‹ Chroniques (volume 5)Chapitre 53 sur 91 · Voy. Froissart, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Voy. Froissart, t. VIII, p

2. On a vu plus haut, p. lxxiii, note 1, la défaite de Sevestre Bude.

3. Sevestre Bude réclamait au pape Clément une somme de 30 000 francs pour l'avoir aidé à venir d'Italie à Avignon; accusé par le cardinal d'Amiens qui « disoit qu'il l'avoii voulu prendre et détenir « et qu'il avoit pillié en royaume de PVance et bouté fou et fait « bouter », et mandé à Mâcon par le bailli Oudard d'Atainville, il y fut décapité. Les routiers indignés ravagèrent la campagne de Màcon [Chr. des Quatre Valois, p. 282).

Lxxviii CHRONIQUES DE J. FROISSART.

les autres, et, malgré les efforts du comte, la division se mit entre elles. P. 158, lo9, 322, 323.

Il y avait alors à Gand un homme instruit, hardi et entreprenant, Jean Yoens*, que le comte chargea de le débarrasser d'un bourgeois qui le gênait. Une querelle s'éleva donc entre Jean Yoens et ce bourgeois, nommé Jean Doncker-; le bourgeois fut tué, et Jean Yoens dut se réfugier à Douai, bien payé par le comte. Le comte fit plus : il obtint le consentement de la ville de Gand au retour de Jean Yoens, qu'il nomma doyen des bateliers.

Une autre famille existait à Gand, les Mahieu', composée de sept frères, dont l'un, Gilbert, jalousait Jean Yoens et ne cherchait qu'à le supplanter dans les bonnes grâces du comte.

D'autre part, même haine existait à Damme* enti'e les familles de deux riches bateliers, les Jean Pied et les Jean Bard, dont les uns étaient du parti de Gilbert Mahieu et les autres de celui de Jean Yoens. Pour perdre Jean Yoens, Gilbert fit savoir au comte, qui aimait l'argent, qu'il ne tenait qu'à Jean Yoens qu'on pût établir un droit sur les bateliers, ce qui serait grand jirofit pour lui. Jean Yoens appelé ne trouva pas la chose faisable, et tous les bateliers réunis, parmi eux les Mahieu, furent de son avis. P. 159 à 163, 323, 324.

J^e comte, furieux de voir lui échapper un profit de six ou sept mille florins, nomma Gilbert Mahieu doyen des bateliers à la place de Jean Yoens; et les bateliers n'osèrent pas refuser de payer la redevance au comte. Gilbert accablait de présents l'entourage du comte et ne donnait pas à Jean Yoens tout ce qui lui revenait de son gain de batellerie. Jean Yoens se taisait et attendait. Et Etienne, l'un des frères Mahieu, n'augurant rien de bon de cette attitude, se demandait s'il ne vaudrait pas mieux dès lors se débarrasser de leur ennemi.

1. Sur la famille de Jean Yoens, voy. rédition de Kervyn, t. IX, p. 530 et t. XXIII, p. 299-301.

2. Ce bourgeois, dont le nom défiguré n'est donne' que par les manuscrits de la Chronique de Flandre, avait été échevin de Gand en 1338 et 1342 (Kervyn, t. XXI, p. 103) : il avait été tué antérieurement à 1352, car à cette date intervient entre Jean Yoens et la famille Donckei- un contrat de paix à partie (//>/</., t. XXIII, p. 301).

3. Sur la famille Mahieu, voy. Kervyn, t. IX, p. 529-530 et t.XXII, p. 132.

4. Belgirpic, prov. de Flandre occidentale, au nord de Bruges.

SOMMAIRE DU DEUXIEME LIVRE, gg 101-122. lxxix

Les choses en sont là, quand les Brugeois, du consentement du comte, réveillent une vieille querelle en se mettant à creuser un canal entre la Lys et la Reye. pour détourner à leur profit les bateaux venant de l'Artois*. C'était la ruine pour Gand. « Ah! « disent les Gantois, cela ne se passerait pas ainsi, si Jean Yoens a était encore doyen des bateliers ! » Poussés par le récit d'une femme qui en revenant du pèlerinage de Boulogne-sur-Mer avait vu les travaux des Brugeois, les Gantois s'adressent à Jean Yoens pour lui demander conseil. Celui-ci les invite alors à rétablir la vieille association des chaperons blancs. La chose se fait, Jean Yoens est élu chef^ des chaperons blancs \ et sa bande, forte de plus de 500 hommes, s'apprête à courir sus aux Brugeois. P. 163 à 167, 324.

