l.acune
ledit Jehan se trouva despouillé du régime de son abbaye , de laquelle chose il avoit triomphé par long-temps, il fut amèrement troublé. Si que, pour remède, appela en procès ledist évesque, comme lui demandant trois mille ducats d’intérest, qu’il avoit mis de son propre en réfection de ladite abbaye, disant oultre qu’il l’avoit prinsà ferme du viel abbé Irespassé^ l’espace de neuf ans , qui encoires n’estoient expirés; et que se le duc de Milan ne lui faisoit raison de sondit intérest , jamais l'évesque n’en auroit paisible possession , ne personne par lui , se non par pièces. Ce procès dura plus d’an et demi, en la court du duc Galeas , lequel totalement favourisoit audit évesque, en condamnant ledict Jehan-André à payer aulcuns despens ; dont il se contenta pis que devant , et ne cessa de poursuivre son cas à l’escu et au baston , tellement que ledit évesque n’y sçavoit comment besongnier. Et combien que ce Jehan- André fuistde petite stature et corpulence maigre, sec, un petit boiteux, et avant en son temps, si estoit-il fier comme un lion, fort magnanime, courageux^ très riche, et de puissant parentage; et quant aulcunes fois il rencontroit ledit évesque^ il disoit en passant qu’il lui rendroit son argent, ou une fois il laveroit ses mains en son sang. En ce temps , ung jeune fils, natif de Milan , nommé Jerosme Ozate, se tenoit à la court du duc Galeas, et estoitson chambellan d’honneur. Mais, comme il confessa depuis, jamais ne l’aima une seule
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lieure , disant que dès sa nouvelle réception en la diicé , lorsqu’il velt porter l’espée nue devant lui comme il est d’usage, s’il pooit une lois avoir tant de credence autour de lui de porter l’espée , il lui en tranclieroit la teste s’il pooit. Cestui Jerosme estoit grand orateur , et Jehan-André grand poêle, parquoi ils se trouvoient souvent ensemble pour coinquer leur science ; et entre aultres devises dict Jerosme à Jehan-André : « Je m’esbahis comme tu peux souffrir que le duc » te face si grand tort , quand ne le faict rendre » les trois mille ducats par toi exposés en l’ab- » baje de Miramont. C’est un pervers tjran , » déprédeur du peuple, et qui ne vise sinon à »> mettre Milan à ruine perpétuelle ; » et lui rétluisit en mémoire Thistoire du romain Cathelin, veuillant habandonner son corps pour le bien publique. « Or est-il ainsi, que le seigneur duc, usant *> de sa tyrannie , oultrageusement moleste son » peuple , par raelli’e sus nouvelles impositions , » tailles et gabelles. S’il y a quelque belle femme » au pays , il faut qu’il l’ait à sa voulonté . soit » par proume^ses, dons, ou raptures; il trouve » journellement tours et pratiques de amasser » argent , à la grande foulle et charge de la » chose publique ; et est ma crédence que qui » pourroit extirper et détruire un tel tyran et » salrappe, il acquerroit gloire et louange devant » Dieu et devant les hommes. »
Adonc Jehan-André lui respondil : « Jérosme ^ » advise que lu dis j car si on scavoit seulement