CHAPITRE LXVIII
1349 et 13dO. textative malheureuse de geoffroi de charmy
POUR REPRENDRE CALAIS AUX ANGLAIS (§§ 317 à 321}.
Geoffroi de Charny 2, capitaine de Saint-Omer, conclut secrètement une convention avec un Lombard, nommé Aimeri de Pa-
1. Croquart figure en effet le premier sur la liste des quinze gens d'armes qui, réunis à sept chevaliers et à huit écuyers, composaient les trente champions du parti anglais.
2. Geoffroi de Charny, seigneur de Pierre-Perthuis, de Montfort et de Savoisy, avait servi, en qualité de bachelier, avec six écuyers dans la bataille de Raoul, comte d'Eu, connétable de France, du 9 mars 1339 au l^"" octobre 13^*0, sur les frontières de Flandre; il était venu de Pierre-Perthuis sous Vézelay (Yonne, arr. Avallon, c. Vézelay; — De Camps, portef. 83, f" 317, à la Bibl. nat.). Le 2 août 1346, Geoffroi promu chevalier ('tait au siège devant Aiguillon où, par acte daté de Port-Sainte-Marie, il donnait quittance de 150 livres sur ses gages et ceux des gens d'armes de sa compaguie (Anselme, Inst . géncal., t. VIII, p. 2U2) ; le 6 janvier 1352, il était chevalier de l'ordre de l'Etoile de la première promotion (Pannier, Itht. de Sa'int-Ouen, p. 95 et 96) ; Iç 10 septembre 1352, il était à l'abbaye d'Ardres où il faisait payer 50 livres à Roijert de Varennes, capitaine de la bastide de Guines (Anselme, Ibid.^ p. 203) ; en octoiire 1353, dans un acte où il est qualifié « conseiller du roi » , il obtenait l'amortissement de 62 livres 10 sous tournois pour la dotation d'une chapelle ou église collégiale dont il avait projeté la fondation dès 1343 dans son manoir deLirey (Aube, arr. Troyes, c. Bouilly; — JJ82, p. 28); en juillet 1356 il était gratifié par le roi Jean de deux maisons confisquées sur Joceran de Màcon et sises à Paris, l'une en face l'église Saint-Eustache, et l'autre à la Ville-l'Eveque, et cette donation était confirmée le 21 novembre 1356, à la requête de Jeanne de Vergy sa veuve, par Charles duc de Normandie, en faveur de Geoffroi de Charny, fils mineur du dit Geoffroi « tué à la bataille livrc'e dernièrement près de Poitiers. » (Arcli. nat., JJ84, p. 671.) Geoffroi de Charny avait été choisi, en effet, le 25 juin 1355, pour porter l'oriflamme, et il se fit tuer à Poitiers en couvrant le roi Jean de son corps. Comme Boucicaut, comme le petit sénéchal d'Eu, comme Jean de Saintré et la plupart des chevaliers de
xxxii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
vie, auquel Edouard III a confié la garde du château de Calais; Aimeri s'engage à livrer ce château moyennant vingt mille écus. Le roi d'Angleterre est informé de cette convention ; il mande à Londres Aimeri de Pavie, et, après une scène de vifs reproches, il promet le pardon au Lombard à condition que celui-ci fera semblant de poursuivre le marché : Edouard, prévenu à temps, aura soin de se trouver en force à Calais le jour oii Geoffroi de Charny viendra pour prendre livraison du château, et ainsi les Français seront pris au piège qu'ils ont voulu tendre. — Geoffroi de Charny, de son côté, ne confie son secret qu'à quelques chevaliers de Picardie, et met sur pied cinq cents lances en vue du coup de main projeté. Il est entendu avec le capitaine du château de Calais que le marché recevra son exécution dans la nuit du 31 décembre 4349 au 1" janvier* 4350. Aussitôt que le jour est fixé, Aimeri envoie à Londres son frère prévenir le roi d'Angleterre. P. 70 à 73, 303 à 306.
