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CHAPITRE XXVII

La mort de monseigneur Loys de Luxembourg comte de Saint- Pol et connestable de France.

Depuis le jour, que le roy Loys de France et le roy Edouard d’Angleterre colloquèrent ensemble à Picquegny-sur-Somme , monseigneur le connestable fut mal en grâce , tant de l’un comme de l’aultre , et mesmesduducCliarles de Bour^^oiîne. Le roy Edouard retournant en Angleterre, séjournant encores en la ville de Calaix, envoya lettres au roi de France, lesquelles lui avoit envoyées le connestable^ comme disent les François; et contenoient comme le roi Edouard estoit deshonoré d’avoir faict une si grande levée que de descendre en France , et de soi retirer ainsi , sans coup férir ; car le l’oi de France ne lui tiendroit chose qui proumise lui en fut. Le roi d’Angleterre avoit quelque mauvaise suspicion sur sa personne ; et le duc de Bourgogne lui requit avoir la ville de Saincl-

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Quentin en main des siens, lorsqu’il se trouva à Valenchiennes avec lui, environ la my aoust; laquelle requeste ne lui fut oclrojce. Nonobstant ce refus, le duc espéroit tousjours d’avoir ladite ville par le moyen dudit connestable ; et pour achever son faict, il écrivit au seigneur d’Eymcries, grand baillif de Haynault, dès le cinquième jour de septembre précédent, qu’en tout ce que son beau cousin de Sainct-Pol le connestable lui escrivoit et commandoit, il obéist à lui comme à sa propre personne. Et ledit connestable manda audit seigneur de Aymeries qu’il assemblast ses gens, et fussent prests pour tirer aux champs. Et au-dessous des lettres estoit escript, de la main du connestable, que, s’il esioit diligent, le duc son maistreobtiendroit partie de son désir. Le roi de France estant aulcunement adverti que le connestable estoit en variance de rendre Sainct-Quentin au duc de Bourgogne, se mist sus, accompagné de vingt mille combattans; et environ six heures du vespre, le quatorzième de septembre, se trouva en la ville dudit Sainct-Quentin, où il lit nouveaux officiers, destituant ceux que le connestable y avoit ordonnés. Ellesdames des seigneurs estans illec tenans le parti du connestable, furent constraintes do partir hastivement ; car le roi fit bannir tous ceux estans à Sainct - Quentin, qui estoient adhérens au connestable, icelles ensemble leurs enfans et l'amilles, chargés d’autant de biens et non plus qu’elles en povoient porter en leurs gérons, et le

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tlemourant demouroit au prouffict du roi et à ses commis. Icelles dames et damoiselles , et aultres leurs adhérens, fort desconfortées, et non sans cause, arrivèrent à Cambray. Pendant ce temps, le connestable, le seigneur de Moy et aultres, estoicnt envoyés vers le duc de Bourgogne, de par le roi,’, pour besongner de paix ou de trêves. Ils furent logés au Quesnoy, et de là tirèrent à Bincb. N’est merveilles se le connestable s’eslongeoit de Saincl-()uentin ; car la reine de France , sa bellesœur, sachant aulçiinement la voulenté du roi, désirant la despoincter, lui manda par scs lettres, que si chère qu’il avoit la vie, se parlist d’illec ; car le roi contendoit lotallement à lui enclorre. Le connestable retourna de Bincli à Mous, où il fut arresté par monseigneur le duc de Bourgogne ; et fut détenu prisonniersoubs lagardede monseigneur d’Aymeries, grand bailly de Haynault, dn prévost de Mons et de ceux de la ville ; et dès lors (ju’il eslolt à Bincb , s’il eusisl voulu croire le conseil de ses bienveuillans , il fusist retiré au chastel de llam, fort assez pour résister pour un temps contre tous ceux qui nuire le vouloient. Par le commandement de monseigneur le duc Charles, messire Philippes de Croy, comte de Gbimay , le bailly de Haynault, et aultres nobles du pays , renienèrent monseigneur le connestable, lui troisième de sa famille seulement , son barbier et un valet de chambre, en la ville de Valencbiennes, comme prisonnier. Il fut logé à l’bostel dudict

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comte; et le lendemain fut, par iceulx, avec bourgeois , marchands et manans de la ville , à cheval et à pied, en nombre de huit cents hommes, conduict jusques à la ville de Péronne, où l’admirai de France, le seigneur de Sainct-Pierre le Mouslier, le seigneur de Coscaige, et une grosse bende de gendarmes le surattendoient.

