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toient poinct plus de trois mille cornhattans. A. ces mots , respondit le duc Charles , par grand courroux : « Je nje ce que vous dictes; mais se je les » debvois combatre seul , si les corabateray-je.
» Vous estes tel que vous estes, et monstrez bien n que vous estes issu de la maison de Vaude- » mont. » Le comte , fort prudent et attrempé , respondit moult sagement , qu’il lui montreroit qu’il seroit issu de bonne maison , et que bien qu’il ne véoit apparence ne espérance de vaincre lesdicts ennemis, se la victoire ne venoit de main céleste , nonobstant il lui tiendroit fidélité , si besoing estoit, jusques à l’ame rendre. Depuis ce jour en avant, défendit le duc à son valet de chambre qu’il ne permit ame du monde entrer en son pavillon sans son commandement. Frédérick , prince de Tarente, fils au roi de Naples, print congé de lui, et gracieusement se partit du bon gré du duc , qui lui bailla, pour conduire son faict, messire Jehan de Trazegui§s, seigneur d’Irchouwes, et se tindrent en la comté de Bourgoingne; mais le comte de Campo-Basso se partit de nuict , sans licence , avec le seigneur Angel , son fils, et emmena neuf vingts hommes dès le mercredi devant la bataille , et tira vers le duc de Lorraine. Le sabmedi ensuivant^ deulx capitaines de ses complices en emmenèrent six vingts qui se vouloient rendre François; mais on différa les recepvoir à cause de la tresve , et se tirèrent avecque les Lorrains. Toutesfois aulcuns compagnons de l’osl du duc Charles apperceurent
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cpi’aulcuns Italiens avoient secrètement endossé les parures des François à la Croix-Droicte ; mais Jacques Galliot demoura avecque le duc, comme bon et féal serviteur. Auquel si le duc ensist voulu donner créance, il eusist évité plusieurs inconvéniens , tant à Granson comme à Moral , qui mallieureusement luisurvindrent. Et ainsi fut l’armée du duc Charles diminuée , et la puissance du duc Regnier renforcée par la trahison du comte de Campo-Basso, qui lui dit la disposition du camp de Nancey , ensemble le povre estât du duc Charles et de ses gens, illec estans en grande in digence; puis se tirèrent lui et les siens à Condé^ une place séante sur la rivière de Moselle^ à deulx lieues de Nancey , par où passoient les vivres des Bourgoingnons, venans du val de Metz et du pays de Luxembourg.
Le sabmedi, nuict de la bataille, le duc de Lorraine arriva à Sainct-Nicolas avec les Suisses, qui estoient, de compte faict , dix mille cinq cents , ensemble planté d’aultres Allemands; puis se vindrent joindre au duc Regnier aulcuns gens d’armes François, dont on vouloit estre quitte, nouvellement cassés, à cause des tresves et de la paix faii te entre les deux rois de France et d’Angleterre. Et le dimanche au matin , tous ensemble se partirent de Sainct-Nicolas, et vindrent àNoefville; et firent leur ordonnance auprès d’un estang. Les Suissesse mirent en deux bandes : l’une futconduicte parle • seigneur d’Ayslaiii et lesgoiiverneurs de Surbourg,
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(Fribourg) et l’aultre parles advoiiés de Berne et de Lucerne ; et environ l’heure de midi marchèrent tous, à une fois, l’une des parties du costé de la rivière en bas , et l’aultre tout le grand chemin de venir de Noefville à ISancej. Le duc Charles s’estoit jetlé liors de son parc pour ordonner ses batailles , en un champ au-devant duquel estoit un ruLssel passant par une maladrie fort bien environnée de deulx fortes hajes , à deulx costés entre lui et les Suisses ; et sur le grand chemin où venoit l’une des bandes des Suisses , avoit le duc Charles faict amener le plus fort de son artillerie et descharger sur eulx quand ils furent à un traict d’arbaleslre près , et n’j fil guères grand dommage. Toutesfois lesdils Suisses tirèrent en hault vers le bois, et marclièrent au long d’icellui et par dedans, tellement qu’ils furent au costé de l’armée du duc de Bourgoingne, et au plus hault lieu. Icellui duc voyant leur train , fit tirer devers eulx tous les archers de pied pour les deffenses, et ordonna pour batailles deulx esles de ses hommes d’armes; de l’une estoit capitaine Jacques Galliot, Italien, et de l’aultre, le seigneur Josse de Lalaing , souverain de Flandres. Et quand les Suisses se trouvèrent du costé du duc Charles, ils lui monstrèrent face, marchant vers lui tant impétueusement, en deschargeant leurs arquebustes et couleuvrines à main , que les piétons se mirent en fuite. L’aultre bande des Suisses, qui estoit vers la rivière, nxarcba vers Jacques Galliot et les •
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siens, lesquels soustindrent un espace; mab enfin ils furent rompus , et l’aultre esle des Bourgoinynons tourna pareillement sur l’aullre bande des Suisses, qui moult vivement fut receue illec, tellement qu’ils tournèrent en fuite comme les aidtres, tant clievaucheurs comme piétons. Et quand ils ^indrent au pont de laBuissière, à demi-lieue de Nancey , voulant aller à Thionvillc et vers Luxembour;^ , pour le sauvement de leurs corps, ils trouvèrent le comte de Campo-Basso en barbe avec ses complices , qui avoient illec leur embusclie , et à force d’armes défendoienl le passage , lequel ils trouvèrent barre et serré à tort et de travers, de cbarriots et de charrettes. Aulcuns Bourgoingnons bien montés passoient à guets, et ceulx qui failloient à le trouver buvoient. Et quand aulcuns estoient en train de reschapper par force de nager, ils estoient reboutés en l’eau, tués et navrés. Aultres Bourgoingnons, advertb de cesle embusche, tirèrent le haut chemin, et se fourèrent au bob, lequel estoit garni de paysans qui, sans nul respit , les mettoient à mort. Le duc de Lorraine leur tenoil le feu au dos. Si dura la chasse jusques à deux heures en la nuict, si pitoyable, que, à trois lieues à la ronde ^ l’on ne trouvoit quasi que gens morts par les champs et par les chemins. Et advint ceste douloureuse desconfiture par un dimanche, la nuict des Rois, l’an mil quatre cent soixante-seize. *