CHAPITRE LXVI
1347, SIÈGE DE CALAIS, TROISIÈME PERIODE : DE MAI A AOUT 1347. ARRIVÉE PRÈS DE CALAIS ET RETRAITE SANS COMBAT DE PHI- LIPPE DE VALOIS A LA TETE d'uNE NOMBREUSE ARMEE, REDDI- TION DE CALAIS ( 3 AOUT ) ; DÉVOUEMENT d'eUSTACHE DE SAINT- PIERRB ET DE CINQ AUTRES BOURGEOIS* (§§ 306 à 314).
PhiUppe de Valois entreprend de réunir une armée pour marcher au secom's de Calais ; il donne rendez-vous à ses gens à Amiens* pour le jour de la Pentecôte. Il n'adresse son mandement qu'aux gentilshommes , car il pense que les gens des communautés, à la guerre, ne sont qu'un obstacle et un encombrement : ces gens-là fondent dans une mêlée comme la neige au soleil, ainsi qu'on l'a vu à Caen, à Blanquetaque, à Crécy et dans toutes les affaires où ils ont figuré. Le roi de France n'en veut plus avoir, excepté les arbalétriers des cités et des bonnes villes. Il veut bien leur or et leur argent pour subvenir aux frais et
nommé Michel de Chamaire, fut taxé par les Anglais à si forte rançon que, pour la payer, il dut se mettre au service de Foulque de Mathas, chevalier de Saintonge, comme simple archer. JJ85, p. 113.
1. Cf. Jean le Bel, Clironlques, chap. lxxx et lxxxi, p. 127 à 142.
2. Philippe de Valois était à Montdidier le 27 avril 1347 (Bibl. nat., dép. des mss.. Chartes royales, t. III, p. 70 ; Arch. nat., JJ68, p. 281); il était à Moreuil, entre Montdidier et Amiens, au mois de mai (JJ68, p. 140); il passa la plus grande partie du mois de mai à Amiens (JJ68, ])• 167); il quitta cette ville avant la fin de mai, car plusieurs actes qui portent la date de ce mois sont donnés , soit sur les champs entre Beauquesne (Somme, arr. et c. DouUens, entre Amiens et Doullens) et Lucheux, soit à Lucheux (Somme, arr. et c. Doullens, entre Doullens et Arras) JJ68, )). 272, 137, 301.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 306-314. xix
payer les gages des gentilshommes : voilà tout. Qu'ils se contentent de rester chez eux pour garder leurs femmes et leurs enfants , labourer la terre et faire le commerce : le métier des armes n'appartient qu'aux gentilshommes qui l'ont appris et s'y sont forme's dès l'enfance^. Jacques de Bourbon, comte de Ponthieu, connétable de France par intérim en l'absence du comte d'Eu, prisonnier en Angleterre, les seigneurs de Beaujeu et de Montmorency, maréchaux de France, le seigneur de Saint-Venant, maître des arbalétriers, sont à la tête des forces françaises réunies à Amiens. On n'y compte pas moins de douze mille heaumes, ce qui fait soixante mille hommes, cai' chaque heaume suppose au moins cinq hommes, et en outre vingt-quatre mille arbalétriers génois , espagnols et hommes des cités et bonnes villes. P. 44, 269 à 272.
Le roi de J'rance, qui voudrait bien envoyer une partie de ses gens du côté de Gravelines * et qui a besoin pour cela du concours des Flamands, essaye de détacher ceux-ci de l'alliance d'Edouard III ; il n'y réussit pas et se décide alors à se diriger du côté de Boulogne. — Informé de ces pré[)aratifs de son adversaire, le roi d'Angleterre redouble d'efforts pour réduire Calais par la famine ; il fait construire sur le bord de la mer, à l'entrée du havre, un énorme château muni d'espringales, de bombardes, d'arcs à tour, et il y établit soixante hommes d'armes et deux cents archers : aucune embarcation ne peut entrer dans le port de Calais ni en sortir sans s'exposer à être criblée par l'artillerie de ce château. En même temps, les Flamands, à l'instigation d'Edouard III, viennent, au nombre do cent mille, mettre le siège devant Aire ' ; ils brûlent tout le pays des environs, Saint-
1. Ce curieux passage, où l'on voit si bien les préventions passionnées de Pliilippe de Valois et de sa noblesse contre l'emploi des villains à la guerre, ne se trouve que dans la rédaction de Rome (p. 270 et 271 de ce volume). Des trois combats cités, il y en a un au moins ou les viliains firent très-bonne figure, c'est celui de Caen, dont les bourgeois, d'après les propres paroles d'Edouard III lui-même, « se defenderent mult bien et apcrterneiit , si que la nielle fut très fort et lung durant. » Voyez Jules Delpit , Collection générale des documents français qui se trouvent eu Angleterre, in-4", 1847, p. 71.