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I. 5 janvier 1477 , nouveau style

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Lâchasse finie, le ducRei^nierleit diligente in^ quisition, pourscavoir de la personne du duc Charles, s’il estoit mort, navré, prisonnier ou eschappé ; et envoya hastivement en la cité de Metz, vers les gouverneurs de la ville , qui , pour responce , lui mandèrent qu’ils ne scavoient sentii' ne appercevoir, par nuis de leurs manans et habitans, qu’il fust passé par illec, ne s’il estoit mort ou vif, blesché ou emprisonné. Et, quand vint le lundi au soir, le comte de Campo-Basso , qui se gaudissoit avec le duc de Lorraine, et qui bien congnoissoit l’estât, l’hostel et la famille du maistre qu’il avoit trahi, monstra un page, natif de Rome, du lignage de ceulx de Colonne, nommé Jehan-Baptiste, lequel, comme il affirmoit, scauroit bien dire quelque chose de la personne du duc Charles. Icellui page, venu devant le duc Regnier, et avironné de ses capitaines , fut subtillement interrogé, et déclara plainement qu’il avoit veu le duc de Bonrgoingne abbatre de son cheval et occire en certain lieu, lequel il monstreroit s’il en estoit besoing.

Quand vint le mardi au matin , ledict page . bien accompagné de notables personnages , s’en alla au champ ; et au propre lieu qu’il avoit dict , trouva ,• comme il disoit , le corps du duc de Bourgoingne tout nu, et, assez près de lui, environ quatorze aultres despouillés comme lui , gisans sur la terre ; et avoit trois playes mortelles , l’une au milieu du , >^chef, d’une hallebarde qui l’avoit fendu jusques aulx dents , l’aultre d’une jiique de travers les cuLsses , ,ct l’aultrc par le fondement. C’esUiit

Dlî JKAN MüLINEI’.

chose pitoyable à re^^arcler , et de g rande adniiralion d’un tel prince , tant magnanime , tant riche et tant puissant, estre ainsi humilié jusques en terre, et despouillé de tous vestemens, et abandonné de toutes ses gardes.

Après que ce uoble corps, dont l’espiât estoit fort courageux, fut relevé de terre , il fut lavé et soigné en eaue chaude, afin de voir aulcu ns enseignes ou cicatrices eslans sur lui lorsqu’il vivoit , pour testification de sa personne et de sa mort. Et l'eurent illec appelés ses médecins, son chappelain, son valet-dechambre et aultres ses privés , familiers et serviteurs, ayans aulcunement congnoissance de lui, pour ouyrce qu’ils en diroient. Et, quand aulcuns d’iceulx , qui lors estoient prisonniers en la journée, eurent jecté leur vue sur son corps et au long, ils certifièrent, pour vérité, qu’il estoit le corps du duc Charles, et non aultre; et pour tel le fit le duc de Lorraine ensepvelir en une chapelle de l’église Saine t-Ge orges de Nancey , et feit eslever une croix de pierre, lez un petit ruisseau, en la place où son corps feut trouvé, afin que les passans eussent mémoire de son ame. Sondict corps par ses gens mesmes fut recongneu par six enseignes qu’ils trouvèrent sur lui : premier , à ce qu’il avoit perdu les dents de dessus; secondement, à la playe d’une esrarboucle qu’il avoil en la pouille; tiercement, en la playe qu’il avoil receue au Mont-Ie-Héry ; quartement, aulx ongles qu’il portoit plus que nuis aultres assez longues;

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quintement, à la fistule qu’il avoit au bas du ventre ; sextement, d’uu ongle qu’il avoit retraict à un sien orteil.

Ces choses ouyes et considérées, l’on ajouta foiaudict page, à ung sien médecin, Portugalois, et aultres grands personnages de son hostel, qui l’affirmèrent estre le corps du duc Charles, et non aultre.

En ceste bataille terminèrent leurs jours messire ilehan de Reubenpré, seigneur de Bièvres, chevalier, portant laThoison-d’Or, lieutenant du duc Charles, et qui honorablement et* sans reproches se conduisit eu toutes les charges qui lui furent baillées; le seigneur de Verun, le seigneur de Contay, etaultres notables personnages qui mieux aimèrent choisir la mort que donner la fuite. Et furent ce jour prisonniers messire Anthoine , bastard de Bourgoingne , messire Banlduin , le bastard son frère, messire Philippe deCroj, comte de Chimay , le comte de Nassou , le comte de Challane, Neapolitain , messire Jossede Lalaing, messire Olivier de la Marche , le seigneur de Crov, le fils aisné du seigneur de Contaj , le fils aisné du seigneur de Montagu, etaultres nobles hommes , de vertueux courage , haulte estime , et de grand<^ recommandation.

