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CHAPITRE LXV

134b. PRISE DE LA ROCHE-DERRIEN PAR LES ANGLAIS. 1347.

SIÈGE DE CETTE FORTERESSE PAR CHARLES DE BLOIS , QUI EST VAINCU ET FAIT PRISONNIER PAR THOMAS DE DAGWORXH A LA BATAILLE DE LA ROCHE-DERRIEN* (§§ 304 Ct 305).

La trêve de Malestroit^ avait été bien observée* en Bretagne, tant par Charles de Blois et les Français que par les partisans de la comtesse de Montfort et les Anglais ses alliés. A l'expiration

soin de stipuler que Robert de Namur y était compris. (Rymer, Fœdera, vol. III, p. iSy, 177, 197.) Ce passage sur Robert de Namur, ajouté par Froissart au texte de Jean le Bel, a été retranché dans la seconde rédaction de son premier livre écrite sous le patronage d'un prince de la maison de Fiance, de Gui de Blois.

1. Cf. Jean le Bel, Chroniques, t. II, cbap. LXXIX, p. ia3 à ia6.

2. Cette trêve, conclue le 19 janvier i343, devait durer jusqu'à la Saint-Michel i343 et de là en trois ans, c'est-à-dire jusqu'à la Saint- Michel 1346. Voyez le sommaire du t. III de notre édition, p. viii et ix.

3. Cette assertion de Froissart est erronée. La trêve de Malestroit fut toujours fort mal observée, comme l'atteste, entre beaucoup d'autres témoignages, la pièce suivante dont on nous saura gré peut-être de donner l'analyse, ne fût-ce qu'à cause de la rareté des actes relatifs à cette période de la vie de Charles de Blois. Par acte donné a en noz tentes devant Guérande » le 18 août i344i Charles, duc de Bretagne, vicomte de Limoges, sire de Guise et de Mayenne, cliarge son sénéchal de Dinan, Olivier de Morzelle, de faiie une enquête sur une demande d'un marché fixé au dimanche présentée par son amé Alain de Rochefort en faveur de la ville de Ploer (auj. Plouer, Côtcs-du-Nord, ar. et c. Dinan). Une réponse favorajjle à la demande d'Alain de Rochefort, délibérée aux plaids de Dinan, tenus le jeudi après la Saint-Lucas i344i en présence de Geffroy Lebart, de Robin Braon, de Pierre Leroy, receveur de Dinan, de Trehan Ploret, de Lucas Leboutciiler, de Jean Terbuille, de Jean Lerov, après bans faits par le sergent Olivier Lemée, une réponse favorable, dis-je, est transmise à Charles qui accorde à Alain de Rochefort, en dédommagement de « dommages qu'il sueffre de jour en jour à cause de noz guerres » le marché demandé, par lettres scellées du sceau de sa chancellerie de Guingamp le a5 novembre i344 et confirmées par le roi de France en février i34(> (u.st-) Arch. nat., sect. hist., JJ68, p. ifù, f" 87.

de cette trêve, la guerre se rallume : Edouard III expédie en Bretagne un renfort de deux cents hommes d'armes et de quatre cents archers sous la conduite de Thomas de Dagworth" et de Jean de Hartsel. Ces deux chevaliers font souvent, en compagnie d'un vaillant homme d'armes breton nommé Tannegui du Châtel, des chevauchées contre les gens de Charles de Blois. P. 38, 39,

Thomas de Dagworth, Jean de Hartsel et Tannegui du Châtel s'emparent de la Roche-Derrien ^ au nom de la comtesse de Montfort. P. 39, 40, 261, 262.

A cette nouvelle, Charles de Blois rassemble à Nantes une ai^mée de douze cents armures de fer, de quatre cents chevaliers, dont vingt-trois bannerets, et de douze mille hommes de pied ' et vient mettre le siège devant la Roche-Derrien. Il fait dresser trois engins dont le jet incommode fort la garnison de cette forteresse *. La comtesse de Montfort ^ charge Thomas de Dagworth,

1. Le lo janvier i3^y, Edouard III nomme son amé et fe'al Thomas de Dagworth lieutenant et capitaine dans le duché de Bretagne. Rymer, Fœdera, vol. III, p. loo.

2. Côtes-du-Nord, ar. Lannion. Froissart, reproduisant une erreur de Jean le Bel (v. p. 124), dit que la forteresse de la Roche-Derrien fut prise par Thomas de Dagworth, ce qui reporterait la date de cet événement à la fin de janvier i347 ^^ plus tôt; en l'absence d'actes à date certaine, il y a lieu de préférer aux données vagues et incertaines, quand elles ne sont pas inexactes, de Jean le Bel et de Froissart, le récit très-précis et très-circonstancié des Grandes Chroniques d'après lequel le château de la Roche-Derrien se rendit à Guillaume de Bohun, comte de Northampton, en décembre i345. Voyez l'édit. de M. P. Paris, in-i2, t. V, p. 443 et 444-

