‹ Chroniques (volume 5)Chapitre 31 sur 91 · Pierre de Béarn, frère bâtard de Gaston Phébus · texte numérisé non relu

Pierre de Béarn, frère bâtard de Gaston Phébus

4. Le sauf-conduit donné par Richard II au roi de Navarre pour venir en Angleterre avec 500 personnes est valable pour un an à la date du 31 mai 1378 (Rymer, t. VII, p. 196). Garcies Arnaud, un des ambassadeurs du roi de Navarre, part d'Angleterre dès le mois de juin, avec Guillaume de Farington, 100 hommes d'armes et 50 arbalétriers, pour occuper Cherbourg et Mortain au nom du roi d'Angleterre. La remise au roi Richard de ces villes, dont la deuxième n'était pas encore au pouvoir de Charles V à cette époque, avait été faite par Charles de Navarre, dit Chariot, neveu de Charles le Mauvais, le 27 juillet 1878. Dès le 20 du même mois, le roi d'Angleterre avait ordonnancé le premier paiement d'un acompte de 10 000 francs sur les 25Û00 qu'il prêtait au roi de Navarre; la dernière quittance de cette somme est du mois de septembre (Rec. Off., Treas. of the Rec, Mise. Il, n"' 13, 15, 22; Ibid., i^, n"' 87, 88, 99, 103, 123). Cherbourg était cédé pour 3 ans au roi d'Angleterre, qui promettait de fournir au roi de Navarre pendant 4 mois chaque année 500 hommes d'armes et 500 archers (Rymer, t. VII, p. 201). Dès le 15 juin, de Pont-Audemer, le connétable du Guesclln avait mandé aux vicomte et capitaine de Pont de l'Arche de construire un grand engin qui devait être prêt à la fin du mois pour mener à Cherbourg; même

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aura la garde trois ans durant, à ses frais ; la souveraineté et la seigneurie en demeureront au roi de Navarre. Quant aux villes de Normandie que les Anglais pourront prendre, elles deviendront anglaises, la souveraineté en restant toujours au roi de Navarre. Le roi d'Angleterre doit immédiatement envoyer mille lances et deux mille archers à Bordeaux ou à Rayonne, pour guerroyer en Navarre contre le roi de Castille, aux frais du roi de Navarre. Le duc de Bretagne* était présent à la signature du ti'aité ; le duc de Lancastre et le duc de Cambridge reçoivent avis d'entrer en Normandie. P. 61 à 63, 304.

Le roi de France attendant les événements avec prudence, se tenait en Bretagne avec les seigneurs de Clisson, de Laval, de Beaumanoir et de Rochefort et le vicomte de Rohan*, qui avaient

ordre avait été donné à Vernon et à Louviers [Arch. A'at.^ K 51, n° 32). L'investissement de Cherbourg commence dès le mois de juillet {Jrch. A'at., 33 115, fol. 39).

1, Jean de Montfort, duc de Bretagne, dont ralliance avec la couronne d'Angleterre avait été confirmée dès 1377 par des Uttres de Richard II (Bibt. Nat., coll. Moreau 702, Bréq. 78, fol. 53-60), avait fait partie d'octobre 1377 à janvier 1378 d'une expédition de Buckingham sur Brest, dont ne parle pas Froissart. Cette expédition, venant après celle de Gui de Brian, qu'avait fait échouer la mort d'Edouard III [Rec. Off., Queeri's Rem., Mise, Army i|), fut décidée le 10 septembre 1377 [Ibid., Navy^). Le roi demande des subsides au clergé le 29 septembre [Rec. Off., Close Rolls, 1 Ric/i. II, m. 3 v°), emprunte sur ses joyaux 5000 livres [ibid.. Patent Rolls, 1 Rich. II, part. 5, m. 22) et ordonne à Buckingham d'être prêt à partir le 10 octobre [Ibid., Queen's Rem.^ Mise, Navy ^). Le 20 octobre, la flotte part de Londres, forte de près de 2000 hommes d'armes et 2000 archers, et protégée par des nefs bayonnaises [Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II, m. 3), sous le commandement de Buckingham, lieutenant du roi, et de Michel de la Pôle, amiral du nord. Le duc de Bretagne emmenait 200 hommes d'armos et 200 arcbers; Thomas de Percy, 60 hommes d'armes et 60 archers; Bobert Knolles, 140 hommes d'armes et 140 archers; Jean d'Arundell, 200 hommes d'armes et 200 archers {Rec. Off., Issue Rolls, 1 Ric/i. Il, m. 2), etc. La flotte entre le 9 janvier 1378 dans la rade de Brest, et Bobert Knolles est nommé gardien du château (Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Ace. k, m. 4 V) en place de l'écuyer Jean Clerc, qui avait été hiit prisonnier par les Français sous les murs de la ville [Rec. OU'., Issue Rolls, \ Hich. II, m. 10). L'expédition nMitre ù Southampton le 25 janvier 1378 {Ibid., m. 38 r°), et, à son retour, Buckingham est aussitôt retenu au service de Ricbard II avec 50 hommes d'armes et 50 arcbers. Le 1" mai Richard II lui mande d'être à Southampton le 15 juin [Ibid., Queeri's Rem., Mise, Navy ^].

