the Receipt, Mise. ^, n» 43).
Pierre du Tertre et Jacques de Rue. Convaincus d'avoir voulu empoisonner le roi de France pour servir les inte'rêts du roi de Navarre, ils sont jugés, condamnés à mort et exécutés à Paris*.
Le roi de France n'hésite plus, et résout de prendre possession en Normandie, pour lui et ses neveux, des villes et châteaux du roi de Navarre, d'autant qu'on répétait partout que le roi de Navarre allait épouser Catherine, la fille du duc de Lancastre*, et par contre abandonner au duc tout le comté d'Evreux. Le roi de France vient donc à Rouen ^, et rassemble une armée qui, sous les ordres des seigneurs de Couci et de la Rivière*, se rend sous les murs d'Évreux avec les deux fils du roi de Navarre, pour bien montrer que la guerre est faite dans l'intérêt de ces enfants. Mais la garnison, composée de Navarrais fidèles à leur roi, ne se laisse guère entamer, P. 56 à 58, 303, 304.
Le roi de France envoie comme commissaires à Montpellier, pour prendre possession de la terre et de la seigneurie, Guillaume de Dormans et Jean le Mercier^. Les notables de la ville se sou-
1. Pierre du Tertre fut pris à Bernay (voy. p. xlvi, note 3); Jacques de Rue fut arrêté à Corbeil le 25 mars 1378. Tous deux étaient accusés, entre autres crimes, d'avoir voulu empoisonner le jeune prince Charles de Navarre et le roi de France. Leur confession est relatée dans les Grandes Cnronlques (t. VI, p. 419-432 et 435-439) et la clef de la correspondance secrète existant entre Charles le Mauvais et Pierre du Tertre a été publiée par Secousse [Mémoi?-es, t. II, p. 414- 417, et par M. de Beaurepaire [Chronique de Pierre Cochon^ p. 153-157). La véritable cause de leur procès était d'avoir contribué à l'alliance anglo-navarraise et voulu « livrer des chasteaulx que le roy de « Navarre tenoit en Normandie aux Angloiz » [Clir. des Quatre Valois^ p. 273). Jugés et condamnés par le Parlement (^Jrc/i. Nat., X*" 1471, fol. 54 v°), ils furent décapités à Paris le 21 juin 1378, « lundi après le Sacrement » [Clir. de P. Cochon^ p. 149), la « foire du Lendit séant » [Chr. des Quatre Valois, p. 273). Les biens de Pierre du Tertre avaient été confisqués dès le 17 avril et donnés à Jean de Vaudetar et à Gilet Malet. (Secousse, Mémoires^ t. II, p. 369; Arch. Nat., JJ 112, fol. 114 y\)
2. Catherine, fille du duc de Lancastre et de Constance de Castill', épousa en 1393 Henri III, roi de Castille, et mourut en 1418.
3. Durant tout l'été de 1378, la présence du roi à Rouen n'est pas signalée (E. Petit, Séjours de Ch. V)^ mais bien celle de Jean le Mercier qui prépare tout pour la guerre prochaine (Moranvillé, Et. sur la vie de J. le Mercier, p. 61) et celle de B. du Guesclin, à qui le 8 mars on offre le vin [Arch. de la Seine-Inférieure, 1, 3, 1" col.).
4. L'armée était commandée par le duc de Bourgogne, le duc de Bourbon et Bertrand du Guesclin [Chr, des Quatre Valois, p. 266).
5. Ce fut Jean de Bueil, sénéchal de Toulouse, qui fut chargé par
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mettent, craignant les gens d'armes du duc d'Anjou et du connétable qui étaient proches. On garde comme prisonniers deux chevaliers, Gui de Gauville' et Léger d'Orgessin', qui représentent le roi de Navarre à Montpellier; et la ville devient française. P. 58, 59, 304.
En Normandie les garnisons navarraises sont bien décidées à la résistance, celle d'Evreux entre autres, qu'assiègent les seigneurs de Couci et de la Rivière.
