CHAPITRE XXVIII
Ti’arrcst et condempnalion de len messire Loys de Lusemboari; connestable de France.
Veu que par la cour de parlement, le procès faict à l’encontre de messire Loys de Luxembourg , jadis comte de Saint-Pol et connestable de France , tant sur les charges et informations contre lui faictes , comme par la confession de plusieurs grans gens et notables personnages, avee ce que, delui-mesmes, sans aulcune contrainte ou menasse a confessé les choses qui s’ensuivent :
C’est assavoir que ledit messire Loys scella et bailla son scel au duc de Bourgogne , pour entretenir .son effecl, disant que de .son costé il maintendroit la guerre , et qu’il feroit armer gens d’armes , et quand ils seroient prêts d’assaillir il les feroit reculer.
hein , confesse oultre ledit messire Loys , que sitost qu’il sceut que la paix se faisoit entre le roy ('I monseigneur de Ghyennes, en tant comme le diet monseigneur de Chiennes, vouloit espouser la fille au roy d’Espaigne , et par ce moyen parvenir à estre roi d’Espaigne, et par ce, faire grant alliance au roy, et à .son prouflTil ,, et à tout le royaulme de France, ledit messire Loys rescripvit à
DE JEAN MOLISET.
inondit seigneur de Ghyennes, qu’il se gardasl bien de passer ledit accord et proumesse de mariage, et que sitost qu’il seroit en Espaigne, le roy et son conseil si advisé avoient que il seroit desposé de sa ducé de Ghyennes, et que jamais n’y auroit riens, ainsi que on avoit fait de la ducé de Normandie ; et qu’il convenoit qu’il envoyast son scel, comme les autres, au duc de Bourgogne, et qu’il lui feroit avoir la fille d’icellui duc de Bourgogne, et qu’il envoieroit à Rome quérir la dispense de serment qu’il avoit faict au roi d’Espaigne ; et de laict y envoya l’évesque de Mouton-Blanc.
Item , confesse oullre ledit messire Loys , que le duc de Bourgogne envoya devers lui messire Phelippe Pot etPhelippe Bouton, lui dire qu’il envoyast son scel pour envoyer en Savoie; lequel de Luxembourg leur dit qu’il convenoit qu’ils allassent devers monseigneur de Bourbon , et qu ’il lui escripveroit qu’il fuist avec eux ; lesquels allèrent jusques à Moulins^ en Bourbonnois , et envoyèrent lettres à monseigneur de Bourbon ; lequel monseigneur de Bourbon envoya devers eux le bailli de Beaujollois , qui leur dist que mon seigneur de Bourbon ne leur bailleroit point son scel , et qu’il aimeroit mieux devenir aussi povre que Job, que de soi consentir à cela; et qu’ils dissent audit messire Loys qu’il se repentir oit . et qu’il ne lui en prCndroit jà bien en la parfin ; et ainsi s’en retournèrent vers ledit messire Loys, et lui demandèretit son scel pour joindre avec les aullres alliés.
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Item, confesse oultre ledit messire Loys, que le roi lui pria et requist qu’il écrivist au roi d’Angleterre, à laroyne, et à monseigncurdeSoinbresct, à monseigneur de Candalle et autres, louchant la paix que le roi avoilà monseigneur de Werwins; lequel messire Loys proinist que ce feroit-il voulentiers. Mais quant maistre Olivier le Roux, qui avoit la charge d’aller en Angleterre illecq devers lui , cl lui dict qu’il rescripvisl ainsi qu’il avoit promis au roi, et que seurement il feroit son debvoir d’emporter les lettres , ledit messire Loys dit qu’il lie rescripveroitse non à monseigneur de Candalle pour ce qu’il estoit à sa jiorte ; et lui rescripvil le contraire de ce que le roi entendoit^
Item, confesse oultre ledit messire Loys^ qu’il rescripvil à monseigneur de Calabre, qu’il ne venist point devers le roi, et qu’il avoit esté au conseil ; lequel portoit que s’il y venoit , qu’il seroit mis en jirison , et perdroit tout , et qu’il s’en allast à Ghuise , et illecq le feroit conduire par ses gens d’darmes.
Item , confesse oultre ledit messire Loys , que quand le roi fut à Ham , afin qu’il parlast au roi à seurlé, il fit faire une barrière entre le roi et lui ; mais le roi passa oultre ladite barrière et l’accolla enlui priant qu’il voulsist tenir son parti; lequel messire Loys lui promist qu’il ne lui faudroit point , et qu’il seroit pour lui contre tous ; et néantmoins deux jours après, le duc de Rourgogne renvoya jiar-devers ledit messire Loys, et lui manda que s’il lui vouloit tenir ce qu’il lui
Digitizecl
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avoit promis, que jamais son office ne lui fauldroit, et si auroit à lui dix mille léons d’or par chacun an, tant que la guerre dureroit.
Item, ledit messire Lo^s confesse qu’il rescrip-' vit au duc de Bourgogne, qu’il ne se douteroit point de lui , et qu’il trouveroit bien fachon de prendre le roy et lui mettre la main au collet , et qu'on le feroit mourir et passer sa vie quelque part; et qu’il garderoit Sainct-Quentin contre lui, et qu’il jecteroitles gens d’armes du roy dehors; et qu’on iroit quérir la royne et monseigneur le dauphin , et qu’on les enverroit quelque part en exil.
Item , confesse oultre ledit messire Loys de Luxembourg , qu’il manda au roi d’Angleterre , qu’il venist en France seurement, et qu’il auroit Amiens , Abbeville et Péronne , pour tenir ses gens d’armes ; et que le royaulme seroit parti ; et qu’il ne demanderoitpour sa partque la comté de Champaigne et Brie; et que le duc de’ Bretaigne auroit la comté de Poitou , et qu’il' ne demanderoit aùltre chose. .t '
El dit oultre que plusieurs voyages ont été faits par maistre Gauthier , Marchand , Pousse de Rivière et aultres , touchant ce que dit est.
Et tout ce veu , par graude et meure délibération , la cour a déposé ledit messire Loys de Luxembourg de conneslable et de tous offices royaux, et déclaré criminel de lèze-majesié , ses biens confisqués au roi , et le condamne d’avoir la teste tranchée sur un eschaffaud, en la place de Grève.
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Et pour l’amour de son dernier mariage, la cour a ordonné de grâce que le corps sera enseveli et mis e n terre saincte.
Prononcé en la cour de parlement, le dix-neuvième jour de décembre mille quatre cent soixantequinze , par monseigneur maislre Pierre d’Oriolle , chevalier, cliancellier de France.