CHAPITRE XIX
Comment nostre taincl-pèrc le pape envoya »on Ic'gatpoar paciGer l’empereur et le duc de Bourgogne, et rompre rassemblement de leurs bétail les.
L’empereur triomphant en son fort , avironné tle sa puissance , esloit souvent resveillé des compagnons de la garde, qui lui livroient terribles escarmuches, auxquelles il avoit plus de perte que de gaigne. Le duc, accompagné de cinq cents lances, désirant de congnoistre le maintien et coraige de ses adversaires, ensemble l’ordonnance de leurs batailles, se misl un jour à la couverte d’un bois, et donna la chargea messire Pierre deMiraumont de conduire cinquante lances des avant-coureurs pour lever l’escarrnuche aux Allemans, qui les aperçurent, sans tirer engin et sans advancer. Quelques piétonsse mirent sus, environ trois cents chevaliers, sousla conduite du marquis de Brandebourcb. L’cscarrnucbe commencée , fière et cruelle , sire Pie rre de Miraumont qui la soustenoit atout trente lances, se porta tant honorablement, que ledit marquis et ses Allemans furent tout joyeulx d’eux retraire en leur fort, où ils furent reboulés confusément par plusieurs fois. Ils y perdirent cincq hommes, les trois morts sur la place , et les deux prinsquidesveloppèrent l’intention de l’empereur.
('4:5) de jeaîî molinet. 12Z
Nostresainl-père lepape^aclverti Jece dommageable discord, veuillantesteindre l’impclueuse fureur esprise entre ces deux grans personnages enflambcs d’ardant ayr, pensant que l’œuvre de faict affoibliroit les supposts de creslicnne religion, tant pour éviter l’horrible effusion de sang humain que pour les réduire à union fraternelle, envoya son vénérable légat, qui par raisonnables voyes, don Ices et salutaires persuasions mises avant, les admonesloit au bien de paix, médioit entre les parties, couroit souvent d’un costé à l’autre, et les trouvoit se durs en poincte , que pour quelque travail , peine ou labeur qu’il emprist, ne povoit lléchir la fierté de leurs haults couraiges. El jà-soit-ce-que pour ouvrer certaines matières et parvenir à traictié amyable aulcuns respis et abstinence de guerre ' fussent accordées entre les parties, toutefois les Allemans n’en tindrent riens. Meismes en la présence du légat, qui à grande sollicitude les avoit pourchassés, le marissal de l’empereur deltroussa aulcuns Bourguignons. Dont ledit légat, les incrépant de telle infraction , fut très mal content d’eux J et ‘leur disoit : « J’aime mieux que nie » tollés la vie, que perpétrer telle insolence. »
Le duc aussy tout anoyé fut plus aigre que devant. Quant le dimenche vint, vingt et uniesme de mai , son siège suffisamment gardé , il tira ses gens auxehamps; et eraprès une abbaye de Noslre- Dame , ordonna ses batailles par escliielles , et les escoadres et escoadrons.
\l'\ CHRONIQUES ('4?^
Diverses nations jadis diversement appelèrent leurs années Macédoniens , Grégeois et Dardaniens les nommèrent falanges ; et lors une falange contenoit sept mille hommes. Gaulx , Cel libériens , et au lires nations barbares usèrent de caternes; dont chacune caternc contenoit six cents hommes. Romains, qui sulq’uguèl’orbiculaire monarchie à leur condition , par la discipline et artificielle habiUide qu’ils avoient aux armes, nombrèrent leurs exerciles par légions et cohortes; et chacune légion , qui comprenoit dix cohorles, contenoit six mille et plus, tant de pied que de cheval ; et j avoit plusieurs dignités, comme centurions, tribuns, préfets, doyens, ordinariens, aquilifères, imaginiferes , tesoriens, raétateurs, tubicineurs et cornicineurs, qui avoient, comme doibt avoir tout bon chevalier , les oreilles prestes aux commandemens du prince , les yeux aux signes, et les mains à l’œuvre. Franchois, qui depuis eurent le bruict des armes , nombrèrent leur ost, par armures de fer, par heaulmes, par bachinets, par cuirasses et par lances. Et maintenant, depuis que les Italiens se sont boutés en la maison de Bourgogne , ils sont nombres par cscuadres et escuadrons; et contient une escuadre environ vingt-cinq lances. De cesle nouvelle mode ordonna le duc ses batailles ce jour, qui estoitla ^plus singulière chose de jamais à regarder.
Ce temps pendant, l’empereur envoya le légat 9 de lioslre saint-père avecques son ambassade , en-
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semble ceux de Coulongne , vers le duc qui marchoit avant, afin de trouver quelque bon accord entre eulx, sanshurfer l’ungà l’aultre ; et le duc , à l’intercession dudit legal et des supplians ambassadeurs , estaindit son air ( courroux ) pour ceste fois, et se retira à son siège. IN'éantmoins l’eslincelle de Mars , par les souldars de Plulo qui la souffloient, se ralluma chaudement, et multiplia sa flambe au centiesme, comme il apperra en l’histoire.