Ms. 2813, f° 394 vo. — 2. Ibid
404 SUPPLÉxMENT AUX VARIANTES. [1354]
le dit connestable lui avoit fais, et envola le conte de INamur par devers le roy de France à Paris.
Et depuis le roy de France envoia en la dicte ville de Mante par devers le roy de Navarre pluseurs grans hommes, c'est assavoir raessire Guy de Bouloingne cardinal, monseigneur Robert Le Coq evesque de Laon, le duc de Bourbon, le conte de Vendosme et pluseurs autres : lesquielx traitièrent avec le dit roy de Navarre [et] son conseil. Car jà soit ce que icelui roy eust fait mettre à mort ledit connestable, si comme dessus est dit, il ne lui souffisoit pas que le roy de France de qui il avoit espousé la fille lui pardonnast le dit fait , mais faisoit pluseurs requestes au dit roy de France son seigneur.
Et cuida l'en bien ou royaume de France que entre les deux rois dessus dis deust avoir grant guerre; car le dit roy de Navarre avoit fait grans aliances et grans semonces en diverses régions, et si garnissoit et enforçoit ses villes et chasteaulz. Finablement, après pluseurs traittiez, fu fait accort entre les deux roys dessus dis par certainnes manières dont aucuns des poins s'ensuient. C'est assavoir que le dit roy de France bailleroit au dit de Navarre vingt huit [mil] livres à tournois de terre, tant pour cause de certainne rente que ledit de Navarre prenoit sur le trésor à Paris comme pour autre terre que le dit roy de France lui devoit asseoir par certains traittiez faiz lonc temps avoit entre les deux prédécesseurs des deux roys dessus dis pour cause de la conté de Champaigne, tant aussi pour cause de mariage du dit roy de Navarre qui avoit espousée la fille du dit roy de France : par lequel mariage lui avoit esté promise certainne quantité de terre, c'est assavoir douze mil livres à tournois. Pour lesquelles trente huit mille livres de terre le dit roy de Navarre veult avoir la conté de Beaumont le Rogier, la terre de Breteul en Normendie, de Couches et d'Orbec, la vicomte de Pont Audemer et le balliage de Costantin. Lesquelles choses lui furent accordées par le roy de France, jà soit ce que la dicte conté de Beaumont et les terres de Couches, de Bretueil et d'Orbec fussent à monseigneur Phelippe, frère du dit roy de France, qui estoit duc d'Orléans : auquel duc le dit roy bailla autres terres en recompensacion de ce.
Oultrc convint accorder au dit roy de Navarre, pour paix avoir, que les dessus dis de Harecourt et tous ses autres aliez entreroient en sa foy, se il leur plaisoit, de toutes leurs terres de
[1354] SUPPLEMENT AUX VARIANTES. 40o
Navarre, quelque part qu'elles fussent ou royaume de France ; et en aroit le dit roy de Navarre les hommages, se ilz vouloient, autrement non. Oultre lui fu accordé que il tendroit toutes les dictes terres avec celles qu'il tenoit paravant en partie, et pourroit tenir eschiquier deux fois l'an, se il vouloit, aussi noblement comme le duc de Normendie. Encore lui fu accordé que le roy de France pardonrroit à tous ceulz qui avoient esté à mettre à mort le dit connestable, la mort d'icelui. Et ainsi le fist, et promist par son serement que jamais , pour occasion de ce , ne leur feroit ou feroit faire vilenie ou dommage. Et avec toutes ces choses ot encores le dit roy de Navarre une grant somme d'escus d'or du dit roy de France. Et avant ce que le dit roy de Navarre voulsist venir par devers le roy de France, il convint que l'en lui envoiast par manière d'ostage le conte d'Anjou, second lilz du dit roy de France.
Et après ce vint à Paris à grant foison de gens d'armes, le mardi quatrième jour de mars ou dit an trois cens cinquante trois, vint le dit de Navarre en parlement pour la mort du dit connestable, comme dit est, environ heure de prime, et descendi ou Palais. Et puis vint en la dicte chambre de parlement, en laquèle estoit le roy en siège et pluseurs de ses pers de France avec ses gens de parlement et pluseurs autres de son conseil, et si y estoit le dit cardinal de Bouloingne. Et en la présence de tous pria le dit roy de Navarre au roy que il lui voulsist pardonner le dit fait du dit connestable ; car il avoit eue bonne cause et juste d'avoir fait ce qu'il avoit fait : laquelle il estoit prest de dire au roy lors ou autres fois, si comme il disoit. Et oultre dist lors et jura que il ne l'avoit fait en [contempt '] du roy ne de son office, et qu'il ne seroit de riens si courroucié comme d'estre en l'indignacion du roy.
Et ce fait monseigneur Jacques de Bourbon, connestables de France, du commandement du roy, mist la main au dit roy de Navarre; et puis si le fist l'en traire arrière. Et assés tost après Jehanne, ante, et la royne Blanche, seur du dit roy de Navarre, laquelle Jehanne avoit esté femme du roy Charles , et la dicte Blanche avoit esté femme du roy Phelipj)e derrenier trespassés, vindrent en la présence du roy, et lui firent la révérence, en eulz enclinant devant lui. Et adonc monseigneur Regnaut de