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SOUS LA CHARMILLE

"yi? senSy à mes soupirs.

Que réelle est la vie /"

Dans un coin de jardin solitaire, peuplé de roses et de jasmins, s'élevait une charmille :

délicieux berceau de verdure, qu'ornaient et recouvraient des vigies sauvag-es et lierres grim -• pantes; pluies, soleil ou vent passaient, s'infiltraient à travers la frêle charpente de feuillage.

lyo CHRONIQUES

Néanmoins, sous cette toison rustique, les petits oiseaux: chardonnerets, pinsons et rossig-nols, habitués de ces lieux enchanteurs, avaient élu domicile, sous l'œil du Bon Dieu ! Aussi ^ces hôies de la nature champêtre, se.

sentaient-ils bien chez eux, saluant de leurs roulades matinales, les premières lueurs de l'aurore naissante.

Toute la journée long'ue, de leurs joyeuses trilles, ils charmaient, ég'ayaient le rude labeur du jardinier, bêchant, arrosant le potag-er de ses maîtres.

Quelques fois même, une gentille fillette y venait s'asseoir à l'onibre ; feuilleter d'un air distrait les pages d'un roman ou livre d'histoires. Dans cette atmosphère de douce fraîcheur et d'heureuse paix, elle interrog-eait le ciel bleu par le treillis du bois

de vig'nes ; elle laissait sa jeune imagination s'envoler vers des rég'ions sereines du rêve et de l'au-delà. Pendant cette méditation angélique sous la feuillée, les oiseaux, hôtes de ces lieux inspirants, comme attirés par cette candeur virg"inale, drapée dans sa robe de mousseline blanche, venaient becqueter tout près d'elle, se posaient même sur les épaules en dentelles de cette captivante beauté d'âme !

Hélas, pour les petits des êtres et de l'espace, comme pour les êtres pensants, les jours heureux sont comptés ! Seulement, avec cette notable différence que les premiers, d'instinct, subissent la peine sans murmurer, tandis que chez les seconds, fautil encore l'effort de la raison éclairée pour s'y résig^ner chrétiennement.

Or, un jour, fusse vétusté du berceau, pourri, vermoulu sous sa grimpante verdure, un ouragan passa sur la contrée, jeta par terre la retraite champêtre.

Ce fut, vous pensiez bien, un effarement général. Les aînés, les plus forts parmi la gente ailée, de s'envoler, de chercher refuge dans les bocages voisins, ou de se percher sur les plus hautes branches des grands arbres d'alentour. Les mère-oiseaux, pendant ce temps, transportaient en lieu sûr leurs petits à peine éclos, incapables de pourvoir à leur sauvetage.

Un silence de mort suivit la catastrophe ; de temps à autre quelque trémol plaintif, on eut ditunsanglot entrecoupé; c'étaient des vieux roucouleurs qui s'informaient à travers l'épais fourré si personne de la famille

n'avait été blessé, laissé sous les décombres ? C'était vraiment trop dommage, que ce bonheur de vivre fut si brusquement mis à néant.

Aussi le jardinier, une bonne pâte d'homme, eut pitié de ce malheur tout naturel ; aussi en quelques heures, morceaux par morceaux il releva, fixa sur des bases très solide, toute neuve, la charpente enfeuillée. Le lendemain matin, la poétique et pittoresque charmille, jadis domaine du rêve, asile d'ombrag-e, se dressait coquette et riante sous sa fraîche verdure; mais veuve encore de ses petits locataires d'antan, charmeurs de ces lieux.

L'attente ne fut pas de long-ue durée, dès l'aube, aux premiers feux du soleil d'été, reviennent les oiseaux coutumiers de ces lieux enchanteurs. Cette fois

leur chant matinal, disait l'alleluia de leur retour triomphal au berceau natal.

N'est-ce pas là l'histoire de certaines vies, celle de ces na^ tures sensitives, dont le corps, enveloppe physique, n'est que la transparence de l'âme ? Lesquelles soudainement frappés par le malheur, voient leurs espérances, leurs illusions (ces oiseaux qui chantent en notre âme) s'envoler ; mais bientôt le sentiment de la résignation chrétienne faisant place à une sourde révolte de l'orgueil blessé ; un regard d'en haut dissipant les nuages amoncelés par l'orage, relevant le courage abattu: l'homme entre en lice, frais, plus fort et plus dispos, pour la lutte suprême et le dernier combat, remporte la victoire décisive sur lui-même.

D'ailleurs, si chez les Grecs

et les Romains, comme de nos jours on soumet le corps à des entraînements physiques, comme préparation aux luttes athlétiques futures. De même dans l'ordre plus élevé du domaine relig'ieux psychologique : les désillusions et revers, sont les exercises spirituels, la forte semence caractéristique qu'un Dieu clément dépose au fonds des âmes mystique et sublimes à la vie, à la mort !

Novembre 20 1901.

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