Edouard se rend aussitôt à Calais avec une troupe de trois cents hommes d'armes et de six cents archers placés en apparence sous les ordres de Gautier de Mauny, car le roi veut qu'on ignore sa présence. Au jour dit, c'est-à-dire le 31 décembre 4349, Geoffroi de Charny, à la tête de cinq cents lances, arrive vers minuit en vue du château de Calais, ainsi qu'il a été convenu. Il passe le pont de Nieuley dont il confie la garde à Moreau de Fiennes, au sire de Crésecques, aux arbalétriers de Saint-Omer et d'Aire, tandis qu'il prend position entre ce pont et Calais, en face de la porte dite de Boulogne. Puis il envoie en avant Oudart de Renty avec onze autres chevaliers et cent armures de fer porter à Aimeri de Pavie les vingt mille écus promis et prendre possession du château. Oudart de Renty et ses compagnons tr-ou-
son temps, Geoffroi de Cliarny était lettré ; il est l'auteur d'un ouvrage en prose intitulé : a Demandes pour le tournoy que je, Geoffroi de Cliarni, fais à haut et puissant prince des chevaliers de Nostre Dame de la Noble Maison. » (Galland, Blém. de VAcad. des Inscriptions^ t. II, p. 739.) M. Léopold Pannier a bien voulu nous signaler en outre dans le ms. n» 26'i47 du fonds français, à la Bibliothèque nationale, une pièce de vers inédite dont l'auteur est un Geoffroi de Charny.
1. Cette date, confirmée par les Grandes Chroniques de France (éd. P. Paris, t. V, p. 491) et par Robert de Avesbury (181), est donnée par vingt manuscrits de la première rédaction proprement dite (]). 313) qui sont ici plus exacts que ceux de la première rédaction revisée.
SOiMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 317-321. xxxiii
vent le pont-le\'is abaissé pour leur livrer passage ; mais à peine ont-ils pénétré dans la cour du château et remis entre les mains d'Aimeri un sac contenant la somme convenue qu'à un signal donné le roi d'Angleterre *, son fils et Gautier de Mauny, suivis de deux cents combattants, se précipitent sur les Français au cri de : « Mauny, Mauny, à la rescousse! » Oudart et les siens n'ont pas même le temps de se reconnaître et sont faits prisonniers. Puis les Anglais montent à cheval et courent attaquer Geoffroi de Charny qui ne se doute de rien et commence à s'impatienter en ne voyant pas revenir Oudart de Renty. Avant d'engager cette seconde action, Edouard, qui veut couper la retraite aux Français, dépêche en toute hâte un fort détachement composé de six bannières et de trois cents archers, contre les arbalétriers des sires de Fiennes et de Crésecques préposés à la garde du pont de Nieuley. Plus de cent vingt Français sont tués ou noyés en défendant ce pont; mais les seigneurs de Fiennes, de Crésecques, de Sempy, de Longvillers et de Mametz parviennent à se sauver. P. 73 à 79, 306 à 311.
Le fort de l'action s'engage là oii Geoffroi de Charny combat en personne ; il voit tomber à ses cotés , frappés mortellement, Henri du Bos et Pépin de Wierre ; il est fait lui-même prisonnier, ainsi que Jean de Landas, Hector et Gauvain de Bailleul, le sire de Créquy et tous ses autres compagnons, après avoir fait des prodiges de valeur. Toutefois, l'honneur de la journée est pour Eustache de Ribemont, qui se rend au roi d'Angleterre contre qui il a soutenu une lutte acharnée, sans le connaître. P. 79 à 81, 311 à 313.
