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EXPÉDITION DU PRINCE DE GALLES EN LANGUEDOC

A peine débarqué en Guyenne ^ avec mille hommes d'armes et deux mille archers, le prince de Galles entreprend de faire ime chevauchée en Languedoc et convoque à Bordeaux les principaux seigneurs de Gascogne. P. 159 à 161, 371, 372.

L'armée anglo-gasconne, forte de quinze cents lances, de deux mille archers et de trois mille bidauds, passe à gué la Garonne au Port-Sainte-Marie " et marche sur Toulouse. Les habitants de

1. Robert de Avesbury dit seulement que Guillaume de Douglas ne cessa d'épier les Anglais pendant leur retour d'Ecosse en Angleterre et qu'il surprit un jour dans un manoir écarté Robert Erlee chevalier et vingt hommes de sa suite.

2. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. II, cliap. xcii, p. 187 à 189.

3. Le prince de (îalles débarqua en Guyenne après le 16 juillet 1355, car c'est la date du mandement par lequel Edouard ordonne de réunir luie (lotte pour transporter en Gascogne le prince et son armée. V. Rymer, Fœdera, vol. III, p. 308 et 309.

k. Lot-et-Garonne, ar. Agen, entre Aiguillon au nord-est et Agen au sud-est. Comme le j)rince de Galles commença sa chevauclu-e par une incursion dans le comté d'Armagnac, il put faire passer la Garonne à son armée au Port-Sainte-Marie, qui n'est pas, comme le dit Froissart, à trois lieues de Toulouse, mais entre Aiguillon et Agen. Les Anglais ravagèrent ensuite les comtés d'Astarac et de Comuiinges; ils restèrent sur la rive gauche de la Garonne jusqu'à une lieue en amont de Toulouse oii ils passèrent ce fleuve non loin de son confluent avec l'Ariége. Le prince de Galles lui-même a j)ris soin de raconter son expédition dans une lettre adressée de Bordeaux , en date de Noël ( 25 décembre) 1355, à l'évêqun de Winchester; il faut joindre à ce document capital deux lettres de Jean de Wingfîeld, chevalier, l'un des conseil-

tx CHRONIQUES DE J. FROISSARÏ.

cette ville, alors presque aussi grande que Paris, mettent le feu à leurs faubourgs par l'ordre du comte d'Armagnac* leur capitaine ; ils sont quarante mille hommes sous les armes et font si bonne contenance du haut de lem^s remparts que les Anglais n'osent les attaquer et se dirigent vers Carcassonne. Leur première halte est Montgiscard,^. Cette petite place, situe'e dans un pays où la pierre ^ fait défaut, n'est fermée que de murs' de terre. Les Anglais l'emportent d'assaut et, après l'avoir livrée aux flammes, chevauchent vers Avignonet*, gros village ouvert de quinze cents maisons, où l'on fabrique beaucoup de draperie. Audessus de ce village s'élève un château en amphithéâtre où les riches bourgeois ont cherché un refuge. Les Anglo-Gascons s'en emparent, mettent tout au pillage et prennent le chemin de Castelnaudary. P. 161 à d64, 372 à 374.

La ville et le château de Casteinaudary ^, qui ne sont entourés que de murs de terre, sont pris et pillés ainsi que le bourg de Villefranche ^ en Carcassonnois. Ce pays est un des plus riches du monde. Des draps et des matelas garnissent les chambres; les écrins et les coffres sont remplis de joyaux. Les envahisseurs, et

lers principaux du prince , datées la première de Bordeaux le mercredi avant Noël 1355, la seconde de Libourne le 22 janvier 1356. V. Robert de Avesbmy, Hist. Ed. III, éd. de 1720, p. 210 à 227.

1. Le prince de Galles (/i/r/., p. 214) et Jean de Wingfield (p. 219) disent qu'au moment du passage des Anglais à une lieue en amont de Toulouse, Jacques de Bourbon, connétable, Jean de Clermont, maréchal de France, Jean comte d'Armagnac étaient enfermés dans celte ville.

2. Haute-Garonne, ar. Villefranclie-de-Lauraguais, à 21 kil. au sudest de Toulouse, sur la route de Toulouse à Carcassonne.

3. Les plateaux du Lauraguais sont en effet boueux aux environs de Montgiscard. Encore aujourd'hui, beaucoup de constructions sont en briques.