Les François disoient que , par le Iraicté de la trêve de nofans, le ducCharlesledebvoit livrerai! roi. parmi ce que le duc auroit ses biens par confiscation, et le roi auroit le corps. El disoil le roi, que beau cousin de Bourffogrne avoit faict du connestable comme l’on faict du regnart , car il avoit, comme sage , retenu la peau , et il n’avoit que la chair, qui ghêrcs ne vailloit. Ainsi que monseigneur le conneslable, accompagné de François , approchoit la ville de Paris, pensant qu’il seroit bouté en la Bastille, comme prisonnier, il pria à l’admirai et aultrcs qui le conduisoient , qu’il polsisl entrer en la Bastille par dehors la ville , afin que le peuple parisien ne s’esmeust contre lui furieusement; mais sa prière ne sortit son désir ^ car il entra par la porte Saincl-Anthoine , soubs la garde du prévost de la Bastille , auquel l’admirai et aullres le livrèrent.

Le roi Loys avoit escript à inaistre Pierre d’Oriole , chancelier de France, à deux présidens de parlement , et aultres notables personnages . que, quant le conneslable seroit venu en la Bastille, i fusist examiné diligemment, et que, en l’csp.'icc

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de huit jours au moins, son. procès l’usist faicl; et que toutes causes cessassent en parlement, jusques la sentence en seroit rendue. El quant vint à l’examen faire, monseigneur le connestable dit qu’il n’apparlenoit au parlement congnoistre son faict , mais à incsseigneurs les douze pah's de France. Nonobstant cesle response, ledit chancellier et présidons dessus nommés le interroguèrent à loisir et à plusieurs fois, sur certains articles desquels il estoil accusé. Son faict ne fut poinct si tosl expédié ; car de faict l’on renvoya vers le roi pour certaines causes ; et finablemenl l’arrest porta qu’il estoil diyne de mort. Monseigneur de Sainct-Pierre le Moustier fut ordonné pour aller vers lui à la Pastille, pour l’amener au Palais; et quant il fut entré, le trouva couché au lit, dénué de tous ses gens; et après qu’il l’eut salué, monseigneur le connestable lui demanda de quelle main il se seigneroit pour la journée ; et le seigneur respondit : «De telle main que vous avez accoustumé de faire.» Puis il se leva et habilla, et en partant de son logis, fil le signe de la croix , et dict : « A Dieu je me recommande. » Puis monta à cheval, et fut amené au Palais jusques à la table de marbre ; et le greffier de parlement estant illec, et qui le hayoit le plus, lui lut certains articles, en l’interrogeant et disant : « Monseigneur , est-il ainsi? » Et il respondit : « Oye. »

De là fut mené en une chambre richement ten- ■ due , où le chancellier de France lui fil mettre sus

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le collier d’or et l’image de monseigneur Sainct Michel , qui estoit l’ordre du roi. Après lui fut dist qu’il mesist jus l’espce de la connestablie ; à quoi respondit qu’il ne l’avoit lors, mais se mettroiten paine de la rendre , puisque c’estoit le bon plaisir du roi.

