‹ Chroniques (volume 5)Chapitre 47 sur 91 · Belgique, prov. de Hainaut, près de Charleroi · texte numérisé non relu

Belgique, prov. de Hainaut, près de Charleroi

Lxvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.

Morialmé*, où il reste jusqu'à la mort du roi Charles V. P. 135 à 137, 318.

A cette date la Bretagne est divise'e au plus haut point^ : d'un côté les bonnes villes, qui pour la plupart sont du parti du duc et ont aussi avec elles quelques grands noms comme la duchesse de Penthièvre, mère de Jean et de Gui de Bretagne; de l'autre.

1. Jean de Condé, seigneur de Morialmë, avait épousé Marie de Saint-Fol, sœur de Walleran de Luxembourg, comte de Saint- Fol.

2. « En cel an (1380), le duc de Braban, oncle de l'empereur et du « roy de France, et le duc Aubert vindrent à Paris pour faire la paix « au coûte de Saint Fol, lequel estoit départi de avec les Anglois et « estoit en l'empire es parties de Henault. Eulx disoient que ce que « le dit conte de Saint Fol avoit fait n'estoit fors pour soy délivrer « de prison » {^Clir. des Quatre Valois, p. 286). Ces négociations ne réussirent pas.

3. Après avoir pre'alablement consulté le Parlement, Charles V, reprochant au duc de Bretagne d'avoir fait partie de l'expédition anglaise de 1377-1378 (voj. plus haut p. xliii, note 1), ajourne Jean de Montlort à comparoir devant le roi et ses pairs le samedi ^i décembre 1378 {Aîxh. Nat., X*" 1471, fol. 133 v°) ; le 9 décembre, le roi vient lui-même au Parlement : après les plaidoiries des 10, 11 et 13 décembre, le duc est déclaré, le 18 décembre, coupable de félonie ; la confiscation du duché de Bretagne et sa réunion au domaine de la couronne est déclarée. Le roi, malgré la protestation de la ducliesse de Fenthièvre, charge le duc de Bourbon, le maréchal de Sancerre, l'amiral Jean de Vienne, Bureau de la Rivière et d'autres de prendre en sou nom possession des places de Bretagne que s'engagent à leur livrer le connétable, Olivier de Clisson et les seigneurs de Laval et de Rohan [Grandes clironiqucs, t. YI, p. 455-456). Dès le mois de février 1379, Charles V enrôle à son service de nombreux Bretons et renouvelle l'engagement de Clisson [Mandements de Cli. V, n° 1830) ; le 10 avril, il mande à Paris le connétable, le seigneur de Laval, Olivier de Clisson et Jean, vicomte de Rohan, et leur énumèie ses griefs contre le duc de Bretagne et leur demande leur concours, que promettent les barons. Du Guesclin reste à Paris, tandis qu'Olivier de Clisson ne peut réussir à mettre Nantes entre les mains du duc de Bourbon. De retour en Bretagne Jean de Rohan, malgré les bons procédés du roi à son égard [Mandements de Cli. A', n" 1837), et avec l'aide de Jeanne de Penlhièvre, organise la résistance à Charles V. Des conciliabules se tiennent, des chefs sont nommés, des ambassades sont envoyées au duc pour l'engager à revenir en Bretagne. La dernière, celle de Jean de Quelen, est du 4 mai 1379 (Dom Morice, Pre/n'es, t. II, col. 218). Après avoir échoué dans ses tentatives de conciliation auprès de Jeanne de Penthièvre (-^rc/i. Nat. ,KK 242, fol. 107) et de son filsHenri, en mai 1379, le duc d'Anjou est nommé le 1"" juillet lieutenant général et spécial en Bretagne avec 1100 hommes d'armes. 11 commence la campagne de Bretagne.

SOMMAIRE DU DEUXIÈME LIVRE, gg 83-95. lxvii

le connétable Bertrand du Guesclin, les seigneurs de Clisson, de Laval, de Rochefort, le vicomte de Rohan, qui tiennent le pays en guerre avec des compagnies forme'es de gens de toutes nations et occupent Pontorson et Saint-Malo. Le duc sait tout cela ; il connaît aussi les bonnes dispositions de ses bonnes villes et les funestes entreprises du duc d'Anjou contre ses gens : il ne peut cependant se résoudre à quitter l'Angleterre et à retourner en Bretagne, ci'aignant quelque trahison : le roi d'Angleterre ne l'y engage pas du reste. P. 137, 138, 318.

En Normandie, monseigneur Guillaume des Bordes*, établi à Valognes dont il est capitaine, cherche de toute façon à harceler la garnison de Cherbourg commandée par Jean de Harleston^; avec lui sont le petit sénéchal d'Eu^, Guillaume Martel', Braquet de Braquemont^, le seigneur de Torci ^, Perceval d'Esne-

1. Guillaume des Bordes, capitaine général du Cotentin, passe le printemps de 1379 à solder les travaux de fortification de Montebourg (ITm^. Brit., Àddit. Chavlers 10 701-10 712-, Cheltenham 8670).

2. Jean de Harleston, après le ravitaillement de Cherbourg du 3 au 29 avril 1379, avait retenu 160 hommes d'armes, 106 archers et 20 arbalétriers; le 29 il arriva à Cherbourg avec 185 hommes d'armes, 105 archers et 30 arbalétriers. Du 29 avril au 30 décembre 1379, il entretient 300 hommes d'armes, 200 archers et 60 arbalétriers {Rec. Off., Lord Treas. Rem.^ For. Ace. k. m. 16 v°). Il est remplacé le 23 octobre 1379 comme capitaine de Cherbourg par William de Wyndesore (Rec. Off..^ Frencli Rolls, 3 Ric/i. //, m. 19).