2. Alain de Rohan reçoit à Paris, le 17 décembre 1377, mandat de

XLiv CHRONIQUES DE J. FROISSART.

mis le siège sous les murs de Brest, défendu par un écuyer anglais, nommé Jacques Clerc. Pour éviter quç les Anglais ne puissent s'établir dans les villes de Normandie, le roi ordonne aux seigneurs de Couci et de la Rivière de se hâter de prendre par force ou en traitant, les villes les plus proches de la mer; et sachant que Cherbourg n'était pas de prise facile, et voulant en empêcher le ravitaillement, il envoie à Valognes* des gens d'armes de Bretagne et de Normandie, les Bretons sous les ordres d'Olivier du Guesclin, les Normands sous les ordres du seigneur d'Ivry* et de Perceval d'EsnevaP. P. 63, 64, 304.

Les seigneurs de Couci et de la Rivière avaient mis le siège sous les murs d'Evreux*, une grande ville de Cotentin, tout près

se trouver en Bretagne à la frontière de Brest (DomMorice, Preuves de FHistoire de Bretagne^ t. II, p. IS^è). C'est donc après cette date qu'il faut mettre le siège de Brest, pendant lequel Jacques Clerc est fait prisonnier (voy. la note précédente) : on a vu que l'arrivée des renforts anglais était de janvier 1378.

1. Valognes, commandé par Guillaume de la Haye (Mandements de Ch. r, n" 1825), se rend le 26 avril 1378 à du Guesclin, à Charles de Navarre et au duc de Bourgogne, qui y est encore le 28 (Arch, Nat., JJ 112, fol. 181). Le château ne fut pas démoli {Chr. du Mont- Saint-Mic/iel, t. I, p. 11), et la garde, ainsi que celle de la ville, en fut confiée à Jean de SilFrevast, écuyer du roi, aux gages de 600 livres par an {Mandements de Ch. T, n"' 1760 et 1920).

2. Charles d'Ivry, enfant servant d'écuelle devant le dauphin en avril 1378 {Mandements de Ch. F, n° 1691), est fait capitaine d'Ivry le l" juillet 1378 [Bihl. Nat., Pièces orig. vol. 1561) : on le trouve chambellan du roi eu avril 1390 [Ibid.).

3. Perceval d'Esneval, chevalier, est au service du connétable le 27 mai 1378 [Bihl. Nat.^ Pièces orig. vol. 1064), assiste au siège de Gavray le 31 mai 1378 {Mandements de Ch. r, n° 1731), sert en Picardie en juillet et août 1380 (Bihl. Nat., Clair, vol. 43, n" 3229 et vol. 40, n° 2995). En octobre 1397, on le trouve chambellan du duc d'Orléans et sénéchal de Ponthieu {Bibl. Nat., Pièces orig. vol. 1064).