Puis lui dit le seigneur de Gaucourt : « Vous » avez esté long-temps en la garde du roi , dili- » gemment interrogué des extrêmes cas qu’avez » commis à l’encontre de la majesté royale et de » la chose publique , grandement par vous offen- *» ses, comme il appert par vostre confession; et » avez conspiré avec les ennemis du royaulme, en » brisant vostre loi ; pourquoi je suis ici envoyé » par la court de parlement, vous signifier la sen- » tence, laquelle est contre vous : c’est que vous w estes jugé à estre décapité et mourir aujourd’hui » publiquement en Grève, devant la Maison de » la ville, et que toutes vos terres et biens meubles » sont confisqués au »0i. »

A ces mots , monseigneur le connestable s’escria haultement , et dict : « O mon Dieu ! quelles nom « velles! Ve-ci une dure sentence ! »

Ces choses accomplies^ on lui fit ouyr la messe. Il requit de recepvoir le corps de Nostre-Seigneur, ce qui ne lui fut accordé ; mais il baisa les saincluaires et dignités de la chapelle. Puis lui furent baillés quatre docteurs en théologie, fort renommés en l’üniversité, et de très saincle vie; deux séculiers , et deux mendians , l’un Cordellier et l’aultre Augustin^ qui fort diligeniuient l’adminis-

trèrenl de son salut. Puis ledict connestable, vesfu d’une long'ue robe de deuil, et sur l’espaule cba- [>eron de mesine , à cause de madame sa femme , sœur <,œrmaine de la reine de France, uouvelle- Irespassée de ee siècle, se part du palais, monté sur un mulet, fut livré au prévost de Paris et au lieutenant du cas criminel, et lut amené en Grève; et monta sur un esoliafaut richement tapissé de fleurs de Ijs. L’on lui osta le collet de son pourpoint; et eut les cbeveux coupés par Jehan Cousin, fils de maistre Henri , bourreau de Paris, lequel jamais n’avoit exécuté personne. Il lui banda les jeux d’un velours cramoisi, et soi agenouillant devant ledict connestable , lui requist pardon de sa mort ; laquelle requeste lui fut libérallement accordée. Puis le connestable, soi ruant à genoux sur un carreau de velours, jettantson regard vers l’église de Nostre-Dame de Paris, bien administré des confesseurs, plourant et faisant sa très dévote oraison , et tendant le coi sous le tranchant de l’espée, fut décapité d’un seul coup , en commun spectacle, par ledict Jehan Cousin, en présence de cent mille personnes, au jour et à l’heure que l’on chante à vespre O davis David, par un mardi dix-neuvième de décembre, l’an susdict ‘ . Si termina piteusement ses jours. Et pour mettre en retenance l’année, le jour et l’heure de sa mort, maistre Jéhan de f.uto, chanoine de Saiucl-Quentin, composa ee mètre :

O davis sancü Pauli Mors est Ludovici.

Aulcuns disent que la teste fut recueillie par le bourreau , qui la inonstra au peuple , disant :

« Voici la leste de Loys de Luxembourg ^ comte de » Saiuct-Pol. » Et rexécutionfaicte, aulcuns Cordeliers prinrent tant le chef que le corps, et le portèrent au sépulcbrc, à leur église de Sainte-Glaire.

Voilà le douloureux payement et povre rétribution qu’il a rccbeu en ce monde fallacieux , qui les humains abuse, après avoir été doué et embraché de tant d’honneurs, de gratuités, de triomphes et de magnificence, qui est fort beau mii’oir aux gouverneurs des princes. Aullres François ont voulu maintenir que entre les livres et escriptures de monseigneur le conneslable , fut trouvé vm brefvet après sa mort, faisant mention de sa nativité et de sa vieseullement : comment espouseroit deux femmes de notable lignée , tant de l’une femme comme de l’aultre ; et comment il seroit essours au triomphe d’honneur ; mais quand ce venoit à réciter sa fin , il le tenoil en silence, et n’en sonnoit quelques mots. Mais un petit avant sa moi't, un pronostiqueur d’Italie, lui fiit scavoir, par une lettre italienne , comment il debvoit finer ses jours , à cause tl’une femme. El quand madame sa femme fut Irespassée, il cuida avoir escbappé de ce danger, et ne visült plus àses pronoslicalions, quant fortune , la criminelle grippe , lui voulut monstrer sa terrible face. Peu de jours après que ledit connestable eut ainsi piteusement tcrniiné ses jours, son arrcsl de

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jiarleriient et de condampnation furent divulijué par pays, ensemble les articles par la manière qui s’ensuit.

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