3. Jean le Sénéchal, sénéchal d'Eu, était en juillet 1375 capitaine du château des Moulineaux {Mandements de Cit. f\ n° 11^7) et en août de la même année capitaine de Saint-Sauveur [Ib'ul., n° 1155). Il sert en 1385 et 1386 en Normandie sous le gouvernement du seigneur de la Ferté [Bihl. 7Y«^, Clair, vol. kb, n"' 170-172).

k. Guillaume Martel, châtelain de Gaillard en 1369 (Mandements de Cil. T', n" 620), châtelain de Falaise en 1375 (Ih'id..^ n° 1136), chambellan du roi en août 1377 {Blhl. Kat., Pièces orig. vol. 1868), était en 14H seigneur de Bacqueville et premier chambellan du roi (Coll. de Rastard, p. 153). Voy. sur ce personnage la notice de M. H. 3Ioranvillé (IHcm. de la Soc. de PHist. de Paris, t. XVII, p. itOO-iOS).

5. Guillaume, sire de Braquemont, dit Braquet, seigneur de Tartigny par sa femme en juin 1380 {.4rcli. Aat., JJ 117, fol. %k), chamhellan du duc d'Orléans, au 10 janvier 1389 [Coll. de Rastard, p. 16), chambellan du roi au 4 juillet 1391 (liild. .Va/.. Pièces orif^. vol. 494), seigneur du Pont Tranquart, capitaine de Cliauni-sur-Oise, au 7 avril 1402 [Coll. de Rastard, p. 185), maréclial d'Orléans, licutcuant général au duché de Luxembourg, gardien de Mouron, aux 11-13 avril 1402 (Ibid., p. 190).

6. Colart d'Estouteville, seigneur de Torci, est cité comme gardien et gouverneur du château d'Arqués, le 20 mai 1379 (Mandements de

Lxviii CHRONIQUES DE J. FROISSART.

val*, le Bègue d'Ivry, Lancelot de Lorris' et autres chevaliers. Dans une escarmouche, Lancelot de Lorris provoque en bataille personnelle un chevalier anglais nommé Jean de Copelant, qui le tue; les deux routes en viennent alors aux mains, et tous les seigneurs français sont faits prisonniers, et parmi eux Guillaume des Bordes, que prend un e'cuyer de Hainaut, Guillaume de Beaulieu^. Les prisonniers sont conduits à Cherbourg*, où ils retrouvent Olivier du Guesclin'^. P. 138 à 140, 318, 319.

En Auvergne et en Limousin le pays souffre des incursions anglaises : le château de Ventadour^ est vendu six mille francs à un chef breton, Geoffroi Tête-Noire'^, par Ponce du Bois, e'cuyer du comte de Ventadour, à la condition que le comte pourra se retirer, avec sa famille et ses armes et bagages, à Montpensier*,

Ch. V, n" \?,kQ) \ il est nommé capitaine de Cherbourg après la reddition de la ville en 140-i {Chr. de P. Cochon, p. 325-326).

1. Sur ce personnage déjà rencontré (cf. p. xliv, note 3), voy. la notice de M. H. Moranvillé [Mém. de la Soc. de l'Hiit. de Paris, t. XVII, p. 341-343).

2. Ce Lancelot, qu'il faut peut-être identifier avec un Guérin de Lorris (cf. H. Moranvillé, i>/em. de la Soc. de VHist. de Paris, t. XVII, p. 395-396), se montre au service du duc d'Anjou en mars 1371 [Bibl. A'at., Pièces orig. vol. 17.^5).

3. Un Guillaume de Beaulieu, cité comme écuyer en 1429 dans Rymer (t. X, p. 435), ne semble pas devoir s'identifier avec celui-ci.

4. L'escarmouche où fut pris Guillaume des Bordes eut lieu le 4 juillet 1379 entre Montebourg et Cherbourg; elle est racontée avec détails dans la première rédaction adoptée par Buchon à la fin du premier livre (t. I, p. 720-721; cf. Kervyn, t. IX, p. 137-139). Guillaume des Bordes fut interné à la tour de Londres, par un mandement adressé au connétable Alain de Buxhull, en date du 12 mai 1380 [Rec. Off., Close Rolls, 3 R^ich. II, m. 4). Le 30 août 1380, sa rançon est attribuée à Tliomas de Felton {^Rec. Off., Patent Rolls y k Ricli. II, part 1, m. 22).

5. A la date du 25 mai et du 20 juin 1379, une somme de 100 sols est accordée à Jean Clewell pour conduire de Weymouth à Londres Olivier du Guesclin, deux écuyers et un valet [Rec. Off., Issue Rolls, 2 Rich. II, m. 8).

6. Corrèze, commune de Moustier- Ventadour. Le château fut remis à Geoffroi Tête-Noire dans les derniers mois de 1378 [Dictionnaire statistique... du Cantal, t. IV, p. 286).

7. En 1379, l'année suivante, Tête-Noire prenait Chalus [Dîct. statistique... du Cantal, t. IV, p. 286); nous le retrouvons en Nivernais; et Philippe de Jaucourt organise la résistance contre lui (J. Finot, Recherches sur les incursions des anglais, p. 116).

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