3. D'après une lettre adressée en Angleterre par Thomas de Dagworth, qui est, comme nous dirions aujourd'hui , le bulletin de la bataille rédigé par le vainqueur, l'armée de Charles de Blois se composait de douze cents chevaliers et écuyers, de six cents autres gens d'armes, de six cents archers du pays et de deux mille arbalétriers, sans compter les gens de commune. Robert de Avesbury, Hist. Ed. III , p. iSg.

k. D'après les Grandes Chroniques (t. V, p. 472), ces engins étaient au nombre de neuf, dont im, d'une dimension énorme, lançait des pierres pesant trois cents livres. Du reste, tout le récit de la bataille de la Roche-Derrien dans les Grandes Chroniques (p. 471 à 478), par l'étendue des développements, par l'abondance des détails et des particularités, par la précision des indications locales qu'il renferme, semble écrit par un témoin oculaire ou du moins sous sa dictée.

5. Il y a tout lieu de penser, selon l'observation de dom François Plaine, que la comtesse de Montfort, qui s'était retirée en Angleterre

SOMMAIRE DU PRExMIER LIVRE, §§ 304-30S. xvn

Jean de Hartsel et Tannegui du Châtel de marcher au secours des assiégés à la tête de mille armm^es de fer et de huit mille hommes * de pied. Une première rencontre entre l'armée de Charles de Blois et la moitié des forces de Thomas de Dagworth a lieu au milieu de la nuit; Thomas de Dagworth y est grièvement blessé et fait prisonnier, après avoir perdu la plus grande partie de ses gens. Au moment où Jean de Hartsel et Tannegui du Châtel se préparent à effectuer leur retraite dans la direction d'Hennebont, Garnier, sire de Cadoudal, arrive avec un renfort de cent armures de fer et les décide à recommencer le combat; ils surprennent, vers le lever du soleil, l'armée de Charles de Blois endormie et que ne garde aucune sentinelle^. Cette armée est taillée en pièces : deux cents chevaliers et bien quatre mille hommes restent sur le champ de bataille'. Les Anglais re-

avec son fils, après la trêve de Malestroit, ne se trouvait pas alors en Bretagne. Voyez la brochure intitulée : De Pautorité de Froissart comme historien des guerres de Bretagne, Nantes, 1871, p. 29 à 31.

1. Dans le bulletin de sa victoire, dont nous avons parlé plus haut, Thomas de Dagworth prétend qu'il n'avait que quatre cents hommes d'armes et trois cents archers, sans compter la garnison de la Roche- Derrlen qui vint au secours des Anglais et tomba sur les derrières de l'armée de Charles de Blois, dès que le jour fut levé. L'habile capitaine anglais avait eu soin de donner à ses hommes un mot d'ordre qui leur permit de se reconnaître dans la confusion de cette mêlée de nuit ; faute de cette j)récaution, il arriva aux gens de Charles de Blois de combattre les uns contre les autres, et de faire eux-mêmes la besogne des Anglais. Robert de Avesbury, Hist. Ed. Ilf, p. 158 à 160.

2. La bataille de la Rocbe-Derrien se livra le 20 juin 1347, suivant le témoignage de Thomas de Dagworth : « le vingtième jour de juyn, environ le quarter, devaunt le jour. » Robert de Avesbury, Hist. Ed. III, p. 159.

3. D'après Thomas de Dagworth, six ou" sept cents chevaliers et écuyers périrent à la Roche-Derrien. Le capitaine anglais cite, parmi les morts, Alain, vicomte de Rolian, les seigneurs de I^aval, de Chateaubriand, de Malestroit, de Quintin, de Rougé, de Derval, le fils et héritier de ce dernier, Raoul de !\Iontfort; et, parmi les prisonniers, Charles de Blois, Gui de Laval, Uls du sire de Laval, les seigneurs de Rochefort, de Beaumanoir, de Loliéac, de Tinteniac (Robert de Avesbury, p. 160). Le seigneur de Rougé, qui fut tué à la Roche-Derrien, s'appelait Guillaume. Le 12 mai 1361, Charles de Blois donna la cliâtelienie de Pontcaleuc à lionabbé , seigneur de Rougé et de Derval , « fils de Guillaume, seigneur de Rougé, qui morut à la Roche Derian pour la défense de nostre droit, qu;nU prins fumes de noz ennemis. « (Arcli. nat., sect. hist., JJ90, p. 13). Avant de se rendre aux Anglais, Charles de Blois s'était battu comme un lion et avait reçu dix-sept blessures; un écuyer de sa compagnie, fait prisonnier avec son maître,

prennent Thomas de Dagworth; Charles de Blois, fait prisonnier pendant la bataille, est enfermé au château d'Hennebont, et le siège de la Roclie-Derrien est levé. Les hostilités n'en continuent pas moins entre Jeanne de Penthièvre, femme de Charles de Blois, qui dùnge les opérations au lieu et place de son mari, et les partisans de Jeanne de Flandre, comtesse de Montfort. P, 40 à 44, 262 à 269.

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