La pitoyable mort du duc Charles^ divulguée par pays, donna si très angoisseuse tristesse aulx cœurs de ses subjects, que réciter ne le sçauroye, tant pour ce qu’il estoit malheureusement succombé d’une si rude, pierreuse et robuste nation, comme sont les

Suisses, que pour la misérable povreté et douloureuse fortune que ses pays estoient lors en apparence à souffrir. Il estoittantredoubté , tant bien servi et tant aimé des Bourg’oingnons , Picards et Hannuyers, que, quelque testification , enseigne ou apparition qui fusist trouvée sur son corps, croire ne le povoient qu’il fustmort, ains le soustenoient estrc en vie. Et, en coulourant leur folle crédence, ils acceptoicnt et vendoient les uns aulx aultres, joyaulx, vaisselles et chevaulx plus trois fois qu’ils ne valoient , à condition de payer à sa revenue, lorsqu'il seroit entré en ses pays. Mais il est à doubter qu’ils ne soient abusés comme les Juifs , qui attendent Messias en Judée, et les Anglois qui attendent le roy Arlus en Angdeterre; et ce leur procède par le grande amour et affection de cœur qu’ils avoient en sa personne, pour le liault emprendre qui estoit en lui, et les merveilleux cxploicts de guerre qui par lui estoient achevés, à l’encontre des plus grands personnages de nostre occident; car rien ne lui estoit trop grand, ne trop fort, ne trop pesant. Jamais ne feut en Bourgoingne duc plus magnifique , plus prompt aulx armes , ne plus terrifique. Il feut, en son vivant, pour un temps, le miroir des princes , le glaive de justice, le chef d’honneur, l’affluence de largesse , patron de chevalerie, le triomphe de prouesse, le dompteur des rebelles, le resveil de Germanie, 1 ’exterm i n a teur des Liégeois, et l’espouventement des François.

Le seigneur de Chanlereyne , très preux et

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vaillant chevalier de Rhodes, recoeilla les gentilshommes de son hostel; si les nourrit , soustint , entretint, habilla et monta. Riens ne dénigra tant la renommée du duc Charles^ que de adjouster crédence à aulcuns mauvais esprits enflammés d’ardente convoitise , qui l’enhortèrent et soufflèrent en l’oreille de prendre, sur les bénéfices, chapelles et çantuaires non amortis, les revenus de trois années, pour subvenir à ses affaires; et , durant cest espace , cessa le service de Dieu en certains lieux, contre l’intention des fondateurs: et disent aulcuns gens de cler entendement, que oncques puis ne prospéra; et que, pour punition de ce débet, par tous les pays, aussi grans qu’ils sont, n’a esté veu ne ouy célébrer, sinon à Gand , un service solemnel pour l’ame de lui, comme l’on est tenu de faire pour son priuce et seigneur naturel. Aultres disent que l’on dilFéroit faire ses obsèques, pour ce que l’on l’espéroit vivant, et que la solemnité du service eust donné approbation de sa mort. Toutesfois ilestoit orné, qualifié etmoriginé de plusieurs vertus nobles et précieuses ; mais il estoit du tout ordonné à la guerre, comme vrai imitateur et disciple de Mars, et pour ce qu’il estoit fort triomphant , de très ardu et excellent vouloir.

Messire Georges Chastellain, chevalier, son indiciaire et historiographe, mon précepteur et prédécesseur immédiat , lequel trespassa de ce siècle durant le siège de Nusse, veult rédiger par cscripl aulcuns des principaux exploits en armes ,

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d’icellui duc Charles . lesquels , avec trois que j’ai insérés par manière de récollection, seront ici notés en hrief.

Le premier grand exploit en armes du duc Charles fut son voyage en France, dont s’ensuivit la journée de Mont-le-IIéry. Le second fut à son retour du voyage de France, le voyage de Liège ^ où, en la vertu de son père encore vivant, il humilia les Liégeois, qui depuis s’eslevèrent contre lui, nonobstant hostages. Le tiers quand son père le duc Philippe et lui, en commune main, allèrent à Dioant, et le mirent à ruine. Le quatrième, ce fut après le trespas de son père, là où à cause de Huy , assiégée des Liégeois , il alla au pays , et conquist tout d’un bout à l’aultre, villes, chasteaux , et les print par siège et par armes , gaigna lesdits Liégeois , et les vainquit par bataille à Bruscan ; il entra dedans Liège par les murs, qu’il fist abattre, ensemble les portes ; il emporta leur peron en Bruges, et fit de grandes executions en la ville. Le cinquiesme fut l’armée qu’il mena à Péronne , à l’encontre des François, et là où le roy , en personne, avec son connestable , vint devers lui pour •rompre ceste aigreur et emprinse. Le sixiesme fut le retour de Péronne en Liège, la dernière fois, dont la cité fut arse et démolie, et mise à perpétuelle désertion ; le roy de France mesme estoit venu avec lui en ceste piteuse ruine. Le septième fut le voyage d’Amiens et toutes les despences d’icelui. Le huitième fut le voyage de Beauvais et toutes

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les conditions. Le neuvième fut le voyage de Rouen, le dixiesme fut le voyage et laconqueste de Gueldrc. Le on/,iesmc, le siège de INusse, qui dura près d’un an , où il exposa clievance innunicrahlc et grande planté de vaillans hommes de guerre, et eut l’audace d’envahir rempereur et la puissance de Germanie. Le douziesme , la journée de Grauson, qu’il eut contre les Suisses, lesquels grandement adomagèrent ses gens, ses engins et ses richesses. Le treiziesme, fut la journée de Morat, où il fut mortellement dépopulé de nobles personnages. Et le quatorzii'sme fut la journée de Nanccy contre le duc de Lorraine, les Suisses et les François, où il perdit la vie, son bruit et toute sa des-

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