4. Haute-Garonne, ar. et c. Villefrancbe-de-Lauraguais, à 42 kil. au sud-est de Toulouse, sur la route de Toulouse à Carcassonne. Le prince de Galles mentionne dans la lettre déjà citée la prise d'Avignonet ce qu'estoit bien graunt et fort. « La ville est, selon la description fort exacte de Froissart, pittoresquemement bâtie en amphithéâtre.

5. Castehiaudary fut pris par les Anglais la veille de la Toussaint (31 octobre) 1355. li'ul., p. 214.

6. Nous no connaissons aucune localité du nom de Villefranche entre Castelnauclary et Carcassonne. Si Froissart a voulu parler de Villefranche-(le-Lauraguais, il aurait dû citer cette ville après Montgiscard, car on la trouve avant Avignonet et Castelnaudary quand on va de Toulouse à Carcassonne.

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surtout les Gascons, qui sont très-avides, font main basse sur tout. P. 164, 16o, 374.

La ville de Carcassonne est situe'e au milieu d'une plaine, sur le bord de la rivière d'Aude ; à la main droite, en venant de Toulouse, la cité, dont les remparts sont hérissés de tours, couronne le sommet d'une haute falaise et domine la ville. Les habitants de Carcassonne * ont mis en sûreté dans cette cité leurs femmes et leurs enfants, avec ce qu'ils ont de plus précieux; néanmoins, aidés d'un certain nombre de bidauds à lances et à pavais, ils entreprennent de défendre la ville elle-même, dont ils barrent chaque rue au moyen de chaînes. Deux chevaliers du Hainaut, Eustache d'Auberchicourt et Jean de Ghistelles, se distinguent à l'assaut de ces chaînes. La ville est conquise rue par rue, et c'est à peine si quelques-uns de ses défenseurs parviennent à se sauver dans la cité. Les vainqueurs mettent à sac toutes les maisons ^, au nombre de près de sept mille, et à rançon les plus riches bourgeois; ils cherchent ensuite pendant deux nuits et un jour de quel côté ils pourront assaillir la cité, mais elle est imprenable. P. 165 à 167, 374, 375.

Cette cité, jadis appelée Carsaude et fondée par les Sarrasins, résista sept ans à Charlemagne ^ — Les ±\.nglo-Gascons franchissent l'Aude sur le pont de Carcassonne, passent à Trèbes * et à

1 . La ville de Carcassonne proprement dite, ou ville basse, que l'Aude sépare de la c//e', n'avait pas alors de fortifications. L'enceinte, dont une partie subsiste encore, fut élevée de 1355 à 1359 par les soins de Tliibaud de Barbazan , sénéchal de Carcassonne , aux frais des habitants de cette ville, qui s'imposèrent poiu- cela une taille extraordinaire en avril 1358. Arcli. nat., sect. hist., JJ90, p. 141.

2. Le prieuré des religieuses de Saint-Augustin, situé dans la banlieue de Carcassonne, fut détruit par les Anglais et rebâti plus tard dans la ville (Arch. nat., sect. hist., JJ82 , p. 353, JJ86, p. 24; JJ144, p. 445). Par acte daté de Toulouse en juin 1359, Jean, fils de roi de France et son lieutenant es parties de Langue d'Oc, comte de Poitiers, accorde des privilt'ges aux boucliers de Carcassonne « propter cursum piincipis (jallorura et concremacionem dicti loci » (Arch. nat., JJ112, p. 351). Carcassonne devait surtout sa richesse à la fabrication du drap. JJ69, p. 41 ; JJ70, p. 51, 476; JJ143, p. 8.

3. Jean le Bel, si versé dans l'histoire poéti(|ue de Charlemagne, n'a pas mentionné cette légende que Froissart emprunte aux poëmes chevaleresques.

4. Aude, ar. Carcassonne, c. Capcndu, à 8 kilomètres à l'est de Carcassonne , sur la route qui va de celte ville à Béziers et à Narbonne.

Lxii CHRONIQUES DE J. FROISSART.