Les Mahieu regrettent alors de n'avoir pas écouté l'avis d'Etienne. Quant à Jean Yoens, il part avec ses chaperons blancs pour Deynse, mais revient bientôt sans avoir trouvé les Brugeois, qui s'étaient enfuis^. Us restent à Gand et se tiennent prêts aux événements. P. 167, 168, 324, 32o.

Les Gantois avaient un nouveau sujet de plainte contre le comte, qu'ils accusaient de porter atteinte à leurs franchises, en tenant en prison à Eecloo* un meunier, bourgeois de Gand, que le bailli, Roger d'Auterive, refusait de rendre sans le consentement du comte. Les chaperons blancs profitaient des circonstances jwnr se montrer partout et se rendre indispensables. P. J68 à 170, 325.

Les Gantois commencent à murmurer, et Jean Yoens augmente leur mécontentement en leur faisant remarquer que non seulement les franchises de Gand sont atteintes, mais aussi son com-

1. C'est le comte lui-ni<1mc qui provoqua le dissentiment entre Gand et Bruges; il était venu à Gancî après la Pentecôte (29 mai) de 1379 pour assister à uu tournoi. Ayant besoin d'argent, il demanda à établir une taxé'qui, par l'intervention d'un nommé Gossuin Mulaert, ue lui fut pas accordée. Les habitants de Bruges au contraire se hâtèrent de fournir de l'argent au comte, qui leur permit de creuser un canal entre leur ville el Deynse, pout leur apporter l'eau douce dont ils manquaient (J. Meyer, Jnnales reriim Flandricaruni, Anvers, 1561, fol. 170 v°). La révolte contre le comte eut lieu, nous dit la Clironograpk'ia (t. II, p. 373), «quia impositiones et subsiclia coUigere et malas « consuetudines in l'"lan<lria volebat inducere ».

2. Jean Yoens prit comme lieutenants Gossuin Mid.iert, Arnoul Declercq et Simon Colpaert (J. Meyer, loc. cit., fol. 170 v").

3. J. Meyer dit au contraire que quelques Brugeois furent tués. k. Belgique, prov. de Flandre orientale.

Lxxx CHRONIQUES DE J. FROÎSSART.

merce, car les gens de Douai et de Lille ne veulent plus y venir depuis qu'a été établie la nouvelle redevance des bateliers. Jean Yoens se défend de vouloir diminuer en rien le patrimoine du comte, mais il lui semble qu'il serait bon d'envoyer une ambassade relative à l'emprisonnement du meunier * et aussi aux travaux de canalisation des Brugeois, qui, dit-on, auraient promis au comte dix à douze mille florins par an pour avoir son acquiescement. P. 170 à 173, 325, 326.

Les messagers partent pour Maie 2, et parmi eux Gilbert Mahieu; ils reviennent bientôt, ayant gain de cause : le bourgeois d'Eecloo leur sera rendu, les Brugeois ne creuseront plus leur canal et combleront même ce qui a déjà été ci'eusé, le tout à condition que les chaperons blancs seront dissous^. Jean Yoens démontre alors au peuple que c'en est fait des franchises de Gand, si l'on accepte les conditions du comte; et, craignant luimême quelque surprise de la part des Mahieu, il donne, l'ordre à ses gens de veiller et de se tenir sur leur garde. P. 173 à 173, 326.

Peu de temps après, le bailli de Gand, Roger d'Auterive, arrive à Gand avec 200 chevaux pour exécuter les ordres du comte. Il s'avance jusqu'au marché du vendredi, la bannière du comte à la main, escorté de Gilbert Mahieu et de tous les siens. On devait saisir Jean Yoens et six ou sept de ses gens et leur couper la tête. Jean Yoens, qui se doutait de la chose, avait rassemblé chez lui 400 chaperons blancs. Il marche alors au milieu d'une troupe qui grossit jusqu'au marché. A sa vue les Mahieu s'enfuient, et en peu de temps le bailli est saisi et tué*; la bannière du comte est mise en pièces et foulée aux pieds. Les gens du comte à leur tour prennent la fuite. P. 175 à 177, 326,

Les Mahieu cependant quittent la ville, y laissant leurs femmes

1. Les Gantois réclamaient aussi un autre prisonnier, un chaperon blanc, que son attitude provocante avait fait arrêter (J. Meyer, ibid.).

Page 1