4. Le texte de Froissart est ici en contradiction avec lui-même, puisque après avoir raconté la prise d'Evreux, il en reparle plus loin, p. 67, 79à81. Le fait qu'il parle d'une grande ville de Cotentin, située près de la mer, montre qu'il s'agit d'Avranches. Certains mss., comme Jil, ont corrigé ici après coup ^preMj; en Evrenses {Avranches)\ d'autres, comme B 7, ont supprimé la phrase caractéristique d'Avranches, relative au voisinage de la mer, ou comme B 12, ont remplacé plus loin (p. 67, 79 a 81) Évreux par Avranches. En adoptant la leçon Avranches, pour le paragraphe 46, Froissart n'en reste pas moins fautif d'avoir fait commencé la campagne de Normandie par le siège de cette ville, qui fut prise par Bertrand du Guesclin le 29 avril 1378 (S. Luce, Chr. du Mont-Saint-Michel ^ t. I, p. 10, note 3), alors qu'Evreux

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de la mer, qui appartenait au comté d'Evreux. Les habitants, après avoir demandé une trêve de trois jours, entrent en pourparlers, et bientôt les seigneurs de Couci et de la Rivière prennent possession de la ville au nom du roi de France, agissant comme procureur du jeune Charles de Navarre, présent luimême. Une garnison installée, les Français viennent assiéger Carentan, belle ville et fort château situés au bord de la mer. P. 64, 65, 304.

Depuis la mort d'Eustache d'Aubrecicourt, les habitants de Carentan n'avaient plus de capitaine ; aussi ne se sentant pas soutenus, et effrayés par le voisinage des flottes française et espagnole, qui, sous les ordres de Jean de Vienne et de l'amiral espagnol, menaçaient Cherbourg, ils traitent bientôt et se mettent en l'obéissance du roi de France, sous la réserve des droits du jeune héritier, Charles de Navarre*.

Le château des Moulineaux se rend de même au bout de trois jours * ; et tandis que l'armée se repose sur les bords de l'Orne, Couches ouvre ses portes aussi'. Les garnisons ennemies, rendues

s'était rendu le samedi 17 avril (Jrch. Nul., JJ 113, fol. 8° V à 9 r"). La démolition du château est ordonnée par le roi en date du 14 juillet 1378 {Mandements de Ch, V^ n° 1767) et est à peine achevée en 1380 {Arch. Nat., JJ 116, fol. 87). Le 29 juillet 1378, des lettres de rémission sont accordées à des habitants d'Avranches, anciens partisans de Charles le Mauvais (Arc/t, Aat., JJ 115, fol. 23). Au siège d'Avranches assistaient non seulement le seigneur de Couci et Bureau de la Rivière, mais Bertrand du Guesclin et le duc de Bourgogne, qui dut partir de là pour faire un pèlerinage au Mont-Saint-5lichei (É. Petit, Itinéraires, p. 138).

1. Carentan se rendit le 25 avril 1378 à l'amiral Jean de Vienne (Terrier deLoray, Jean de P'ienne, p. 119); le château ne fut pas abattu (Ckr. du Mont-Saint-Michel, t. I, p. 10-11), mais placé, ainsi que la ville, sous la garde de Guillaume de Viliers, chevalier, aux gages de 800 francs par an (Mandements de Ch. F, n° 1758). Jean de Vienne ne devait pas être accompagné de la flotte espagnole qui n'arrivait pas en France avant le mois de juin (Terrier de Loray, loc. cit., p. 125, note 1).

2. Le château des Moulineaux, près de Rouen, était certainement rendu avant le 30 juin 1378, époque à laquelle des lettres de rémission sont accordés à un Raoulin le Coq, « clerc » du capitaine du château [Arch. Nat., JJ 114, fol. 159). Le capitaine, nommé par Charles V, fut Guillaume aux EspauUes, chevalier, aux gages de 800, puis de 300 francs par an [Mandements de Ch. /', n" 1791).

3. Conches (Eure, arr. d'Evreux) avait dû se rendre en même temps qu'Évreux. Le château ne fut pas démoli [Chr. du Mont-Saint-

xLvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.

ainsi libres, se retirent à Évreux*, dont Ferrando, un Navarrais, était capitaine. P. 6S, 66, 305.

Le château de Pacy se rend après deux jours de siège ^ Les gens du roi de France conquièrent ainsi tous les châteaux et petits forts qui appartiennent au roi de Navarre ', et le pays

Michel, t. I, p. 11), mais confié sans doute à la garde d'Olivier Ferron, écuyer du roi {Mandements de Ch. F^ n° 1950).

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