Homps * que l'on épargne à la prière du seigneur d'Albret moyennant le payement d'une rançon de douze mille e'cus, et arrivent à Capestang ^, gros bourg situé près de la mer, dont les salines sont une source de richesses pour ses habitants*. Ceux-ci se rançonnent à quarante mille écus, qu'ils s'engagent à payer dans cinq jours ; mais après le départ des Anglais, les bourgeois de Capestang reçoivent de Jacques de Bourbon, connétable de France, qui se tient à Montpellier '*, un renfort de cinq cents combattants, que leur amène Arnaud de Cervole , dit l'Archiprêtre ; ils fortifient leur bourg et refusent de payer la somme promise. P. J67 à 170, 375 à 377.

Narbonne se compose, comme Carcassonne , d'une cité et d'un bourg. Le bourg, situé sur le bord de l'Aude, est une ville ouverte ; la cité, attenante au bourg, est défendue par une enceinte munie de portes et de tours. Aimeri de Narbonne s'est enfermé dans la cité avec une garnison ^ de gens d'armes de sa vicomte et de l'Auvergne; cette cité, qui regorge de richesses, possède une église de Saint-Just®, dont les canonicats valent par an cinq cents florins. Les Anglais occupent le bourg et le pillent, mais la

1. Nous identifions Ourmes de Froissart avec Homps, Aude, ar. Narbonne, c. Lézignan, à l'est de Trèbes, sur la route de Carcassonne à Capestang et à Béziers.

2. Hérault, ar. Béziers, entre Homps à l'ouest et Bëziers à l'est, à 12 kil. au nord de Narbonne, sur le bord septentrional d'un étang que l'Aude met en communication avec la mer.

3. M. Cauvet, avocat à Narbonne, a fait gagner un procès relatif à la possession de ces salines, en s'appuyant principalement sur ce passage de Froissart.

4. Jacques de Bourbon ne se tenait pas à Montpellier; il était venu de Toulouse à Carcassonne (Robert de Avesbiuy, p. 221) et inquiétait l'armée anglaise sur ses derrières. C'('taient les milices de la sénéchaussée de Beaucaire qui s'avançaient par Montpellier et qui , combinant leurs mouvements avec ceux du comte d'Armagnac et de Jacques de Bourbon, tendaient à envelopper les Anglo-Gascons.

5. Le prince de Galles dit (p. 215) que le vicomte de Narbonne avait sous ses ordres cinq cents hommes d'armes. C'est h Narbonne que le prince reçut du pape une demande de sauf-conduit pour deux évéques envoyés en négociation, mais il refusa d'accorder aux deux légats les lettres de sauf-conduit.

6. L'église Saint-Just, commencée en 1272, ne consiste que dans un chœur dont les voûtes s'élèvent à kO mètres ; elle était la cathédrale des archevêques de Narbonne, primats du Languedoc. La paroisse de Narbonne qui souffrit le plus du passage des Anglais fut celle de Saint- Etienne ; elle resta longtemps déserte.

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cité résiste à tous leurs assauts. A la grande joie des habitants de Béziers ', de Montpellier, de Lunel et de Nîmes, les Anglo-Gascons \ident après une semaine de séjour le bourg de Narbonne, non sans y avoii' mis le feu, et reprennent le chemin de Carcassomie. Sur leur l'oute, ils pillent Limoux, où l'on fabrique des draps renommés pom' leur beauté; en passant par Carcassonne, ils incendient une seconde fois la ville et emportent d'assaut Montréal ^ ; puis Os gagnent les montagnes dans la direction de Fougax' et de Rodes*; enfin, ils repassent la Garonne au Port- Sainte-Marie. L'inaction du comte d'Ai-magnac dans tout le cours de cette incursion occasionne une émeute à Toulouse ; le comte

1. Jacques Mascaro, historiographe de la commune de Béziers, nous a laissé une chronique qui va de IS'i? à 1390 où on lit le curieux passage qui suit : « L'an 1335, davan las Totz Sanz, venc en aquest pays lo princep de Galas ; et vengueron Jos coredos entro à Bezes. Mais quand el saup que en Bezes avia grands gens d'armas, ne vole pus avant passar ; et venc tant gran neu que si no s'en fos tornat, non y a guera Engles no fos remangut en las plassas. » Bulletin de la société archéologique de Béziers, t. 1, p. 81.

2. Montréal-de-l'Aude, Aude, ar. Carcassonne, au sud-ouest de celte ville.

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