La nuit du jour de l'an, Edouard offre en son château de Calais un magnifique souper à ses compagnons d'armes et aux chevaliers français prisonniers. Après le repas, il donne devant tous les assistants son propre chapelet ^ (chapeau) enrichi de perles à
1. L'affaire fut cliaiulc, et le roi d'Angleterre y fut serré de près, Car quin/.e jours après cet engagement, le 15 janvier 1350, on le voit donner deux cents marcs de rente annuelle à Gui de Bryan « considérantes grata et laudal)ilia obseqnia nobis per dilcctum et fldelem nostrum Guidonem de Bryan a diu multipliciter impensa ac bonum gestum suum, in ultimo conflictu inter nos et quosdam inimicos nos- Iros Francia:; apurl Calesiiini liahito^ vex'itlum nosiriim ilndem contra dictas inimicos noslros prudenler deftrenclo et iUiid erectum sustincndo streniie et patenter..., » Rymer, Fœdcra, vol. III, p. 195.
2. Les princes et les grands seigneurs portaient à cette epnquc de
xxxiv CHRONIQUES DE J. FROISSARÏ.
Eustache de Ribemont comme au plus brave , en accompagnant ce présent des éloges les plus flatteurs ; puis il rend la liberté au chevalier français, sans exiger aucune rançon*. P. 81 à 84, 313 à 317.
Mort de Jeanne, fille de Robert, duc de Bourgogne ^ mariée à Philippe de Valois, et de Bonne S fille de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, mariée à Jean, duc de Normandie. Philippe et Jean se remarient bientôt après, le premier à Blanche *, fille de Philippe d'Évreux, roi de Navarre, le second à Jeanne % comtesse de Boulogne, veuve de Philippe de Bourgogne, mort devant Aiguillon. P. 84, 85, 317, 318.
chapeaux ou chapelets du plus grand luxe. En 1359, le comte d'Étampes, empruntant de Guillaume Marcel, changeur et bourgeois de Paris, mille moutons d'or, à raison de quatre cents moutons d'intérêt pour six semaines, afin de racheter aux Anglais le pays d'Etampes qu'ils occupaient, donne à son prêteur, en gage du payement de cet intérêt, son « chapeau d'or du pris de deux cenz moutons». Arch. nat., sect. hist., JJ91, p. 399.
1. Edouard voulut sans doute se rattraper de cet acte de générosité chevaleresque sur ses autres prisonniers. Il est certain du moins qu'il soumit Geofh'oi de Charny à une rançon énorme, puisque le roi Jean, pour aider ce chevalier à la payer, lui fit donner, le 31 juillet 1351, douze mille écus d'or. Anselme, Hist. gén., t. VIII, p. 201.
2. Jeanne, fille de Robert II, duc de Bourgogne, mourut le samedi 12 décembre 1349, d'après les Grandes Chroniques de France (éd. de M. P. Paris, in-12, t. V, p. 490). Les Bénédictins se sont trompés en faisant mourir cette reine le 12 septembre 1348.
3. D'après l'épitaphe qu'on voyait sur le tombeau de cette princesse, dans l'abbaye de Maubuisson , Bonne de Luxembourg mourut le 11 septembre 1349. (Dacier, édit. de Froissart, p. 366, note 2, et VArt de vérifier les dates, t. I, p. 600.) Elle serait morte le vendredi 11 août 1349, d'après les Grandes Chroniques de France (t. V, p. 490).
4. Le 29 janvier 1350, d'après VArt de vérifier les dates (t. I, p. 597), le mardi 11 janvier 1350, d'après les Grandes Chroniques de France (t. V, p. 491), Philippe de Valois se remaria à Blanche, fille de Philippe d'Évreux , roi de Navarre.
5. Jean, fils aîné du roi de France, duc de Normandie, se remaria à Jeanne, comtesse de Boulogne, le mardi 9 février 1350, d'après les Grandes Chroniques de France {Ihid., p. 492), et non le 19 février 1350, comme on l'a imprimé par erreur dans Y Art de vérifier les dates, t. I, p. 600.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, § 322. xxxv