Le roi de Navarre, d'un autre côté, apprenant la prise de Montpellier, se décide à demander secours aux Anglais. Il envoie comme messager un clerc en qui il avait grande confiance, maître Pascal^, qui aborde en Cornouaille et se rend à Sheen*, puis à Londres, où il est bien reçu par le roi Richard, en présence du comte de Salisbury et de Simon Burley. Mais Richard préférait s'entendre directement avec le roi de Navarre. Pascal retourne donc en Navarre, et Charles le Mauvais s'embarque pour l'Angleterre, emmenant avec lui Martin de la Carre et Pascal^. P. 59 à 61, 354.
Peu avant le départ de Charles le Mauvais, le roi de France
le duc d'Anjou de prendre possession de Montpellier, le 20 avril 1378 [Le petit Thalamus, p. 396) et non pas Jean le Mercier, qui de mars en mai resta en Normandie (voy. H. Moranvillé, Et. sur la vie de J. le Mercier.^ p. 62, note k],
1. Gui de Gauville, qui dès 1370 était capitaine du château de Chambrais pour le roi de Navarre (L. Dellsle, Collections de Bas tard p. I56j , embrassa bien vite en 1378 la cause du roi de France et ne resta pas son prisonnier. Il obtient le 12 juillet, la restitution des biens confisqués à son père, Guillaume de Gauville [Arcii. Xat., JJ 113, fol. 9 v°), le 29 le paiement par le roi d'une indemnité due à Jean de Meudou (Mandements de Cli. V^ n° 1772) et le 30, des lettres de rémission [Arcli. Nat., JJ 113, fol. 20-21).
2. Léger d'Orgessin ne fut pas gardé longtemps prisonnier : nous le retrouvons un peu plus tard au siège de Pacy et le 29 juillet 1378, il obtient des lettres de rémission [Arcli. Aat., JJ 114, fol. 142).
3. A Pascal de Ilardia, secrétaire de Richard II, devait être adjoint Garcies Arnaud, sire de Garro, car le 8 avril 1378 nous trouvons la mention d'un paiement fait au patron d'une barque bayonnalse par le roi d'Angleterre pour le retour de cet ambassadeur (/{ec. Off"., Treas. oftlie Receipt, Mise. ^, n° 64).
4. Sheen, localité absorbée par Richmond, aux environs de Londres.
5. A Pascal de Ilardia étaient adjoints Chariot, le neveu du roi de Navarre, et Garcies Arnaud (Rec. Off"., Treas. of tlie Rec, Mise. ^, n'87).
XLii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
s'était assuré l'alliance du roi de Castille*, qui avait déclaré la guerre à la Navarre. Laissant derrière lui, pour garder ses frontières contre les Espagnols, le vicomte de Castelbon^, le seigneur de Lescun, Pierre de Bearn^ et Pierre le Borgne, avec de nombreux gens d'armes, le roi de Navarre aborde en Cornouaille et se rend à Windsor où bientôt est conclu le traité suivant : le roi de Navarre s'engage à ne faire aucun accord avec le roi de France ou le roi de Castille, sans le consentement du roi d'Angleterre; il remet Cherbourg* entre les mains du roi d'Angleterre, qui en
1. La mention d'un messager et d'un chevalier du roi de Castille à la cour de France en avril et mai 1378 {Mandements de Ch. V^ n°' 1688 et 1728) se rapportent sans doute à la conclusion du traité entre les rois de France et de Castille. Henri hésita quelque temps à se déclarer pour le roi de France, et essaya même de régler un différend antérieur avec le roi de Navarre en lui cédant Lagrono moyennant 20 000 doblas ; mais les succès du roi de France en Normandie forcèrent la main au roi de Castille, qui finit par entrer en campagne (Lopez de Ayala, Cronicas^ éd. 1780, t. IL p. 90-91). Le traité est conclu le 4 février 1379 : le roi de Castille s'engage à armer pour la saison d'été 20 galées qui doivent se réunir à la Rochelle pour de là ravager les îles anglaises; chaque galée avec son équipage coûtera 1200 francs par mois au roi de France; les profits sont partagés par moitié (Hay du Chastelet, Hist. de du GuescUn, p. 403-406).
2. Mathieu de Foix, /icomte de Castelbon, obtient en 1391 le comté de Foix du roi de France, qui en 1390 l'avait acheté cent mille francs à Gaston Phébus.